‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 80 sur 556 · CABOCHE · texte numérisé non relu

CABOCHE

coronal est rabaissé, comme chez le nègre ( et dans les chiens couchants), passent pour dociles ou souples. Les premiers montrent surtout ces dures caboches, qui résistent aux enseignements. Il n’est donc pas vrai que l’esprit s'étende en proportion de la masse du cerveau. Il faut ajouter néanmoins que cela peut se rencontrer chez de forts caractères, des héros et des martyrs de leur opinion, C’est ainsi que les peintres , les statuaires antiques, représentent des personnages célèbres avec un front très-rehaussé; et qu’on appelle effrontés des hommes audacieux ou très-résolus, comme on l’observe dans les portraits de Charles XIL de Suède,

Parmi les diverses races humaines, il en est qui ne présensent guère ce qu'on qualifie de caboches : telle est, par exemple, la race noire, puisqu'elle a presque toujours l’encéphale moins étendu que les races blanches. Aussi fut-elle plus facilement soumise de tout temps à l'esclavage. On a remarqué que la tête est fort petite en général chez les nègres et chez les Hindous, en comparaison de celle des Anglais, leurs dominateurs, qui présentent de fortes caboches, comme la plupart des peuples du nord de l’Europe, surtout ceux de race germanique, auxquels on attribue des têtes carrées ( Breitkopf ). Les Tatars, les peuples montagnards, passent également pour d'entêtées caboches, n'en croyant qu’elles seules dans leurs volontés. De là naît peut-être la perpétuité de leurs antiques coutumes.

La chouette-chevéche( strix passerina, L. ) est nommée parfois caboche, à cause de sa grosse tête. C'était l'oiseau de Minerve, J.-J. Viney.

CABOCHE, CABOCHIENS. Simon Casocue est un factieux historique de premier ordre. Les noms des sicaires qui tuaient dans Rome au temps des proscriplions ne nous ont pas été conservés : c’est un malheur; il est bon de garder de tels noms, ne füt-ce que pour montrer à quelle sorte de complices sont obligés de descendre les grands ambitieux qui ont besoin de crimes pour arriver à la puissance.

Simon Caboche était écorcheur de bétes sous le roi Charles VI. Ce métier semblait l'avoir exercé à la barbarie : il devint un grand personnage dans les séditions du temps. Paris était livré aux factions des Bourguignons et des Armagnacs; le dauphin, duc de Guyenne, s’opposait seul, pendant la folie de son père, à celte double sédition ; et le peuple, incertain de l'autorité, se laissait aller à la volonté des plus hardis et des plus criminels. La corporation des Bouchers embrassa le parti de Bourgogne. Simon Caboche, Denis de Chaumont, et les trois fils du boucher Legoix, se mirent à la tête de la populace. Leur première pensée fut d'aller attaquer la Bastille, puis ils se tournèrent vers le palais du roi. Ils demandaient qu’on leur livrât les mauvais ministres ; ils en voulaient faire justice. On leur résista. Ils se précipitèrent, ravagèrent le palais , emmenèrent des captifs, retournèrent à la Bastille , et s’en emparèrent. Le signe de leur rébellion était le chapercn blane. Le blanc était alors la couleur du peuple. Le drapeau du roi était bleu. Le peuple depuis a oublié que les rois de France avaient pris sa couleur par condescendance; c’est un des mille contrastes des révolutions.

Simon Caboche devint puissant. Les cabochiens firent prendre le chaperon blanc au roi, au dauphin, à toute la cour. Ils avaientavec eux un harangueur, Eustache de Pavilly, religieux de l’ordre des Carmes , qui portait la parole dans la sédition. 11 alla au palais reprendre le dauphin de ses vices, et faire de la morale appuyée sur des égorgeurs. La faction de Caboche voulait entrainer le dauphin dans ses rangs pour autoriser ses brigandages : c'était une sorte de pudeur. Elle se vengea du refus par des atrocités. Elle se mit à massacrer dans la ville tous ceux qui tremblaient devant sa puissance, Elle commença par les gens de la cour, et arriva bien vite aux bourgeois. Ce furent des pillages et des meur- {res infâmes, Puis, Simon Cabache, peu content de l'auto-

rité acquise par le carnage, voulut étre législateur. 11 avait fini par se faire donner par le dauphin le commandement des ponts de Saint-Cloud et de Charenton, et ainsi, il était mattre de la ville. Alors il se mit à dominer les états. I fit sanctionner par eux une ordonnance qui est restée dans nos monuments historiques sous lenom d'ordonnance cabochienne. Le roi ayant repris quelque usage de sa raison, on fit des processions pour remercier Dieu, et le peuple se réjouissait d’être délivré d’une faction effroyable. Mais elle reparut au milieu des solennités de la religion , et elle vint faire prendre le chaperon blanc au roi et aux magistrats qui assistaient aux cérémonies. Dix mille hommes perdus de mœurs dominaient toutes les lois. Ils recommencèrent leurs scènes de désordre au palais, qu'ils allèrent de nouveau souiller de meurtres et d'infamie. Ils avaient gardé jusque là prisonnier Pierre des Essarts, gouverneur de la Bastille. Ils songèrent enfin à le mettre à mort; mais ils voulurent le juger, et ils le condamnèrent comme traitre au roi. En ce tempslà ce n’était pas une dérision , car le nom du roi restait sacré, même au milieu des outrages. Mais c'était une usurpation qu’on croyait utile pour couvrir l'odieux des attentats. Le duc d'Orléans sembla vouloir mettre fin aux calamités en proposant la paix à la cour. Simon Caboche jura par Le sang distillé goutte à goutte de Jésus-Christ qu’il tiendrait pour ennemi de la noble ville de Paris quiconque recevrait celte paix fourrée couverte de peaux de brebis. Le sacrilége factieux fit peur, et il n’y eut pas de négociations. Mais peu à peu le peuple sentait le poids odieux d’une tyrannie qui se perpétuait par des massacres , et les princes cherchaient à s'affranchir d'une domination sans exemple. Le duc de Bourgogne seul était intéressé à prolonger cette anarchie, et il sentait que la paix lui ôtait tout son ascendant. C’était lui qui soufflait en secret cette effroyable opposition des cabochiens. Mais, à la fin, elle fut vaincue. La paix fut préparée par les princes et publiée à son de trompe, aux acclamations universelles du peuple. Le duc de Bourgogne fut obligé de méler à cette joie des témoignages d’une satisfaction hypocrite. Mais bientôt il quitta la ville, où son désespoir se trahissait trop aisément. Les cabochiens furent poursuivis et chassés. Quelques-uns furent pendus. On trouva chez les principaux les indices d’un vaste complot de massacres. Dans sa fuite, le duc de Bourgogne se rattacha ce qu’il put de cabochiens échappés à la justice. Il recommencça la guerre, et marcha sur Paris. Pendant ce temps, le dauphin étant mort, les écorcheurs reprirent le dessus. Il y eut des égorgements tels qu’on n’en avait pas vu encore. On tuait dans les rues pêle-méle tout ce qui se rencontrait, femmes et enfants. Les femmes enceintes n’éfaient pas épargnées. Au contraire, on prenait plaisir à les éventrer, selon l'expression de l’histoire, et puis les sauvages meurtriers disaient : Voyez ces petits chiens qui remuent ! On frissonne de redire ces paroles. Le duc de Bourgoyne fut maître un instant avec de tels auxiliaires. Puis le nouveau dauphin l’assassina sur le pont de Montereau. Simon Caboche disparut au milieu de ces révolutions sanglantes, et son nom reste dans l'histoire comme un affreux souvenir. LAURENTIE.

Le comte de Saint-Pol, gouverneur de Paris, partisan dévoué du duc de Bourgogne, fut l'instigateur de cette révolte qui prit le nom de Caboche. Dès 1411 le comte permit aux trois fils Legoix de former une compagnie de cinq cents garçons bouchers ou écorcheurs, auxquels il distribua des armes en leur confiant la garde de la ville. Aux trois frères Legoix, maîtres de la boucherie deSainte-Geneviève, s'étaient associes les Thibert et les Saint-Yon, maîtres de la Grande- Boucherie du Châtelet, Jean de Troyes, chirurgien, qui étaif l’orateur du parti, et Jean ou Simon Caboche, écorcheur dt bêtes à la boucherie de l'hôtel-Dieu. En 1413, les insurgés ayant échoué devant la Bastille, se portèrent sur l'hôtel Baiat-Paul, où se trouvait le dauphin. Celui-ci se retira dar”

la chambre du roi; les insurgés fouillèrent l'hôtel, et deux outrois hommes seulement, signalés comme des compagnons de débauche du dauphin périrent ce jour-là. Mais, comme le remarque Sismondi, la grande bourgeoisie de Paris avait été décimée et ruinée par le triomphe de l'autorité royale depuis le roi Jean; les chefs du peuple étaient désormais des bouchers riches, il est vrai, mais grossiers et brutaux , qui donnaient aux insurrections un caractère féroce, et qui ne pouvaient s'élever à une politique libérale et éclairée. Ils s’éfaient encore associés avec des docteurs en théologie, et cette alliance avec la Sorbonne n'ôta rien à la cruauté de leurs actes ; la brutalité de la populace sembla s’accroître de toute la dureté impitoyable du sacerdoce. Les cabochiens cherchèrent bien à se rattacher aux anciens défenseurs de la liberté de Paris, ils arborèrent comme eux les blancs chaperons, symboles d’affranchissement chez les Gantois, ils les présentèrent au roi, au duc de Guienne, au duc de Berry, au duc de Bourgogne, qui consentirent à les porter; mais ils ne comprenaient point la liberté dont ces blancs chaperons avaient été le signe. Jaloux du petit nombre de bourgeois qui auraient pu modérer leurs excès, ils demandèrent au dauphin son assentiment pour en faire arrêter soixante, qu’ils représentèrent comme Armagnacs, lui donnant à entendre que la confiscation des biens de ces riches marchands était le moyen le plus prompt de faire entrer de l'argent dans les coffres. Le dauphin consentit, et l’ordre fut exécuté.

L'ordonnance cabochienne, rendue le 25 mai, était un code entier, en 258 articles, sur la réforme du royaume; elle apportait de grandes réductions dans les traitements de tous les officiers publics, de notables diminutions dans le nombre des emplois, quelque allégement dans les charges publiques, mais elle ne contenait aucune institution politique, Le duc de Bourgogne fit donner la garde et le commandement des ponts de Saint-Cloud et de Charenton à Denis de Chaumont et à Caboche, qui furent également nommés commissaires avec Guillaume Legoix et Henri de Troyes, fils du chirurgien, pour asseoir un emprunt #orcé sur les bourgeois de Paris, ce qu’ils firent avec une rigueur extrême sans épargner les officiers du roi, les prélats et les docteurs de luniversité ; d’autres qu'eux n’auraient pas osé le tenter peutêtre. Mais on reconnut bientôt à leur luxe extravagant que dans cet emploi leurs mains n'étaient pas demeurées pures.

De même que le mépris qu'inspiraient les manières et Je caractère des cabochiens éloignait d’eux les bons bourgeois de Paris, il empêchait les factieux de former, comme ils se l'étaient proposé, une confédération entre toutes les villes de France, et la populace de Paris ne put compter que sur ellemême. Le supplice de Pierre des Essarts, ancien prévôt de Paris et surintendant des finances , fut encore l’œuvre des bouchers. Sur ces entrefaites s’ouvrirent à Pontoise des conférences avec les députés des princes; la bourgeoisie, qui desirait la paix, se sépara des cabochiens; elle s’arma, et alla chercher le dauphin, qui se mit à sa tête. Après avoir délivré le duc de Bavière et le duc de Bar, le dauphin fit ouvrir, les portes de toutes les prisons. Pendant que cette révolution s'accomplissait, Caboche et les principaux chefs de son parti, se voyant abandonnés par le peuple, s'étaient échappés de Paris.

Le 29 mai 1418 la conjuration de Périnet Le Clerc livra Paris aux Bourguignons; le 12 juin la populace se souleva pour massacrer les prisonniers. Le comte Bernard d’Ar- Magnac tomba le premier sous les coups des assassins ;. ils allèrent ensuite de prison en prison, forçant les portes et tuant à coups d'épée ou de hache tous ceux qu'ils y trouvaient renfermés. Les corps des morts trouvés dans la rue par la populace furent livrés à mille outrages ; des femmes, des enfants furent égorgés. Le massacre recommença le 21 août sous la condäite du bourreau C apeluche, auquel le duc de Bourgogne serra la main, et à qui il fit trancher la tête quelque temps après.

Page 1