‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 63 sur 556 · UNIVERSITY OF VICTORIA LIRRARY · texte numérisé non relu

UNIVERSITY OF VICTORIA LIRRARY

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BUTLER — BUTOR tar é

Builer que ce rigide puritain, qui considérait toute science

comme inulile et profane, et qui regardait la poésie en par- !

ticulier comme une abomination. Butler dut d'autant plus facilement prendre sa nouvelle situation en aversion, qu'il était habitué à la société et à l’amitié de Selden. Tout porte donc à croire que le génie satirique et l'humeur caustique de Butler furent développés par les relations désagréables qu’il eut avec la famille de sir Samuel Luke.

La restauration des Stuarts, en 1660, le fit sortir de son humble condition : il fut nommé secrétaire de lord Carbury, président de la principauté de Galles, qui lui confia les fonctions d’intendant du château de Ludlow. Il épousa alors une veuve qui possédait une petite propriété, suflisante cependant pour nourrir le poète quand il était sans place et sans fravail. Ce fut là le temps de prospérité de la vie de Butler, et ce fut alors aussi que son génie se développa. Il y eut cette différence remarquable entre la Restauration anglaise de 1660 et la Restauration française de 1814, que les royalistes et les nobles ramenés au pouvoir par la prewière purent s'emparer du sceptre du ridicule comme de celui de l'administration. Les émigrés français, au contraire, malgré leur ascendant à la cour et dans le sein de la législature, ne purent jamais mettre les rieurs de leur côté. Le génie du ridicule combattit toujours avec l'opposition , et ses traits acérés ne contribuèrent pas peu à la chute de la dynastie des Bourbons. Les Stuarts eurent la partie plus belle : non-seulement ils purent frapper leurs ennemis de proscriptions et de disgrâces, maïs ils eurent encore l’avantage de couvrir les puritains de ridicule. Butler fut le grand instrument de la vengeance et du triomphe des royalistes. Il ne se trouva pas plus tôt au service d’un royaliste restauré, que son génie pour la satire se donna carrière.

D'abord il s’appliqua à imiter et à travestir le débit lourd et emphatique des célèbres prédicateurs puritains. On trouve deux exemples de cette ironique imitation dans ses œuvres posthumes. Mais il méditait une vengeance bien autrement durable. 11 se mit à composer un poëme héroï-comique, dont son ancien patron, sir Samuel Luke, devint le héros sous le nom d’Hudibras. C'était une satire complète de la république anglaise , qui y était attaquée par son côté faible, le fanatisme religieux. Hudibras, le héros, représente les puritains. 11 est dépeint comme un juge de comté, qui s’en va, semblable à un autre Don-Quichotte, à la recherche des abus qui offensent la piété ou secondent la superstition catholique. Il est accompagné d’un écuyer, nommé Ralph, de la secte des indépendants, de cette secte la plus populaire du presbytérianisme, qui, malgré les sarcasmes de Butler, a eu l'honneur de proclamer la première les grands principes de la tolérance universelle. Rien assurément de plus injuste que la satire de Butler ; aussi Johnson, quoique zélé tory, blâme sa partialité,

Voltaire prenait grand plaisir à la lecture d'Hudibras ; il à fait un vif éloge de ce poëme, bien propre du reste à plaire à l’ennemi-né de tous les genres de fanatisme, à l'homme qui maniait lui-même avec tant d’habileté l'arme du ridicule. La verve comique de Butler l'avait tellement sédait qu'il essaya de traduire Hudibras en vers. Il en traduisit effectivement un chant, mais comme un poète en traduit un autre.

A l'exception de sa pauvreté et de l'abandon dans lequel le laissa le parti qu’il avait si bien servi, on ne sait presque rien sur les dernières années de sa vie. Hudibras fut publié en 1663, et fut connu même à la cour : ses couplets étaient familiers au roi età ses joyeux amis, qui tous avaient promis de récompenser le poëte. Charles lui-même, le duc de Buckingham et lord Clarendon se disputèrent l'honneur d’être le patron de Butler; mais ils différèrent l’exécution de leurs bienveillantes intentions jusqu’à ce qu’il eut succombé victime du besoin et de l'abandon. 11 mourut en 1680. Un ami ensevelit à ses frais les restes du poète. CROWE.

BUTLER (BENJAMIN-FRANKLIN), général américain, naquit le 5 novembre 1818, à Deerfield (New-Harmpshire), Adinis au barreau en 1841, il plaida avec succès dans les causes criminelles et sa réputation d’orateur le fit nommer député, puis sénateur dans l’état de Massachusetts. Démocrate ardent il soutint en 1860 la candidature de Jefferson Davis à la présidence. Toutefois au moment de la guerre il prit parti contre le Sud et se signala tout d'abord par sa résolution et son sang-froid. En qualité de brigadier général il commanda à Baltimore, puis dans la Virginie orientale, A la tête d’une colonne de 4,000 hommes il s'empara du fort Hatteras (29 août 1861), et amena par ce hardi coup de main la soumission de presque toute la Caroline du Nord. Sous les ordres de Sherman il prit d'assaut Port-Royal le 7 décembre suivant. Après l'occupation de la Nouvelle-Orléans Butler en fut le gouverneur (avril 1862), et y assit fortement son autorité par une série d'actes énergiques, tels que le désarmement des habitants, l'entretien des nécessiteux au moyen de contributions forcées, la mise en liberté de tous les esclaves. Sa conduite, odieuse à une cité anti-abolitionniste, souleva tant de récriminations qu’il fut relevé de ses fonctions le 9 novembre 1862. Chargé d'appuyer en 1854 les opérations du général Grant, il échoua dans l’attaque de Wilmington et fut destitué. Il reprit sa place au barreau, fut élu membre de la chambre des représentants et y poursuivit avec violence la mise en accusation du président Johnson.

BUTOME,, genre de plantes de la famille des alismacées. Il renferme une jolie plante aquatique de France, propre à orner le bord des eaux et les bassins, le bufomus umbellatus, ou jonc fleuri, dont les feuilles sont droites et graminées, les tiges nues, de la hauteur de un mètre, couronnées en juillet par une ombelle d’une vingtaine de fleurs assez grandes, roses et veinées de rouge, dont chacune a neuf étamines, six ovaires et six styles, d’un bel effet et durant longtemps. 11 en existe une variété à feuilles panachées.

BUTOR. C’est le nom d’un genre d'oiseaux qui ne manquent nullement de l'intelligence instinctive appropriée à leurs besoins. S’il est prudent et sage de cacher sa vie pour en goûter les douceurs avec plus de sûreté, les butors donnent à l’homme l’exemple de cette sorte de sagesse. Habitants des marais, ils vivent solitaires, invisibles au milieu des roseaux, où ils savent se mettre à l’abri de la pluie, du vent et des chasseurs, attendant paisiblement dans cette retraite qu’une proie vienne s’offrir à eux, et se contentant de ce que le hasard leur envoie. Lorsqu'ils se décident à changer de demeure, c’est le soir qu’ils prennent leur essor, et s'élèvent très-haut.

Les butors forment une section du genre Aéron. Le butor vulgaire ou héron grand butor (ardea stellaris, Linné) a le bec verdâtre, d’une ouverture très-large , fendu jusqu’au delà des yeux. L'ouverture de l'oreille est grande, la langue courte, et la gorge peut se dilater assez pour que l’on y mette le poing. Les pieds sont longs, de la couleur du bec, et armés d’ongles aigus. La longueur de cet oiseau est d'environ un mètre depuis l'extrémité du bec jusqu’à celle des ongles. Ce butor est très-remarquable, par le bruit ou cri singulier qu’il fait entendre matin et soir, depuis l’époque où les rigueurs de l’hiver sont adoucies jusqu’au milieu de l'été, et même plus tard. C’est de ce cri que l’on a formé le nom latin de cet oiseau (botaurus), et par des altérations successives, le nom qu’il porte en France. Il imite en effet le mugissement du taureau , boatum tauri. Ce mugissement est si gros, dit un ancien ornithologiste, qu'il n'y a bœuf qui püt crier si haut. On peut l’entenûre à une demi-lieue. Pour donner une idée de son intensité, on la comparé à l'explosion d’un fusil d’un gros calibre. Par une autre comparaison, les Italiens ont nommé cat oiseau /rombotto, trombone.

Dans cette espèce d'oiseaux, les femelles sont en plus grand nombre que les mâles. Elles accourent de loin au cri d'appel, et quelquefois le sérail d’un seul mâle réunit une douzaine de maîtresses. L'amour devient alors une cause de guerres et de combats à outrance. Les mâles sont plus grands et plus beaux que les femelles ; leurs couleurs sont plus vives, et les plumes de la poitrine et du cou sont plus longues. Les temps de la ponte, de l’incubation, de la nourriture des petits sont à peu près de deux mois, pendant lesquels le père ne se sépare point de la mère, et partage constamment ses travaux, Lorsque la couvée a pris l’essor, les liens de famille sont dissous, et chaque membre vit isolé. Cependant , l'hiver forme d’autres réunions : lorsque les marais sont gelés, il faut bien que ses habitants se réfugient en des lieux qui leur offrent quelque nourriture ; mais ces asiles ne conviendraient point aux butors s’il n’y avait point de roseaux. On les y trouve alors par douzaines dans un espace assez resserré.

Le butor vit principalement de grenouilles, de poissons et d’autres animaux aquatiques. Chasseur patient , il reste trèslongtemps à l'affût, immobile , maïs attentif, Ses longs pieds sont mal conformés pour la marche, et cette manière de se mouvoir paraît lui coûter de pénibles efforts, car il avance lentement et de fort mauvaise grâce. Mais s’agit-il de se défendre , de secourir sa femelle ou ses petits, il montre, au contraire, une impétuosité qui étonne l’assaillant; son bec est lancé avec la rapidité d’une flèche, et pénètre dans les chairs; ses ongles déchirent : le chasseur est quelquefois blessé cruellement , et ne peut se débarrasser de son adversaire qu’en l’assommant. La chair du butor est assez bonne à manger, pourvu qu'on la dépouille de la peau, qui est fortement imprégnée d’huile de poisson rancie.

Les autres espèces du genre butor sont étrangères à l'Europe; ce sont : 1° le bulor jaune (ardea flava), qui a environ 0®,91 de longueur et habite le Brésil; 2° le butor mokoko ou butor de la baie d'Hudson (ardea mokoko), dont la faille est de 0,64, habitant le nord de l'Amérique pendant l'été, et descendant l'hiver jusqu’à la Louisiane; 3° le butor du Sénégal (ardea senagalensis), encore appelé crabier blanc et brun ou Léron à manteau brun. Ce dernier est le plus petit; il n’a pas plus de 0,32 de lontueur, depuis le bout du bec jusqu’à l'extrémité des ongles. FERRY.

BUTOR. Ce mot, comme terme d’insulte, de mépris pu de reproche, a bien à peu près la même signification que le mot buse, dont il est presque synonyme, mais il s’applique également au physique et au moral, et ne caractérise pas moins le cri et la démarche pesante, embarrassée de l'oiseau de ce nom, que la maladroite et grossière stupidité des individus des deux sexes à qui l’on donne cette épithète insultante ; car on l’a féminisée aussi d’après Molière : Voyez cetle maladroile, celte bouvière, cette butorde, crie à sa servante la comtesse d’Escarbagnas. Ainsi, l'on dit d’un homme qui fait plus de balourdises qu’il n’en profère, qui est plus maladroit qu’imbécile : C’est un butor; et d’un lourdaud qui vient se jeter bêtement sur les passants : Peste soit du gros butor ! Ainsi, buse exprime mieux la stupidité morale, et bulor la stupidité physique. Pour caractériser ces deux sortes d’idiots par deux de nos anciens rôles de boulevard, nous comparerons volontiers le premier au JZanot et le second au Jocrisse. Au reste, les mots buse et bulor sont employés depuis longtemps au figuré. On les trouve dans le Dictionnaire du Vieux Langage français, aux mots Busas et Bulau, pris dans cette acception.

BUTTE. C’est, dans son acception la plus générale, une élévation de terre, qui a pu servir de but (meta terrea), comime la butte des archers, la butte des arbalétriers, la butte des arquebusiers. De là aussi le nom de roi des buttes

donné au roi des arbalétriers ou des arqnebusiers, c'est-à-,

BUTOR — BUTTMANN

dire à celui qui avait remporté le prix dans ces sortes de jeux ou d’exercices.

Du sens propre ce mot a passé au sens figuré, dans. l’acception de son radical but, et l’on se sert très-fréquemment des expressions é/re en butte à l'envie, à la medisance, à la satire, à la vengeance, pour dire : être exposé aux traits de l'envie, de la médisance et de la satire, et aux entreprises de la vengeance.

On donne aussi le nom de buttes à certains monticules naturels, comme les buttes Montmartre, les buttes Saint-Chaumont, etc. Les différentes buttes qui se trouvent dans l’intérieur de Paris proviennent de l’usage fort ancien qu’on avait d’entasser sur différents points les immondices et les gravois. Ces amas d’abord placés à l’extérieur des murs se trouvèrent plus tard en dedans lorsque ces murs furent portés . plus loin ; on les nommait aussi Mottes ou Monceaux. Sur la rive droite de la Seine on trouvait le Monceau Saint-Gervais, la butte de Bonnes-Nouvelles ou de Villeneuve-de- Gravois, la butte Saint-Roch ou des Moulins, celle du rempart Saint-Denis, etc.; dans la cité, la Motte aux Papelards, ou le Terrain qui appartenait aux chanoines de Notre-Dame; sur la rive gauche, il y en avait une sur l'emplacement actuel de la rue Mazarine, le long du fossé de Nesles, et unc autre en face de la Charité, près de la rue Saint-Guillaume; la butte des Copeaux existe encore en son entier ; elle a été plantée en arbres verts, dessinée en labyrinthe, et elle fait partie du Jardin des Plantes.

BUTTÉE. Une butte étant ordinairement pyramidale, cette forme, qui est la plus solide, a fait donner le nom de buttée à toutes les parties d’un édifice qui ont un effort latéral à soutenir. Ainsi, dans tuutes sortes de constructions il se fait deux genres d’efforts : un vertical ou d’aplomb, qui exige des fondements solides, et l’autre latéral, auquel il faut opposer des buttées suffisantes. Un édifice quelconque, en bois ou en pierre, voûté ou non voûté, est capable d’éprouver des efforts latéraux ; un massif même a besoin d’être: fortifié par un talus. On forme des buttées avec des massifs de maçonnerie, des contre-forts, des arcs ou piliers butfants, des talus, des chaînes de fer, etc. Les éta yements sont des buttées provisionnelles , qu’on est souvent obligé d’opposer aux efforts latéraux d’un édifice qui menace ruine. Un édifice construit selon toutes les règles de l’art, qui n’aurait ni voûtes ni autres constructions capables de produire: des efforts latéraux, peut encore avoir quelquefois besoin de buttées, pour obvier au tassement inégal du sol, des matériaux et des constructions. En général, le moindre déplacement du centre de gravité d’un édifice, occasionné par un effet quelconque, produit un effort latéral qui exige une buttée , dont la forme et les dimensions dépendent des efforts qu'elle doit soutenir. Butler, c’est opposer une buttée aux efforts latéraux d'une partie d’édifice.

BUTTIERE. Voyez CARABINE.

BUTTMANN (Puruippe-CnarLes), l'un des plus remarquables philologues des temps modernes, né à Francfortsur-le-Mein, le 5 octobre 1764, fit ses études à Gættingue, En 1789 il obtint à Berlin une place d’employé auxiliaire à la Bibliothèque royale, dont il fut nommé secrétaire en 1796, et en 1800 il fut appelé à occuper une chaire au gymnase de Joachimsthal ; mais il y renonça en 1808 pour se consacrer exclusivement à la Bibliothèque, dont il devint conservateur en 1811. Pendant neuf années, à partir de 1803, ce fut lui qui rédigea la Gazette de Haud et Spener. En 1894 il éprouva différents accidents apoplectiques, et alors sa santé alla toujours en s’affaiblissant jusqu'à sa mort, arrivée le 21 juin 1829. A une érudition immense il joignait la sagacité, la clarté et la concision d'exposition dont a besoin le philologue qui veut mettre ses leçons à la portée de la grande masse des lecteurs. Ses ouvrages sont suivis dans toutes les écoles qui ne sont pas demeurées étrangères aux progrès aue l'enseignement des langues anciennes a faits dans ces

BUTTMANN — BUVEUR

derniers temps. La première édition de sa Grammaire Grecque parut à Berlin en 1792. La dix-huitième édition, donnée par son fils, Alexandre Burrmans, est de 1849. Cet ouvrage, et l’abrégé qui en a été fait à l’usage des écoles, doivent leur immense succès d'abord à ce que l'auteur, ne quittant jamais les voies historiques, a recueilli les divers éléments de la langue comme autant de monuments bien conservés et portant leur date avec eux ; ensuite, à ce qu'il s’est efforcé de mettre dans le trésor ainsi amassé l’ordre ct l'unité que donne la méthode philosophique. Ce que les proportions d’un livre destiné aux écoles l'empêchaient de faire entrer dans cette grammaire, il l’a déposé en partie dans deux autres ouvrages, qu’on peut considérer comme des regueils d’éclaircissements, Le premier a pour titre Zexilogus (1818); le second est la Grammaire grecque délailiée (Berlin, 1819-1825; 2e édit., revue par Lobeck, 1839). Il a réuni sous le titre de Mythologus (2 vol., Berlin, 1823) ses Mémoires à l’Académie des Sciences sur différentes questions d'archéologie,

BUTYLIQUE (Alcool), produit découvert par Wurtz dans l'huile de pommes de terre, et qui dérive d’un carbure D TArogene, qu’on nomme bwlylène, corps gazeux, liquide

BUTYRATES, sels formés d’une base avec l'acide butyrique, et qui en général sont très-solubles.

BUTYRIQUE (Acide). Déceuvert par M. Chevreul dans le beurre, dont il est le principe odorant, cet acide forme avec les alcalis des sels qui ont une forte odeur de beurre rance. Sa densité est 0,976 à 250. Il bout au-dessus de (00°, absorbe l'oxygène de l'air en se résinifiant partiellement, et brûle avec une flamme fuligineuse. Cet acide existe également dans quelques végétaux, libre ou à l’état de sel, et il s’en produit des quantités considérables dans une foule de réactions chimiques.

On nomme éther butyrique un liquide incolore, limpide, très-mobile, d'une densité de 0,902, très-soluble dans l’alcool et l’éther. L'industrie en fait un grand usage sous le nom d'essence d'ananas pour la parfumerie fine et les sucreries,

BUVETTE, Ce mot est synonyme de buffet, et signifiait dans l’origine un cabaret, une taverne où l’on se rafraîchit. Le palais de justice dans chaque ville avait autrefois sa buvette, témoin ces vers de Racine :

Elle eût du buvetier emporté les serviettes, Plutôt que de rentrer au logis les mains nettes.

Ces sortes d'établissements étaient généralement tenus par les concierges et portiers. C’est là que les Hortensius et les Cicérons de chaque barreau trouvaient les rafraîchissements nécessaires pour réparer leurs forces, épuisées par des luttes où d'ordinaire la victoire restait à celui qui parlait le plus longtemps et le plus véhémentement. C’est là aussi que pendant longtemps ils déposèrent cette toge sans laquelle ils ne pouvaient plaider à l’audience, et que leur garde complaisamment aujourd’hui, à Paris, le costumier honoré du titre officiel de fournisseur de l’Ordre.

Il y a longtemps que la Buvelle a disparu du temple de Thémis à Paris; c’est une source de profits de moins pour les portiers. Cependant l'usage s’est conservé, entre avocats et gens de palais, de désigner sous le nom de buvette le café le plus voisin, où plaideurs et plaïidants peuvent déjeûner entre deux audiences.

Quant à la buvette de nos assemblées législatives son origine est bien récente; elle a pris naissance dans les temps orageux de la révolution de Juillet. Les séances se prolongeaient alors extrêmement, les commissions travaillaient nuit et jour sans désemparer; on reconnut la nécessité d’assurer dans l’intérieur du palais des aliments confortables aux laborieux représentants. Sous la Restauration les députés n'avaient à leur disnosition que quelques carafes d'eau

sucrée, destinées à humecter le gosier des oraleurs altérés lorsqu'ils étaient à la tribune; c'était le privilége exclusif de l'éloquence, et les membres qui se bornaient à interrompre ou à parler de leur place n'avaient droit à aucun rafraichissement. M. Tanski nous a dépeint la buvette de la chambre des députés sous le règne de Louis-Philippe ; c'était une petite chambre de six mètres de longueur sur cinq de profondeur, coupée en deux parties par une table. D'un côté se tenaient les gens en livrée de la chambre, ayant à leur droite des armoires pleines de rafratchissements et de comestibles nécessaires aux collations des honorables mem bres; de l’autre côté étaient de petites tables rondes en marbre, autour desquelles se groupaient debout les députés, pour éviter tout encombrement. Les députés trouvaient à la buvette, aux frais du budget particulier de la chambre, des sirops de diverses espèces, un bouillon consommé, du lail naturel et des petits pains appétissants. Le buffet tenait en outre en réserve quelques bouteilles de vin de Bourgogne et de Bordeaux; mais il n’y avait qu'un petit nombre de membres de la chambre, obligés de suivre un régime fortifiant, qui en usassent. La buvette de la chambre des pairs offrait aux nobles membres un ordinaire beaucoup plus confor-

table; il consistait surtout en volaille froide, pâté de foie gras et vins fins. Après la révolution de Février la buvette de l’Assemblée nationale prit une singulière extension, et devint un véritable restaurant, où les citoyens représentants ne se faisaient pas faute de déjeûner et de diner aux frais de la République ; l'abus devint même si grand, que nos législateurs se virent forcés, pour contenir l’indélicat appétit de plusieurs de leurs collègues, de supprimer le crédit ouvert à la buvette, et de la transformer en un établissement libre,

où chacun put dès lors se faire servir à sa guise en payant sa consommation. Le croirait-on? Cette mesure, toute de conciliation, eut aussitôt pour effet de diminuer prodigieusement le débit de la buvette. On a placé une buvette, ou

plutôt un buffet, à l’Assemblée de Versailles.

Sous le vocable tudesque de Trink-hall, on a installé sur le parcours des boulevards de Paris des buvettes en plein vent, élégants pavillons en bois ouvragé, où l’on vend en été des boissons rafraîchissantes à un ou deux sous le verre.

BÜUVEUR, celui qui boit, qui est accoutumé à boire, qui est enclin à la boisson. Ce penchant est plus ou moins grand chez tel ou tel homme, chez telle ou telle nation, suivant le besoin, le climat, et souvent aussi l’habitude. Les peuples septentrionaux, par exemple, passent pour de grands buveurs, et l’on conçoit que les rigueurs de leur climat peuvent exciter chez eux plus que chez d’autres le besoin des liqueurs fortes et alcooliques; mais dans les climats chauds la soif se fait sentir avec plus d'intensité, renaît et veut être apaisée plus souvent.

Les anciens Perses avaient en grande estime ceux qui pouvaient bien porter le vin. Le jeune Cyrus s’attribuait cet avantage comme une qualité qui devait le rendre plus digne du sceptre que son aîné Artaxercès. Il écrivit aux Lacédémoniens, dont il réclamait l’assistance, une lettre dans laquelle il leur disait naïvement : « J'ai plus de cœur que lui ; je suis meilleur philosophe; j'entends mieux la magie; je bois et je porte mieux le vin. » Darius, dans son épithaphe, se vante d’avoir été grand buveur. « Je pouvais boire beaucoup de vin et porter bien cette charge. » C’est ainsi que les goûts des peuples sont différents. « On ne peut nier, dit Bayle, que, physiquement parlant, ce ne soit une bonne qualité que celle dont Darius se glorifie; car enfin c’est ure force, c’est une puissance, c’est l'effet d’un tempérament robuste; mais outre que c’est une qualité qui entraine presque toujours un déréglement moral, je ne vois pas que l’on doive faire plus de cas de la faculté de bien boire que de celle de manger beaucoup. Or il est certain que l’on sent je re sais quelle aversion naturelle pour les

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