‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 8 sur 556 · BRUTUS · texte numérisé non relu

BRUTUS

chevaliers et aux principaux plébéiens, et fit distribuer les terres royales aux citoyens les plus pauvres. C’éfait une habile et savante politique, comme celle des révolutionnaires français, qui décrétaient la vente des biens nationaux ; c’était, comme on l'a dit, décréter La victoire, car le peuple avait plus que ia liberté, il avait ses biens à défendre.

Brutus périt dans la première bataille livrée par les Tarquins à l’armée romaine, dans un combat singulier contre Aruns, lun des fils de Tarquin. Tite-Live raconte que chacun d’eux, dans son archarnemeut, songeant plus à frapper son adversaire qu’à se défendre, ils se donnèrent en même temps la mort. On nous dit bien que les chevaliers rapportèrent son corps à Rome, que les sénateurs vinrent le recevoir, que les dames romaines portèrent un an le deuil du vengeur de Lucrèce, qu'il fut représenté dans le Capitole un poignard à la main; mais que faisaient les plébéiens ? Ils attendaient sans doute un autre Brutus plus populaire que le premier, car la liberté pour eux était encore dans l'avenir. T. TOUSSENEL.

BRUTUS (Luaius-Junius) fut lun des premiers {ribuns du peuple. C'était l’orateur des plébéiens, lors de leur première retraite sur le mont Sacré (493 av. J.-C. ). Il avait pris le surnom de Brutus,'et le peuple lui confirmait volontiers ce nom du destructeur de la tyrannie; c’élait comme une éloquente menace contre celle des patriciens et des usuriers qui le chassaient de Rome. Junius parla pour le peuple romain avec tant d'éloquence qu’il fit pleurer, diton, les députés même du sénat. Lorsqu'un de ses dix commissaires, Menenius Agrippa, vint ensuite conter à ce malheureux peuple l’ingénieux apologue des membres et de l’estomac, lorsqu'il eut promis l'abolition des dettes, la mise en liberté des débiteurs, et de plus des lois contre l’usure, que le sénat s'était depuis longtemps engagé à faire, le peuple allait imprudemment descendre du mont Sacré pour rentrer dans Rome. Junius l’arrêta; et, convenant que d’ailleurs les promesses du sénat étaient fort belles, demanda six magistrats protecteurs du peuple, qui n'auraient qu’un pouvoir d'opposition. La chose parut bonne aux plébéiens, et le mot fut bien vite trouvé. Quatre tribuns du peuple furent nommés, sur le mont Sacré, dans une assemblée par curies, au milieu d'imprécations terribles, dictées par Junius, contre ceux qui violeraient la personne sacrée des tribuns, ou qui aboliraient le tribunat.

Junius et Sicinius, chefs des mécontents , tous deux tribuns, rentrés dans Rome à la {ête du peuple, n’eurent en effet qu'un pouvoir d'opposition, que leur velo; ils allèrent s'asseoir sur un banc à la porte du sénat, attendant pour entrer que les consuls vinssent leur demander leur avis ; ainsi le voulait la loi nouvelle; mais leurs successeurs, peu contents de leur pouvoir négatif, passèrent bien vite, comme on sait, de la résistance à l’action, et forcèrent les portes du sénat. T. ToussenEz.

BRUTUS (Mancus-Junivs), élevé par Caton, son oncle et son beau-père, dans les principes austères de la philosophie stoïcienne, partisan de Pompée, qui, dans la guerre civile de Marius et de Sylla avait fait tuer son père Junius Brutus, rédigeait un sommaire de Polybe la veille de la bataille de Pharsale, au milieu de cette brillante jeunesse patricienne qui se disputait déjà toutes les magistratures de Rome, et qui devait être sibrusquement déconcertéele lendemain par ce mot de César : « Soldat, frappe au visage. » Brutus, habitué de bonne heure aux douloureux sacrifices de l'école de Zénon, soldat du meurtrier de son père, n’accepta pas sans remords le pardon de César, qui l’aimait, qui le croyait son fils, qui, pour adoucir son caractère violent et le forcer à la reconnaissance, lui donnait le gouvernement de Ja Gaule Cisalpine et la préture urbäîne, justement réclamée par Cassius, comme le dictateur en convenait. Brutusse reprochait tous ces bienfaits de César : amant fanatique de la vieille république romaine et de la philosophie grecque,

il n'avait pas besoin sans doute des billets anonymes qu’on jetait sur son tribunal, ou bien au pied de la statue de Brutus son aïeul, à ce qu'ont dit Atticus, l’ami de Cicéron, et Plutarque après lui; il se trouva, comme patriote et comme philosophe, tout prêt à frapper César le jour où Cassius et toute l'aristocratie, humiliée comme lui des bienfaits et des pardons du dictateur, eurent besoin pour conspirer de son bras, mais surtout de son titre d'homme vertueux. On sait que César, amené par un autre Brutus aux conjurés, qui l'attendaient dans le sénat, s’étonna de trouver aussi Junius Brutus parmi ses assassins, et que celui-ci, dans la chaleur de l’action, reçut un coup de poignard à la main.

Brutus , retranché dans le Capitole, et comptant, pour défendre la liberté patricienne, sur une armée de gladiateurs, Brutus, forcé par l’indifférence du peuple romain d’accepter l’amnistie du sénat, Brulus, chassé de Rome avec tout son parti par l’éloquence d'Antoine aux funérailles de César, ne comprit pas encore son erreur. « Si la mort de César est inutile, c’est qu’Antoine, se disait-il, nous a trahis, et que j'eus grand tort de l’épargner aux ides de mars, quand mes amis voulaient le tuer ; c’est que Cicéron n’est pas stoïcien, c’est qu'il craint trop l'exil, la pauvreté, la mort. » Brutus, dont Caton avait faussé esprit et l’âme, ne voulait pas voir que les choses avaient changé comme les hommes, que la fierté républicaine s'était retirée du peuple, et concentrée dans un petit nombre de patriciens ; que le peuple avait accepté volontiers la puissance de César, à la condition qu’il abattrait l'aristocratie. Ce nivellement si désiré des masses devait faire supporter au peuple romain bien des maîtres plus mauvais que César.

Après l’arrivée à Rome d’Octave, d’abord rivalet bientôt collègue d'Antoine , après que Cicéron, l’orateur du sénat , l’orateur des chevaliers, l’orateur de Pompée, l’orateur de César, l’orateur de ses meurtriers, fut devenu l’orateur d’Octave, qui l’appelait son père, Brutus, désespérant du sénat dirigé par Cicéron, pria celui-ci, dans une lettre fort éloquente, qui nous est restée, de ne demander pardon que pour lui-même , et prépara la guerre civile. Dans cette Grèce frivole , qui avait encore des orateurs athéniens pour complimenter le meurtrier de César, et des philosophes pour converser avec l'élève de Caton, il s'empara d’armes et d'argent destinés à Antoine, rallia les soldats épars de Pompée , se fit livrer la Macédoine, que lui avait adjugée le sénat , et rejoignit Cassius dans l'Asie. Là il eut à subir toutes les nécessités de la guerre civile. Pour cette guerre, à laquelle il sacrifiait sa propre fortune, dont il était, comme le vieux Caton , économe et rigide administrateur, il fallut ruiner les riches provinces de Asie, piller Rhodes et brûler Xanthe. On,dit qu’un soir dans sa tente, au milieu de l'étude qui devait raffermir son courage, un fantôme, son mauvais génie, lui apparut, et lui donna rendez-vous à Philippes. C’est là qu’en effet le sort des armes décida entre la république et l'empire. Dans la première bataille, Brutus fut vainqueur, mais Cassius le crut battu comme lui, et se donna la mort. Brutus, maître de la mer en présence d’un ennemi affamé, devait temporiser ; mais il lui tardait d’en finir. Forcé de faire égorger des prisonniers qui l’embarrassaient, de promettre le pillage des plus riches villes de la Grèce, de Thessalonique , de Lacédémone, à ses soldats, qui désertaient, il livra bataille, fut vaincu malgré des prodiges de valeur, se fit donner la mort par le rhéteur Straton, et en mourant renia dit-on, la vertu. Antoine couvrit de son manteau le corps de Brutus; Octave, qui était venu surveiller les victoires d'Antoine, lui fit couper la tête pour la jeter aux pieds de la stalue de César.

Bonaparte disait de Brutus : « C’est un aristocrate, qui ne ua César que parce que César voulait diminuer l’'autonité du sénat pour accroître celle du peuple, » On aime mieux croire, avec Antoine, que de tous les assassins de César, Brutus fut le seul qui nele tua point par des motifs de jalousie, de haine

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