US
Byron contracta des amitiés passionnées au collége ; il aimait avec toute la fougue de son caractère et avec toute la susceptibilité d’anse passion plus tendre. La mélancolie se mêlait à tout chez lui, et cet enfant, qui excellait aux jeux de force et d'adresse, qui était toujours le premier dans les conspirations enfantines, se plaisait à rêver dans le cimetière de Harrow, où l’on montre encore le tombeau sur lequel le plus souvent il s’asseyait. 11 était encore à Harrow quand il contracta pour miss Chaworth une passion qui eut certainement de l'influence sur le reste de sa vie. Cette jeune personne habilait Annesley, près de Newstead ; il la voyait souvent, et en devint très-épris. Elle ne put le payer de retour, car son cœur était engagé à un autre; elle raïlla même l'amour de celui qu’elle ne regardait que comme un enfant; elle le plaisanta sur son infirmité. En un mot, il fut trèsmalheureux dans cette première inclination. Certainement, les entrainements de la jeunesse calraèrent bientôt son chagrin; mais s’il ne regretta plus miss Chaworth, il plaignit le sentiment qu’elle avait inspiré. Il désespéra d’aimer jamais aussi sûrement, et ce rêve de sa jeunesse fut pour lui un regret etun motif pour tomber dans de coupables égarements. Ce fut en 1808 qu’il lui adressa les stances qui commencent ainsi :
Well ! thou art happy, and I feel That 1 should thus be happy 100 ;..
èt que tous les hommes de goût savent par cœur.
Dès l’année 1805, étant encore à l’université de Cambridge, il avait commencé à faire des vers. 11 imprima d’abord ses Juvenilia, seulement pour ses amis; mais comme ilsreçurent l’approbation de ceux à qui il les adressa, il obéit au désir secret qu'il avait de les livrer au public. Ses Hours of Idleness (heures d’oisiveté } parurent ; il les dédia à lord Carlisle, son tuteur, Quand on parcourt ces premières poésies de Byron, sans se laisser préoccuper par la réputation qu'il s’est acquise plus tard, on n’y trouve rien de remarquable, et l’on peut être tenté de condamner leur auteur à la stérililé. Les premiers vers de lord Byron sont faibles et sans verve. Ordinairement on trouve dans les jeunes poëtes de la force et de l'obscurité : le défaut de Byron à son début est le prosaïsme et une clarté insipide. Mais les symptômes du génie sont différents, et lui-même l’a bien prouvé, On pourrait à la rigneur pardonner à la Revue d’Edimbourg d’avoir méconnu l'avenir du jeune poëte; ce qu'on ne saurait excuser, c’est le ton grossier et méprisant de la critique. On sait comment Byron s’en est vengé.
Peu de temps avant l'apparition de la satire qui devait dénner l'essor à son talent, il était dans une position vraiment décourageante : son premier essai poétique était frappé du dédain cruel des journalistes et de l'oubli du public, et il avait fait son entrée à la chambre des lords inaperçu, sans patrons. Son manque de fortune, la mauvaise réputation de son père, la folle conduite de sa mère, avaient éloigné de lui les hommes de sa classe. 11 était donc négligé de tous, Or cet esprit indomptable ne pouvait sunporter le mépris. C'est ce qui explique l’amertume de English Bards and Scotch Reviewers, de cette satire qui étonna l'Angleterre et qui fit cesser dans Byron le sentiment qui tourmente surtout les hommes de génie, le doute qu'ils ont de ce qu’ils valent. Ce fut le sort de Byron d’attaquer dans cet écrit tous ceux dont il devait être un jour l’admirateur et l'ami : Walter Scott et Moore y sont fort maltrailés. Plus tard il répara noblement les torts qu'il avait eus envers eux, et la note insultante qui regarde Moore dans cette satire fut même l’occasion de l'amitié qui s'établit entre eux. La versification de la satire est forte et concise , mais la composition entière manque de clarté, Une remarque que l’on peut faire, c’est que la satire de Byron, tout en donnant une haute idée de ses talents, ne pouvait, pas plus que ses Hours of Idleness révéler la nature ct l'étendue de son genie : en effet lord
BYRON
Byron a écrit depuis sous une bien plus haute inspiration que celle qui lui dicta sa satire. 11 devait s’élever fort audessus de cette poésie, qui n’est que correcte et ingénieuse. On pouvait craindre, après ses premiers essais, qu’il ne fût jamais poëte; après sa satire, il y avait à craindre qu’il ne fût qu’un disciple de Pope. Cependant on y remarque. quelques traits hardis et poétiques, entre autres l’invocation au jeune Kirke White, mort d'un excès de travail; il le compare à un aigle frappé par un dard, qui doit sa rapidité au plumage de l'oiseau qu’il frappe. La comparaison n’est pas nouvelle : Waller et La Fontaine en ont pu donner l'idée à l’auteur. Il y a trop de solennité dans les vers, mais, au total, ce beau morceau est fortement touché.
Peu de temps après la publication de sa satire, lord Byron partit pour le continent. Avant de l’y suivre, constatons dans quelle disposition d'esprit se trouvait le poëte: Après le désappointement que lui avaient fait souffrir les dédains de miss Chaworth, il s'était livré, avec toute la violence de son caractère, aux passions et à la singularité de sa nature : sa jeunesse n'avait eu longtemps aucun frein, et il menait dans le vieux château de Newstead une vie de débauche et d’oisiveté. C’est avec le cœur plein de passions, avec de la force, mais du désordre dans l'esprit, que lord Byron partit le 2 juillet 1809 pour son voyage dans le Levant. I] traversa le Portugal et le sud de l'Espagne. Il séjourna quelque temps à Cadix, cette ville de plaisirs, qui a vécu dans ses vers, avec ses sérénades , ses belles femmes et son délicieux climat. Il visita la Sardaigne, la Sicile, Malte, et passa en Turquie. 11 aborda en Albanie, l’ancienne Épire; il s’avança jusqu’au mont Tomarit, et fut traité avec bienveillance et distinction par le fameux Ali-Pacha. Après avoir visité PIllyrie, la Chaonie, etc., il traversa le golfe d’Actium, avec une garde de cinquante Albanais, et passa l’Achéloüs dans sa route à travers l’Acarnanie et l’Étolie. Il s’arrêta en Morée, franchit le golfe de Lépante, et aborda au pied du Parnasse ; il vit les ruines de Delphes, et se rendit à Thèbes et à Athènes; il gagna ensuite Constantinople. Il en partait en même temps que M. Hobhouse, son ami, qui l’avait accompagné dans cette excursion, et en rapportait en Angleterre un livre bien fait. Quant à lord Byron, il retourna à Athènes, où il rencontra son ami le marquis de Sligo, qui désira l'accompagner jusqu’à Corinthe. A Corinthe ils se séparèrent : le marquis se dirigea sur Tripolitza, et Byron sur Patras. Il parcourut ensuite la Morée. Son intention était de se rendre en Égypte; mais il n’accomplit pas @ dessein, et revint en Angleterre au mois de juillet 1811, après deux ans d'absence. Il rapportait de ce voyage les deux premiers chants du Pèlerinage de Childe-Harold , et une satire, assez mauvaise imitation de l’Aré Poétique d'Horace. Un fait singulier, c’est qu’il crut que Childe-Harold n’était pas digne de l’impression, et qu’il fonda toutes ses espérances de succès sur son imitation d’Horace. Il fallut que M. Dallas, son ami, et M. Gifford lui assurassent que ce: poëme était une œuvre de génie. Il se laissa persuader à la: fin; mais il conserva toute sa vie de la prédilection pour cette médiocre satire, qui devait faire suite à ses Englis/ Bards and Scotch Reviewers.
Lord Byron n'avait pu revoir sa mère à son retour : elle était morte d’une maladie rapide. T1 pleura en elle, non pas la plus éclairée des mères, mais la seule amie qu'il eût au monde. Il perdit presque en même temps son ami Charles Skinner-Mathews, qui périt dans la rivière qui coule à Cambridge. Ces deux morts l’afigèrent profondément ; et il fallut pour l'en consoler et les occupations de la chambre haute, dans laquelle ilrentra, et les soins que lui demandait la publication de Childe-Harotd, dont il comprenait enfin l'importance. I fut accueilli avec faveur à la chambre des pairs. Avant son voyage il s'était assis presque isolé sur les bancs de l'opposition, à son retour il trouva de l'appui parmi ceux qui pensaient qu'il pouvait être utile à leur
BYRON
| cause. Il fut surtout l’objet de la bienveillance de lord Hol- | land, que sa générosité seule eût porté à devenir le soutien | de la réputation naissante de lord Byron. Le premier discours qu'il prononça, le 27 février 1812, peu de jours avant la | publication de Childe-Harold, fut très-applaudi. IL s’a- | gissait d’un bill contenant des peines très-sévères contre les | briseurs de métiers. Le jeune orateur fit dans son discours | allusion à ses voyages : « J'ai traversé, dit-il, le théâtre de | la guerre dans la Péninsule; j'ai parcouru les provinces les ) plus opprimées de la Turquie, mais jamais, sous le plus | despolique des gouvernements infidèles, je n'ai vu une | misère plus odieuse que celle qui a frappé mes yeux depuis | mon retour dans le cœur même d’un pays chrétien. Et quels | sont vos remèdes? Après plusieurs mois d’inaction, enfin | vient le grand spécifique, la panacée de tous les médecins | d'État, depuis Dracon jusqu’à nos jours. Après avoir tâté le pouls, après avoir secoué la tête, on prescrit, selon l'usage, l’eau chaude et la saignée : l’eau chaude de votre police naupe et les lancettes de vos soldats; et puis les con- | vulsions se terminent par la mort, ce qui est la fin de toutes | les cures de nos Sangrado politiques. N’y a-t-il donc pas | Assez de sang sur notre code pénal? en faut-il verser encore | pour qu’il monte au ciel et témoigne contre vous?.... » Il | nous semble que ce style vif, ces images d’un goût trop | hardi, révèlent dans Byron le désir d’imiter ce Sheridan, } qu’il considérait comme le premier orateur de la Grande- | Bretagne, et qui avait réuni à un si haut degré la réputation | d'homme de lettres à celle de brillant orateur. Quoi qu’il en } soit, Byron fut ravi de son succès et dit à M. Dallas, qui s’oc- | cupait de la publication de Childe-Harold : « Mon discours | est la meilleure préface à placer en tête du Pèlerinage. » } Quand les deux premiers chants parurent, le public | n'hésita pas : le succès fut subit, immense. « Un matin en | m’évcillant, dit lord Byron, je me trouvai fameux. » Ilde- | |
vint l’objet de l’empressement général. Le prince régent luimème désira le voir. Ils causèrent de Walter Scott, qui avait alors une grande réputation comme poëte. On peut dire, quoique cela puisse sembler un paradoxe, que nous | devons Waverley à Byron. En effet, comme Walter Scott | l'a déclaré lui-même, il n'aurait pas quitté la poésie pour la | prose, s’il n’avait point été surpassé comme versificateur par | l'auteur de Childe-Harold. Ce poëme effaçca La Dame du | Lac; mais sans lui nous n’aurions peut-être pas Zvanhoë. | Le beau fragment du Giaour, ce poëme si passionné, si | brillant , si oriental, augmenta encore la réputation de lord | Byron. Ce qui ajouta à l’empressement du public, ce fut | le bruit, qui n’était pas sans fondement, qu’il avait été le héros de l’aventure qu’il racontait. En effet , se trouvant à | Athènes, il avait empêché, par sa fermeté et son crédit, de | mettre à mort une jeune fille qui s’était laissé séduire par un chrétien. La Fiancée d’Abydos ne fit qu'augmenter la popuiarité de l’auteur, Il vivait alors et dans les dissipations du monde et dans les cercles les plus distingués de Londres. Il avait pour amis tout ce que l’Angleterre contenait d’illustre dans l'opposition : lord Holland, le marquis de Lansdowne, sir James Mackintosh. 11 fut attiré dans le salon de M°* de Staël par le charme qu’elle savait répandre dans la conversation, bien que l’esprit au poëête, un peu dédaigneux, ne se plût pas à ce qu’il y avait dans la fille de Necker de trop personnel et de trop disert. Il se livra avec délices à l’amitié de Sheridan, qui n’était plus que le débris de lui-même, mais dont l’étonnant entretien ravissait tous ceux qui l'écoutaient. Les suffrages du jeune lord, qui S’élançait vers la réputation , consolèrent Sheridan , qui sentait cruellement que sa gloire était obscurcie par ses vices. Un jour lord Byron dit, en parlant de lui : « Sheridan a excellé dans tout ce quil a voulu faire. Il a écrit la meilleure comédie (l’École de la Médisance); le meilleur opéra (l'opéra du Mendiant); la meilleure farce ( Le Critique); le meilleur prologue (sur la mort de Garrick), et,
pour couronner tout, il a prononcé le meilleur discours {sur l'Inde) qui ait été entendu dans ce pays. » Lorsque ces paroles furent répétées à Sheridan , il se mit à pleurer. Quand Le Corsaire parut, en 1814, il accrut la réputation de l’auteur; mais quelques vers qui l’accompagnaient soulevèrent contre lord Byron les amis du gouvernement, et ses journaux accablèrent le poëte d’injures. Ces vers contenaient une louange pour la princesse Charlotte, un sarcasme cruel contre son père.
Les événements de 1814 donnèrent une nouvelle force aux sentiments politiques de lord Byron. Tout en blâmant les fautes de Napoléon, il admirait ce qu'il y avait de grand et de poétique en lui, et il déplorait le sort de la France. II dit, en parlant d’une conversation dans laquelle Sheridan, avec la magie de sa parole, lui avait peint l'effet produit en Angleterre et en Irlande par le retentissement de la révolution française : « Si javais véritablement vécu alors, mais hélas! je n'étais qu'un enfant, j'aurais été un Édouard Fitz- Gérald anglais. » Et dans quelques fragments qu’il a laissés il peint merveilleusement, par très-peu de mots, le dégoût que lui inspiraient etl’ameutement des rois contre la France, et la petitesse des vues qui les dirigeaient : The thieves are in Paris (Les voleurs sont dans Paris), dit-il. Cette sympathie pour notre cause se manifesta dans plusieurs poésies qu’il annonca comme traduites du français.
Avant d'arriver à un événement qui eut une grande influence sur la vie entière de lord Byron, nous devons die que ce fut à cette époque qu’il rencontra Walter Scott à Londres. Celui-ci avait été assez maltraité dans la satire de Byron; mais son âme était trop élevée pour que quelques vers moqueurs l’éloignassent d’un homme tel que l’auteur de Childe-Harold, qui s'était, en outre, montré fâché et honteux d’avoir composé les English Bards and Scotch Reviewers. Ils passèrent près de deux mois à Londres, et se voyaient presque chaque jour. Lord Byron, malgré ses préoccupations politiques, n’avait pas continué de parler à la chambre des lords. Son second discours avait été moins applaudi que le premier, et il sentait qu’il affaiblirait son titre incontesté de grand poëte s’il s'opiniâtrait à devenir un médiocre orateur. D’ailleurs, les hommes à grande imagination ne sont pas faits pour la science politique, qui demande une vue froide du monde qu’ils ne peuvent avoir. Walter Scott a dit de Byron qu’il ne le croyait pas convaincu des principes libéraux qu'il affichait. La mort de Byron a donné un démenti éclatant à cette erreur; mais elle ne prouve pas que Byron eût pu être un homme d’État.
Quand un homme est livré aux passions, quand il n’a pas encore usé sa vie, on à coutume de lui proposer de cesser sur-le-champ d’être passionné, et de passer, sans transilion, de l’agitation à un calme parfait, et gravement on lui offre de le marier. Ce remède vulgaire, on l’offrit à lord Byron, et ce qui est singulier, c’est qu'il l’accepta. Il avait vu longtemps miss Anna Isabella, fille de sir Ralph Mibanke Noel, avec une complète indifférence ; non qu’elle fût sans beauté : elle était même remarquable sous ce rapport; non qu'elle ne ft pas spirituelle : elle faisait des vers ; mais parce qu’elle avait un caractère froid et sévère, qui ne pouvait sympathiser avec le sien. Comment il fut conduit à demander sa main, c’est ce qu'on ignore. Elle le refusa d'abord; et cependant, d’après une coutume anglaise, qui étonne notre pruderie française, elle continua à correspondre avec lui. Au bout d’une année il demanda de nouveau sa main, et l’obtint. La plus simple prudence aurait dù lui déconseiller cette union : il était sous le coup de poursuites, et presque ruiné ;. il se maria cependant , le 2 janvier 1815; le 10 décembre de la même année lady Byron lui donna une fille, son Ada, la seule fille de sa maison et de son cœur :
Ada! sole daughter of my house and heart!
Le 15 janvier 1816 lady Byron, après avoir écrit une lettre pleine d'affection à son mari, lui fit savoir qu’elle ne
le reverrait jamais. Thomas Moore, selon sa coutume, a, dans ses mémoires sur Byron, fait beaucoup de métaphysique et depensé beaucoup d’érudition pour prouver que lord Byron ne pouvait pas être heureux en ménage. Un mot de Byron, que lui-même il rapporte, aurait dù lui épargner la peine et de faire une psychologie matrimoniale des poètes, et de dresser la liste des grands hommes célibataires. Ce mot, le voici : « Les causes de notre séparation sont trop simples pour être aisément trouvées. » En effet, entre un poëte jeune, ardent, et une femme froide et attachée à ses devoirs, il ne devait pas y avoir de sympathie. Lord Byron était l’un des administrateurs de Drury-Lane ; il y avait dans ces nouvelles occupations de quoi inquiéter une femme moins susceptible que lady Byron. Il est douteux qu'il ait eu des torts; la noble conduite qu’il a toujours tenue après sa séparation semble prouver son innocence; mais son caractère impétueux et ses habitudes étranges ont dû fournir mille occasions de brouille et de rupture. Lady Byron, pour s’excuser d’avoir écrit une lettre pleine de tendresse à son mari peu de temps avant de le quitter, a adressé à Thomas Moore quelques lignes qu’il ne faut point hésiter à blâmer. Elle devait au père de sa fille et au plus grand poëte de son pays de garder un entier silence.
Peu de temps après une séparation à laquelle lord Byron lui-même avait consenti, il fit paraître deux pièces de vers, peu propres à ramener à lui le public, qui avait pris hautement le parti de sa femme. The Sketch, satire dans le goût de Juvénal, où il s’abaissa jusqu’à poursuivre de traits sanglants une servante dont l'influence lui avait été funeste, lui donna un caractère de violence qui nuisit à sa dignité. L'autre pièce, son fameux Adieu à sa femme, est encore restée une énigme pour ses amis. Il semble y avouer des torts, qui sont imaginaires , et y affecter pour sa femme une tendresse, qu’il ne ressentait pas. Mais il ne faut pas attacher trop d'importance à cette production charmante et passionnée , c’est le caprice d’un poëte qui fait mentir la vie réelle pour se peindre avec plus de bonheur. L'impopularité de Byron fut à son comble après l’apparition de ces vers. Les journaux l’attaquèrent; les caricatures multiplièrent son image ; les cercles lui furent fermés, et l’on passait pour courageux quand on le recevait dans son salon. Le parti aristocratique, qu’il avait négligé, les saints, qu’il avait offensés, les femmes, qui croyaient avoir à se plaindre de Ini, s’unirent pour en faire un monstre; et les mots de vampire , de Turc barbare, d’ogre et d’assassin, peuvent à peine donner une idée de ce qu’on pensait de lord Byron en Angleterre à cette époque. Enfin, les journaux ne trouvèrent rien de mieux que de le représenter comme un voleur de cabriolets.
Lord Byron quitta l'Angleterre pour la seconde et la dernière fois, le 25 avril 1816. Il débarqua à Ostende, traversa la Flandre et parcourut les bords du Rhin. Il s’arrêta quelque temps à Genève, et occupa, sur les bords du lac, la villa Diodati, qui commande la vue du Léman. A peine arrivé à Genève, il y fit la connaissance de Shelle y et de sa femme : Shelley était chassé de son pays par l'intolérance. Sa conversation originale, son imagination, qui, pour nous servir d’une expression de Moore, aurait pu suflire à une sénération entière de poëtes, durent plaire à lord Byron. L’intimité de lord Byron avec cet homme si extraordinaire et si malheureux fut certainement favorable au développement de son génie. L'athée Shelley avait une philosophie mystique, et pour nous servir d’une expression de Milton : elle élait musicale comme le luth d’Apollon.
…. musical as is Apollo’s Jute, On s’apercevra facilement en lisant les vers que Byron a composés postérieurement à sa liaison avec Shelley de l'influence quel'esprit méditatif et rêveur de ce dernier a exercée sur lui
BYRON
Ce fut près de Genève, pendant une semaine pluvieuse qui les renfermait à la maison, que Shelley, sa femme et lord « Byron s'amusèrent à composer des nouvelles dans le genre « d'histoires allemandes, remplies de scènes et de traits dia- . boliques, qu'ils avaient lues pour tromper leur ennui. Une de ces nouvelles, Frankenstein, composée par mistress Shelley, est restée une œuvre d'originalité et de talent. Byron traça à cette époque l'esquisse du Vampire. Un jeune homme, le docteur Polidori, qui était son médecin et son » protégé, s’empara de cette esquisse abandonnée par lord Byron, et composa ce roman du Vampire qui parut en France sous le nom du poëte, et qui commença, il faut le dire, la réputation de Byron parmi nous. Lord Byron avait vu M%° de Staël à Coppet, et celle-ci l'avait décidé à tenter un raccommodement avec lady Byron. La démarche qu'il fit ne réussit pas : ce fut peu de temps après qu’il composa he Dream (le Réve), dans lequel il peint ses malheurs avec une exquise sensibilité.
Byron quitta bientôt la Suisse pour l’Italie. Il visita Milan et Vérone, où il vit Monti. Il se fixa à Venise, en 1816. C'était certainement la ville qui convenait le mieux à un poëte, à un homme qui avait besoin de distractions et de plaisirs. Venise, qui est une ruine vivante, a beaucoup de charmes pour les Anglais : et si l’Héloïse de Rousseau avait poétisé pour Byron les bords du lac de Genève, l'Ofhello et la Venise sauvée rappelaient à son imagination deux des plus nobles efforts de la Muse anglaise. Il y retrouva aussi des habitudes sociales qui flattèrent la renaissance de ses passions, si nous pouvons nous exprimer ainsi. Il eut d’abord pour maîtresse la jeune femme d’un marchand, nommée Marianna , qui était d’une rare beauté. En même temps qu’il se jouait avec l’intelligence enfantine de Marianna, et qu’il était l’esclave de ses caprices et de sa jalousie, il se rendait chaque jour dans un couvent de moines arméniens, et y apprenait la langue arménienne. Son génie poétique ne restait pas non plus oisif. Il termina le troisième chant de Childe-Harold, fit paraître les Lamentations du Tasse, et composa le drame de Manfred. Ce drame étrange, et qui le premier a introduit sur le théâtre les esprits de la nature et fait des montagnes et des précipices des êtres avec lesquels on peut converser, obtint le plus grand succès, partioulièrement en Allemagne. On y retrouve une imitation évidente du Faust de Gœthe. Byron n'avait pu lire ce drame dans l'allemand, qu’il n’entendait pas ; mais M. Lewis le lui avait traduit en anglais. En 1817 il quitta Venise pour aller visiter Rome. 11 vit cette cité de l'âme ( city of the soul) en très-peu de temps. Marianna attendait avec impatience son retour à Venise; il y revint, et composa le quatrième chant de Childe-Harold, qui est généralement considéré comme son inspiration la plus haute, Maintenant ya se montrer une nouvelle face de sa vie, va commencer un nouveau développement de son talent.
Depuis son départ d’Angleterre, les événements et les lieux avaient merveilleusement préparé les deux premiers chants de Childe-Harold. Y1 ne manquait à son génie, pour nous servir de l’expression si heureuse de Bossuet, « que ce je ne sais quoi d’achevé que donne le malheur ». Sur ce point il n’avait plus rien à désirer. Une mélancolie grave s'étant emparée de lui, tout le portait à s'élever au-dessus de ce monde, qui le repoussait. La plaine de Waterloo, les bords du lac de Genève, pleins des souvenirs de la Julie, élevèrent sa pensée , que les entretiens de Shelley servirent à spiritualiser. Enfin, tranquille à Venise, bercé par un amour enjoué, vivant sous le ciel inspirateur de l'Italie, il termina son œuvre majestueuse. Mais la vie s'était réveillée en lui; l'inspiration, au lieu d'épuiser son génie , en avait au contraire fait jaillir des sources nouvelles. 11 était , dit Shelley, dans une admiralde veine de composition ; il se sentait fertile, et, enivré de sa force, il se jeta dans le monde et dans ses erreurs. Marianna fut abandonnée, L
BYRON
s’adressa à des femmes ardentes au plaisir, chez lesquelles l'amour était un besoin et une fureur. Margarita Logni, femme du peuple, violente, emportée, mais belle comme une tigresse, s'empara de lui, et à cette époque sa maison devint un lieu de scandale et de débauche. Il y usa sa vie. Ce fut alors qu'il conçut le Don Juan, sa seconde épopée, Don Juan , qui devait être la satire de tout ce qu’il avait vu , de tout ce qui l'avait fait souffrir, dans lequel il déposait la peinture idéale de la beauté et de l'amour. Il ne pouvait cependant rester longtemps dans cet état d'abaissement moral; il en fut tiré par la vue de la comtesse Guiccioli. C'était une jeune et belle Romagnole, mariée depuis deux années à un vieillard, Ils se virent une première fois sans s'attacher l’un à l’autre. Une seconde entrevue livra la jeune comtesse tout enlière à un amour que Byron a vivement partagé. La comtesse Guiccioli fut bientôt forcée de retourner à Ravenne, sa résidence habituelle. Lord Byron l'y rejoignit sous le prétexte poétique de visiter la tombe du Dante. Depuis ce moment il vit continuellement la comtesse, malgré la colère de sa famille et la jalousie, tardivement éveillée, de son mari. Il l'accompagna à Bologne ; elle alla même avec lui seule à Venise. Comme il voyait que cette jeune femme s’attachait de plus en plus à lui, il lui proposa de fuir avec lui. Cette proposition causa une vertueuse indignation à la comtesse Guiccioli, qui, comme toutes les Italiennes, trouvait très-simple de tromper son mari, mais frès-odieux de l’abandonner. Elle proposa à son amant l'expédient romanesque de se faire passer pour morte, disant que c'était chose facile. Byron a dà sourire à l’idée de cette tromperie, empruntée au drame italien de Shakspeare. Il composa à Ravenne sa prophétie du Dante, et écrivit son premier drame ( Manfred n’est qu’une rêverie dramatisée), Marino Faliero. I] avait ainsi atteint l’année 1820. Les trois premiers chants de Don Juan avaient obtenu un grand succès. Murray était resté l'éditeur de Byron ; mais ce libraire , qui appartenait à l’opinion tory , éditait avec peine les nouveaux ouvrages du noble auteur, et pour le dégoùter du sujet de Don Juan il lui faisait passer sans cesse des critiques de son poëême. Il lui écrivait un jour qu’une moitié seule de cet ouvrage devait être admirée. Lord Byron lui répondit : « C’est le plus bel éloge que vous puissiez faire de mon poëme? Est-il une composition poétique parfaite ? Exiger qu’un poëme soit parfait, c’est vouloir que tous les astres bralent en même temps à minuit. » La liaison prolongée de Byron avec la comtesse Guiccioli avait amené la séparation de cette dame d’avec son mari. Elle habitail près de Ravenne, et, réduite à des revenus très-médiocres, elle se consolait de la richesse qu’elle avait perdue par l'amour d’un grand poëte. Quant à lui, il avait renoncé au projet de revenir en Angleterre au moment même de le réaliser, L'année 1820 remua toute l’Europe. La révolution de Naples avait donné beaucoup d’espoir aux patriotes de la Romagne. Lord Byron s'était lié intimement avec le comte Gamba , père de la comtesse Guiccioli, et avec son frère, Pietro Gamba. Tous deux étaient fort avant dans le carbonarisme, et leur amitié compromit lerd Byron, dont la maison mème renferma pendant quelque temps les armes des conjurés. L'année qui suivit fut célèbre par les persécutions de la sainte-alliance. Les Gamba et la comtesse Guiccioli furent obligés de fuir Ravenne. Le séjour de cette ville convenait à lord Byron; mais un gouvernement soupçonneux ét l'impossibilité de rester éloigné de ses amis le forcèrent à la quitter. La coratesse Guiccioli hésita entre la Suisse et Italie. Ils se décidèrent enfin à aller habiter Pise. En 1821 lady Noël mourut. C'était la belle-mère de Byron. Une de ses dernières volontés élait que sa petite-fille Ada fût un assez grand nombre d'années sans avoir le portrait de son père. Cette disposition haineuse excuse l’aversion que lord Byron avait pour une ferme dont il dut prendre le nom, d’après des conventions de famille, mais qu'il se vantait, pour ainsi
1is
dire, de détester. L'année qui avait précédé cette mort, une personne qui n’était pas de sa famille s'était occupée d’une manière noble et touchante de l'état de ses croyances religieuses. La conduite de M. Sheppord, comparée à celle de lady Noël, montre toute la différence qui existe entre la dévotion et la bigoterie. M. Sheppord avait perdu une jeure femme d’une grande piété ; il trouva dans des papiers qu’elle avait laissés à sa mort une prière pour le salut de l’âme de lord Byron; il la lui fit passer avec une lettre courte et bien écrite. La réponse de Byron est pleine de grâce et de sensibilité. « Croyez, dit-il en finissant, que la prière d’une âme sainte adressée pour moi au ciel me semble plus précieuse que la gloire d’'Homère, de César et de Napoléon, si elle pouvait s'unir sur une seule tête. »
Une rixe avec un sous-officier autrichien força Byron de quitter Pise pour Gênes, où il se trouvait en 1822. Là deux chagrins cruels l’attendaient. 11 perdit sa fille naturelle, Allegra, qui avait cinq ans et quelques mois, 11 voulut qu’elle fût enterrée dans l’église de Harrow, avec cette seule inscription tirée de Samuel : J'irai à elle, mais elle ne reviendra pas à moi. Le second événement qui l’attrista profondément fut la mort de Shelley, qui se noya dans le golfe de la Spezzia. Un passage de la lettre où il rend compte de cette mort est trop frappant pour n'être pas cité : « Nous avons brûlé les corps de Shelley et de Williams sur le bord de ja mer, pour rendre possible de les transporter et de leur faire des funérailles. Vous ne pouvez vous figurer quel effet produisait ce bûcher funèbre sur un rivage désolé, avec des montagnes au fond et la mer devant, et la singulière apparence que le sel et l’encens donnaient à la flamme. Tout le corps de Shelley fut consumé, excepté son cœur, qui ne voulut pas prendre la flamme, et qui a été conservé dans l'esprit de vin. »
Pendant ces trois années, 1820, 1821 et 1822, lord Byron continua Don J'uun. En 1821, cependant, la comtesse lui avait fait promettre de ne pas continuer ce poëme. On sait qu'heureusement cette parole ne fut pas tenue, ou que le noble poëte en fut relevé. Outre Don Juan, ces trois années virent paraître les drames de Byron : d’abord Marino Faliero, puis Sardanapale, Les deux Foscari, Caïn, et Werner. Il n’est point d'époque de sa vie où il ait plus travaillé. Son amour pour la comtesse Guiccioli avait calmé son existence. Il était revenu à tous ses bons penchants. La passion de amour avait chez Byron cet effet singulier de l'identifier avec la personne aimée. Lors de son indigne liaison avec Margarita Logni, il était devenu d’une sordide avarice. On servait quatre bec-figues à leur dîner, etil en mangeait trois, A Gênes, sous l’empire de la comtesse Guiccioli, il donnait le quart de ses revenus aux pauvres.
Les comédiens de Londres voulurent représenter Marino Faliero malgré le vœu de l’auteur et les efforts de ses amis : la pièce (et cela ne pouvait être autrement, pour plus d’une raison) fut accueillie froidement. Des journaux dirent même qu’elle avait été sifflée; lord Byron fut vivement affecté de cette nouvelle, et quand il apprit qu’elle était fausse, il écrivit avec gaieté : « Combien de dommages-intérêts me payera le directeur de Drury-Lane pour avoir élé cause que jai cru pendant huit jours avoir été sifflé par son parterre? » Cain souleva contre Byron le parti des saints; ses amis mêmes, effrayés des grandes hardiesses de cet ouvrage, accusèrent Shelley de l’avoir inspiré à Byron. Shelley le nia, rétablit la vérité du fait, et s’écria : « Plût à Dieu que je fusse pour quelque chose dans cet admirable ouvrage! » Des contrcfaçons de ce drame ayant paru en Angleterre, le chancelier refusa à l'éditeur de Byron les moyens légaux de poursuivie les contrefacteurs. Sur ces entrefaites, pendant qu’il composait ses drames , il entretenait une guerre de plume avec le docteur Bowles, qui avait attaqué la réputation de Pope, le Boileau de l’Angleterre, Cette polémique ne passa pas cependant les bornes de la politesse. On ne peut pas dire qu’elle ait été favorable au talent de lord Byron; il y formula
les principes d’une critique étroite et peu digne de son génie, Le qui fit écrire avec raison à Sbelley : « I1 affecte d’être le patron d’un système de critique fait seulement pour les productions de la médiocrité; et quoique tous ses plus beaux poëmes et ses plus beaux passages aient été composés au mépris de ce système, j'en reconnais cependant les pernicieux effets dans le Doge de Venise. Cela limitera ses futurs efforts, s’il ne s’en débarrasse pas... » D
Shelley, qui avait eu une heureuse influence, selon nous, sur le génie de Byron, lui rendit un bien triste service en lui recommandant M. Leigh Hunt, que lord Byron avait, au reste, déjà connu en Angleterre. Malgré les prières de ses amis, lord Byron coopéra avec M. Hunt à la publication d’une revue intitulée Le Libéral. Celte publication n’obtint pas de succès, malgré la belle préface qui la précède et dont Byron est l’auteur. Elle eut en outre le désavantage de l’envelopper dans des tracasseries qui fatiguèrent sa patience. ll se persuada alors que sa réputation diminuait, et que l'admiration qu'il avait excitée en Angleterre ne tarderait ras à s'évanouir. Il était dans un état de découragement qu’au reste il avait déjà connu , lorsque les partisans de la révolution grecque songèrent à lui, comme étant l’homme dont la présence ferait le plus de bien à la cause des Hellènes. 11 embrassa avec ardeur l’idée de se rendre en Grèce. J1 répétait « qu’un homme doit faire pour la société plus que d'écrire des vers ». Néanmoins il ne pouvait se défendre d'un triste pressentiment; et certes l’état d’une santé affaiblie par des excès de diète, que lui commandait la crainte qu’il avait de prendre trop d’embonpoint, et par un régime capricieux, devait lui rendre ce voyage très-dangereux. Malgré les prières de la comtesse Guiccioli et sa mélancolie profonde, il s'embarqua en juillet 1823. Le vent d’abord le rejeta dans le port; mais il devint favorable, et une fois lancé sur la mer il reprit son courage, son espoir, et, comme dit Thomas Moore, « la voix de sa jeunesse semblait encore se faire entendre dans la brise qui le poussait aux rivages de sa Grèce bien aimée ». Dix jours après son départ, favorisé par un beau temps , il était à Céphalonie.
En Angleterre, où le ridicule est si puissant, on le railla beaucoup de ce que, parmi les armes qu’il emportait, se {rouvaient trois casques richement ornés. On taxa de puérilité cette fantaisie poétique. Il prouva bientôt que s’il avait été entraîné par l’enthousiasme en Grèce, il devait s’y conduire avec bon sens, fermeté et prudence. Instruit par un précédent voyage, tout en estimant les Grecs, il ne voyait pas en eux des contemporains de Miltiade et de Thémfstocle. « Il croyait les Grecs bons, pour nous servir d’une expression du colonel Stanhope, mais son but était de les rendre meilleurs. » J1 voulut rester dans les îles loniennes jusqu’à ce qu’il sût quel était l’état des partis en Grèce, et quels étaient les besoins les plus pressants à satisfaire. Pendant son séjour à Céphalonie, il se fit aimer par sa bienfaisance et estimer par la sagesse de ses vues, Le pressentiment de sa fin prochaine lui revint pourtant alors avec une grande force. 11 écrivait, le 27 décembre 1822, à Thomas Moore : « Si quelque chose, comme la fièvre, la fatigue, la famine, ou quoi que ce soit, atteignait au milieu de sa carrière votre frère en poésie, comme il est arrivé à Garcilaso de la Vega, à Kleist, à Kærner, souvenez-vous de moi au milieu des sourires el duvin. »
11 se rendit enfin à Missolonghi, après avoir traversé la flotte turque , qui manqua de s'emparer de son navire. Là, il prit à sa solde un corps de Souliotes, avec lequel il comptait attaquer Lépante. 11 fut infatigable dans les soins qu’il prit pour calmer les dissensions intérieures, et pour donner à cette cruelle guerre des habitudes d'humanité. Plusieurs fois il fit rendre les prisonniers turcs à la liberté, et il mettait à prix non la tête des ennemis, mais le soin qu'on aurait le les sauver. Cependant il n’arrivait à aucun résultat, I fut obligé de renvoyer les Souliotes, et le climat