BRUTE
animal, nous donnerons ici un aperçu des facultés, soit instinctives , soit intellectuelles des-brutes, selon leurs diyerses classes et en suivant l'échelle de leur organisation.
Les animaux les moins perfectionnés ou privés de cerveau, de tête, de système nerveux visible, tels que les zoophytes (polypes, radiaires, etc.), montrent seulement de l’irritabilité, une sensibilité vague pour chercher leur nourriture, se placer à la lumière, sans yeux cependant pour l’apercevoir; mais ils sentent le contact échauffant des rayons s0laires, se retirent, se contractent lorsqu'on les saisit, ete. Toutes ces actions ne supposant aucun centre sensorial commun ni intelligence, le mot d'âme ne leur convient qu’en tant qu’on les considère comme étres animés, et en admetfantavec Stahl et d’autres physiologistes que l’âme elle-même coordonne les organes, qu’elle n’est pas seulement assistante, mais informante , et qu’elle construit toutes leurs parties pour manifester ses actes.
Les animaux doués d’un système nerveux ganglionnaire ou sympathique simple, tels que les vers, les insectes, les arachnides, les crustacés, les mollusques céphalés et les acéphales (ou avec ou sans tête) manifestent une grande diversité d'inslinc{s innés et non appris. Sans doute il y aurait une grande difficulté pour expliquer toutes les opérations des fourmis et des abeilles dans leur république, et surtout pour les divers instincts que déploie le même individu à Pétat de chenille, ou larve, et à celui d’insecte parfait, comme dans les papillons, le myrméléon, etc. ; ainsi, l'instinct se transforme en même temps que les organes. Nous avons trouvé une explication assez simple cependant de ces singuliers changements. En effet, chaque instinct (ou âme, si l’on veut) d’un animal est inhérent à son organisation; il paraît n’en offrir que le jeu même. Si l’organisation éprouve une métamorphose, l'instinct se met à l'unisson des formes nouvellement revêtues par l'animal, Comment ce fait est-il possible, sans étude ni instruction préliminaire, sans que l’animal soit libre de se donner plus ou moins d’habileté? Voici comment on peut le concevoir. Tout le monde connaît ces serinettes (turelutaines) ou petites orgues, avec lesquelles on apprend aux oiseaux à siffler en cage : les diférents airs sont notés sur un cylindre dans l’intérieur de la caisse; en ayançant ou reculant ces cylindres d’un ou plusieurs crans, l’on fait jouer d’autres airs à la serinette. Or, si nous admettons dans le petit cerveau et tout le système nerveux à ganglions d’une chenille certaines déterminations gravées, comme un air noté sur le cylindre de la serinette, la chenille, par cela seul qu’elle vit, jouera, pour ainsi parler, suivant ces impulsions internes, tout comme en tournant le cylindre de la serinette on joue un air. Survient-il une métamorphose, par le développement successif des parties du papillon dans cette chenille, il arrive pour l'appareil nerveux ce qui se fait pour le cylindre avancé d’un cran. Il donnera un autre air plus en harmonie avec les besoins de l'animal transformé, 11 suffit donc de concevoir que la nature a pu organiser le système nerveux du plus chétif insecte en y établissant des ressorts d’action, des déterminations primitives, tout comme elle dispose les autres organes du corps, les muscles des jambes, les yeux, etc, Une fauvette chante naturellement un air, tandis que Philomèle redit telle autre complainte amoureuse. Ainsi, des œufs d'oiseaux chanteurs d’Asie qu’on apporte en France, y éclosent, et l'oiseau donne, sans être appris, les chants de son pays natal. Ce sont ainsi des serineltes vivantes toutes montées par la savante nature,
’araignée, la guèpe, depuis le commencement du monde, construisent probablement leurs nids, tissent leurs toiles, de la même manière, sans être instruites : ce sont donc d’ad- Mirables machines; elles sont mues plutôt qu’elles n’agissent par volonté,
* Il n’en est pas de même d’une autre série d'animaux à système nerveux plus compliqué, ayant un cerveau et un cervelet plus ou moins développés, avec une moelle épinière
renfermée dans une colonne vertébrale : tels sont les animaux vertébrés, poissons, reptiles, oiseaux, mammifères. Leur système nerveux cérébral étant beaucoup plus en rapport avec leurs cinq sens et les objets extérieurs que ne l'est le système ganglionique des invertébrés (insectes, vers, mollusques, crustacés, etc.), le premier peut acquérir beaucoup d’impressions et de connaissances, ou comparer un plus grand nombre d'idées simples par les expériences de la vie ou par cette sorte d'éducation spontanée qui s’opère à l’aide des objets environnants. Ainsi, l’on peut enseigner diverses actions aux mammifères surtout, aux oiseaux et jusqu’à cerfains reptiles et poissons qu’on a su apprivoiser. On n’a rien pu apprendre à des insectes, à des mollusques : ils manquent de conception et de ce réceptacle cérébral des idées; ils ne savent que jouer de leur turelutaine, pour ainsi parler. Ce n’est pas que les animaux vertébrés ne soient mus souvent par les impulsions internes de leur instinct et par le jeu du système nerveux ganglionnaire ou sympathique qui en est le siége; mais, de plus, on observe chez une foule de vertébrés des acquisitions d'idées, des développements intellectuels, depuis la naissance jusqu’à l’état adulte. Les brutes ont même un langage d'action, ou se communiquent leurs affections par des voix et des cris,
Voilà donc la série d'idées qu'on pourrait considérer comme l’intellect chez les bêtes. Condillac, dans son Traité des Animaux, ne voit de différence entre cet intellect et l’âme humaine que du moins au plus. Toutefois, il n’a nullement compris l'instinct natif intérieur, puisqu'il l’attribue à l'habitude et à des connaissances contract£es, comme si l’animal en naissant pouvait déjà posséder ces habitudes et ces acquisitions. Buffon avait mieux distingué l'instinct des brutes; mais c’est surtout Samuel Reïimarus qui l'a trèsbien conçu et développé, ce qui ne paraît pas avoir été assez étudié par Cabanis. |
Nous ferons grâce à nos lecteurs d’anciennes hypothèses sur l’âme matérielle des brutes : ainsi Thomas Willis, savant médecin anglais, l’attribuait à un feu subtil dans les canaux des nerfs et fermentant avec diverses explosions dans les tissus des organes.
Les brutes sont susceptibles de passions, à peu près comme nous; mais toutes sont relatives à la conservation de leur individa et de leur espèce. L'homme développe au contraire un ordre d’affections qui correspondent à la vie sociale et à l’état moral, à la vertu et à ses sacrifices. Parmi ses passions, l'ambition sous toutes ses formes, avec tous ses masques, tient d'ordinaire le premier rang. Les animaux vertébrés, vivant en société, montrent aussi l'instinct de domination, de jalousie et de primauté. On a cherché longtemps le siége de l’âme pensante chez l’homme et dans les brutes où on en admet une, comme si une faculté immatérielle pouvait avoir un siége corporel. On sait quelle célébrité Descartes a donnée à la glande pinéale, en supposant que tous les principaux troncs nerveux aboutissaient dans son voisinage (ce qui n’est point exact), et que de ce lieu l’âme pouvait agiter les diverses parties du corps à volonté. Mais cette glande se trouve souvent remplie de petits calculs de phosphate calcaire. Lapeyronie, Lancisi, Bontevox, etc., ont établi que le corps calleux ou mésolobe devait être plutôt le siége de l'âme, parce qu'il réunit les deux lobes encéphaliques ; le chevalier Digby la trouvait mieux dans le septum lucidum, membrane très-déliée; Drelincourt la recula jusque dans le cervelet. Selon lui, il conserve plus d’empire sur les facultés vitales ou organiques que n’en ont les deux hémisphères, ou plutôt leur portion médullaire nommée centre ovale, dans lequel Vieussens logeait l'âme plus au large, mais en la divisant en deux portions par ce moyen. Willis a voulu qu’elle résidit dans les Corps cannelés (corpura striata), bien que ceuxci manquent à divers animaux doues d'intelligence; de même le mésolobe n'existe point chez les oiseaux. Sœmme-