‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 7 sur 556 · BRUTE — BRUTUS · texte numérisé non relu

BRUTE — BRUTUS

ving pensait que l’âme agit plus commodément au moyen du liquide séreux qui humecte et abreuve les ventricules cérébraux, vers les parois desquels d’ailleurs aboutissent la plupart des rameaux nerveux ; de même l'œil, l'oreille, exercent leurs fonctions sensoriales par le secours de liquides également, comme les membranes de l’odorat et du goût sont lubréfiées par des liquides. Enfin, Gall et Spurzheim, altribuant à diverses proéminences de l’encéphale des facultés spéciales, ont, pour ainsi dire, dépecé et partagé l'âme en morceaux dans les diverses régions du Cerveau et du cervelet. Malacarne admettait, ainsi que Rolando, plus ou moins d'intellect, selon que le cervelet contient plus ou moins de lamelles. D’autres anatomistes soupçonnent que la multiplicité des circonvolutions cérébrales est en proporlion de la puissance intellectuelle, et on en cite des exemples chez des hommes de génie ; enfin, la densité, la sécheresse du cerveau, modifient les fonctions encéphaliques chez les fous, les mélancoliques, etc.

Toutes ces diversités d'opinions prouvent qu’on est fort peu avancé dans la connaissance de nos plus sublimes facultés; mais c'est avoir déjà fait un grand pas que d’avoir constaté trois principaux ordres, comme nous l'avons fait dans l’animalité. Ce sont : 1° les animaux simplement sensibles, irritables : soophyles et radiaires ; 2° animaux sensibles, irritables et instinctifs , à un seul appareil nerveux, le ganglionnaire: mollusques (céphalés et acéphalés), articulés (crustacés, arachnides , insectes, vers); 3° enfin, les animaux sensibles, irritables, doués d'instinct et d’une intelligence à divers degrés, ayant un système nerveux ganglionnaire et un autre cérébro-spinal : vertébrés (les mammifères , les oiseaux , les reptiles et les poissons). Ces trois divisions principales, que nous avions établies dès lannée 1803, d’après les grandes modifications de l'appareil nerveux- chez les animaux, comme l’a reconnu G. Cuvier, ont été ensuite adoptées par M. Lamarck. Il classe en effet le règne animal en êtres apathiques (les microscopiques, les zoophytes, les radiaires), en irritables (insectes, annélides, crustacés, mollusques) et en intelligents (les vertébrés : poissons, reptiles, oiseaux et mammifères). Il établit que les facultés se déploient avec les degrés successifs d’élaboration organique, depuis l’animalcule dit monade, jusqu’à l’homme, tandis qu'au contraire il a paru plus vraisemblable que c’est la proportion croissante du principe intellectuel (de quanlitate animæ) qui procure, selon nous, ce déploiement correspondant d'organisation pour la xnanifestation de ses actes, soit automatiques, soit instinctifs, soit intelligents. J.-J. VIREY.

Appliquée à l'homme la qualification de brute exprime un degré de la bêtise.

BRUTTIUM ou BRUTTIA, pointe méridionale de l'Italie, la Calabre ultérieure actuelle, était séparée dela Lucanie par le fleuve Laos à l'ouest et la ville de Thurii à l’est. L’Apennin, qui traverse le pays jusqu’au détroit de Sicile, y forme plusieurs gorges et vallées, qui sont bien arrosées, quoique aucun des cours d’eau qu’on y rencontre ne mérite le nom de fleuve. Le Bruttium était riche en excellents pâturages, et l’on y cultivait la vigne, l'olivier, les arbres fruitiers, le froment. Une de ses productions les plus estimées était la résine, que l’on récoltait dans les vastes forêts de pins de l'intérieur.

Les premiers habitants du Bruttium furent une colonie de Lucaniens, qui, ayant quitté leurs compatriotes pour s’y établir, furent appelés par ces derniers Brellii ou Révoltés. Ce peuple grossier et barbare ne tarda pas à être répoussé dans l’intérieur desterres par les Grecs, qui fondèrent sur les côtes les colonies florissantes d’Hippo, Medama, Rhegium, Loceri, Croton, etc. Pendant les guerres puniques les Bruttiens s’allièrent aux Carthaginois; mais, dès la seconde de ces guerres ; les Romains les soumirentet lesréduisirent en escla-

-vage. C’tait parmi eux qu'on choisissait les licleurs, les

recors , ete. Ce pays, on le voit, tombait de plus en plus en décadence.

BRUTUS (Lucws-Junius) était tribun des chevaliers au moment de la révolution fameuse qui chassa les rois de Rome (509 av. J.-C.). Tite-Live fait d’abord de Brutus un fou de cour : quand ce neveu de Tarquin vit son père et son frère tués par le Lyran, ilaffecta la stupidité, et se sauva de la haine par le mépris. Deux fils de Tarquin, envoyés à Delphes pour consulter l'oracle à l’occasion d’une épidémie, l'emmenèrent avec eux pour s'en amuser, et Brutus offrit au dieu un bâton qui renfermaitune baguette d'or, ingénieux emblème de son caractère et de sa conduite. En effet, cet imbécile méditait avec une rare sagesse la ruine des Tarquins. 31 voyait le peuple et le sénat mécontents : le peuple, parce que, soumis aux rudes corvées des constructions étrusques , il était à peine dédommagé de temps en temps par la victoire et le butin; le sénat, parce que, remplacé par un conseil privé, il n’était pas plus consulté que le peuple. La caste patricienne , le sénat, dont Tarquin laissait les bancs vides ef ne remplaçait plus les morts; les patriciens , même la famille royale, n'étaient plus rien dans une monarchie militaire, avec un roi qu s'élait fait, dit-on, une armée de soixante-dix mille homuies.

Brutus, qui ne poussait peut-être pas la dissimulation jusqu’à Ja stupidité, puisqu'en sa qualité de chef des chevalicrs il commandait à Rome en l'absence de Tarquin, fait d’abord entrer dans son complot les patriciens ; plus tard il se servira du peuple. Le sang de Lucrèce sanclifia ce complot, et fournit l'occasion que le chef de laristocratie conjurée avait patiemment attendue. C’est Brutus qui commence la révolution et qui l’achève; c’est Brutus qui retire le poignard du corps de Lucrèce et qui jure d’exterminer les tyrans; c'est lui qui court à Rome haranguer les Romains, rappelle au sénat les mépris de Tarquin, au peupleses corvées, et fait prononcer le bannissement des rois par une loi curiate. 11 faut convenir que les circonstances étaient singulièrement favorables aux patriciens : l’armée de Tarquin, qui avait voulu du butin pour se payer de ses corvées , assiégeait Ardée, capitale des Rutules, et les femmes et les enfants des soldats étaient à Rome comme au- {ant d’otages entre leurs mains. Pendant que Tarquin accourt à Rome au bruit de la révolte, et trouve les portes fermées, Brutus court au camp d’Ardée, et fait chasser par les soldats les fils de Tarquin.

Revêtu le premier, avec Collatin, mari de Eucrèce, du pouvoir consulaire, qui succède à la royauté, il accomplit ainsi l’oracle qu’il avait rapporté de la Grèce; il obtient une loi qui frappe de mort quiconque oserait agir ou parler en faveur des Tarquins; il s'oppose à la demande des ambassadeurs étrusques, qui viennent réclamer les biens particuliers de Tarquin; mais l'avis contraire, soutenu par ses collègues, l'emporte. Il découvre, par l’esclave Vindex, une conspiration en faveur des Tarquins, où sont entrés ses deux fils; il les condamne à mort, et assiste à leur supplice Machiavel, avec sa froideur ordinaire, pense que cet affreux sacrifice était pour Brutus une conséquence naturelle de sa position; mais le Grec Denys d’'Halicarnasse, qui écrivait l'histoire romaine pour ses compatriotes, dit à celte occasion : « Ce que je vais raconter ne sera pas cru chez les Grecs : c’est trop cruel. »

Un peuple à qui Brutus offrait de pareilles victimes dut condamner sans peine à l'exil, avec une indemnité de vingtcinq talents, et à l'instigation de Brutus, T. Collatin, qui venait implorer sa clémence en faveur de ses deux neveux coupables : Brutus se rappela l'avis de son collègue au sujet des biens privés de Tarquin, et s’alarma justement d'une irrésolution si dangereuse pour la république naissante. Enfin, pour lier à la constitution nouvelle, d’ailleurs oligarchique, les riches plébéiens de la première classe et le rnenu peuple, il donna les places vacantes dans le sénat aux

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