‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 75 sur 556 · CABANIS — CABARET · texte numérisé non relu

CABANIS — CABARET

rence réelle entre le cabaret et la taverne. Le cabaret est

libre à l'humanité; nous voilà réduits au triste rôle de marionnettes ; la nature ou la Providence seules sont respon* sables de nos actions, comme de celles des fourmis ct des. castors. Nous voilà rangés parmi les simples animaux, et la société sans garantie ni sécurité. Il faut reconnaître en effet que la philosophie qui fait dériver nos idées des sens extérieurs, ou qui n’admet avec Aristote, Locke et Con dillac que la sensibilité physique transformée pour cause unique de notre intelligence, doit arriver, par une déduction logique, exacte, à cette conclusion, que l’intellect résulte. de la matière et de ses modifications. Si l’on peut se passer ainsi de tout autre principe, qui d’ailleurs ne tombe point sous nos sens, la matière seule paraît suffisante pour produire tous les phénomènes que nous apercevons dans l’uni= vers. Nous avons vu cependanf que les philosophes ont re culé pour la plupart devant l’athéisme. Cabanis, nourri dans la société de d’Holbach, de Diderot et de plusieurs autres métaphysiciens du dix-huitième siècle, devait done $’empreindre de leurs opinions. Nous rendons justice à cet homme célèbre; il n’eut point le courage de suivre dans toute leur rigueur ses principes ; il n’osa admettre l’anéan tissement total de notre moral à la mort.

Fatigué de l’agitation des affaires publiques et des travaux dans lesquels il consumaïit sa vie, dès l’âge de cinquanté et un ans l’altération de sa santé obligea Cabanis à se re ftrer dans la petite ville de Meulan ou à Ruel; en 1807, au printemps, atteint d’une première attaque d’apoplexie, il ne s’occupa plus dès lors que d’amusements littéraires, et, prévoyant sa fin sans terreur, il en parlait avec une douce mélancolie. Enfin, le 5 mai 1508, une nouvelle et forte attaque l’enleva à l’âge de cinquante-deux ans.

Cabanis, sans s'être placé au rang des génies, a jeté un grand éclai par ses liaisons avec des hommes illustres et par des écrits remarquables. Son style est plein d'élégance, quoi que ses périodes soient parfois longues et diffuses, Il manque de chaleur et non pas de clarté; il développe fort bien des. idées déjà connues, sans en offrir de nouvelles; ennemi dé tous les préjugés, il montre une bonne foi sincère dans ses opinions. 11 aima la science, et l’aida surtout par son zèle à réorganiser l'École de Médecine, quoiqu'il n’ait nulle part agrandi le champ des connaissances humaines. 11 n'était guère praticien; cependant ses vues ne manquaient pas dé justesse; il orna la médecine de fleurs littéraires, et l'applis qua principalement à la métaphysique et à l'idéologie. Destutt de Tracy, son ancien collègue et son ami, a donné un excel lent abrégé de ses principes et en a suivi les conséquences avec une grande sévérité logique. C’était un véritable phi lanthrope et un homme sensible, dont les torts étaient répa rés par les plus nobles qualités du cœur, J.-J. VIRey.

Les œuvres de Cabanis ont été réunies en 5 vol. in-8°, pus bliés en 1823-25; le dernier volume contient les œuvres posthumes. Les doctrines et le talent de Cabanis ont été. l’objet d’une appréciation remarquable de M. Ch. de Rémusa dans la Revue des Deux-Mondes (octobre 1844). En 1850 M. Mignet a donné lecture à l’Académie des sciences mo: rales et politiques d’un mémoire sur la vie et les écrits du célèbre médecin philosophe.

CABARDIE,. Voyez KaBarDa.

CABARET, lieu où l’on vend du vin en détail, où l'on donne à boire et à manger. Ce mot, suivant Ménage. vient de caparetum, dérivé du latin caupo, cabaretier. D& vocabulistes ont perdu leur temps à établir des distinc tions puériles entre les mots cabaret et taverne, les uns prétendant qu'on boit du vin dans les tavernes sans } manger, et qu'on donne à manger dans les cabarets; les autres soutenant que les tavernes sont des lieux où lot donne à manger et où l’on vend du vin par assieltey et les cabarets des lieux où l’on vend du vin sans nappe nl assiette, Quoi qu’il en soit, il existe , en France, une diffé

CABARET

un endroit où l’on vend du vin en détail à qui en veut, soit pour l'emporter, soit pour le boire sur place, soit sur le comptoir, soit sur une table. La taverne, chez nous, malgré son antique origine, exprime quelque chose de plus vil, de plus odieux encore que le cabaret. On n’y va que pour y boire avec excès. Il ny à que la canaille qui hante les tavernes ou tapis-francs, rendez-vous ouverts à la débauche et à tous les désordres qui en résultent, Justement flétries à cause des excès qui s'y commettent , les tavernes, suivant le célèbre Patru, devraient être, aux yeux de la loi, aussi infâmes que les mauvais lieux. Cependant ce mot tend de nos jours à se réhabiliter, et, grâce à l’anglomanie, d’assez bons restaurants l'ont remis en crédit.

Or, voyez un peu comme tout change et se modifie, selon le temps, les pays et les circonstances, Avant lPintroduction du café, avant l'établissement des cafés publics en France, et jusqu'au commencement du siècle dernier, les cabarets étaient encore des lieux de rendez-vous, de société, d’amusement, de liberté; les gens comme il faut ne rougissaient pas de les fréquenter. Sous Louis XIV encore il y avait foule, et du meilleur ton, je vous jure, à la Ponnme de Pin. Les marquis et les chevaliers allaient au cabaret, quelquefois uniquement pour boire, pour s’enivrer, comme font encore les hommes de la lie du peuple, mais souvent aussi pour diner, pour souper. C’est dans un cabaret de la rue des Fossés-Saint-Germain des Prés, chez Landelle, marchand de vin traiteur, qu'avaient lieu les diners de l’ancien Caveau, où figuraient Piron, Collé, Panard, Saurin, Gallet, ete. Mais comme tout tend anjourd’hui à s'élever, à s’épurer, nobles, gens de lettres et gens comme il faut, ont cessé de hanter les cabarets ; et, si on vous invite encore quelquefois par plaisanterie à diner au cabaret, vous pouvez être sùr d'avance que ce sera chez quelque traiteur ou restaurateur en vogue. On cite bien certains marchands de vin chez lesquels on est mieux servi que dans plus d’un restaurant en renom; mais ce progrès annonce toujours une transformation prochaine, et on vous montrera à Paris plusieurs restaurants somptueux qui n'étaient il y a douze ou quinze ans que de vulgaires cabarets.

Il n’en est pas de même chez nos voisins d'Outre-Manche. Les tavernes sont en grand honneur à Londres. Un gentlean, un membre du parlement, un noble Jord, ne croiront point manquer aux convenances en y allant boire le porter et manger le roast-beef avec le simple industriel, avec l’homme du peuple. Qui ne sait que les personnages les plus célèbres de la Grande-Bretagne, Pitt, Fox, Sheridan, Burke, Brougham, etc., n’ont jamais dédaïgné d’assister dans des tavernes à ces réunions d’où ont surgi, au milieu d’une orgie et de toasts nombreux, à travers la mousse de la bière et les fumées du vin, tant d'idées lumineuses, si utilement adoptées pour la gloire et les intérêts du gouvernement.

On appelle cabarets borgnes ceux qui sont sales, obscurs, situés dans des rues détournées, et tenus par des gens mal famés. Ceux qu’on trouve dans les villages et sur les routes sont nommés bouchons, parce qu'ils ont pour unique enseigne un bouchon de lierre ou de quelque autre feuillage, suspendu au-dessus de la porte. Ceux-ci sont fréquentés par les postillons, les rouliers, Is voyageurs piétons, et quelquefois par les malfaiteurs. Les premiers sont Je réceptacle de la lie du peuple, des gueux et des mendiants, qui pullulent dans les grandes villes. C’est là qu’ils apportent l'argent, les débris de viandes et de poissons, les morceaux de pain, qui forment le produit de leurs quêtes vagabondes, et qu’on yoit souvent, à la suite d’abondantes libations d’eau-de-vie, l'aveugle recouvrer miraculeusement la vue et le paralytique l'usage de ses membres. Là aussi, auprès d’une table informe ; où l’on boit, chante et mange, un ménétrier fait danser une populace déguenillée.

C’est dans les guinguettes des barrières que les ouvriers et Les petits boutiquiers de Paris, femmes et maris, filles et

garcons, vont les fêtes et dimanches, mais surtout les lundis, se livrer au plaisir de boire et de danser. On y trouve du vin à six et sept sous le litre, salle de danse pour l'hiver, jardin champêtre pour la danse d'été, orchestre ordinairement détestable, mais assez nombreux, surtout en instruments aigus et bruyants, En changeant de nom, ces cabarets n’en ont pas pris un plus relevé; car guinguette vient de guinguet , sorte de petit vin. Il y a une soixante d'années, on avait aussi donné à ces réunions de danse le nom de bastrinques ; mais à ce mot se rattache aujourd’hui une idée de mœurs et d’habitudes crapuleuses bien propre à en faire proscrire usage par la politesse. Le vin qu’on y débite n’est pas moins mauvais que dans les cabarets urbains : c’est toujours de la ripopée ; mais comme il est à meilleur marché, l’ouvrier en boit davantage, ce qui revient au même pour la dépense, mais non pas pour la raison et la santé. 11 boit en un jour le gain de la semaine précédente , le montant de ce qu’aurait coûté le pain de ses enfants pour la semaine suivante, Ce n’est pas sans dégoût et sans danger que le soir on voit déboucher de toutes les barrières une foule d’ivrognes, les uns hurlant, chancelant, heurtant les murs et les bornes, el risquant à chaque pas de tomber ou d'être écrasés par les voitures; les autres, plus fermes sur leurs jambes, et plus redoutables dans leur ivresse, injuriant, poussant, maltraitant les passants. Mais l'ivresse n’est qu’une indisposition passagère; c’est l’ivrognerie du peuple parisien qui est horrible, abominable, parce que les vins âpres, durs, aigres et détestables dont il s’abreuve dans les cabarets et les guinguettes, étant toujours frelatés par des mélanges pernicieux, altèrent d'autant plus les organes, disposent plus promptement à l'ivresse, et la rendent plus funeste au bon ordre et à la santé.

On à augmenté dans ces derniers temps la pénalité contre les marchands de vin qui débitent des boissons falsifiées, mais la loi est encore trop indulgente. Les cabaretiers qui falsifient le vin, l’eau-de-vie et les liqueurs par des mixtions dangereuses, en sont quittes, lorsque leur fraude criminelle est découverte, pour la perte du liquide falsifié, une légère amende et une quinzaine de jours de prison au pis-aller. Ils devraient être poursuivis et punis comme empoisonneurs, car ils tuent autant de monde que tous les fléaux réunis.

On dit proverbialement et populairement qu’il y a du vin à tout prix au cabaret, pour dire qu’il faut distinguer les choses, et qu’il y en a de différentes valeurs. Faire de sa maison un cabaret, c’est y recevoir trop facilement tout le monde à boire et à manger. Il faut bien cependant que le mot cabaret ne soit point tout à fait ignoble, puisqu'on l’a donné à de petites tables et à des plateaux à rebords, en vernis ou en laque de la Chine et du Japon, sur lesquels on place des tasses et autres pièces de porcelaine, pour prendre du thé, du chocolat, du café. On appelle également ainsi ces pières de porcelaine, lors même qu’elles ne sont pas sur un plateau. A la cour du grand-seigreur et des potentats de l’Asie, on sert de pareils cabarets de porcelaine, les jours de gala, devant les fonctionnaires publics invités. H. Auprrrrer.

Aux termes d’un décret présidentiel du 29 décembre 1851, aucun café, cabaret ou autre débit de boisson à consommer sur place, ne peut ètre désormais ouvert sans la permission préalable de Pautorité administrative. La fermeture de ces sortes d'établissements peut être ordonnée par arrêté du préfet, soit après une contravention aux lois et réglements qui concernent ces professions, soit par mesure de sûreté publique. Tout individu qui ouvre un de ces établissements sans autorisation préalable ou contrairement à un arrêté de fermeture, est puni d’une amende de 25 à 500 francs et d’un emprisonnement de six jours à six mois; l'établissement sera en outre immédiatement fermé. Une circulaire du ministre de Pintérieur aux préfets, en date du 2 janvier 1859, a recommandé les soins les plus consciencieux et l'attention la plus scrupuleuse à ces fonctionnaires chargés d'appliquer une

loi qui, dit-elle, « fait une large part à l'arbitraire dans une question touchant aux intérêts publics et aux intérêts privés ». L'autorisation d’ouvrir un de ces établissements ne doit être accordée qu'après un examen minutieux et à des individus dont les antécédents et la moralité sont suffisamment garantis. Les cafés et cabarets que l’on transformerait en clubs ou foyers de propagande politique, qui deviendraient le rendez-vous des repris de justice, d’individus vivant de prostitution et de vol, ainsi que ceux où l’on débite des boissons falsifiées ou altérées doivent être impitoyablement fermés.

CABARET (Botanique), plante vivace du genre asaret , de la décandrie monogynie et de la famille des aristoloches (asarum europæum, Linn.), très-commune dans le midi de la France. Sa racine, menue, traçante et accompagnée de quelques fibres qui plongent à environ cinq centimètres dans la terre, entre dans la composition de la thériaque, et s'emploie quelquefois comme émétique. Ses feuilles, qui naissent des nœuds de la racine, ont une forme particulière, qui a souvent fait donner à la plante le nom d'oreille d'homme ou d’oreillette. Elles sont d’un vert foncé en dessus, plus pâle en dessous, et ont une vertu purgative plus forte encore que la racine. Le cabaret est encore connu sous les noms vulgaires de rondelle, nard sauvage, Girard Roussin, etc. Ses fleurs, qui naissent du même endroit que les feuilles, mais dont le pédicule n’a guère que deux centimètres et demi de longueur, sont d’une seule pièce, à six pans, d’un vert brun, tirant sur le rouge, et renfermant plusieurs étamines et un pistil, qui devient un fruit contenant des semences semblables à des pepins de raisin, Elles ont nne odeur aromatique très-forte, tenant de celle de la grande valériane et du nard indien.

Une espèce de cabaret qui croît au Canada diffère de celui d'Europe, en ce que ses feuilles, quoique arrondies, se terminent en pointe, que son odeur n’est pas aussi forte et que ses racines ne sont point émétiques.

CABARET (Ornithologie), nom vulgaire du fringilla montium, espèce du genre linotte.

CABARRUS (François, comte pe), né à Bayonne en 1752, et destiné au commerce par son père, négociant distingué, après avoir étudié à Bayonne et à Toulouse, fut

envoyé à Saragosse chez un correspondant de son père, !

nommé Galabert, dont il épousa secrètement la fille en 1779, contre le consentement des deux familles. Cependant son beau-père lui confia la direction d’une fabrique de savon qu'il avait à Carvanchel. La proximité où il était de Madrid lui fournit l’occasion de selier avec plusieurs savants de cette ville, nommément avec l'abbé Guevara, éditeur de la Gazetie de Madrid, qui lui fit faire la connaissance du comte deCampomanès et du P. Olavidès. C’est alors que des plans ambitieux se développèrent dans son esprit, La guerre avec l'Amérique septentrionale, à laquelle l’Espagne dut prendre part contre l’Angleterre, enleva à ce pays ses ressources en Amérique, et Cabarrus, consulté par le ministre des finances au milieu de circonstances aussi embarrassantes, proposa de créer un papier-monnaie portant intérêt. En conséquence , on en mit en circulation pour dix millions de piastres; et comme cette monnaie de papier fut bientôt plus recherchée que l'argent comptant, Cabarrus devint l'objet d’une extrême considération. II fonda alors, en 1782, la banque de San-Carlos, dont il fut nommé directeur, établit en 1785 l'association commerciale des îles Philippines, et fut nommé conseiller des finances. J1 y eut même en France beaucoup d’engouement pour les actions des deux compagnies de ce moderne Law, ce qui détermina Mirabeau à éclairer le public sur leur véritable valeur; et le pamphlet de l'orateur français porta un coup sensible au crédit de ces deux institutions.

Cabarrus se disposait néanmoins à relever le gant, lorsque après la mort de Charles 1, en 1788, il tomba en disgrâce,

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