CABINETS DE LECTURE — CABIRES
CABINETS DE LECTURE, établissements où le public peut lire, moyennant une faible rétribution, les feuilles publiques et les ouvrages nouveaux et anciens. On dit encore salons et cercles littéraires. Ces établissements Suppléent aux bibliothèques publiques, d’abord en ce qu’on y trouve les journaux du jour, les revues, les brochures, Jes romans et généralement toutes les nouveautés qui manquent à celles-ci; ensuite parce qu’ils demeurent ouverts depuis le matin jusqu’au soir. L'influence de ces élablissements sur les mœurs publiques est incalculable , et l'on peut dire que l'atmosphère morale d’une ville se purilie quand les lieux de plaisir diminuent et que les cabinets de lecture augmentent.
Les cabinets de lecture de Paris présentent des physionomies différentes, suivant les divers quartiers de la capitale. Les cabinets de lecture, établis jadis au Palais-Royal et aujourd’hui sur les boulevards du centre, sont silués au rez-de-chaussée ou au premier. De même que les journaux qu'ils étalent à tous les regards surprennent par la variété de leurs couleurs, de même aussi les abonnés qu'ils atirent tranchent entre eux. Vers les onze heures du matin, affluent les hommes qui suivent avec persévérance toutes les ondulations de la politique. A la suite de ces lecteurs arrivent les enfants chéris de la maison; ils se connaissent tous, et se saluent d’une légère inclinaison de têle. IS parcourent plus qu'ils ne lisent les feuilles publiques, et se réservent pour les productions du jour. Avec quel sentiment d’orgueil ils tiennent les premiers entre leurs mains la brochure encore humide, le livre prôné à l'avance ou la revue française ou d'outre-mer! Ces émotions épuisées, ils écrivent à la hâte quelques billets du matin, qu'ils appellent leur courrier. La journée n’est pas finie; mais déjà ils ont concerté si bien leurs mesures qu’ils tombent juste à la minute où débarquent en toute hâte les journaux du soir. Vient en troisième ligne la classe des abonnés sédentaires. Pour eux la porte du cabinet de lecture s'ouvre toujours trop tard et se ferme toujours trop tôt; ils ne se retirent que quand la lumière s'éteint. C'est là qu'ils ont une place à part, el disposent comme en souverains de certaines commodités : plumes, écritoires, tout leur revient de droit.
Traversons-nous la Seine, quel contraste! surtout dans le pays latin. Dans une pièce unique sont entassés qualrevingis étudian{s en droit ou en médecine. A peine possèdent-ils l’espace indispensable pour lire ou pour écrire; ils se touchent du coude et n’y pensent pas. L'étude, qui absorbe toutes leurs facultés, leur donne l’aspect d’une sorte d’égoisme de science; nul agrément, nulle politesse dans leurs manières.
En d’autres quartiers, le cabinet de lecture ne vit que de prêts au dehors; là on se contente des journaux, des revues et des romans. Un jour le goût des romans devint une frénésie, on lut avidement des volumes in-8° à moitié remplis des élucubrations des auteurs à la mode, qui multiplièrent leurs volumes plus que leurs inventions. Mais les journaux s’emparèrent de cette source lucrative; le roman s’épanouit dans le feuilleton, les journaux accrurent leur format, diminuèrent leur prix, et pour ce que coùûlait une séance de cabinet de lecture on eut son journal à soi, son roman à soi. Les cabinets de lecture s’en ressentirent, ils tombèrent à rien; et ils ne se sont relevés qu’à la condition de louer, outre les romans, des livres de littérature, d'histoire, de poésie ou de voyages.
Les cabinets de lecture à Paris, surtout ceux de deuxième classe, sont tenus en général par des dames ; on en voit qui ont eu jadis dans le monde une position élevée.
Avant la révolution, il n’y avait en France que des loueurs de livres, chez lesquels on allait s’'approvisionner, mais qui ne recevaient pas le public pour lire. En Angleterre les gens de lettres au siècle dernier se réunissaient chez les
libraires pour causer. Sous la reine Anne ils se donnaient rendez-vous dans les cafés. Le poëte Dryden en avait adopté un, et chaque soir on faisait cercle autour de la place d’honneur qui lui était réservée. Les Anglais ont aujourd’hui des reading-rooms et des circulating libraries ; ils achètent en outre des livres en commun pour les lire à tour de rôle. Du reste, tous les pays civilisés possèdent aujourd'hui des cabinets de lecture. SAINT-PROSPER.
CABINETS SECRETS, sorte de cabinets dont Ja construction est telle, que la voix de celui qui parle à un bout de la voûte est entendue à l'autre bout : on voit un cabinet ou chambre de cette espèce à l'Observatoire de Paris. Tout l’artifice de ces sortes de chambres consiste en ce que la muraille auprès de laquelle est placée la personne qui parle bas soit unie et cintrée en ellipse ; l'arc circulaire pourrait aussi convenir, mais il serait moins bon. Si on imagine une voûte elliptique, et qu’une personne placée à l'un des foyers parle tout aussi bas qu’on peut parler à l’oreille de quelqu'un, l'air poussé suivant différentes directions se réfléchira à l’autre foyer par la propriété de l’ellipse, d'où il suit qu’une personne qui aurait l'oreille à ce second foyer doit entendre celle qui parle au premier foyer aussi distinctement que si elle en était tout proche.
Les endroits fameux par cette propriété étaient la prison de Denys à Syracuse, qui changeait en un bruit considérable un simple chuchotement, et un claquement de mains en un coup très-violent ; l’aqueduc de Claude, qui portait la voix, dit-on, jusqu’à seize milles ; et divers autres, rapportés par Kircher dans sa Phonurgie.
Le cabinet de Denys à Syracuse était, dit-on, de forme parabolique : Denys ayant l'oreille au foyer de la parabole , entendait tout ce qu’on disait en bas; parce que c’est une propriété de la parabole que toute action qui s'exerce suivant des lignes parallèles à l’axe se réfléchit au foyer.
Ce qu’il y a de plus remarquable sur ce point en Angleterre, c’est le dôme de l'église Saint-Paul, à Londres, où'le battement d’une montre se fait entendre d’un côté à l’autre, et où ie moindre chuchotement semble faire le tour du dôme. Derham dit que cela ne se remarque pas seulement dans la galerie d’en bas, mais au-dessus dans la charpente, où la voix d’une personne qui parle bas est portée en rond au-dessus de la tête jusqu’au sommet de la voûte, quoique cette voûte ait une grande ouverture dans la partie supérieure du dôme. D’ALEMBERT , de l’Académie des Sciences.
Paris possède encore deux autres salles où se reproduit cet effet d’acoustique, l’une au Conservatoire des Arts et Métiers, la seconde au Musée des Antiques au Louvre.
CABIRES, divinités mystérieuses qui étaient adorées en Égypte, en Phénicie, en Asie Mineure et en Grèce. Dans cette dernière contrée, c’est en Samothrace, à Lemnos, à Imbros et à Thèbes, que leur culte était surtout en usage; mais partout on y rattachait des mystères et des solennités participant de la nature des orgies. En Asie Mineure le culte des Cabires avait son centre à Pergame; en Phénicie, c'était à Béryte ; et en Égypte, à Memphis. Par suite des renseignements obscurs, incomplets et souvent contradictoires, que les anciens nous ont laissés au sujet des Cabires, il est naturel, d’une part, que ces divinités soient devenues l’objet d’une foule de recherches, de travaux et de suppositions de la part des savants modernes, et de l’autre qu’elles aient donné lieu aux systèmes et aux explications les plus diverses, dont jusqu’à ce jour le résultat unique a été d'amener les investigateurs à conclure que l'incertitude des traditions qu’on possède à ce sujet empêchera toujours de la bien élucider. En effet les anciens ne s’accordent pas plus sur l’origine des Cabires que sur leurs noms, leur nombre, leux représentation plastique, leur culte et les symboles que représentent ces divinités. Tout ce qu’on peut dire avec assez de certitude, c’est qu’elles provenaient des dieux inférieurs,
qu’elles résidaient sur la terre, qu’elles avaient beaucoup d'affinité avec les Curètes,les Corybantes et les Dactyles, et qu’elles représentaient certaines forces mystérieuses et malfaisantes de la nature du genre des gnômes, et dont le culte, originaire de l'Asie, était un culte de la nature entremêlé d’orgies. Il est fort douteux , en dépit de la tendance des Grecs à retrouver leurs dieux dans les dieux étraigers, que les Cabires de la Phénicie et de l'Égypte fussent les mêmes que ceux de la Grèce. Tout ce qu'on peut inférer des pratiques de débauche inhérentes au culte de la nature, si généralement répandu dans toute l’Asie ainsi qu’en Égypte, et aussi de la similitude et de l'affinité intime des divinités de ces contrées, C’est que vraisemblablement les Cabires de la Phénicie et de l'Égypte étaient des divinités analogues à celles qu’on adorait également en Grèce.
CÂ BLES, gros cordages dont on se sert pour tirer ou élever des fardeaux considérables. Dans la marme, un de leurs principaux usages est de retenir les navires à l’aide des ancres sur lesquelles ils sont amarrés, ou (comme l’on
dit en langage technique) éfalingués , par un nœud d’une forme particulière, La fabrication des câbles ordinaires est la même que celle des cordages. Mais la roideur des cordes opposant une grande résistance quand celles-ci doivent être enroulées , par exemple, sur un cabestan, on emploie avec avantage dans ce cas des câbles formés d’aussières (voyez ConpaGes) juxtaposées et cousues ensemble par du fil retors; c’est ce que l’on nomme des cébles plats. Enfin la marine préfère à tous ces câbles les cdbles en fer ou cébles-chaïines.
Les câbles de fer sont formés d’anneaux retenus les uns dans les autres : les barres de métal destinées à les faire sont d’abord dégrossies sous des martinets, et ensuite forgées à la main; on les courbe à l’aide d’une machine. A cet effet, on place la barre de fer encore rouge sur un levier où elle se trouve retenue par une cheville; on la courbe d’abord par une extrémité en levant le levier, puis on la change de côté, et par un mouvement semblable on arrondit l’autre extrémité. La forme elliptique lui est donnée par le moyen d'un mandrin autour duquel se façonne cette barre; on soude ensemble les deux extrémités ainsi réunies, et l’on fixe dans la direction du petit axe une traverse en fer qui embrasse solidement les deux branches de l’ellipse, et l’empêche de s’allonger sous les efforts qui la tirent. Le calcul et l'expérience se réunissent pour prouver qu’il était impossible de leur donner une forme plus avantageuse, et l’on a remarqué que c’est toujours aux endroits où ces petites traverses viennent à manquer que les chaînes se brisent. Les chaînes portent de dix-huit en dix-huit brasses un maillon, ou demi-anneau, d’une forme particulière, dont la traverse est retenue par une petite cheville en fer étamé, que l’on peut aisément enlever, ce qui permet de rompre la chaine à volonté.
L'invention du câble-chaîne est due au capitaine Samuel Brown. Au mois de janvier 1808 il eut l’idée de remplacer le chanvre par le fer dans plusieurs cordages, et il fit un voyage aux Antilles avec un bâtiment presque tout gréé en fer. Le succès de ses câbles-chaînes surtout éveilla l’attention de Pamirauté anglaise, qui donna l’ordre de fournir sur-le-champ des chaînes de 100 brasses à quelques-uns de ses navires de guerre; l'avantage en fut bientôt reconnu, et dès 1811 l'usage en était devenu général dans la marine anglaise. En 1812 M. Brunton apporta une amélioration dans la fabrication de ces câbles : il souda les anneaux sur le côté au moyen d’un long écart, et donna à cette soudure un si grand degré de solidité que ce n’est jamais à cet endroit qu’ils se brisent; il ajouta ensuite la traverse intérieure,
Un désavantage qu'offrait le cable-chaîne, c'était d’être difficilement retenu lorsqu'il s'échappe avec rapidité hors du navire, entrainé par le poids de l'ancre et par son propre poids; un officier de la marine française, M. Béchameil, a imaginé un appareil, nommé stopper, au moyen duquel on