‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 77 sur 556 · CABASSOU · texte numérisé non relu

CABASSOU

On appelle encore cabassou ou kabassou le tatou à douze bandes.

CABAT (Louis-Nicoas). Bien que Louis Cabat soit du nombre de ces artistes dont la carrière n’a pas tenu tout ce que leur début avait fait espérer, il a néanmoins sa place marquée dans l’histoire du paysage moderne. Né à Paris,

le 24 décembre 1812, il eut pour maître Camille Flers, qui marchait alors, sinon à la tête, du moins à côté des pein-

res récemment affranchis de l’ornière académique. 11 n’est cependant pas resté fidèle à ses leçons. Malgré le vif sentiment qu’il a toujours eu de la nature, malgré l'accent de vérité dont il a essayé de colorer ses tableaux, Cabat n’a jamais cessé complétement de se préoccuper du style. 11 débuta au salon de 1833 par quatre paysages d'une grande simplicité d'aspect, et dont la vigoureuse coloration mérita les applaudissements de tous les bons juges : c’étaient les Bords de la Bouzanne, le Moulin de Dampierre, l'Intérieur d’un bois et le Cabaret à Monsouris. Le succès de Cabat s'accrut l’année suivante par l'exposition de la Vue du Jardin Beaujon , de l'Intérieur d'une métairie et de l'Étang de Ville-d Avray, peinture solide, et peut-être même trop solide, qui fait aujourd’hui partie du Musée du Luxembourg.

Dans ces premières œuvres, dans celles qu’on vit de lui aux diverses expositions du Louvre, il y avait comme une forte saveur de réalité qui mérita bientôt à Cabat, dans le groupe des paysagistes de la nouvelle école, une place qu'il n’a malheureusement pas su garder. A la suite d’un voyage qu’il fit vers 1837 en Italie, sa manière subit une transformation fâcheuse. Troublé par le souvenir de Poussin et de Guaspre, il voulut agrandir ses horizons, il voulut corriger la nature : le Chemin dans la vallée de Narni, exposé en 1838, inquiéta d’abord ses amis; mais lorsqu’en 1840 Cabat mit au salon le Jeune Tobie, le Samarilain, Le lac de Némi et l'Intérieur de forët, on reconnut que la révolution était complète. Malheureusement, en abordant les compositions de style, Cabat oublia les qualités de naïveté et de fraîcheur qui avaient fait son succès : les deux Paysages du salon de 1841 ne ramenèrent pas à l'artiste la sympathie qui l’abandonnait. Pris alors d’une sorte de lassitude, et inquiet des destinées de son talent, Cabat n’exposa plus aux salons annuels; et bien que, le 6 juin 1843, la décoration de la Légion d'Honneur ait été le consoler sous sa tente, il ne reparut au Louvre qu’en 1846, où il envoya le Repos et un Ruisseau à la Judie.

Depuis cette époque Cabat a essayé de remonter le torrent et de retrouver son ancienne manière. Il y est une fois parvenu; car C'était une toile lumineuse et charmante que ses Chèvres dans un bois, du salon de 1851. Ajoutons qu’en ses meilleurs jours, Cahat a montré dans l’exécution une lourdeur qui diminue singulièrement la réalité de son co- Loris et la transparence de ses effets. Paul ManrTz.

Dans ces derniers temps M. Cabat a exposé denombreuses toiles, qui lui ont valu la croix d’officier de la Légion d’honneur en 1855 et une médaille en 1867, L'Académie des beaux-arts l’a choisi pour remplacer Brascassat parmi ses membres,

CABESTAING (GuicLaumE DE), troubadour célèbre par l’histoire sanglante de ses amours, vivait vers la fin du douzième siècle. Selon la chronique placée en tête de ses poésies dans plusieurs manuscrits, l’horrible catastrophe de sa mort paraît avoir eu lieu en 1180, sous le roi d'Aragon, Alphonse I1, qui possédait alors le Roussillon, où se passa cette aventure tragique, racontée depuis par Boccace, dans sa quatrième Journée. Antérieure d’une dizaine d'années à ja mort de Raoul de Coucy, tué au siége d’Acre en 1189, la fin déplorable de Cabestaing paraît avoir fourni à l’auteur du

roman de La Dame de Fayel, écrit vers 1228, les circons-

| fances atroces d’une vengeance maritale que Fauchet et La

| Croix du Maine ont rapportées, et que De Belloy a rendues DICT, DE LA CONVERS. — T. IV

CABESTAING 129

populaires par le succès de sa meilleure tragédie, On reconnaît dans la vie de notre troubadour les principaux ineidents de l’histoire de Gabrielle de Vergy.

Cabestaing, gentil-homme sans fortune, vint, dès sa première jeunesse, se présenter à Raymond de Castel-Roussillon, qui l’agréa pour varlet, c'est-à-dire pour page, et ne tarda pas à le donner comme donzel (écuyer) à sa femme madame Marguerite. Jeune, sensible, spirituel, enjoué, d’une figure charmante, Cabestaing, par ses assiduités et les charmes de son esprit et de sa personne, offrait à la belle châtelaine un danger qu’elle ne put éviter; elle conçut pour son damoisel une passion dont il partagea toute la violence, et l'amour le rendant poëte, il célébra les attraits et la beauté de sa noble maîtresse dans des chants où l'on trouve une naïveté grâcieuse jointe à un mélange d'idées religieuses et d'images passionnées.

Les vers de Cabestaing éveillèrent bientôt l’attention des envieux ; leurs propos malins arrivèrent à l'oreille de Raymond, qui, voulant aussitôt connaître la vérité, s’élance sur son desirier, et vient seul au-devant de l’écuyer, occupé à chasser à l’épervier aux alentours du château. Là, tout en chevauchant ensemble, et après avoir fait avouer adroitement à Cabestaing que l’amour seul lui inspire ses chants poétiques , il lui demande le nom de la dame qui en est l'objet. En vain le damoisel se refuse à une confidence qui serait une indiscrétion coupable, sa résistance irrite encore l'humeur jalouse de Raymond ; il insiste, il presse, il supplie, à tel point que Cabestaing, pour lui donner le change, finit par lui déclarer qu’il aime la belle Agnès, sœur de madame Marguerite, sa femme : Raymond, transporté de joie, lui jure qu’il servira leurs amours de tout son pouvoir, et néanmoins, pour s'assurer mieux encore du fait, il veut aller sur-le-champ au château de Robert de Tarascon, son beau-frère.

On tourne bride, on arrive; Raymond se hâte de remplir l’objet de son voyage, il interroge secrètement Agnès, et la bonne Agnès, qui acru surprendre dans son regard un soupçon de défiance, frappée d’ailleurs de l'inquiétude qu’elle a remarquée dans l’écuyer de sa sœur, dont elle connaît les amours, répond aux questions insidieuses de son beau-frère en lui avouant, comme malgré elle, qu’elle aime Cabestaing ; mais, en femme adroite et prudente, elle se hâte de faire connaître sa bienveillante supercherie à son mari, qui l’approuve, et l’engage même à user de toutes les apparences qu’elle croira propre-à tromper la jalousie de Raymond. En effet, Agnès s’enferme dans sa chambre avec le damoisel, et, seule avec lui pendant plusieurs heures, elle n’en sort que pour le souper, où elle se montre sémillante et toute joyeuse. Raymond ne conserve plus de doute sur la fausseté des rapports qu’on luia faits; et le lendemain, grâce aux adroites dispositions d’Agnès pour leur coucher, il repart du château avec l’intime persuasion que la nuit a mis le comble au bonheur des amants. De retour chez lui, il s'empresse de révéler à sa femme intrigue qu'il croit avoir découverte, et lui raconte malignement tout ce qui s’est passé chez sa sœur. Marguerite, se croyant trahie, et frappée au cœur , cache à peine ses larmes ; libre enfin d’y donner cours, elle fait appeler Cabestaing, l’accable des plus vifs reproches, refuse d’abord de l'entendre, puis finit par l'écouter, et reçoit enfin sa justification : elle était facile, elle fut complète, Mais, entièrement rassurée sur la fidélité de son amant, Marguerite n’en reste pas moins fâchée qu'on puisse attribuer aux chants poétiques de Cabestaing un autre objet qu’ellemême, et, au risque de tout ce qui peut en advenir, elle exige de lui que dans une chanson il dise qu'il aime et n’aime qu’elle seule. La chanson est faite; elle nous a été conservée. Selon l'usage des troubadours, elle se termine par un envoi, imprudemment adressé au mari lui-même.

A cette lecture, la plus noire jalousie s'empare de Raymond; il ne doute plus de sa honte, et, comprimant sa fureur peut

mieux assurer sa vengeance , ilconduit Cabestaing, sous un prétexte, hors du château, le poignarde, lui coupe la tête et lui arrache le cœur ; puis, apportant à son cuisinier ce cœur palpitant encore, il lui ordonne de l’apprêter comme un morceau de venaison, et le fait ensuite servir à sa femme, qui le mange en lui avouant qu’elle a trouvé ce mets excellent, « Je le crois, répond le eruel; il est bien juste que vous aimiez mort ce que wous ayez tant aimé vivant, et, lui présentant à ces mots la tête pâle et sanglante de Cabestaing, il lui apprend l’horrible repas qu'elle vient de faire : à cette vue, à ces paroles effroyables, Marguerite, saisie d'horreur et de désespoir, s’éerie : » Oui, barbare ! je l’ai trouvé si délicieux, ce mets, que je n’en mangerai jamais d’autre pour n’en pas perdre le goût, « Raymond, ne contenant plus sa fureur, court à elle l'épée à la main; elle fuit, se précipite d’un balcon, et expire en murmurant encore le nom de son amant,

Le bruit de cette aventure tragique se répandit bientôt dans la contrée avec toutes ses affreuses circonstances; les parents de Marguerite, ceux de Cabestaing, tous les chevaliers , les seigneurs du Roussillon et des pays voisins seliguèrentcontre Raymond, et mirent ses terres à feu et à sang; le roi Alfonse, son suzerain, vint lui-même sur les lieux, le fit arrêter, le dépouilla de ses biens, et fitdémolir son château. Ce prince honora ensuite la mémoire des deux amants par de magnifiques funérailles ; ils furent mis dans le mème tombeau deyan{ une église de Perpignan, et l’on y grava leur histoire. Longtemps encore après, les chevaliers et les dames du pays et des environs y venaient chaque année prier pour le repos de Marguerite et de Cabestaing. Les chansons qui nous restent du troubadour , au nombre de sept, se trouvent dans des manuscrits de la Bibliothèque nationale, Cinq d’entre elles sont imprimées dans le deuxième yolume du Choix des Poésies originales des Troubadours, par M. Raynouard, quia également publié la Vie de Cabestaing. PELLISSIER.

CABESTAN (de l'espagnol cabre stante, chèvre debout). Cette machine ne diffère du treuil que par sa position. Le cabestan en effet se compose d’un arbre ou cylindre autour duquel s’enroule la corde qui tire le corps qu'il faut déplacer : on fait mouvoir ce cylindre , dont la position est verticale, au moyen de deux ou plusieurs barres disposées en croix, ce qui forme quatre leviers ou davantage que des hommes poussent devant eux en circulant autour de la machine : plus ces leviers sont longs relativement au rayon du cylindre, plus les avantages de ceux qui font tourner le cabestan sont grands, ce qui résulte immédiatement de la théorie du levier,

Supposons que le rayon du cylindre soit de deux décimètres, que la longueur des leviers, mesurée du centre du cylindre à leurs extrémités, égale deux mètres ou vingt décimètres, il en résultera qu’une force appliquée à l'extrémité du levier déplacerait un obstacle résistant comme une force décuple, c’est-à-dire qu’un tel cabestan décuplerait les forces des hommes qui le feraient mouvoir. L'érection de l’Obélisque de Louqsor à Paris donne une faible idée de la puissance de ces machines. Il semble au premier abord qu’en faisant lecylindre du eabestan d'un très-pelit diamètre, on pourrait augmenter à l’infini les avantages de la machine ; cela est vrai en théorie, mais la chose est impossible dans la pratique ; d’abord, parce qu’il est nécessaire que le eylindre ait une grosseur suffisante pour résister sans rompre aux efforts qui s’exercent sur lui; en second lieu, si le cylindre était d’un très-petit diamètre, la corde se roulerait plus difficilement dessus, ce qui ajouterait à la résistance de l'obstacle qu'il faudrait vainere; enfin, plus les leviers seront longs, plus la force motrice emploiera de temps, puisqu'elle aura plus d'espace à parcourir,

On a proposé un moyen fort simple pour qu'une force donnée, agissant sur les leviers du cabeslan, puisse déplacer une masse quelconque, Ce moyen consiste à diviser le cylindre en deux parties, lesquelles représentent deux cylindres

CABESTAING — CABET

de diamètres inégaux : dans ce cas, le fardeau qu'il faut tirer est attaché 4 l’axe d’une poulie dans la gorge de laquelle passe une corde dont les bouts sont fixés sur les cylindres inégaux, de façon que, quand le cylindre total tourne, les deux moitiés de la corde se roulent sur les cylindres inégaux en sens contraires. Admettons que les cylindres partiels aient le même diamètre, il est évident que les efforts représentés par la résistance à déplacer se détruiraient réciproquement, puisque les cordes tendraient à faire tourner le cylindre total en sens contraire, agissant l’une et l’autre avec des leviers égaux (les rayons des cylindres); mais si le diamètre de l’un des cylindres est de si peu que l'on voudra plus grand que celui de l’autre cylindre, la force « qui tendra à faire rouler la corde sur le gros cylindre en dépensera plus qu’il ne s’en déroulera sur le petit; la masse se déplacera et s’approchera du cabestan avec d'autant moins de vitesse que la différence des diamètres des cylindres entre eux sera plus petite. Si un tel système n’est pas généralement adopté, e’est, entre autres inconvénients, par rapport à la lenteur ayec laquelle une semblable machine fonctionnerait.

Les cabestans ordinaires sont employés de temps immémorial pour trainer, soit sur des rouleaux, soit sur des surfaces unies, des fardeaux de {out poids et de toute grandeur; c’est indubitablement avec leur aide que les anciens Égyptiens ont pu ériger les superbes obélisques qui décoraient les entrées de leurs temples. L'emploi du cabestan permet aux hommes qui le font tourner d’agir ayec le maximum de forces dont ils sont moyennement capables : on estime ce maximum à 25 kilogranmmes,

Les défauts de ces machines consistent principalement dans les frottements des tourillons du cylindre dans leurs trous et dans le déplacement de la corde qui, en se rouJant, ayance yers l’une des extrémités du cylindre à la manière d’une vis, ce qui oblige à suspendre le mouvement pour replacer la corde vers l’autre extrémité : cette opération, que les ouvriers nomment choquer , fait perdre un temps considérable, Quoi qu’on ait fait pour obvier à ces inconvénients, on n’y a pas encore réussi complétement,

Les marins appellent vindas le cabestan mobile sur les ports; pour les constructeurs en bâtiments, le vindas est un cabestan de petite dimension, fixe ou mobile, TEYSSÈDRE.

Cette machine est employée sur les vaisseaux pour lever les ancres ou autres fardeaux auxquels sont amarrés les câbles, que l’on fait passer autour du cylindre. Pour cet effet, il y a ordinairement deux cabestans sur les vaisseaux, savoir un grand, qu’on appelle cabestan double, et un petit, qui est le cabestan ordinaire. Le cabestan double est placé sur la première batterie, derrière le grand mât ; il s'élève jusqu’à 1” 30 ou 1° 60 au-dessus du pont. Son nom de cabestan double lui vient de ce qu’on peut mettre des hommes sur les deux ponts en même temps pour le faire tourner et doubler ainsi sa force. Il sert particulièrement à lever les ancres. Le cabestan ordinaire est placé sur le second ou le troisième pont, et sert à hisser les mâts de hune et les grandes voiles, et dans toutes les occasions où l’on peut lever les ancres avec peu de force.

CABET (Érienxe), l'un des grands prêtres du com munisme, est ne en 1788, à Dijon, où son père exerçait la profession de tonnelier. Les sacrifices que celui-ci s'imposa permirent à son fils de faire quelques études sous la direction du fameux Jacotot, le révolutionnaire de l’enseignement primaire, dont il s’honora longtemps d’être avant tout le disciple. Plus tard, M. Cabet remplit les modestes fonctions de surveillant ou de pion dans diverses pensions, où il put commencer l'étude de la médecine, qu’il abandonna bientôt pour celle du droit, bien autrement facile quand on se trouve en pareille position, Reçu avocat à force de travail et de persévérance, il se fit inscrire au barreau de sa ville halale; mais c'était là un théâtre trop étroit pour son ambi<

CABET

tion. Il ne tarda donc pas à se rendre à Paris, où son premier soin fut de se faire affilier à la charbonnerie française. L'exagération de ses principes en politique lui valut bientôt une place dans le comité directeur de cette société secrète; honneur suprême qui lui fit à juste titre bien des envieux, parce qu’en cas de révolution il lui assurait une part dans la curée des places. Effectivement, la révolution de Juillet ne fut pas plus tôt consommée que le nouveau garde des sceaux, Dupont (de l'Eure), s’empressait de récompenser la pureté et la notoriété de son patriotisme par les fonctions de procureur général en Corse. Pour un avocat sans causes l'avancement était un peu prompt; mécontent pourtant de son lot, et comprenant patfaitement que sous le régime parlementaire, tel que la royauté de Juillet entendait le pratiquer, la chambre des députés allait être le grand bazar des places et des faveurs, M. Cabet brigua en 1831 les honneurs de la députation; et avec l'appui assez timide de l'administration, en même temps qu'avec le concours de la société Aiïdetoile ciel t'aidera, reconstituée par Garnier-Pagès et à laquelle il avait donné des gages, il fut nommé dans la Côted'Or.

Au Palais-Bourbon, le nouveau député mit tout de suite le marché à la main aux ministres, et, les trouvant hésitants, se jeta dans l'opposition la plus avancée. C'était donner sa démission. Les feuilles du parti radical exaltèrent alors à l’envi le patriotisme de l’ex-procureur général, qui passa ainsi, d'emblée et définitivement, grand citoyen. L'année suivante M. Cabet publia une Histoire de la Révolution de 1830, œuvre sans portée, sans idées et sans style, mais violente et déclamatoire autant que possible, et qui fit de lui dès lors dans le parti républicain une notabilité incontestée. A quelque temps de là il fondait avec Rodde, Cauchoix-Lemaire et autres, Ze Populaire, feuille radicale du dimanche, restée célèbre dans les souvenirs de l’époque, bien moins par le talent de sa rédaction que par ses nombreux démèêlés avec le parquet d’abord, et ensuite avec la police, qui prétendait avoir le droit d’en interdire la vente sur la voie publique. Un article publié par M. Cabet dans ce journal le fit condamner, en mars 1834, à deux ans de prison; mais comme en matière de délits de presse il n’y a point d’arrestation préventive, M. Cabet, peu soucieux des honneurs du martyre entre les quatre murailles d’une prison, passa en Angleterre, où il continua de faire au gouvernement de Louis-Philippe une guerre de pamphlets des plus acharnées, et où il resta jusqu à ce que l’amnistie de 1839 lui rouvrit les portes de la France.

En 1840 M. Cabet crut devoir gratifier ses concitoyens d'une Histoire de La Révolution de 1789 à 1830 de sa façon (4 vol. in-8°), ouvrage précisément de la même valeur que celui qu’il avait consacré huit ans auparavant à la révolution de juillet, mais qui, grâce au mode de publication par feuilles et livraisons détachées, obtint un certain débit dans les classes populaires, où il fit d'assez nombreuses recrues à la démagogie, et qui, on le devine, n’était que l’apothéôse aussi lourde que triviale de tous les héros du jacobinisme , le tout relevé de force déclamations contre l'exploitation du pæuvre par le riche et de visibles tendances an communisme. A partir de ce moment M. Cabet devint l’oracle des bas-fonds de la démagogie , et n’eut d’autre rival dans leur estime et leurs sympathies que le citoyen Laponneraye, autre historien de la révolution française ejusdem farinæ dont l'œuvre , demeurée non moins inconnue dans les classes qui croient encore à la grammaire et veulent avant tout qu’on la respecte quand on se mêle d'écrire, fait aussi partie des Évangiles de la démagogie, et, comme la sienne, a même obtenu les honneurs de trois ou quatre éditions (si tant est qu’à cet égard on puisse ajouter une foi entière aux énonciations inscrites sur la couverture).

M. Cabét était revenu à Paris dans un bon moment pour un agitateur, Les inutiles fortifications dont le roi Louis-Phi-

——————@— mr

lippe s'était obstiné à entourer la capitale, profitant, pour en ordonner d'urgence la construction , d’une erise produite dans la politique extérieure par la question d'Orient et ses péripéties, avaient provoqué dans les masses le plus vif mécontentement, et continuaient à être de la part de la presse de Paris et des départements le sujet des discussions les plus passionnées. Cette fois, à la surprise générale, la politique du gouvernement n'avait pas rencontré de plus habile avocat que Le National. M. Cabet, on le pressent, n’eut garde de tomber dans une semblable hérésie, et fit bien vite chorus avec ceux qui la dénonçaient aux frères el amis comme une noire trahison commise, à prix d'argent sans doute, par quelque chef de file de l’orgueilleuse et impuissante coterie à laquelle cette feuille républicaine servait de fort détaché pour tenir constamment le pouvoir en échec. A partir de ce moment l’hégémonie exercée jusque alors par le National, comme représentant la portion intelligente du parti, fut irrémissiblement perdue; et la direction de l’idée révolutionnaire se trouva partagée entre cinq ou six meneurs représentant autant de nuances de cette même

l'idée. Or, depuis 1830 M. Cabet avait assez payé de sa per- | sonne et de sa plume pour avoir droit, en dépit de l’hos-

tilité dédaigneuse des hommes du National, à être enfin compté comme quelque chose parmi ses coreligionnaires politiques. Cette question des fortifications le servit donc à souhait sous ce rapport, et le grandit à ses propres yeux de dix coudées.

D'ailleurs, l’ancien procureur général près la cour royale d’Ajaccio, distançant du premier vol tous les autres aigles du Socialisme, ses concurrents dans l’exploitation des misères sociales comme moyen d’arriver au pouvoir, arborait maintenant bravement le drapeau du Communisme. Le feuilleton avait mis le roman à la mode; ce fut la forme du roman que M. Cabet choisit pour populariser ses idées, Son Voyage en Icarie, roman philosophique, où l’on trouve la description enchanteresse de la terre promise par lui à ses adeptes, eut tout le résultat qu’il s’en était promis. Il circula dans les classes inférieures de nos principaux centres d'industrie, où l’auteur compta bientôt un certain nombre de fanatiques adhérents à ses doctrines. A leurs yeux il fut désormais la loi et les prophètes du nouvel ordre social, dont on annonçait alors publiquement de tous côtés la prochaine inauguration. En effet, M. Cabet n’était pas le seul publiciste qui fit en ce temps-là de réformation sociale métier et marchandise. Son utopie Zcarienne n’était même au fond, on peut le dire, que la contrefaçon assez plate des idées et au système dont les disciples de Fourier, eux-mêmes contrefacteurs des disciples de Saint-Simon, avaient commencé sept ou huit ans auparavant et continuaient encore la trèsfructueuse exploitation sous le nom de phalanstère.

On a aujourd'hui de la peine à comprendre la tolérance du pouvoir à l'égard des théories saugrenues imaginées à l'envi depuis 1830 par tant de charlatans politiques , littéraires ou philosophiques. On s’expliquera cependant aisément qu’ils se soient rencontrés en si grand nombre, si on se rappelle les incroyables fortunes faites, sous le règne de Louis-Philippe, par certains condottieri de la presse périodique, et surtout par les adeptes du Saint-Simonisme, que le gouvernement de ce prince s’efforça de rallier à lui, et qu’il combla de faveurs et d’honneurs, malgré la notoriété de scandale qui s’attachait à leur nom. Ces primes données par le pouvoir à l'esprit d’audace et d’aventure devaient nécessairement provoquer les ambitieux et les intrigants à se servir de moyens analogues pour arriver au même but, à savoir : des positions honorifiques et surtout lucratives dans cet ordre social qui a tous les vices et qu’il faut détruire coûte que coûte, tant qu’on ne profite pas soi-même de ses abus. Parmi tous ces réformateurs et tous ces rénovateurs, recrutés indislinctement aux différents degrés de la hiérarchie sociale, et acceptés comme autant de génies les uns par

les autres avec une touchante bienveillance, ne se discutant non plus jamais entre eux, attendu qu'en pareille matière l'important est de paraître nombreux, on voit bientôt s’établir une solidarité autrement énergique et puissante que celle qui existe entreles membres des coteries littéraires ; et chacun d'eux pour parvenir compte à bon droit autant et plus même sur Pappui de ses complices que sur son propre savoir-faire.

M. Cabet put librement débiter ses doctrines, et elles ne furent l’objet d’aucune critique de la part de la presse. On aimerait à pouvoir attribuer le silence de celle-ci à son respect pour le principe de la liberté des opinions, si on ne savait que le produit de l’annonce figurant au nombre des bénéfices les plus clairs du journalisme, la presse a renoncé aux droits de la critique le jour où elle s’est faite entrepreneuse et courtière de publicité. Or M. Cabet était sous ce rapport un client à ménager, puisqu'il faisait de l’annonce en grand, Il connaissait trop bien aussi l'influence du journalisme pour ne pas user directement lui-même de ce levier, dans l'intérêt de la propagation de ses idées. Il ressuscita donc Le Populaire, qui devint le Moniteur de l’Icarie ; et le gouvernement le laissa tranquillement battre en brèche l'ordre social à l’aide de cette feuille politico-mystique, parce que le journaliste avait cette fois l’art de rester dans le vague de théories et de discussions jugées peu dangereuses du moment où elles ne prenaient pas corps à corps les puissants du jour, et que d’ailleurs il n’allait point encore jusqu’à attaquer franchement le mariage et la famille. M. Cabet fit même paraitre en outre, pendant cinq ou six années consécutives, un A!manach Icarien à 50 centimes ; parce que dans ce bon pays de France, en dépit du progrès si vanté des lumières et de l’instruction , l'almanach étant le seul livre que connaissent et pratiquent les deux tiers de la population sachant lire ou à peu près, il y avait encore là un moyen facile et commode de vulgariser des idées qui ne demandent qu’à être indiquées pour être tout aussitôt saisies et comprises par les intelligences les plus épaisses. Il se rencontra même parmi ses disciples des hommes de bonne volonté, des fanatiques de l’idée Icarienne, qui se chargèrent de tenir, sous la dénomination de cours icariens , des conférences populaires où on lisait et commentait, à l’usage des néophytes, les écrits du maître; et la police laissa faire.

Ainsi, secondé par l’apathie des uns et l’incurie des autres, M. Cabet réussit à rallier de nombreux prosélytes à ses doctrines. En 1847 son journal publia les statuts d’une association pour la fondation dans les pays d’outre-mer d'une colonie destinée à réaliser les mirobolantes descriptions de son Voyage en Icarie. Il annonçait avoir obtenu une concession d’un million d’acres de terre au Texas, sur les bords de la Rivière-Rouge, et conviait ses fidèles à réaliser tout ce qu'ils possédaient, à abandonner cette vieille Europe, dont l'aspect soulève le cœur de tout franc républicain, et à s’en venir fonder aves lui l’Icarie. Déjà soixante-neufindividus des deux sexes et de tout âge, formant l’avant-garde de la grande armée icarienne, s'étaient embarqués au Havre et faisaient voile vers la terre promise, quand éclata la Révolution de Février. Cet événement fit espérer un moment à M. Cabet qu'il allaitenfin lui être donné de réaliser ses utopies en France même. Il suspendit donc son départ à la tête du gros de l’armée icarienne, dont il confia provisoirement le commandementà un deses vicaires, homme d’ailleurs d’une vertu éprouvée, pour briguer les suffrages des Parisiens à l’eflet d’être nommé par eux l’un des représentants de la Seine à l'Assemblée Nationale, du haut de la tribune de laquelle il se proposait de faire tomber sur le reste du pays des torrents de lumière icarienne, Qui de nous ne se rappelle encore les affiches de toute grandeur, de toute couleur, apposées à cet effet sur tous les murs de la grande ville à l'époque des élections pour la Constituante, en 1848, et annonçant sa candidature par la simple formule alors d'usage ; Nommons Cabet!

CABET

Tant d'efforts et une mise en scène si habile furent inufiles. La coterie du National et de la Réforme l’emportabien sur presque toutela ligne; mais M. Cabet, lui, en fut pour ses …

frais. A quelques jours de là une lutte terrible ensanglantait Paris. C’était le drapeau de la république démocratique, so-

cialiste et surtout communiste, que l'insurrection avait franchement arboré. Elle fut décidément vaincue, et M. Cabet,

perdant désormais tout espoir de sauver la France à sa façon, « se décida à l’abandonner à son malheureux sort pour aller

rejoindre ses fidèles sur les bords de la Rivière-Rouge. L'0-

pinion lui sut d'autant plus gré de cette stoïque résignation,

que précisément à cette même époque un de ses concur-

rents en matière de réforme sociale, M. Considérant, montait à la tribune de lAssemblée nationale pour demander au pays une petite concession dé 1,500 hectares, fond et superficie, dans la forêt de Saint-Germain, en s’engageant à la défricher et à y réaliser, aux portes mêmes da Paris, les merveilles dn Phalanstère. On trouva que pour un simple essai demander au trésor public une subvention de plusieurs millions de francs, c'était aller un peu vite en besogne, surtout de la part d’un réformateur. Un immense éclat de rire accueillit donc la proposition du citoyen Considérant : celui-ci ne fut plus désormais qu’un pygmée en comparaison du citoyen Cabet, qui, lui du moins, en fait d'expériences sociales, se chargeait de les faire à ses frais.

Il y avait ici erreur. M. Cabet expérimentait tout bonnement aux frais des malheureux prolétaires et ouvriers qui avaient cru à ses belles paroles, et qui, sur la foi de ses brillantes promessss, n’avaient pas hésité, qui à retirer son pécule de la caisse d’épargnes, qui à vendre ses meubles, pour sûbvenir aux frais du passage à travers l'Atlantique, parfaitement convaincus que sur les bords de Ja Rivière- Rouge les alouettes, comme on dit vulgairement, tombaient du ciel toutes rôties. Il nous a été personnellement donné de voir partir ainsi pour le nouveau monde une famille de prolétaires parisiens, et jamais nous n’oublierons l’exaltation de ces infortunés, dont tous les propos indiquaient un état de démence tenant le milieu entre la fureur et l’imbécillité, ou plutôt participant de l’une et de l’autre.

Est-il besoin d’ajouter qu’à leur arrivée sur les bords dela Rivière-Rouge tous ces fanatiques, au lieu du bonheur ineffable que le Maître avait pendant si longtemps fait miroiter à leurs yeux, ne rencontrèrent que misère et déception? Nos consuls aux États-Unis durent les rapatrier, et, comme on voit, c’est encore en définitive le trésor public qui a dû faire en partie les frais des folies de M. Cabet, Parmi les infortunés qu'il avait si cruellement abusés par ses prédications, il s’en rencontra un bon nombre qui, ayant perdu un peu trop tard toute foi en la vertu et aux belles paroles du Maitre, n’hésitèrent pas à le traduire comme un vulgaire escroc devant le tribunal correctionel de la Seine, en l’accusant de s'être personnellement approprié une partie du trésor commun montant à plus de deux cent mille francs ; et M. Cabet, qui pendant ce temps-là s'était rendu dans sa fameuse concession d'un million d'acres de terre, fut condamné par défaut, le 30 septembre 1849, à deux ans d’emprisonnement,

Cette condamnation lui servit de prétexte décent pour abandonner la colonie nouvelle déjà agonisante, L'honneur du fondateur de l’Icarie ne devait-il pas rester immaculé! M. Cabet s’en revint donc à Paris purger ce défaut ; et il eût fallu en vérité lui supposer bien peu d'habileté pour ne pas prévoir qu'il arnverait armé de chiffres irréfragables qui forceraient ses juges à repousser la plainte en escroquerie déposée par les renégats de l’Icarie, et à déclarer qu'il n'avait commis aucun délit prévu par la loi. Ce second jugement est du 96 juillet 1851.

Le triomphe de M. Cabet était trop éclatant pour ne pas légitimer de sa part les plus hautes espérances. Au lieu donc

"de songer à aller retrouver ses frères en Amérique, il an-

CABET

nonÇa l'intention de se mettre sur les rangs pour l'élection présidentielle, Les événements du 2 décembre 1851 le déterminèrent à retourner en Amérique. Au commencement de 1856, aidé de nouveaux arrivants, il reprit la dictature; mais une sorte d’insurrection le força bientôt à résigner ses pouvoirs et même à quitter Nauvoo, Il alla s'établir à Saint- Louis, et y publia deux nouveaux écrits intitulés Colonie ou république icarienne dans les Etats-Unis d'Amérique, et Ce que je ferais si j'avais 500,000 dollars. Une altaque d’apoplexie foudroyante l’enleva dans cette ville, le 8 novembre 1856,

On pardonnerait peut-être à M, Cabet ses illusions si elles avaient le mérite de l'originalité ; mais on ne peut même lui concéder la propriété des idées avec lesquelles ilest parvenu un instant à grouper autour de lui quelques centaines de dupes. /carie n’est en effet que la plate contrefaçon de New-Lanark et de New-Harmony, colonies que Robert Owen, il y a plus d’un demi-siècle, essaya successivement

de-fonder, en Écosse d’abord et aux États-Unis ensuite; colonies qui échouèrent tout aussi piteusement, et qui avaient également pour base le communisme. Le réformateur social écossais dépensa à ce grand œuvre l'immense fortune que lui avait léguée son beau-père , brave travailleur mort quatorze ou quinze fois millionnaire. M. Cabet a dépensé à la même chimère les dernières ressources de quelques familles de prolétaires, et le peu qu’il possédait, sans compter ses théories. Or, qu’on ne l’oublie point , elles ne lui appartiennent même pas en propre; et il ne peut tout au plus prétendre qu’à la propriété de certaines broderies dont il a cru devoir les orner. Nous aimons du reste, après avoir apprécié le visionnaire politique, à constater l’honorabilité du caractère privé de M. Cabet.

CABIAL, que, selun Sonnini, on doit prononcer cabiaye, est le nom donné par Buffon à l’Aydrochærus capibara, animal américain de l’ordre des rongeurs, que le naturaliste Klein a pris pour type de son genre cavia. Ce genre, qui nous offre des espèces intéressantes, telles que le cochon d'Inde , Vagouti, etc., a été plus ou moins modifié par les successeurs de Klein; F. Cuvier y a établi quatre divisions bien distinctes, qui peuvent être considérées comme autant de genres; il les nomme : {° cœlogenus, c’est celui des pacas; 2° chloromys, qui renferme les agoutis; 3° Aydrochæœrus, ou véritable cabiai : 4° anœæma, qui renferme les cochons d'Inde.

Les pacas se trouvent au Brésil, au Paraguay et aux Antilles, où ils sont fort estimés comme aliment; mais ils commencent à devenir très rares, tant on leur a fait la chasse. Les agoutis habitent les parties chaudes de l'Amérique, où ils représentent par la bonté de leur chair et la douceur de leurs mœurs nos lièvres et nos lapins ; ils sont omnivores, et ne font pas de provisions, comme l’a cru Buffon. Le véritable genre cabiai, qui ne contient qu’une seule espèce , lAydrochœrus capibara des auteurs, est de la grandeur d’un cochon de Siam; son museau est très-épais et ses jambes courtes; son poil est grossier et d’un brun jaunâtre. Cet animal manque de queue. On le trouve dans les lieux humides et marécageux à la Guyane et au Brésil. Il y fait sa proie de poissons, ne s’écarte guère des eaux, et s’y réfugie lorsqu’on l’inquiète. Paul GERVAIS, prof. à la Fac, de Montpellier,

CABILLAUD, et, selon d’autres, cabéliau, cabéliaud, cabelliau ou cabliau, nom vulgaire donné par les Hol- Jandais à la morue fraîche, et que nous avons adopté.

CABILLAUDS ( Faction des ). Elle prit naissance en Hollande, vers le milieu du quatorzième siècle à l’occasion de la rivalité qui s’éleva entre Marguerite, veuve de l'empereur Louis V, et son fils Guillaume comte d'Ostrevant.

Les nobles tenaient pour le fils, le peuple pour la mère. Les partisans du comte prirent le nom de cabillauds ( kabeljaauwws ), parce que le poisson qui s’appelle ainsi est connu pour dévorer le fretin, Leurs adversaires, les défenseurs de

CABINET 39

l'impératrice, adoptèrent l'emblème de l’hameçon ( hoek }, avec lequel on prend le cabillaud. Pour se distinguer, les premiers portaient des chaperons gris, les seconds des chaperons blancs. Pendant cent quarante-deux ans la victoire resta alternativement aux deux partis, qui traversèrent plusieurs règnes sans que leur animosité semblât s’affaiblir. Les cabillauds triomphèrent d’abord ; mais lorsqne Guillaume V eut perdu la raison, les Aameçons se relevèrent à leur tour, et se prononcèrent en faveur d'Albert de Bavière, qui avait des droits légitimes à la régence, ayant été désigné pour succéder au comte. Ces deux factions ensanglantèrent ensuite le règne de Jacqueline de Bavière. Les kameçons étaient pour elle, les cabillauds pour Jean de Bavière, oncle paternel de Jacqueline. C’est alors que la fureur des partis donna lieu à l’héroïsme d'Albert Beiling, surnommé le Régulus hollandais, et qui a été célébré par Helmers dans de beaux vers, qui manquent seulement de couleur locale. Beiling avait arrêté longtemps les hameçons devant le château de Sconhoven. Obligé de se rendre, il fut condamné par l’ennemi à être enterré vif, et demanda un délai pour aller dans sa famille mettre ordre à ses affaires. On le Jui accorda avec une barbare confiance, et le délai expiré il vint subir son épouvantable supplice.

Plus tard les cabillauds , qui favorisaient Philippe de Bourgogne, exercèrent l'autorité jusqu’à ce que le stadhouder Guillaume de Lalain, ayant marié sa fille à Reivaud de Brederode, chef des kameçons , se laissa séduire peu à peu par le parti de son gendre. De là de nouveaux troubles. Enfin, Philippe sentit la nécessité d’étouffer ces discordes , et défendit jusqu'aux vaudevilles satiriques que se renvoyaient les partis rivaux, surtout leurs rederykers, aux Chambres de Rhétorique. Cependant, on retrouve encore des cabillauds en 1470, dans une conspiration contre ce Reinaud de Brederode nommé tout à l'heure. On les revoit en 1477 avec les hameçons, sous le règne de Marie de Bourgogne. Jis se réunirent pour obtenir de la comtesse la grande charteoulegrand privilége des cabillauds. Mais cetteunion fut bientôt rompue, et la guerre recommença avec un nouvel acharnement. François de Brederode était encore chef des hameçons en 1487, et agissait ouvertement contre Maximilien, roi des Romains. Sa faction reçut alors des échecs ter. ribles, et fut entièrement détruite en 1492. En résumé il semble que les kameçons combattaient plutôt en faveur du droit et de l'équité, les cabillauds pour la cause de l’usurpation et de la tyrannie. Cependant, les uns et les autres se livrèrent à des excès qu’on ne peut trop flétrir, et que les haïnes politiques rendent malheureusement trop communs, même dans des siècles plus policés. DE REIFFENBERG.

CABINE, On appelle ainsi, en termes de marine, de petits réduits on des chambrettes ménagées dans diverses parties d’un navire de commerce, mais plus particulièrement à l'arrière, où couchent les différents officiers de bord , et qui forment leur appartement particulier. La grande cabine ou la chambre, est celle du capitaine, et en même temps létroit espace où logent la nuit les passagers, et où le jeur le capitaine, ses officiers et les passagers qui ont payé pour ne point être confondus avec les gens de l'équipage prennent en commun leurs repas.

CABINET. Ménage fait venir ce mot de cavinettum, diminutif de cavinum, dérivé lui-même de cavum. Dans son acception vulgaire : c’est une petite pièce sans cheminée. J1 se prend aussi pour désigner la chambre destinée au travail, à la retraite ou à la conservation d'objets d’art.

Les anciens avaient comme nous plusieurs genres de cabinels, qu’ils distinguaient par des noms divers, tels que ceux de cubiculum, tablinum, et exedra, dont le premier est employé par Pline dans le sens de bibliothèque, et le second semble avoir eu la signification vague et générale que nous donnons au mot cabinet, bien que quelques auteurs l’aient employé dans le sens déterminé de cabinet de tableaux,

pour lequel cependant il existait un nom particulier indiqué par Vitruve : pinacotheca. Quant à l’éxedra, il avait la signification particulière de parloir, ou plutôt d’un lieu destiné aux conférences scientifiques. On ne peut rien dire de certain sur la construction , la disposition et surtout l’ornement des cabinets chez les anciens. Vitruve dit qu’il faut donner au éablinum les deux tiers de la largeur du vestibule s’il est de 6 mètres et demi, et la moitié seulement s’il est de 10 ou 13 mètres ; si le vestibule a de 13 ou 16 mètres de largeur, il faudra diviser cet espace en cinq parties égales et en donner deux au cabinet, c’est-à-dire le dixième du tout. Ce sont plutôt là, comme on le voit, les dimensions d'un cabinet d'étude que d’une galerie ou d’un cabinet de tableaux. Quant à la décoration de ces sortes de lieux, on sait que les peintures représentant Apollon et les Muses, qu’on trouvé en tête du second volume du Muséum d’'Herculanum, décoraient une seule et même pièce, ce qui ferait supposer que cette pièce était un cabinet d'étude, et ferait juger dès lors du soin et de l'importance que les anciens apportaient à orner cette partie de leurs appartements.

Dans les dispositions de l’architecture moderne, le cabinet, considéré comme lieu d'étudé ou de travail, est une des pièces constitulives de tout appartement complet, et il forme même souvent à lui seul la plus grande partie ou la partie notable de celui des gens d'affaires. Autant que cela peut se faire, cette pièce doit être éloïgnée du bruit.

11 y a dans nos jardins des cabinets de verdure, qui sont à peu près disposés comme les befceaux. On ÿ donne aussi quelquefois le nom de cabinets d’eau aux buffets d'eau, comme les buffets d'orgue ont eu autrefois celui de cabinets d'orgue.

Il est encore une äu!re acception du mot cabinet, qu’Alceste désigne assez clairement dans le Aisanthrope lorsqu’il dit du sonnét d’Oronte :

Franchement, il n’est bon qu'à mettre au cabinet.

Au palais, dans le notariat, chez tous lés officiers ministériels, on appelle cabinet le bureau particulier des magistrats, des jurisconsultés, des notaires, des avoués, des huissiers; la salle où, assistés de leurs grefiers, les juges d'instruction, les présidents des assises, les juges de paix, interrogent avant les débats publics et dans le cours de l’instruction préliminaire les prévenus, les accusés et les témoins. La pièce affectée spécialement au travail particulier des procureurs généraux, des procureürs impéfiaux, de léurs sub stituts et de tous les officiers du parquet, s'appelle aussi cabinet. On désigne encore par ce nom le buteat particulier du ministre et des chefs d'administration.

Les cabinets d’affaires sont des établisséments très-répandus de nos jours, quoiqu'il n’y en ait qu’un très-petit nombre qui jouissent d’une considération méritée. Des gens qui n’ont fait très-souvent qu’une étude imparfaite de la jurisprudence, ou qui n’ont acquis qu'une connaissance peu étendue du droit commercial, se chargent des affaires de tous ceux qui ne peuvent poursuivre leurs procès où passer leurs transactions. On y entreprend aussi de recevoir les rentes, les loyers et les pensions et de vendre les fonds peu achalandés. Comme la loi ne requiert pour ces sortes d'établissements, soumis seulement au payement d'une patente, aucune preuve de capacité, et que leurs directeurs n'encourenit aucune responsabilité, il arrive souvent qu'ils font mieux /eurs affaires que celles de leurs clients,

Dans le palais d’un prince le cabinet est uné pièce de l'appartethent particulier du souverain, celle dans laquelle il s'occupe des affaires du gouvernement et où 8e fient le consoil, De là vient que-le mot cabinet se prend aussi dans le sens de gouvernement, surtout lorsqu'on parle des relations d’une puissance avec d’autres nations, On disait autrefois le cabinet de Versailles, le cabinet de Saint-Cloud, le cabinet des Tuileries, et l'on dit éncorc aujourd’hui le cabinet

CABINET

de Saint-James ou de Londres, le cabinet de Vienne, de Saint-Pélersbourg, etc.

On prend aussi le mot cabinet dans le sens de ministèré, ensemble des hommes qui forment l’administration d'in État ; c’est ainsi qu'on dit le cabinet du 29 octobre, le cabinet du 1“ mars.

Dans les gouvernements parlementaires, les questions dans lesquelles l'existence d’un ministère est mise en jen prennent le nom de questions de cabinet.

La qualification d'homme de cabinet s’appliqte à celui qui se distingue bien plus dans le conseil que dans Paction,

On appelait autrefois en France ministres du cabinet ceux qui avaient entrée de droit au conseil ; les autres, bien qu'ils eussent un département spécial, n'étaient considérés que comme directeurs généraux d’une branche d’administration publique. Les ordres du cabinet étaient les ordres immédiats du roi, soit qu’ils eussent été délibérés en conseil, soit qu’ils émanassent du propre mouvement du monarque; les lettres de cachet étaient des ordres de cabinet. Les ordres de cabiiet, en ce qui touche les affaires de l'État, sont. absolument abolis dans les États constitutionnels, en raison du principe fondamental suivant léquel tout acte de gouvernement doit 6tre fait sous la responsabilité d’un fonctionnaire : le contreseing des ministres est l'expression de cette responsabilité.

En Allemagne on äppelle justice ou instance de cabinet la justice rendue sous l'influence immédiate du souverain, sans garanties suffisantes de l'indépendance du pouvoir jus diciaire.

Cabinet se dit aussi non-seulement d’un lieu où l’on place, où l’on expose des objets d'étude ou de curiosité, tels que livres, tableaux, médailles, productions naturelles, etc.; mais encore de fout ce que contient un de ces cabinets.

On désignait autrefois sous les noms de cabinets d'ana= tomie, d'histoire naturelle, de physique, etc., la partie ou les pièces d’un bâtiment dans lesquélles étaient disposés, dans un ordre plus où moins favorable à l'étude, les pré parations anatomiques, les objets d'histoire naturelle et les” instruments de physique. Lors de Ja fondation de ces pre= miers établissements , soit par de simples particuliers où par des gouvernements plus ou moins riches, les collec: tions peu nombreuses de ces trois sortes d'objets étaient souvent réunies dans un même local peu spacieux, d’o leur vint le nom de cabinet. Mais au fur et à mesure que ces collections, en s'augmentant, acquirent de nouvelles ri chesses, il fallut nécessairement pour les contenir et potr pouvoir les disposer dans un ordre favorable, soit au coup d'œil, soit à l'étude, les transporter ou les recevoir dans des salles spacieuses, qui prirent alors le nom de galeries. Enfin, lorsque ces richesses scientifiques s’accumulèreft, au point de néteéssitér un nombre considérable de galeri il fallut construire des bâtiments où édifices publics qu'o appela musée où muséum. Cependant on dit quelqu fois indifféremment cabinet ou muséum d'histoire natw relle. |

Quelque nom qu’on donne à ces établissements, leur m dèle est celui que possède le Jardin des Plantes de Paris, Berlin et La Haye sont les capitales dans lesquelles marche le plus près sur nos traces. A Munich ôn essaye miter la France, la Prussé etles Pays-Bas, A Vienne, l collections zoologiques surtout sont médiocres, Sous rapport Madrid offre un mélange de barbarie et de gnilicence : un local somptueux , le squelette d’un megatÀ rium et de pesants échantillons des métaux les plus p cieux, ne suffisent pas pouf rendre un cabinet d’histo naturellé remarquable, lorsqu’ÿ règnent la confusion, l! cohérence et lé mativais goût dans le choix des objets de collection, En Italie il semble qu'on préfère les monume de Part à ceux de la nature, En Angleterre on ne voit plus qu'à Naples, qu'à Roine et qu'à Madrid, de collecti

CABINET

bien entendue. Nulle part, enfin, on ne rencontre la richesse et l'ordre admirable qui placent au premier rang les galeries de notre Muséum.

Nous ferons remarquer que l’on continue toujours avec raison de désigner sous le ñom de cabinet de physique les pièces renfermant dans des armoires les instruments nécessaires pour les expériences qui sont indispensables dans la démonstration des faits de cette science. En admettant que la collection de ces instruments s'agrandit au point qu’on fût obligé de les disposer dans des salles spacieuses et longues , ou de construire même un bâtiment ad hoc, on ne pourrait dans ce cas donner le nom de galeries à ces salles, ni celui de m#uséum au bâtiment affecté à une collection d'instruments de cette science, I] serait plus convenable de l'appeler Arsenal de physique.

[Sous la dénomination de cabinets de tableaux on désigne ordinairement une collection peu nombreuse, ou bien celle dans laquelle ne se trouvent pas de morceaux capitaux, ou bien encore une collection appartenant à un simple particulier, tandis que les callections publiques appartenant à des princes souverains ou à des états sont nommées galeries ou musées. Cependant l'usage, qui , sans raison appa-

rente, fait si souvent loi, l'usage fait que l’on a longtemps désigné sous le nom de cabinet du roi la riche et immense collection du musée français, tandis qu’une autre, formée par un simple marchand, reçut le nom de galerie Lebrun. L'origine des cabinets les plus anciens ne remonte pas audelà du seizième siècle. On sait que François 1° avait fait acheter en Italie plusieurs tableaux précieux. Il avait demandé à Raphael une Sainte Famille, qui fut si bien payée par ce prince, que le peintre crut devoir par reconnaissance lui offrir le célèbre tableau de Saint Michel; mais on ne connaît pas les autres tableaux qui pouvaient alors former le cabinet du roi. Le duc de Bavière avait à la même époque recueilli quelques tableaux de Lucas de Cranach et d'autres artistes allemands. L’empereur Maximilien 1°° accordait sa protection à Albert Durer, et Charles-Quint protégeait Le Titien, ce qui doit faire croire que ces princes, aimant les arts, avaient réuni dans leurs palais quelques ouvrages de peinture; mais on n’a aucune notion certaine sur les objets qui pouvaient se trouver dans ces anciens cabinets. Vers 1590, Paul de Praun, sénateur à Nuremberg, forma un cabinet, qui passa successivement à ses héritiers jusqu’en 1797, Alors on en fit un catalogue, et il fut vendu à l’encan.

Au commencement du dix-septième siècle, le duc de Mantoue forma un beau cabinet de tableaux italiens. Quelquesuns furent donnés par lui au roi d'Angleterre Charles 1°, etles quatre grands tableaux del’histoire d’Hercule, par Guido Reni, passèrent successivement dans ces deux collections, puis arrivèrent enfin dans celle du roi de France. Le célèbre Thomas Arundel avait aussi formé un cabinet de tableaux à Londres, et le cardinal de Richelieu en avait un à Paris, La reine Christine de Suède en forma un d’un bon choix, ainsi que le duc de Brunswick. Plus tard, le cardinal Mazarin recueillit un grand nombre de tableaux, dont l'inventaire manuscrit existe à la Bibliothèque Nationale; mais les noms quelquefois estropiés , les tableaux souvent mal attribués, ôtent beaucoup d'intérêt à ce document, qui cependant apprend que le cardinal possédait plus de six cents tableaux de toutes les écoles, qui passèrent tous dans le cabinet du roi, et parmi lesquels on doit surtout remarquer de Raphael la petite Sainte Famille au berceau, leipetit Saint Michel et le petit Saint Georges ; du Corrége, le Mat'iage de suinte Catherine, estimé alors 15,000 fr., et le tableau de Jupiter et Europe, estimé 5,000; du Carrache, une Sainte Famille dite Le Silence, et le Martyre de saint Étienne ; de Guido Reni, David tenant la tête de Goliath ; du Dominiquin, David jouant de la harpe ; de Valentin, le Jugement de Salomon et celui de Susanne, Un

grand nombre de cabinets furent formés depuis celte époque en France et à l'étranger.

Les estampes peuvent avoir moins d’attraits que les tableaux, mais leur valeur étant de beaucoup inférieure à celle des peintures, elles se trouvent naturellement à la portée d’un plus grand nombre de personnes, et leur dimension, ainsi que la possibilité de les placer en portefeuille, offre les moyens de réunir des histoires ou des recueils plus complets. Les cabinets d’estampes purent bien d’abord faire partie des bibliothèques, mais le goût des arts ayant pris de l'accroissement, Jes estampes étant devenues plus nombreuses, il se forma des amateurs qui s’adonnèrent exclusivement à ce genre de curiosités. Aucune notion certaine ne vient cependant nous révéler l'existence d'aucun cabinet avant la fin du seizième siècle. Le plus ancien est celui que forma Claude Maugis, abbé de Saint-Ambroise et aumônier de Marie de Médicis. L'origine de ce cabinet doit remonter à la fin du règne d'Henri LI; il fut augmenté sans doute lors du voyage que l’abhé de Saint-Ambroise eut occasion de faire à Florence, pour aller chercher la reine. Lors de sa mort, après 1612, son cabinet passa en entier dans les mains de Delorme, médecin de Ja reine. A la mort de celui-ci, vers 1640, M. de Marolles acheta pour 1,000 louis ce qui s’y trouvait de plus précieux. Puis le cabinet de ce dernier possesseur fut acquis par le roi en 1667. C’est de là que proviennent les estampes anciennes les plus rares de la Bibliothèque Nationale.

Le cabinet de Vienne ne remonte qu’à l’année 1718. 11 fut alors formé par le prince Eugène de Savoie. L'origine du cabinet de Dresde ne peut guère dater que de l’année 1754, et celui de Munich ne peut pas remonter plus haut. Le cabinet d'Amsterdam, acquis de Van Leyden vers 1810, avait été commencé par cet amateur vers l’année 1780.

Dans le siècle dernier les cabinets d’estampes se composaient d'œuvres nombreux des maîtres les plus célèbres, els que Marc-Antoine, Carrache, Rembrandt, Rubens, Van Dyx, La Belle, Callot, Sylvestre ou Le Clerc.Les possesseurs tendaient toujours au complet, et on citait l’œuvre de tel cabinet comme ayant cent pièces de plus que celui d’un autre. Maintenant les amateurs ont changé de méthode; ils laissent aux collections publiques le soin d’avoir des œuvres complets, et ils ne cherchent plus à réunir que les pièces les plus remarquables de chaque maître. 11 en résulte que les chefs-d’œuyre sont devenus d'un prix excessif, tandis que les estampes ordinaires ont baissé de valeur.

Il est probable que depuis longtemps les princes ont formé des cabinets d’antiques, de pierres gravées et de médailles. C'était pour les contenir que l’on avait imaginé ces meubles nommés cabinets, et dans lesquels se trouvaient une infinité de tiroirs et de petites armoires, richement ornés et destinés à contenir séparément chaque nature d’antiquités ou de bijoux.

Les cabinets d’antiquités les plus riches sont ceux de France à la Bibliothèque Nationale, de Florence, de Vienne, de Londres et de Munjch. Parmi ceux qui ont été célèbres autrefois, on doit citer ceux de Christine, reine de Suède, de Peiresc, Foucauld, Mahudel et Caylus. M. de Crozat, le duc d'Orléans, le baron de Stosch et d'Enneri ont eu de trèsriches cabinets de pierres gravées. C’est dans ee dernier eabinet que se trouvait la belle collection de portraits peints en émail par Petitot; elle fut alors payée 70,000 fr., et se trouve aujourd’hui au musée du Louvre. La collection du duc de Mariborough en Angleterre est très-belle ; celle qu’a formée le duc de Blacas est des plus remarquables. Quant aux cabinets de médailles, les plus célèbres dont on ait conservé le souvenir sont ceux du duc d’Estrées, de Camps, Graver, le président de Maison, Le Bret, Chamillart, Layné, Pélerin, Cousinery, Allier de Hauteroche. Ducaesxe aîné. ]

Quelques particuliers ont encore des cabinets de curiosités, qui sont des objets gardés plutôt à cause de leur originalité que de leur beauté ou de leur valeur, Des faïences,

des porcelaines, des magots, des petits meubles rococos forment ces cabinets. D’autres font des cabinets d'armes.

N'oublions pas dans cet inventaire les cabinets de cire, où quelques têtes de cire habillées selon la circonstance figurent tour à tour les héros du moment, les assassins surtout,

au grand ébahissement des bonnes d'enfant et de mes-

sieurs les militaires.

CABINET NOIR. C'est sous cette dénomination qu’était connu dans le monde un bureau spécial et secret de l'administration des postes, où l’on décachetait les lettres, soit à l’arrivée, soit au départ; bureau qu'on a affirmé ne plus exister depuis 1830, bien que certains faits aient de temps à autre permis d’en douter. Son existence remontait au règne de Louis XIV; l’artodieux d’amollir les cachets se perfec-

tionna depuis lors avec une singulière rapidité. « Ce cabinet :

était le laboratoire d’un comité de vingt-deux membres qui profitaient des ténèbres de la nuit pour se rendre à des heures convenues dans cet odieux repaire, et n’en sortaient qu’avec les plus grandes précautions pour se dérober aux regards du public, Cinquante mille francs par mois, pris sur les fonds d’un ministère (les affaires étrangères) servaient à solder ces vils employés. » Ainsi s’exprimait le rapporteur du comité des pétitions à la tribune de la chambre des députés, séance du 12 mai 1829. Jamais le cabinet noir ne fut plus occupé que sous le règne de Louis XV, prince qui trouvait un plaisir tout particulier à se faire rendre compte des intrigues amoureuses et des secrets des familles. Le grand maître et surintendant des postes se rendait à Versailles aux jours et heures convenus, et remettait au roi un bulletin analytique des lettres qu'avaient explorées les agents du cabinet noir. Le roi n'attachait d’importance qu'aux lettres d'intrigue privée ; il avait pour la partie politique une agence toute spéciale, habilement organisée, et dont les membres, largement rétribués, résidaient dans toutes les cours de l'Europe. Cette correspondance secrète fut successivement dirig$e par le prince de Conti et le comte de Broglie.

Les surintendants des postes ne se bornaïent pas au bulletin destiné au roi; ils devaient en remettre d'autres au lieutenant général de police de Paris et au ministre des affaires étrangères, qui souvent recevaient des copies entières des lettres décachetées. M. Rigoley d’Oigny écrivait au lieutenant général de police Le Noir, le 3 décembre 1780, en lui envoyant le bulletin ordinaire : « Je joins ici deux copies de lettres de La Douay, que j’ay arresté; je vous prie de les lire et de me mander si vous voulez que je l'es lais aller. En ce cas, elles partiraient demain, Avez-vous remply votre projet, afin que de mon côté je fasse arrester ces lettres s’il y en a. » ( Police dévoilée, t. 1°", page 133.) On comprendra dès lors aisément que le département des postes eût acquis une grande importance sous le règne de Louis XV; aussi le surintendant avait-il ses entrées libres chez le roi à toute heure de jour et de nuit. Louis XVI, à son avénement au trône, ayant manifesté sa résolution d’abolir le cabinet noir, on n’osa pas d'abord contrarier la volonté du jeune monarque; mais peu à peu on fit valoir à ses yeux la raison d’État, et il fut entraîné. Quelque temps après, Rigoley d’Oigny perdit une de ses plus lucratives attributions, par la réunion de la régie de la poste aux chevaux à celle des messageries : réunion arrêtée pour raison d'économie par le ministre Turgot. Le surintendant fit alors fabriquer, par des affidés prenant les noms et le sbyle des gens de toute condition, les fameuses lettres qui peignaient toutes les opérations du ministre citoyen sous les couleurs les plus fausses et les plus défavorables. Turgot fut renvoyé, et le surintendant , qui conserva toutes les parties de son département, eut le plaisir de voir son ami M. de Clugny succéder à ce ministre, Sous le règne de Louis XV, le docteur Quesnay manifestait hautement la répulsion qu'il éprouvait pour l'ignoble ministère du surintendant des postes; il ne pouvait dissimuler son indisnation et son

CABINET — CABINET NOÏR

mépris pour ce personnage. La rencontre du bourreau dans les appartements du roi et de la favorite lui aurait, disait-il, causé moins de surprise et d'horreur. Toute la France parfageait l'opinion de l'honorable économiste,

L’abolition du cabinet noir fut un vœu exprimé par les cahiers de 1789. L'Assemblée nationale fut fidèle à son mandat, et dans les jours des plus grands dangers et de la plus vive exal{ation de l'opinion, elle refusa de prendre communication de lettres saisies par le comité permanent des électeurs de Paris , qui avait remplacé les autorités déchues. Quelques jours après , une lettre adressée à l’ex-lieutenant général de police de Crosne fut interceptée par le district de Saint-André-des-Arcs, et envoyée avec le porteur à l'hôtel de ville. L'assemblée des électeurs chargea un deses membres de remettre cette lettre à M. de Crosne, sans être décachetée. Le cabinet noir fut aboli à cette époque; mais il est avéré qu’on le rétablit plus tard, quoiqu'on ignore à quelle époque précise; peut-être même, sans une pétition adressée à la chambre des députés dans les premiers jours de mai 1829, et qui donna lieu à une grave discussion, le fait serait-il encore aujourd’hut à l’état de problème. En tout cas, le budget des fonds secrets du ministère des affaires étrangères, publié par la Revue rétrospective de 1848, portait encore en 1847 plus de 60,000 fr. pour pensions aux employés de l’ancien cabinet noir. Durey (de l'Yonne),

Sous le gouvernement de Napoléon III l’existence du cabinet noir fut niée à plusieurs reprises; mais elle a été amplement prouvée par la publication faite, après le 4 septembre 1870, des papiers trouvés aux Tuileries. Dans une lettre (sans date) de M. de Persigny à l’empereur, on lit le passage suivant : « J'aurais voulu vous parler aussi d’un sujet délicat. J'ai reçu des révélations au sujet du service de ce qu’on appelle le cabinet noir, par le chef de bureau. Cet homme a besoin de son pain; il ne faut donc pas révéler à ses chefs les observations qu’il m'a faites. Elles intéressent le service de Votre Majesté. » Il se trouvait, en outre, dans les papiers des Tuileries une note sur le décachetage des lettres, avec des annotations de la main de Napoléon III. En voici la partie essentielle : « Les facteurs de la poste, Hennocq, Decisy, Busson, Houde, Thibault, desservant les rues de Varennes, Bellechasse, Saint-Nicolas dAntin, Caumartin, Chaussée d’Antin, sont engagés à prix d'argent dans la police secrète du ministère de l’intérieur, dirigée par M. Saintomer. Leur service consiste à livrer la correspondance des personnes qui leur ont été désignées. Ils sont aidés pour cela par des concierges engagés comme eux dans Ja même organisation. Ils entrent à chaque distribution dans la loge des concierges, y déposent leurs lettres, s’il y a lieu. Les lettres reçues par ces concierges sont le plus souvent portées en voiture chez M. Saintomer, rue Las Cases, 18, qui les ouvre, en prend copie s’il y a lieu, les remet en état, et remportées par le concierge, qui les remet au facteur à la distribution suivante. »

Cet espionnage, si soigneusement organisé, n’épargnait même pas les fonctionnaires de l'empire, comme on le voit par quelques exemples faisant suite à la note. Ainsi le ministère de l’intérieur, ayant soupçonné M. Hyrvoix de donner à sa maîtresse des détails sur la vie intime de l’ernpereur à Plombières, fit ouvrir pendant quelque temps la correspondance reçue par cette dame. On ouvrit également les lettres recues par Mne de Castiglione et par Mme de Montebello, La correspondance de la maîtresse de M, Fould fut décachetée à une certaine époque, « par celle raison, dit la note, que M. Collet-Meygret, alors directeur de la sûreté générale, était très-mal disposé à l'égard de M. Fould»; à la même époque, on lisait aussi les lettres de M. de La Guéronnière, dans le but de surprendre ses secrets particuliers, parce qu'il avait « des aflinités politiques avec M. Fould », et qu'il s'exprimait sévèrement sur le compte de la direction générale de la sûreté publique.

Page 1