‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 61 sur 556 · BUT EN BLANC — BUTIN · texte numérisé non relu

BUT EN BLANC — BUTIN

phrase et sous l'orthographe de bute en blanc. Ts ont ainsi kégué à la langue vulgaire le proverbe aller de but en blanc (de bute en blanc ou de butte en blanc). Ce proverbe , dont l'orthographe a perdu sa justesse primitive, ne veut pas dire, ou du moins ne voulait pas dire originairement agir inconsidérément, comme on le lit dans le Dictionnaire de l’Académie, maïs il signifiait, au contraire, s’avancer franchement, brusquement, sans biaiser. Ce qui explique et justifie ce dernier sens, c’est qu’il y avait deux butes, celle d’où l’on tirait, celle vers laquelle on tirait. Le tireur, venant examiner son coup après avoir tiré, changeait alternativement la destination de l’une et de Kuutre bute, parce qu'il y avait un blanc à chaque bufe. On retrouve cet usage de la double bule en divers pays, dans toute la Flandre, dans les villages qui environnent Cambrai, villages où tous les dimanches on s'exerce au tir de l'arc. Ainsi, il y avait la bufe où se plaçait le tireur , où il portait et établissait sa bu/fière, ou arquebuse, comme le démontre Furetière. « Tirer de but en blanc, dit-il, c’est le faire depuis le lieu où l’on est posté pour tirer, jusqu’à celui où l'on doit tirer , et où est attaché le blanc. »

Maintenant, les mots buf en blanc, qui, suivant quelques auteurs, sont à peu près synonymes de l’expresssion 2ir direct, doivent être considérés, disent-ils, comme indiquant « Ja position horizontale du mousquet » ou autre arme faisant feu. Cette définition, peu satisfaisante et même fausse, est celle que donnent Carré et l'Encyclopédie de 1751. Le général Cotty , au contraire, dit que « les deux points où la ligne noire coupe la ligne de tir sont les deux buts en blancs. » Mais on pourrait dire aussi que ces points sont des rencontres balistiques et ne sont pas des buts. Le fusil d'infanterie, comme l’assure Lombard, a toutes les conditions du but en blanc : le général Cotty affirme, au contraire, qu’il n’y a pas de but en blanc pour les armes à feu portatives et à baïonnette. Les lignes de mire et de tir du fusil ne sont cepen- ‘dant pas parallèles entre elles; or c’est ce défaut de parallélisme qui constitue le but en blanc. Ce mot, qui au premier aperçu semblerait exprimer un but, une butte, où se rendent une trajectoire, un projectile, indique, au contraire, des intersections qu’effectue une courbe rencontrant une ligne droite, ou, en d’autres termes, des intersections par lesquelles un mobile ou une ligne de tir coupe une ligne droite ou une ligne de mire.

L'instruction du 9 mars 1831, relative au tir du fusil de rempart, comprend le bué en blanc comme le point dont le tireur est à une distance telle que pour y atteindre il doit mettre en correspondance directe la visière et ce point, tandis qu'à une distance plus grande il faudrait que proportionnellement la visée fût non pas directe avec ce point ou but, mais plus ou moins au-dessus ; le calcul inverse répondrait à un tir plus rapproché. Le but en blanc naturel est la concordance de la visière ordinaire dans le blanc ou sur le point à atteindre; le buf en blanc artificiel est la proportion de l'élévation de l’arme suivant un exhaussement combiné ; ce but en blanc s'obtient avec hausse ou visière mobile ; celle-ci étant relevée, le but est à 400 mètres, tandis que le but en blanc naturel du fusil de rempart est à 200 mètres. On sait qu’on a garni d’une visière les carabines des chasseurs de Vincennes.

L’intention des inventeurs du substantif but en blanc a été de différencier certaines lignes de trajection qui aboutissent par des moyens différents au terme que se propose le tireur. Dans le siècle dernier, la langue de l'artillerie a fait principalement emploi des mots éir de but en blanc, par opposition aux tirs à ricochet, à toute volée et de plein fouet, Voyez Tir, G'! Bannix.

BUTER, vieux mot employé autrefois au propre, dans certains jeux, comme au billard et à la paume, pour dire viser au but, puis au figuré, d’abord dans le même sens, selui de se proposer quelque but, quelque fin, comme objet

de ses travaux, de ses désirs, puis enfin pour désigner l’ac. tion d’une personne qui se montre d’un sentiment opposé, d’un avis contraire à celui d’une autre, Aujourd’hui encore ce mot s'entend, comme verbe réfléchi, de l’action d’une personne qui s’attache à un dessein avec persévérance, avec opiniâtreté. Comme verbe actif, il ne se dit guère qu’en agriculture et en architecture ; dans le premier cas, pour exprimer l’action d’amonceler la terre en pyramide autour d’un jeune arbuste, d’une jeune tige, d’une plante délicate, afin de la soutenir contre les secousses du vent, ou pour couvrir une plante ou une herbe de fumier, afin de la garantir de la gelée, et dans le second cas, pour indiquer l'opération qui consiste à soutenir un mur, à empêcher la poussée d’une voûte ou l’écartement d'un mur au moyen d’un arc ou d’un pilier butant ou buttant. Voyez BurtÉe.

BUTIN. On a dit aussi gaignage, gain, preie, proié, robe, ou robbe. Le mot butin est emprunté de l’allemand beute, qui a la même signification. L'usage de butiner est vieux comme le monde. De temps immémorial presque toutes les milices grecques apportaient le butin en commun, et le partageaient méthodiquement : un tiers des prises revenait au général, les deux autres tiers étaient répartis dans toute l’armée au prorata de la paye. L'institution des despotats byzantins avait été une suite de ces règles ou de ces coutumes. Le butin est un bénéfice de guerre que le vainqueur s’attribue du droit de la force : tel fut le fondement de la fortune de Clovis et de ses leudes. Le butin était l’indemnité et lappât de nos armées primitives, et il ne paraît pas qu’elles eussent d’abord d’autre solde, Grégoirede Tours, qui ne dit rien de la solde, entre dans de grands détails sur les formes observées par les Franks dans le partage du butin. La féodalité a vécu de butin; elle l’appelait techniquementproie etyagnage ou gaignage, signifiant lucre ou profit. Dans les temps de barbarie le butin n’a rien que de naturel; la philosophie commode des anciens et l’esprit de rapine des chevaliers du moyen âge se conciliaient fort bien avec ce honteux profit ; c'était surtout pour entreposer le butin qu’on s’incastelait, qu’on construisait des recets (receptacula), qu’on élevait des forteresses. Depuis l'institution d’unearmée régulière, le roi, le connétable, les grands maîtres de l’artillerie, s’appropriaient un genre de butin dont la prise et la possession étaient devenues un article de loi. La cavalerie irrégulière n’avait d'autre solde que le butin. Notre philosophie, plus éclairée, réprouve ce véhicule de la bravoure des anciens siècles; l’honneur et la gloire l'interdisent, Ces nobles passions, il est vrai, ne sauraient animer tous les hommes de guerre, ni être influentes dans tous les temps et dans tous les pays ; vouloir la guerre sans butin, c’est ne connaître ni la guerre ni les soldats; tolérer le butin sans oser en régulariser la distribution par un mot de jurisprudence, c’est donner les mains au pillage : on peut proscrire le maraudage; on ne peut extirper le goût du putin.

On a perdu la trace des coutumes que nos ancêtres observaient dans le partage du butin : car un genre de solde suppose un système de distribution. On ne retrouve sur ce sujet que l’ordonnance de 1306. Dans ses dispositions vagues , elle décerne au roi l’or et les prisonniers, et donne au connétable le surplus du butin. Pasquier cite un édit de Jean relatif à la gabelle ct au partage des prises de guerre; il y est interdit au connétable, aux amiraux, aux maîtres des arbalétriers, ‘d'exiger leur part de butin, s'ils n’ont assisté aux actions dont cet acquêt a été le fruit. On pourrait conjecturer, à la lecture de Philippe de Clèves , qui écrivait en 1520, qu’il était alors d'usage que le maréchal de France s’attribuât le dixième du butin. Depuis ces époques, rien n’a été réglé à l'égard du butin; on sentait cependant le besoin de quelques principes dans les siècles passés : ainsi Bonnor, en 1481, discute, en son chapitre 71, comment se doivent partir les choses gaignées en bataille. Dans les armées dépourvues d'institutions et auxquelles la routine

tient lieu d'art militaire, le butin est le mobile du soldat, comme au temps des guerres privées il était le mobile des expéditions des seigneurs. En certaines armées qui se croient bien perfectionnées, butin est une expression si invétérée dans le langage de l'homme de troupe, que cet homme comprend sous cette dénomination sa légitime même, et nomme bulin son havresac, ne s’inquiétant guère si les dictionnaires et la philanthropie ne regardent le butin que comme une prise de guerre et comme un droit de sauvages.

Il existe au dépôt de la guerre une copie d’un réglement de 1638, sans autre date ; il concerne surtout la cavalerie; et est intitulé : Règlement concernant le partagedes butins. 11 donne à un colonel quinze parts, à un capitaine commandant un parti quinze parts, à un capitaine servant en sousordre dans un parti douze parts, au lieutenant six parts; il ne donne au soldat &’infanterie que la moitié de ce qui est accordé aux dragons. Mais ces vieux souvenirs se sont entièrement effacés. Notre méticuleuse législation évite de se prononcer à cet égard; elle s'occupe pourtant d’un butin fort peu chrétien , que l'artillerie et le génic ont le droit de s’approprier : nous voulons parler des cloches de forteresses. Sauf cette disposition, où le mot butin est sous-entendu s’il n’est pas prononcé, on ne trouve sur cette matière que des oui-dire ou des usages. Ainsi, Philippe de Clèves conseille, en 1520, à chaque capitaine de créer un butinier; ainsi Billon dit en parlant du capitaine : « Qu'il prenne sa part des butins, sans les accoutumer ( les ennemis ) à avoir du sien. » Une ordonnance du 30 juin 1648 veut que, dans le partage des butins faits par les partis, la cavalerie ait deux parts et l’infanterie une. C’est à peu près tout ce qu’il y a de positif et de légal sur cette matière. Cependant la marine partage régulièrement les prises qu’elle fait ; mille règlements pèsent tous les cas qui s’y rapportent. Si les prises sont interdites à nos soldats, n’en faites pas un privilége pour nos marins. Si vous légitimez sur mer cet usage, que votre code linslitue sur terre. Le butin, non pas celui qui vient de la spoliation des peuples et du sac des villes, mais le butin du champ de bataille est une dépouille permise ; c’est le gain qui doit s’apporter en commun et faire masse, pour être, sous la présidence des chefs, l'objet d’une répartition régulière. 11 se compose des armes abandonnées ou enlevées des magasins de l'ennemi, de son trésor, de son matériel d'artillerie, de ce qu'on trouve sur les morts : un compte fidèle en doit être rendu à tous les victorieux ; un partage exact doit leur en être fait; une rémunération même, aux frais du trésor public, doit leur être allouée en payement des objets de butin qui ne peuvent tourner qu'au profit de la gloire de l’armée ou à l’avantage des arsenaux du gouvernement. Ainsi, chez des peuples voisins, on tarife, en bonne guerre, les prises de terre; les soldats qui s'emparent d’un canon, d’un cheval, d’un drapeau, ont droit à une somme fixe, qui leur est religieusement comptée. Telle est la règle dans la milice anglaise.

Mais à côté de ce principe il règne dans l’armée de la Grande-Bretagne un énorme abus : il est alloué au colonel cent cinquante parts et au feld-maréchal deux mille; ce partage est à la fois, comme le démontre M. Ch. Dupin, et trop favorable aux officiers et trop onéreux à l'État. Dans un mémoire adressé à lord Wellington ilest fait élat de toutes les propriétés publiques mobilières dont Parmée anglaise pourrait revendiquer la valeur, puisqu'elle s'en est esnparée en Espagne et en France. Le montant de cette réclamation s'élevait à plus d'un million sterling; et le budget de la Grande-Bretagne de 1823 témoigne qu’en effet 25,290,000 francs furent soldés pour cette cause à l’armée, au moyen d'un prélèvement sur les 127 millions que la France dut payer pour indemnités à l'Angleterre, Chacun sait tout ce que le due de Wellington reçut pour récompense; mais nous ne pensons pas que les soldats de son ar-

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