‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 62 sur 556 · BUTIN — BUTLER · texte numérisé non relu

BUTIN — BUTLER

mée aient eu autant à se louer du partage de nos dépouilles,

Des réglements français ont osé regarder comme licites le dépouillement et le pillage, puisqu’ils ont donné les mains à ce que des généraux en exigeassent le rachat : avoir mentionné une telle exception, c’est avoir tacitement reconnu que l’action de prendre est licite. Cet aveu est consigné dans le réglement de service de 1768, qui assignait aux partisans le prix de leur brigandage légal. N’eñt-il pas mieux valu puiser dans l'antiquité même nos exemples? Les Romains se partageaient scrupuleusement le butin, comme on le voit dans le récit que Polyhe fait de la prise de Carthagène : ils avaient dans le camp, ainsi que le dit Hygin, un entrepôt où s’amassait le butin, que leur répartissait le questeur. Centents de leurs parts, qui s’appelaient pecunia manubialis , les manubiaires (manubiares) respectaient dans leurs camps

les arbres chargés de fruits. Louis IX et Duguesclin appor

tèrent une attention scrupuleuse aux distributions du butin, Gustave-Adolpheet Charles XII firent de la répartition du butin une des merveilles de leur discipline. A leur exemple, Eugène, après la bataille de Belgrade, en 1717, nese réserva que la tente du grand-visir, et abandonna le reste du bufin à un pillage méthodique fait par détachements et les off ciers en tête. Daniel, Deville, Maizeroy, fournissent quantité de citations relatives au butin, et l'Encyclopédie retrace dans de longues pages les règles et les exemples de partage de butin depuis Moïse jusqu’à César. Voici quelques lignes profondes et éloquentes qui appartiennent aux encyclopédistes : « Ce qui est pris sur un champ de bataille ou dans une ville emportée d’assaut appartient à qui le prend, par conséquent au plus avide et au plus féroce. C’est un véritable pillage; les brigands se partagent leur proie. Nous sommes en ce point plus avant qu'eux dans la barbarie. Cet usage introduit par l’indiscipline cause de grands maux : il engage le soldat à se débander pour piller, et le rend avide et cruel; la moindre résistance à sa cupidité l’irrite et le porte au meurtre ; il cherche à s’assurer la possession qu’il désire, en tuant les habitants dans une ville et les blessés sur le champ de bataille. On éviterait toutes ces horreurs en instituant le partage du butin comme il l'était chez les anciens : tous les soldats seraient animés par cette espérance, et les seuls avantages que peut leur donner la victoire ne seraient point abandonnés aux plus méchants, aux plus avides, aux plus Tâches, aux plus indignes d'en jouir. » Lessac, animé du même esprit, a dit, en parlant de la conduite des Romains, « qu’elle valait mieux que l’usage de ces contributions obscures, de ces traités clandestins , par lesquels un général ou quelques commandants particuliers enlèvent et gardent pour eux seuls les richesses de lennemni. » Gal BanDin.

BUTLER (Sauvez), né en 1612, à Strensham, dans le comté de Worcester, en Angleterre, est l’auteur d’un poëme satirique et burlesque contre les puritains, intitulé Hudibras. Sa famille était d’une condition si humble , qu’on sait peu de chose sur ses relations de parenté et sur sa jeunesse, D'abord clerc d’un juge de paix, puis attaché en la même qualité à l'intendant d’une noble dame, le début de Butler dans la vie promettait peu pour son avenir. Mais il se trouva que l'intendant qu’il servait était le célèbre Selden , chargé alors de l'administration des biens de la duchesse de Kent; et Selden ne donnait pas moins de temps à sa bibliothèque, à l'étude, qu’à l’apuration de ses comptes. Butler prolita de cette bonne fortune, ct, malgré Pinfériorité de sa position, ne se trouva pas à une mauvaise école, Les troubles de l'époque arrachèrent Butier de cette retraite, qu'il échangea contre une position à peu près semblable, mais au service d'un personnage bien différent. C'était un certain sir Samuel Luke, vieux républicain, officier dévot des armées de Cromwell, Quelques qualités du cœur qu'il possédât, toujours avait il peu d'amabilité dans le caractère; aussi était-il difficile de voir un hôteet un mattre moins convenable à un poète comme

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