‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 67 sur 556 · BUZOT — BYRON · texte numérisé non relu

BUZOT — BYRON

cela que consiste le talent de Byng, d’avoir su réunir une grande supériorité de forces partout où le combat se trouvait engagé. 11 poursuivit sa victoire jusqu’au bout, et anéantit la flotte espagnole. Précédemment créé baronet, il reçut en récompense de ce beau fait d’armes la pairie et les éminentes fonctions de chef de l’amirauté. Il mourut à Londres, le 28 janvier 1730.

BYNG (Joux), fils du précédent, né en 1705, entra de bonne heure aussi au service, parvint rapidement au grade d’amiral, et servit toujours son pays avec courage et loyauté. Mais il fut malheureux un jour, et paya de sa tête le tort de n’avoir pas vaincu.

En 1756 La Galissonnière avait été expédié de Toulon avec douze vaisseaux pour opérer un débarquement de troupes à Minorque et protéger leurs opérations. L’amiral Byng reçut l’ordre de courir sur-le-champ au secours de l’ile; son escadre était à peu près aussi forte que celle des Français , et le 20 mai les deux flottes engagèrent un combat en vue de Mahon. Byng prit l'avantage du vent, et, serrant sa ligne de bataille, il manœuvra en route oblique de manière à venir élonger l'avant-garde ennemie, et à l’écraser sous le feu successif de toute son armée. Cette disposition était belle, et, dans l'enfance où l’art se trouvait encore, elle méritait des éloges d’admiration; mais un accident imprévu coupa sa ligne : le sixième vaisseau de tête essuya de telles avaries, qu’il fut presque désemparé, et soudain la marche de tout le corps d'armée et de larrière-garde fut arrêtée. L’amiral français s’aperçut du désordre de l’ennemi, et sut en tirer habilement parti : il fit plierses navires d'avant-garde, après un léger engagement , força de voiles avec le reste de sa flotte, et, continuant rapidement sa bordée, il vint à son tour foudroyer la tète de l'ennemi, isolée alors du corps de bataille, puis, se reformant de nouveau sous le vent, présenta une nouvelle ligne intacte et prête à recommencer le combat. L'attaque était bien combinée, mais la défense est un modèle. Byng fut obligé deseretirer à Gibraltar pour y réparer son escadre; car , de son aveu même, une grande partie de ses vaisseaux étaient hors de combat , et il y aurait eu de l’imprudence à retourner à la charge sur un ennemi qui dès lecommencement de l’action s'était montré supérieur , et n'avait encore rien perdu de ses forces. ,

Le peuple anglais rugit de fureur à la nouvelle qu’une de ses escadres avait fui devant une escadre française : quelle atteinte à l’orgueil d’une nation qui prétendait à la domination -

| universelle des mers! L'amiral fut traduit devant un conseil

de guerre. Au rapport de ses propres officiers , Byng n'avait fait paraître au milieu du combat ni crainte ni même aucune agitation intérieure ; il n'avait pas cherché à éviter l'ennemi, et il avait donné ses ordres avec une présence d'esprit admirable, Les ministres seuls étaient coupables: ils ne lui avaient donné ni assez de forces pour battre l’escadre française, ni assez de troupes pour faire lever lesiége du fort Saint-Philippe ; mais la haine publique amoncelait sur leurs têtes un orage : ils se hâtèrent de le détourner en le faisant tomber sur lemalheureux amiral. La cour martiale reconnut que Byng n'avait manqué ni de bonne volonté ni de bravoure; il parut seulement coupable de n’avoir pas fait pendant le combat tout ce qu'il était en son pouvoir de faire. Ses juges le condamnèrent à mort, etla sentence fut exécutée le 14 mars 1757. Théogène PAGE, capitaine de vaisseau.

BYRON (Jonx), célébre navigateur anglais, né le 8 novembre 1723, dans le comté de Nottingham, à Newstead- Abbey, manoir de sa famille, laquelle se vantait de remonter jusqu’à l’époque de Guillaume le Conquérant , était le second fils de lord William Byron. A l’âge de dix-septans il s’embarqua avec amiral Anson pour un voyage autour du monde; mais le vaisseau à bord duquel il se trouvait fit naufrage sur les côtes de Patagonie, en mai 1741. Il se sauva dans un canot avec cent quarante-cinq hommes de l'équipage. La moitié mourut de faim : les autres, contrairement à ses Gr=

BYRON

dres, prirent une route différente. Quant à lui et à trois compagnons demeurés fidèles à sa fortune, après avoir errépendant plusieurs années sur ces côtes inhospitalières et être devenus de véritables squelettes ambulants, faute d’une nourriture assez substantielle, ils furent enfin recueillis par des Indiens, qui, à l’aide de leurs canots, les conduisirent aux les Chiloé; et en 1745 ils furent échangés comme prisonniers de guerre. Byron a raconté les tortures presque iacroyables qu'il eut à endurer, dans un ouvrage intitulé : itarrative of John Byron, etc. (Londres, 1748, souvent réimprimé depuis).

Nommé commodore quand la guerre éclata entre la France et l'Angleterre, il donna tant de preuves de courage et d'habileté, à la tête d’une petite flottille, que Georges III l’appela au commandement de deux frégates qu’on arma en 1764 pour un voyage de découvertes dans la mer du Sud. Il acheva le tour du monde en mai 1766, époque où il revint en Angleterre par Batavia. Bien que cette expédition n'ait point été féconde en découvertes, et n'ait enrichi les cartes que de quelques îles nouvelles seulement, comme celles du Désappointement et celles du Roi Georges , elle n’en occupe pas moins un rang distingué dans l’histoire des voyages autour de la terre, attendu que Byron fut le premier cireumnavigateur de quelque célébrité qui dans son entreprise n'ait pas seulement eu en vue les intérêts mercantiles, mais se soit aussi préoocupé desintérêts dela science,

Plus tard, Byron fut nommé amiral, et chargé d’un commandement dans les Indes occidentales, à l’époque de la guerre d'Amérique. Ilmourut à Londres, en 1786.

BYRON (Georces GORDON, lord ), naquit à Londres, le 22 janvier 1788. La jeunesse du capitaine Byron, son père, avait été très-orageuse : marié en premières noces avec lady Carmarthen, qu'il avait séduite, et qui était divorcée d'avec son mari, il vécut peu de temps avec elle; elle mouruf, laissant pour seul enfant lady Augusta Byron, qui épousa le colonel Leïgh. Quand le capitaine Byron fut libre, il offritses hommages à miss Catherine Gordon, fille et héritière de Georges Gordon, esquire. Tout porte à croire que la fortune dont jouissait miss Gordon décida le capitaine Byron à demander sa main. Elle lui fut accordée, et peu d'années s’écoulèrent avant que ft dissipé le patrimoine de sa femme. Bien que mistress Byron aimât son mari avec une violence qui n’était que trop dans son caractère, les deux époux se séparèrent, et le capitaine mouruten France, à Valenciennes, peu d’années après la naissance de celui qui devait être l’auteur de Childe-Harold.

Quand on raconte la vie de l'homme dont on a dit avec une certaine raison « qu’il était plus fier de descendre de ces Byron de Normandie qui accompagnèrent Guillaume le Conquérant en Angleterre, que d'être l’auteur de Childe- Harold et de Manfred » ,il faut parler un peu de ses ancôtres. On trouve ses aïeux paternels inscrits dans le Doomsday-Book, comme possesseurs de grands biens dans le Nottinghamshire; mais les Byron ne paraissent avoir été titrés que sous le règne de Charles I‘. Ils se firent remarquer par leur dévouement à la cause royale pendant la première révolution, et justifièrent leur devise, qui était : Trust Byron (Kiez-vous à Byron). Quant à la mère du poëte, c'était une Gordon de Gighs ; eile descendait de sir William Gordon, troisième fils du comte de Huntley, époux de la fille de Jacques 1°. Telle était la famille de celui que dans son enfance ses camarades de collége appelaient Ze vieux baron anglais, pour railler son attachement à son titre, et qui plus tard, devenu libéral et carbonaro, disait, en repoussant une ressemblance qu'on avait voulu établir entre J.-J. Rousseau et lui : « Il était du peuple, et je suis de la noblesse. »

Georges Byron naquit boiteux. J1 est remarquable que les deux plus grands hommes littéraires de l’Angleterre au commencement de ce siècle, Byron et Walter Scott, aient

eu tous les deux cette infirmité. On fit de nombreuses ten tatives pour redresser la jambe du jeune Byron : on le forçait de se tenir couché, immobile, et pendant ce temps la femme qui le soignait lui racontait des légendes et lui faisait des récits empruntés aux saintes Étritures. 1] est permis de croire qu’il dut à cette circonstance le goût qu’il a toujours montré pour les récits bibliques et pour le merveilleux. Il reçut les premières leçons de grammaire à Aberdeen, et en 1793 il visita la haute Écosse avec sa mère, qui cherchait à lui donner des distractions. Aimant avec passion les promenades dans les montagnes, il s’absentait de longues heures pour les gravir et jouir de leur aspect majestueux et pittoresque.

Ce fut à cette époque ( il n’avait que huit ans ) qu’il se prit pour une jeune fille de son âge d’une affection qui avait tous les caractères de l'amour. Ce phénomène n’est pas trèsrare, surtout dans les enfants qui doivent un jour étre des hommes à imagination : c’est la passion qui se trompe et vient trop tôt. Dante, Alfieri, Canova, ont été amoureux dans leur enfance; on connaît les amours précoces de J.-J. Rousseau. Ceux de Georges Byron étaient plus purs : « Je me rappelle, a-t-il écrit plus tard, nos promenades et le bonheur que j'éprouvais à m’asseoir auprès de Marie, dans l'appartement des enfants, pendant que sa plus petite sœur jouait à la poupée, et que nous nous tenions gravement, faisant l'amour à notre manière... Qu'elle est charmante son image, qui est restée parfaitement dans ma mémoire! sa chevelure noire, ses yeux bruns, ses vêtements eux-mêmes! Je serais désolé de la voir maintenant: la réalité, quelque belle qu’elle pût être, détruirait, ou au moins rendrait confus les traits de l’aimable péri, qui toujours vivent dans mon imagination, à la distance de plus de seize agnées : j'ai maintenant vingt-cinq ans et quelques mois. »

Pendant que l'enfance de Byron se passait dans la rêverie, il se préparait un événement qui devait avoir une immense influence sur sa destinée. Par suite de la mort d’un jeune homme qui habitait la Corse, il se trouva l’héritier du titre du cinquième lord Byron, son grand-oncle, qui vivait à l’abbaye de Newstead, dont Henri VIII avait fait présent à un Byron. Peu de temps après, en 1795, ce lord mourut : sa vie avait été afligée par une rencontre, ou plutôt une rixe, dans laquelle il avait tué un M. Chaworth, son parent. Les habitudes du vieux lord étaient singulières, son caractère sombre, et le vulgaire lui reprochaït des crimes. 11 n’y avait nul fondement à ces soupçons, mais ils le suivirent au tombeau. Cet événement fit une grande impression sur Georges Byron : la première fois qu’on l’appela à l’école en plaçant, selon l'usage, son titre avant son nom, le jeune lord fondit en larmes.

Sa nouvelle position demandant un nouveau tuteur, lord Carlisle, allié du feu lord, fut chargé de cette tutelle, et Byron vint à Londres avec mistress Byron. On l’envoya d’abord dans une institution particulière ; mais sa mère, qui n'avait aucune espèce de tenue dans le caractère, tantôt trop indulgente, tantôt trop sévère, empêcha son fils de suivre avec fruit ses études. Enfin, il entra à l’école publique de Harrow. Le docteur Drury, qui l’examina, trouva qu’on lui avait envoyé « un jeune cheval de montagne ». Son caractère était en effet ingouvernable, et, comme il le dit lui-même, il n’était pas populaire parmi ses camarades, mais il savait se faire aimer de quelques-uns. Ses sentiments en effet étaient aussi généreux qu'emportés : un jour, un de ces écoliers qu’on nomme {yrans dans les classes, et qui abusent brutalement de leur force, battait un écolier plus faible : Byron s'approche tremblant de colère, et lui demande « comhien il compte donner de coups à son ami. — Que t'importe, petit drôle? répond l’oppresseur. — Parceque, si cela vous plaisait, dit Byron, j'en prendrais la moitié. » Cet enfant qu’on battait, c'était Peel, qui devait être un jour l’un des plus grands hommes d’État de l'Angleterre.

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