‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 10 sur 527 · BÉRÉZINA · texte numérisé non relu

BÉRÉZINA

sa perte. Les combats de la Rérézina ont prouvé que si le plan de Koutousof eût été exécuté comme il avait été conçu, le résultat en aurait été la destruction totale de l’armée russe, et la possibilité pour nous d'hiverner en Lithuanie. Malheureusement ce plan fut mal exécuté, et le manque de son exécution fut précisément la cause de notre perte.

Le 27 octobre, l'amiral Tchitchakof partit de Brecz-Litewski avec environ trente mille hommes, dont dix mille de cavalerie. Le prince de Schwartzenberg, commandant le corps autrichien, n’inquiéta pas ce mouvement. Le cabinet de Vienne, dirigé par un agent anglais (M. Walpoole), méditait déjà de profiter de nos revers par la défection qui fut consommée plus tard, Schwartzenberg resta derrière le Bug, et s’il fit un mouvement en avant à Wolkowisk pour battre le général Sacken, que Tchitchakof avait laissé en Volhynie, ce mouvement n’eut aucune suite. Le 12 novembre, l'amiral Tchitchakof arriva sur le bord de la Bérézina, en face de Sverjin. A cette même époque, le corps du duc de Reggio se retirait par Cholopeniczy sur Bobr ; celui du duc de Bellune était à Czasniky en face du général Wittgenstein, qui couvrait Lepel; la division Loison , forte de douze mille hommes, occupait Wilna; la division de Dombrowsky s’étendait entre Jgumen et Bobruisk. Il y avait à Minsk environ trois mille hommes. A la nouvelle de l’arrivée d’un corps russe sur le Niémen, le gouverneur de Minsk perdit la tête, et s’avisa de vouloir disputer le passage de cette rivière. Il y envoya un bataillon de la garnison et trois qu’il avait demandés au général Dombrowsky, opposant ainsi environ trois mille hommes à trente mille. Ainsi qu’il était facile de le prévoir, ce détachement fut battu et presque dispersé, et le 15 au soir l’avant-garde russe se trouva à quatre lieues de Minsk. Le gouverneur se décida alors à quitter la ville en toute hâte pour se rendre à Borissof, où il parvint encore à réunir trois mille homme de recrues qui venaient de l’armée, et qu’il fit rétrograder. Le général Dombrowsky, qui était accouru de sa personne à Minsk, retourna en hâte à sa division à Jgumen, afin de la diriger sur Borissof.

Le gouverneur de Minsk resta pendant cinq jours à Borissof sans que l'ennemi parût ; maïs il perdit ce temps dans une apathie qui tenait de l’imbécillité. 11 ne s’occupa pas de faire mettre au moins en état le réduit du camp retranché qui couvrait le pont; il ne plaça aucune troupe sur la rive droite. Si l'ennemi avait marché droit sur lui, au lieu de s'arrêter à Minsk, il serait entré dans le bourg sans rencontrer d'obstacles. Le 20, vers 10 heures du soir, la division Dombrowsky arriva vers la tête du pont, et s’y plaça comme elle put. Dès le point du jour, le 21, elle fut attaquée par les divisions russes de Lambert et Langeron , fortes de dix mille hommes d’infanterie et de six mille chevaux, Dombrowsky n’en avait pas cinq mille. Le combat se soutint cependant depuis six heures du matin jusqu’à cinq heures du soir. Après des efforts inouis de valeur, la brave division polonaise fut obligée de repasser le pont sans pouvoir le détruire, ayant perdu près de quinze cents hommes et quatre canons ; mais elle prit position sur les hauteurs qui dominent Borissof, en arrière de la route de Bobr, et arrêta l'ennemi vainqueur, Que faisait pendant ce temps le duc de Reggio, qui était à Bobr, et dont une division, celle du général Merle, occupait Nacza? De l’un et de l’autre de ces points, on avait parfaitement entendu la canonnade, qui avait duré onze heures, et où près de cent bouches à feu avaient été engagées. À une autre époque il aurait poussé sur Borissof une division, qui y serait arrivée à dix heures du matin, et aurait suffi pour repousser les Russes et conserver le pont. Mais les temps de la fortune de Napoléon commençaient à passer, Quoi qu'il en soit, le défaut de coopération du corps du duc de Reggio au combat du 21 novembre fut la véritable cause des désastres de la Bérézina.

Ce même jour la grande armée française était entre Orsza et Toloczin. Le corps du duc de Bellune s'était rapproché

de Czasniky à Cholopeniczy. Wittgenstein suivait le duc de Bellune. Koutousof était encore en arrière du Boristhène, Ce ne fut que le 23 que le duc de Reggio se décida à marcher sur Borissof. Une division russe en débouchait alors, se dirigeant vers Bobr. Elle fut facilement culbutée, et perdit son artillerie et ses bagages; mais l'amiral Tchitchakof put faire couper le pont de son côté, et garnir de batteries les hauteurs qui le dominent. Le 25, le gros de l’armée française se trouva réuni sur les hauteurs en arrière de Borissof, ayant une arrière-garde à Losznitza. Le duc de Reggio était à Borissof, le duc de Bellune sur la gauche à Ratuliczy. Wittgenstein avait cessé de le suivre et était à Baran, s’avançant du côté de Borissof. Le maréchal Koutousof occupait Kopis, sur le Boristhène ; l’amiral Tchitchakofavait la division Tchaplitz à Zembin, et était avec les trois autres devant Borissof. Ce même jour il reçut de Koutousof l’ordre de s’étendre à droite sur Bérézino, parce que l’armée française se dirigeait de Bobr sur ce point. Le 26 l’amiral s’y rendit en effet, avec une division.

Cependant l’empereur Napoléon, ayant rassemblé son armée et déployé une nombreuse artillerie en face de Borissof, parut d’abord vouloir forcer le passage. L'opération était peu praticable, quand même on serait parvenu à réparer le pont, parce qu’il fallait passer un défilé de 600 mètres formé par le pont et les digues qui traversent les marais, et sous le feu des batteries qui couronnaient les hauteurs semi-circulaires dans la concavité desquelles on arrivait. L'armée, néanmoins, n’avait à choisir qu’entre deux routes, celle de Minsk et celle de Wilna, par Pleszesenitzy. Napoléon se décida pour-la dernière, qui paraissait la moins gardée; mais il lui importait de faire croire à l'ennemi qu’il choisirait la première, afin de se rapprocher de l’armée de Schwartzenberg, qui s'était aussi avancée du côté de Niesvy. Tandis qu’il poussait des reconnaissances vers Veselovo, il envoya d'assez forts partis de cavalerie vers Ucholoda , en descendant la Bérézina, et fit même commencer à y réunir des matériaux pour un pont. La position de Veselovo ayant été bien reconnue, le corps du duc de Reggio et la division Dombrowsky s’y rendirent le 26 au matin. Les autres corps de l’armée suivirent ce mouvement, excepté celui du duc de Bellune, qui reçut l’ordre de se rendre à Borissof, pour continuer à tromper l'ennemi. Dès son arrivée le duc de Reggio fit construire deux ponts, dont un pour l'infanterie, avec les matériaux que fournit la démolition du village. Ce travail fut protégé par le feu de l'artillerie, à laquelle les ennemis ne répondirent que faiblement , et pendant une heure au plus. Tchaplitz resta dans le bois que sillonne la route de Zembin. Un peu avant la nuit, Napoléon, voyant que l'infanterie ennemie s'était retirée de la plaine jusque dans le bois, ordonna au duc de Reggio de traverser larivière. Une forte gelée, qui avait repris le 24, rendait les marais praticables et facilita le passage. Tchaplitz, vivement attaqué, fut culbuté sur Brilova, et la route de Zembin se trouva ouverte. Le général Dombrowsky fut blessé à cette affaire.

Aussitôt après, Napoléon passa avec la garde et s'établit sur les hauteurs qui bordent le bois. Le 3° et le 5° corps passèrent ensuite, el se placèrent en réserve derrière le duc de Reggio, qui avait pris position à Brilova, pour contenir l'amiral Tchitchakof, qu'on s'attendait à voir accourir au secours de Tchaplitz. Ce passage dura toute la nuit, parce que la mauvaise qualité et la faiblesse des matériaux qu’on avait été forcé d'employer pour les ponts obligeaient à les réparer souvent. Le 27, vers midi, le due de Bellune arriva devant Veselovo, avec les divisions Daensdels et Girard, et y prit position pour couvrir le passage. La division Partouneaux resta à Borissof jusqu'à six heures du soir; alors elle se mit en route pour rejoindre son corps d'armée ; mais le général s'étant trompé de chemin alla se jeter au milieu du corps de Witigenslein, qui était arrivé à Studen-

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