‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 66 sur 556 · BUZOT · texte numérisé non relu

BUZOT

Rolland et de Brissot, et dès les premiers jours de septembre 1792, par une sorte d'amende honorable de ses principes passés, il dénonça avec toute son énergie les auteurs des assassinats qui avaient souillé le berceau de la république. Dès ce jour aussi il fut dévoué à la haine de ses anciens amis. Buzot ne devait pas tarder à éprouver les effets de cette implacable inimitié. Le 20 septembre 1792 il accusa à la Convention Robespierre, présent à la séance, d’aspirer à ia dictature. Le 8 octobre suivant il demanda que chacun desquatre-vingt-trois départements fût tenu de fournir, pour la sûretéet l'indépendance de la Convention, autant de fois quatre hommes d'infanterie etdeux de cavalerie qu’il nommait de députés. Cette garde, choisie dans toutes les parties du territoire, en eût été, pour ainsi dire, la députation armée, destinée à protéger celle qui ne l’était pas. Le discours que Buzot prononça à cette occasion fut le manifeste de ses opinions politiques, et trancha plus vivement que jamais la démarcation qui le séparait du parti des anarchistes. Aussi plus tard ce discours fut-il une des causes de sa proscription.

Mais, inébranlable dans la route que son patriotisme s'était tracée, il s’éleva au-dessus des menaces dont il fut dès lors l’objet ; et quand le procès de Louis XVI occupa la Convention, il reprit la parole avec la même abnégalion de luimême pour appuyer l'appel au peuple. Cette espérance étant perdue, il s’attacha courageusement à la seule qui restât pour le salut du monarque, et vota pour le sursis à la peine de mort. Ces deux votes étaient également courageux. Buzot ne s’en dissimulait pas la portée : républicain de conviction , ce n’était pas par attachement pour le prince, encore moins pour la royauté, qu'il votait aux risques de sa vie pour sauver celle de Louis XVI. C'était uniquement dans l'intérêt de la république et de la Convention, dont il transférait le mandat au peuple pour le jugement du roi, qu’il s'empara deux fois de la tribune, attaquant violemment ceux qui trompaient le peuple, déshonoraient la Convention et mettaient la république en péril. Buzot avait dès le principe dénoncé les excès du pouvoir royal; il dénonçait en 1793 les excès du pouvoir législatif, en voulant lui enlever une juridiction qu’ilne lui reconnaissait pas. Il senfait avec sa haute raison que le sang d’un Bourbon déchu n’importait point au salut national, quand plusieurs Bourbons émigrés, héritiers des droits de leur chef, étaient hors des atteintes de la révolution ; mais il ne voulait ni une faute, ni un crime inutile, ni surtout un excès de tyrannie. L'influence de la Commune de Paris, qui inconstitutionnellement, et par une terreur anticipée, dominait la Convention, était encore, et en première ligne, l’ennemi qu'il combattait, comme représentant du peuple appelé à défendre l’indépendance de la Convention.

Dans ces jours de fureur et d’aberration humaine, c'était un beau spectacle de voir des hommes se dévouer corps et biens à la cause de la liberté, en présence de ses bourreaux, certains qu’ils étaient de passer de la tribune à l’échafaud, ou au moins d’être proscrits pour avoir été fidèles. Ce fu ce qui arriva à Buzot : irrité plus que jamais des crnnes de la Commune et du despotisme qu’elle faisait peser sur la Convention, il dit à la tribune : « Si l'anarchie qui dévore Paris n'est pas promptement réprimée , Paris verra bientôt l'herbe croître dans ses murs. » Cependant, malgré les cla-

| meurs des assassins ef l’orage que les anarchistes soulevèrent contre lui, la Convention le nomma membre du comité de salut public et de défense générale le 25 mars suivant. | La haine de ses ennemis s’arma de ce triomphe, et son courage s’en accrut. Mais la faction de Robespierre triompha, et le 2 juin Buzot fut mis en arrestation dans son @omicile. Il prit la fuite, arriva à Évreux , et se réunit à plusieurs de ses collègues de proscription pour soulever les populations contre les ennemis de la patrie. L’insurrection républicaine menaçait la tyrannie de la Montagne dans tous

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les départements de l'Ouest et du midi; toutefois, cette immense guerre civile n'ait d'autre résultat que la manifestation de Fopinion d’une £rande partie de la France.

Une petite armée royaliste, qui se dirigeait sur Paris, ayant été dispersée du côté di Vernon par l’armée républicaine, la correspondance de Bizot avec ses amis fut interrompue, et dans le dessein d'atteindre le malheureux proscrit en lui fermant jusqu’à l’asile de la pitié, la Convention se fit écrire une lettre qui attestait la complicité de Buzot avec l’armée royale. Plus cette allégation était absurde, plus elle trouva de partisans : la Montagne ordonna quela maison de Buzot à Évreux serait rasée, et qu’un poteau y porterait cette ins-

cription : « Ici demeurait le scélérat Buzot, qui a conspiré-

la perte de la république. » Cependant, Buzot avait trouvé le moyen de gagner la mer et de s’embarquer pour le département de la Gironde. Dévoué à la mort, ainsi que ses collègues, il trouva néanmoins une retraite généreuse, qu’il partagea plusieurs mois avec Péthion. Obligés enfin de délivrer äu péril de son hospitalité l’homme courageux qui les avait recueillis, ils furent réduits à errer dans les bois et dans les lieux les plus sauvages. Ils échappèrent ainsi à la mort de l’échafaud, maïs quelques mois après leurs corps furent trouvés dans un chams, non loin de Saint-Émilion : les loups et les oïseaux de proie avaient exercé sur eux les vengeances de la Montagne. Leurs cadavres, soumis à l’autopsie, signalèrent les traces du poison. Buzot n’avait pas encore atteint sa trente-quatrième année! J. Norvins.

BYBLOS, en hébreu Gébal, antique ville de Phénicie, bâtie sur une hauteur, à peu de distance de la mer, entre Tripoli et Béryte, resta sous l’autorité de ses propres rois plus ou moins indépendante des peuples voisins, jusqu’à l'énoque de Pompée.

Il y avait, au rapport de Lucien, près de la ville de Byhlos une rivière qui portait le nom d’Adonis, et dans laquelle on lava la plaie de ce prince après qu’il eut été blessé par un sanglier. Ce fut le sujet de fêtes instituées et célébrées en son honneur à Byblos, sous le nom d'A donies.

BYNG (Geonces), vicomte de Torrington, amiral anglais, né en 1663, entra au service à l’âge de quinze ans. En 1703 il était parvenu au grade de contre-amiral, et rendit en cette qualité des services essentiels à la coalition pendant la guerrre de la succession d’Espagne. Vice-amiral en 1706, amiral du pavillon bleu en 1708 , il déjoua en 1717, par son activité, les projets conçus par Charles XII contre l'Angleterre, et de 1718 à 1720 ceux qu’Alberoni méditait contre Naples et la Sicile. 11 appareilla de la baie de Sainte- Hélène avec une escadre de vingt vaisseaux de ligne du premier et du second rang : arrivé à la hauteur du cap Saint- Vincent, il donna avis au roi Philippe V de la destination de la flotte anglaise; mais le cardinal Alberoni, qui croyait son honneur engagé dans l'expédition de Sicile, fit rejeter avec dédain cette déclaration, et, quoique éclairé sur linfériorité de ses forces navales, il osa les exposer aux hasards d’une bataille. Le 11 septembre les deux armées se trouvèrent en présence à la hauteur du cap Passaro; les Espagnols ne comptaient que dix-sept vaisseaux de ligne, et inférieurs de beaucoup en dimensions à ceux des Anglais; surpris en outre dans un désordre complet, ils ne surent pas reformer leur ligne de bataille. Byng profita de cet avantage, et partout chaque vaisseau ennemi eut à combattre deux, trois et même quatre vaisseaux plus forts que lui; aussi ce fut plutôt une déroute qu’un combat. Jamais victoire navale ne coûta moins au vainqueur et n’eut un succès plus complet : neuf vaisseaux et trois frégates amenèrent pavillon, et tous les projets d’Alberoni sur Naples et la Sicile s'évanouirent. Un fait remarquable, et qui prouve combien l’art de combattre sur mer était alors peu connu, c’est qu’après leur défaite les Espagnols reprochèrent aux Anglais comme une honte d’avoir attaqué leur flotte partiellement et en se réunissant deux contre un; et cependant c’est en

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