‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 101 sur 527 · BIDAULT — BIDDLE · texte numérisé non relu

BIDAULT — BIDDLE

beau caractère; et la médaille d’or qui lui fut décernée au salon de 1812, le deuxième grand prix qu’il obtint dans le genre secondaire, la croix de la Légion d'Honneur dont sa boutonnière resplendit plus tard, enfin sa nomination à l’Académie des Beaux-Arts, où il remplaça Prud’hon, tout en son temps parut juste et naturel. Aujourd’hui on s'étonne quelque peu de ces succès. On a dit, on a même imprimé que ses paysages mythologiques sont du Ponssin manqué ; que ses autres toiles sont du Claude Lorrain sans vie, qu'elles n’offrent rien de hardi dans le pinceau ni même dobservé largement. C’est là sans doute un autre genre d’exagéraltion. Certes, le sentiment large et poétique n’a pas dans Bidault un puissant interprète; sa couleur n’a pas non plus cet accent profond qui donne de la valeur aux moindres détails ; mais il faut lui tenir compte de la fidélité 0cale et du choix des sites auxquels se rattachent d’intéressants souvenirs, comme aussi d'une sagesse dans l’ordonnance de ses tableaux arrangés et d’un certain charme pittoresque.

Bidault est mort le 20 octobre 1846, à Montmorency, où il vivait retiré depuis longtemps. Étienne ArAGo.

BIDAUX, corps d'infanterie de l’ancienne milice française, sorte d’'aventuriers, dont on faisait assez peu de cas. La Chronique de Flandre en parle au sujet de la bataille et de la prise de Furnes en 1297. Jean de Gare, qui s’était retiré dans cette ville, ne voulait point se rendre; mais les bidaux lui saillirent au col par derrière, l'abattirent, et le tuèrent. Guillaume Guyart, qui en fait aussi mention sous les années 1298, 1302 et 1304, semble faire entendre qu'il tiraient leur origine des frontières d'Espagne.

De Navarre et devers Espagne Reviennent bidaux à grans routes.

Il paraît, d’après le même auteur, que ces soldats portaient pour armes deux dards et une lance, et wn coutel à la ceinture, d’où Hocsemius pense que les bidaux étaient ainsi appelés a binis dardis, des deux dards qu’ils portaient; mais on trouve plus ordinairement dans les auteurs bidaux, bidaldi, que bidarü, et Hocsemius est le seul qui leur ait donné ce second nom latin, pour l’approcher davantage de sa prétendue étymologie. Ménage les nomme pitaux.

Il paraît qe les bidaux n'étaient pas de fort bonnes troupes ; souvent ils lâchaïent pied, et lançaient leurs dards en s’enfuyant. Bidaux retraient, c'est-à-dire s’enfuient, et dards ruent, dit le poëte que nous avons déjà cité; et le continuateur de Nangis rend à peu près le même témoignage de leur bravoure à la bataille de Cassel, où il dit que les bidaux, s'étant mis à fuir, selon leur coutume, causèrent quelque désordre dans l’armée française.

BIDDLE ( Nicoras) , financier célèbre, président de la banque des Etats-Unis et de la banque de Pensylvanie, naquit le 8 janvier 1786, à Philadelphie. Son père était viceprésident de l’État de Pensylvanie, et fit donner à ses neuf enfants, dont sept fils, une éducation distinguée. Nicolas Biddle fat élevé à Philadelphie, puis à Princetown, dans le New-Jersey. En 1801 il quitta ce collége pour se livrer à l’é- * tude de la jurisprudence. Il débuta au barreau en 1804 , et peu de temps après il accompagna à Paris le général Armstrong , nommé ministre plénipotentiaire des États-Unis près la cour des Tuileries pour liquider l'indemnité que le gouvernement français s'était engagé à payer à divers négociants de l’Union. Il suivit plus tard à Londres, en qualité de secrétaire de légation, Monroe, alors plénipotentiaire des États-Unis en Angleterre, et devenu ensuite président de VUnion. En 1807 il revint dans sa patrie, s’y livra de nou- Yeau à la pratique du droit, et publia pendant quelque temps, en société avec Dennie, un recueil périodique intitulé : Portjolio, rédigé dans le sens démocratique, et qui fit alors beaucoup de sensation. Dans les années 1810 et 1811, il représenta sa ville natale dans la législature de la Pen-

sylvanie, et s’y signala comme l’un des plus chauds partisans du système dit américain, conçu et proposé par Henry Clay. A la fin de cette législature, il rentra dans la vie privée; mais en 1814 la ville de Philadelphie le nomma sénateur, et il profita alors de sa nouvelle position pour imprimer une vigoureuse direction aux moyens de défense organisés contre l'Angleterre. En 1817 le parti démocratique le porta comme candidat au congrès ; mais il échoua à deux reprises dans ses efforts pour entrer dans le sein de la représentation nationale, toujours repoussé par une majorité fédéraliste.

Ce fut en 1819 que pour la première fois commencèrent ses rapports avec la banque nationale des États-Unis (voyez Banque), en proie à ce moment à la crise la plus périlleuse. Le congrès nomma dans les circonstances les plus alarmantes Biddle directeur, en même temps que Langdon-Cheves président de cet important établissement financier. Ces deux hommes étaient assurément très-capables ; mais on doit reconnaître que ce fut surtout aux efforts et à l’activité de son président que la banque fut alors redevable de la résurrection de son crédit. Langdon-Cheves ayant résigné ses fonctions en 1821, elles furent conférées à Biddle, dont la répufation comme financier remplissait alors toute l’Union. Les choses allèrent au mieux pendant toute la durée de la présidence de Monroe et de celle de Quincy Adams. La confiance dans la banque nationale etait 1lfimitée; mails ce fut aussi vers cette époque que les directeurs de la banque et Biddle commencèrent à se mêler des affaires générales de l'État, à prendre des journaux à leurs gages, à solder des écrivains et des publicistes, et à vouloir influer sur l’élection du président de l’Union. Il en résulta une guerre ouverte entre la banque et le parti démocratique, guerre à la suite de laquelle le général Jackson enleva à la banque des États-Unis le dépôt des fonds appartenant à l'État, et refusa sa sanction à un bill déjà adopté par les deux chambres, et renouvelant le privilége de la banque. k

Biddle essaya alors de maintenir la banque des États- Unis tout au moins comme banque provinciale, et dépense des sommes immenses pour obtenir un nouveau privilége de la législature de Pensylvanie. Comme dans cet État, essentiellement démocratique, la banque était généralement détestée, il fallut pour se concilier l'opinion publique faire des sacrifices sans nombre et de tout genre Ii n y eut point de compagnie de chemin de fer, d’entreprise de canal, de pont ou de construction de route qui n’eût son compte ouvert à la banque, laquelle prêta des millions à ces diverses entreprises, bien qu’il fût facile de prévoir que jamais la moitié de ces avances ne pourrait rentrer dans ses caisses. On espérait couvrir ces pertes en obtenant le dépôt des fonds appartenant au trésor public; et les frais et les pertes d'aller ainsi toujours en augmentant jusqu'au moment où, après Pélection de Van-Buren à la présidence, force fut à la banque de Pensylvanie de suspendre ses payements.

Une des circonstances qui contribuèrent peut-être le plus à cette catastrophe fut une spéculation faite sur les cotons par la banque avec un capital de 35 millions de dollars (180 millions de francs) pour lequel elle n’avait pas d’emploi; spéculation qui excita la rivalité de la banque d’Angleterre, et qui aboutit de la manière la plus désastreuse à une dépréciation subite du cours des cotens. On a souvent reproché à Biddle d’avoir entrepris cette énorme spéculation uniquement pour accroître sa popularité et se poser candidat à la présidence en s’assurant ainni les suffrages des planteurs du sud et du sud-ouest. Quoi qu’il en puisse être de cette accusation, il est évident que la spéculation reposait sur des données fausses, et que Biddle ou s'était exagéré les ressources de la banque, ou avait trop compté sur la confiance, ou, pour mieux dire, sur la crédulité publique. En 1839 il quitta la direction des affaires de la banque, circonstance qui porta un coup funeste au crédit de cet établissement et

fit douter qu'il pût jamais reprendre le cours de ses payements en numéraire. Un an plus tard en effet la banque de Pensylvanie fit ouvertement faillite (1840), et peu de temps après Biddle comparaissait en justice sous la prévention de dol et de fraude, ainsi que de conspiration contre l'État; mais le tribunal le renvoya absous. Depuis cette époque, il vécut complétement étranger aux affaires publiques, dans une propriété qu’il possédait non loin de Philadelphie, et où il mourut en 1844. C’était incontestablement un homme d’une haute capacité financière et politique ; mais il était devenu l’objet de l’exécration populaire,

BIDENT, genre de plantes de la famille des corymbifères, dont les graines sont surmontées de deux dents trèsmarquées : telle est l’eupatoire femelle ou chanvre aquatique (bidens tripartila, L:), qui pousse en France nalurellement dans les fossés et les lieux marécageux, passe peur sternutatoire, et sert, dans la teinture, à colorer en jaune.

BIDENTALES, prêtres institués chez les Romains pour faire certaines cérémonies et expiations prescrites lorsque la foudre était tombée quelque part. La principale consistait dans le sacrifice d’une brebis de deux ans, appelée en latin bidens, d’où le lieu frappé de la foudre s’appelait bidental, et les prêtres chargés de le purifier bidentales. J1 n’était point permis de marcher dans ce lieu avant sa purification. On l’entourait de palissades, et l’on y dressait un autel pour le sacrifice expiatoire , après lequel seulement il était rendu libre.

BIDENTÉ, BIFIDE, BIPARTI. Ces trois expressions indiquent des degrés divers d’une même disposition d’un organe. Ainsi, un pétale, un sépale, un stigmate, etc., est bidenté quand il présente à son sommet une fente peu profonde qui le partage en deux dents ; si la fente s'étend à peu près jusqu’au milieu de l'organe, celui-ci est bifide; enfin , il est biparti quand la fente, se prolongeant plus profondément , gagne presque la base.

BIDET, cheval de petite taille, cheval de main, cheval de monture. On appelle double bidet un cheval de taille médiocre au-dessus de celle du bidet ordinaire.

BIDON, terme de marine, vaisseau de bois, ou espèce de broc, dont on se sert sur mer pour mettre et distribuer la ration de vin aux équipages. — On appelle aussi bidon un vase de ferblanc dans lequel les soldats vont chercher leur provision d’eau.

BIDPAI ou PILPAI, C’est le nom que l’on donne à l’auteur d’une collection de fables et de récits qui sont répandus depuis plus de deux mille ans en Orient eten Occident , où on les regarde comme le résumé de toute la sagesse pratique de la vie. Grâce aux recherches approfondies de Colebrooke, de Wilson, de Silvestre de Sacy et de Loiseleur de Longchamps (voir son Essai sur les Fables indiennes, Paris, 1838), on connaît maintenant positivement l’origine de ce recueil, ses publications successives, et les transformations qu’il a dû subir à travers les siècles et chez les différents peuples. Sa source première est l’ancien recueil de fables indiennes intitulé . Pantchatantra, qui a souventété traduit, paraphrasé et publié dans l’Inde même sous le nom d’Hilopadeça. La meilleure édition critique est celle qu’en ont donnée A.-G. de Schlegel et Lassen (Bonn, 1829). En fait de traductions, il faut surtout citer la traduction anglaise de Wilkins (Londres, 1787) et la traduction allemande de Müller (Leipzig, 1844).

Sous le règne du roi de Perse Nouschirvan le Grand (531-579) le Pantchatantra fut traduit en langue pehlwi par son médecin Barsouyé, sous le titre de Xalilaet Dimna (noms de deux chacals qui figurent dans la première fable). Cette traduction en langue pehlwi a péri, comme tout le reste dela littérature profane de l’ancienne Perse; cependantelle fut traduite en arabe sous le règne du khalife Almansour (754- 775), par Abdallah-fbn-Almokaffa, mort en 760 ( publiée

BIDDLE — BIDPAI

par Silvestre de Sacy, Paris, 1816; puis au Caire, 1826 : en allemand, par Holomboe, Christiania, 1832, et ; Wolf, Stuttgard, 1837 ). Cette traduction arabe est la source de toutes les traductions et imitations différentes qui circulent aujourd’hui en Orient et en Occident. Dans son introduction, le traducteur arabe, Abdallah-[bn-Almokaffa k nomme l’auteur du recueil Bidpai, chef des philosophes indiens; et sa traduction est le texte que plusieurs poëtes. arabes ont ou mis en vers, par exemple : Abdelmoumin-. Tbn-Hassan ( Les Perles des sages doctrines), ou imité, par. exemple : Abou-Jaali-al-Habariya, mort en 1115 (Celui qui. crie fort et celui qui parle à haute voix).

Le plus ancien poëte de la littérature moderne persane,- Roudeji, mort en 914, en a fait le sujet d’une grande épopée d’animaux. Il en existe d’ailleurs dans la nouvelle prose persane de nombreuses imitations, savoir : celles d’Abou’l-Maali- Nar-Allah (vers 1150), de Hosséin-Ben-Ali, surnommé Al. Vaez (publiée vers la fin du quinzième siècle, sous le titre d’Anvéhri Souhaili, ce qui veut dire : Lumières de Canope [Calcutta, 1805; Bombay, 1824]; en français par David- Sahid [ Paris, 1644], et d’Abou’l-Fasl (publiée en 1590, sous le titre d’Ayydri dénish, ce qui veut dire : Pierre de touche de la sagesse). L'ouvrage fut traduit en turc d’après la traduction d’Al-Vaez, par Ali Tschelebi, vers l’an 1540, sous le titre de Homayoun Nameh, ce qui veut dire : Livre impérial, Boulak, 1735 (traduit en français par Gal-« land; Paris, 1778). Le recueil a en outre été traduit dans les langues malaise, mongole et afghane.

La traduction arabe d’Ibn-Almokaffa servit à répandre “ l'ouvrage dans tout l'Occident, et vers la fin du onzième siècle il fut traduit en grec par Siméon Sethus, sous le titre de Erepoyirns xai ixvnAërns, ce qui veut dire : Celui qui est couronné par la victoire, et celui qui cherche (publié par. Stark; Berlin, 1697). Un siècle plus tard, il en parut une traduction en langue hébraïque, par le rabbin Joël , que Jean de Capoue, juif converti, traduisit, dans la dernière moitié ” du treizième siècle , sous le titre de : Directorium humanæ Vitæ (1'° édit., 1480). Eberhard I*', duc de Wurtemberg, mort en 1325, en donna une traduction allemande, sous k « titre de : £Zxemples des anciens Sages (Ulm, 1483).

Le travail d’[bn-Almokaffa fut aussi traduit en Espagne, sous le règne d’Alphonse X (1251), en langue castillane; puis de nouveau en latin par Raymond de Béziers, savant médecin , sur l’ordre de la reine Jeanne de Navarre, épouse du roi Philippe le Beau. Les traductions de Jean de Capoue et de Raymond de Béziers ont servi de texte original aux différentes traductions publiées dans les langues modernes … de l’Europe : en espagnol (Burgos, 1498), en italien (Florence, 1548), en français (Lyon, 1556 ),en anglais (1570), en hollandais (Amsterdam, 1623), en danois (Copenhague, « 1618), en suédois (Stockholm, 1743); en allemand (traduction la plus récente, Leipzig, 1802, et Eisenach, 1803).

On a souvent confondu le recueil de Bidpai avec le livre populaire des Sept Maîtres sages.

[ On ne sait rien de bien certain sur Bidpaï. Cependant voici ce que raconte Ali-Ben-Alchah-Faresi sur l’auteur du livre de Calila et Dimma, ouvrage qu’il a fait passer dans la langue arabe : « Alexandre venait d'achever la conquête de l’Inde; le roi Four, vaineu, avait cédé son trône . à l'un des officiers d'Alexandre. Mais bientôt le vainqueur s'éloigna, et les Indiens, mettant à protit le repos qu’il leur laissait, renvoyèrent l'élu d'Alexandre, et choisirent à sa place, pour les gouverner, Dabschelim, de race royale. Dabschelim ne se vit pas plus tôt maitre du souveram pa voir qu’il se livra à toutes ses passions, et commit à l’endroit de ses sujets les actes de la plus cruelle tyraenie. Or, en ce temps-là vivait un brahmane fort sage, fort savant et en grande estime par toute l'Inde. Ce brahmane avait nom Bidpai, Après avoir assemblé ses disciples, il leur repré=« senta combien la conduite de Dabschelim était odieuse. « 1

BIDPAI — BIELSKI

L« est de votre devoir, leur dit-il, d'éclairer le roi, et de « lui faire comprendre les périls où il nous précipite. Ce n'est « pas avec la force et la violence que nous parviendrons à « le convaincre; la ruse peut nous aider utilement, » Comme les disciples de Bidpaï semblaient douter que le succès fût possible même avec la ruse, le savant brahmane imagina la fable des grenouilles qui, à l’aide des oiseaux, viennent à bout de se venger de l'éléphant, qui les écrasait sous ses pieds. Ses disciples, à ce qu’il paraît, eurent peu de confrance en la moralité de cet apologue, et ils refusèrent net d’être les oiseaux qui vengeraient les grenouilles des injures de l'éléphant. Le brahmane, indigné de leur refus, se décida à affronter seul la colère du roi. J1 entre dans le palais du tyran; Dabschelim s'étonne, car un long temps s'écoule, et le brahmane, les bras croisés sur sa poitrine, la tête penchée, garde un profond silence. « Pourquoi ne parles-tu «pas? » lui demande enfin Dabschelim. « Grand roi, répond « Bidpaï, les sages m'ont instruit à me taire. » Cela dit, le brahmane adresse au roi toutes les remontrances que lui a méritées sa conduite depuis le jour où ilest monté sur le trône. Le roi l'écoute avec impatience ; mais le courageux brahmane n’en continue pas moins de lui reprocher sa tyrannie. Dabschelim, outré de colère, ordonne qu’on le mette en croix. « Tu périras! » s'écrie-t-il. La voix terrible du tyran n’a pas fait trembler le brahmane. Il se laisse entrainer à la mort. Mais, par bonheur, le roi se ravise. « Je lui fais grâce de la « vie, dit-il à ses gardes; qu’on le jette dans un cachot! » | « Bien longtemps après, une nuit que Dabschelim ne pouyvait dormir, il se mit à chercher la cause de l'univers. 11 pensa aux étoiles, au soleil, à la lune, et ne put se rendre compte de toutes ces merveilles. Bidpaï lui revint en mémoire, et il l'envoya chercher. Le brahmane venu, Dabschelim lui demanda comment et pourquoi avait été fait l’univers. Les réponses de Bidpaï furent si sages, si concluantes, que le roi, charmé, voulut, après l'avoir délivré de ses chaînes, lui confier l'administration de son empire. Le brahmane hésita beaucoup à prendre cette charge périlleuse, mais, vaincu par les instances du roi, il consentit. L'Inde fut heureuse.

Cet événement remontait déjà à plusieurs années, lorsque le roi, voyant son règne tranquille, songea à le remplir de gloire comme avaient été précédemment remplis de gloire les règnes des souverains ses ancêtres. « Les rois mes prédéces- « seurs, dit-il au brahmane, ont été célèbres par les grandes

« et merveilleuses choses qui furent écrites sous leur règne, « Je veux être célèbre comme eux. Fais un livre qui puisse « me couvrir d’une illustration éternelle. Je te donne un an « pour accomplir cette glorieuse tâche. » Le brahmane s’em-

| pressa d’obéir. Enfermé dans sa maison avec un de ses disci- | ples, il lui dictait et revoyait à mesure tout ce que celui-ci

peut d'écrire. C’est de cette façon que l'ouvrage fut fait. Il le composa de quatorze chapitres, dont chacun renfermait une question, suivie d’une réponse. Après quoi tous les cha-

pitres étant réunis dans un seul livre, il nomma ce recueil

Calila et Dimna. Une foule d’animaux de toute espèce y

jouaient un rôle, parlant et discutant sur les choses du gou-

vernement et de la vie. Bidpaï s’était servi de cette enveloppe

pour faire parvenir la vérité aux hommes. Le roi, fort con-

tent de cet ouvrage, demanda au brahmane quelle récom-

pense il voulait obtenir? « Je ne souhaite qu’une chose, répondit Bidpaï, c’est que mon livre prenne place à côté des livres qui ont illustré les règnes de vos ancêtres ; c’est qu’on le garde comme un trésor, de peur qu’il ne tombe entre les mains des Perses. »

Dix-huit fables de La Fontaine sont des imitations plus ou moins rapprochées des fables de Bidpaï. Nous citerons entre autres : Les Deux Amis, La Lionne ct l’'Ours, Les deux Perroquets, Le Roi et son Fils, La Souris mélamorphosée en fille, La Tortue et les deux Canards, Le Marchand, le Gentilkomme et le Fils de roi. Quelques

orientalistes ont mème découvert dans Bidpaï la fable des Deux Pigeons. E. DE VAULABELLE. |

BIEF ou BIEZ, canal élevé qui conduit l’eau sur une roue hydraulique. Son nom lui vient, suivant la plupart des étymologistes, de ce qu’il est ordinairement incliné ou biaisé,

L'intervalle entre deux écluses ou barrages d’un canal porte aussi le nom de bief. Quand le canal traverse une chaine de montagnes, les biefs montent par échelons sur les deux versants jusqu’au bief de partage, point culminas du Canal. Voyez CanaL.

BIEL (Grotte de), nom d'une très-curieuse cavité naturelle, située dans le Harz, duché de Brunswick, non loia de la grotte de Baumann, sur la rive droite de la Bode, dans une montagne appelée Bielstein. Elle fut découverte en 1762, et en 1788 un certain Becker en fit disposer l'entrée de manière à la rendre plus commode aux visiteurs. Cette entrée est à 38 mètres environ au-dessus de la rivière.

La grotte de Biel se compose de onze salles séparées. Parmi les figures bizarres qu’y forment les stalactites, on remarque surtout le grand orgue de la huitième grotte, et la mer en courroux de la neuvième. C’est sur le Zielstein que l’on adorait, dit-on, dans les anciens temps l’idole de Biel, dont saint Boniface fit détruire l’image.

BIELA (Comète de). Voyez Comère.

BIELEFELD , chef-lieu de cercle de l’arrondissement de Paderborn, dans la province de Westphalie, sur le chemin de fer de Cologne à Minden et au pied dela forêt de Teutobourg, avec 16,523 habitants. Les environs de cette ville dependaïent autrefois du comté de Ravensberg, qui en 1609 passa sous la souveraineté de Brandebourg. Bielefeld est le grand centre de l’industrie linière de la Prusse; aussi la culture et la filature, le tissage et le blanchissage du lin conslituent-iis les principales industries de la population. La fabrique de Bielefeld livre chaque année à la consommation plus de soixante-dix mille pièces de toile fine et damassée. Il existe aussi dans cette ville des fabriques de soie, de cuir et de tabac, etc. Elle est le siége d’un tribunal de cercle, d’une chambre de commerce, et d’une société d’agriculture. On y trouve trois églises protestantes, une église catholique, un gymnase, une école industrielle et plusieurs autres établissements d'instruction publique. La ville est couronnée par des hauteurs, sur l’une desquelles s'élève un vieux château fort, construit au temps des luttes entre Henri le Lion et Frédéric Barberousse , appelé Sparrenburg, et servant aujourd’hui de pénitentiaire. L'autre, le Joannisberg, a été transformée en un parc charmant. De l’une et de l’autre on jouit d’une vue délicieuse sur une vaste plaine parfaitement cultivée et couverte d’habitations.

BIELLE. On appelle ainsi, en mécanique, une pièce de fer employée le plus souvent pour les transmissions de mouvements circulaires et tournant dans l’œil d’une manivelle, laquelle, à chaque tour, fait faire un mouvement de vibration à un valet placé sur un essieu , en le tirant à soi ou en le poussant en avant. Il y a des bielles pendantes attachées aux extrémités d’une pièce de bois. Elles sont accrochées par une des extrémités à un valet, et par l’autre à un des bouts du balancier.

La meule du rémouleur offre un exemple vulgaire de manivelle fixée au centre de la meule, et recevant un mouvement circulaire continu au moyen d’une bielle attachée à la fois à la manivelle et à la pédale, à laquelle le pied du rémouleur imprime un mouvement circulaire alternatif. C’est aussi au moyen d’une bielle que le mouvement rectiligne du piston d’une machine à vapeur est transmis aux roues des locomotives et transformé en mouvement circulaire.

BIELSKRI (Marc), ancien historien de la Pologne, né, vers l'an 1495, dans le domaine de Biala, appartenant à son père, et situé dans le district de Siéradz, passa sa jeunesse à la cour du voivode Kmita, entra plus tard au service et assista en 1531 à la glorieuse bataille d'Obertyn,

dans laquelle le prince de Valachie fut vaincu par l'hetmann Tarnowski. I revint plus tard se fixer à Biala, où il mourut, en 1575. Il est l’auteur de deux poëmes satiriques. Dans Vun, intitulé : Sen Majowy (Cracovie, 1590), il décrit les déchirements de la Hongrie, et, dans un rêve allégorique, prédit à sa nation le même sort, si les mœurs publiques ne deviennent pas plus chevaleresques ; dans l’autre, dont le titre est : Seym Niewiesci (Cracovie, 1595), il dépeint en termes éloquents l'état déplorable où se trouvait alors la Pologne. Sa Sprawa rycerska (Cracovie, 1569), contenant les règles de l’art de la guerre d’après les écrivains anciens et modernes, et faisant connaître comment on menait alors la guerre en Pologne et dans les pays voisins, est un ouvrage d’un haut intérêt. Mais c’est surtout par ses chroniques que Bielski est devenu célèbre; elles font époque pour la formation de la prose polonaise, et sont, à bien dire, les premiers ouvrages historiques qu'’ait eus la littérature polonaise. Sa Xronika swiata (Cracovie, 1550 et 1554 ), histoire universelle, qui remonte à la création et conduit le lecteur jusqu’au temps où vivait l'écrivain, est le résumé d’une foule d’autres historiens.

BIELSKI (Joacuim), fils du précédent, après avoir fait ses études à l’académie de Cracovie, entra au service, et fit les campagnes d’Étienne Bathori contre Dantzig et la Russie. Dans les premières années du règne de Sigismond II, il fut secrétaire de ce prince, et devint ensuite député au tribunal de Lublin. Jaloux de perpétuer le nom de son père, il publia non-seulement ses poëmes satiriques, mais encore sa Æronika Polska (Cracovie, 1597), restée maauscrite et augmentée d’un supplément qui la conduit jusqu’au règne de Sigismond JIT; ouvrage qui, bien que portant le nom du père, serait presque entièrement, à en croire Ossolinski, l’œuvre du fils tout seul. Le style en est beaucoup plus formé, et l’exposition des faits , qui non-seulement est calquée sur les chroniques latines, mais contient aussi beaucoup de faits nouveaux, en est impartiale et exacte.

La franchise dont ont fait preuve les deux Bielski, surtout en ce qui touche les affaires de l’Église, les rendit suspects d’hérésie : aussi leurs chroniques furént-elles interdites et anathématisées en 1617, par lévèque de Cracovie; circonstance qui explique pourquoi elles sont devenues si rares.

BIEN. Ce mot sert à exprimer plusieurs idées. Le bien, dans son acception la plus générale, le bien absolu, c'est Yaccomplissement régulier et harmonieux de toutes les lois qui régissent l'univers , c’est l’ordre sage et bienfaisant qui préside à l'ensemble des phénomènes dont la succession et l’enchaînement constituent la nature, Le bien diffère du vrai en ce que le vrai est la pensée même des lois et de l’ordre, et que le bien en est l’accomplissement. Ainsi, dans la pensée du Créateur, la terre doit tourner autour du soleil, les corps doivent s’attirer en raison inverse du carré de leur distance, l’homme ne doit pas nuire à son semblable et lui prêter assistance : voici le vrai. Mais si nous considérons ces pensées du Créateur ou, si l'on veut, ces lois de la nature recevant leur exécution, ce ne sera plus .seulement le vrai, ce sera le bien. Ainsi, il est bien que la terre accomplisse sa révolution autour du soleil, bien que l'homme porte secours aux maux de son semblable, etc. Le bien est donc la mise en œuvre de la pensée suprême, la réalisation du wrai. Le principe du vrai est dans la sagesse éternelle, celui du bien dans la puissance dont cette sagesse est armée pour réaliser ses pensées,

L'homme ne peut connaître le bien dans tout son développement , il sait seulement qu’il existe; de même qu'il ne peut connaitre le vrai dans toute son étendue, à cause des bornes de son intelligence; mais de même aussi qu'il lui suffit de voir un seul côté de la vérité pour s'élever aussitôt à son principe, pour affirmer son immobilité et sa sagesse,

BIELSKI — BIEN

et pour étendre ensuite son affirmation à tout ce qu'il ne connaît pas comme à tout ce qu’il connaît, de même il lui suffit de voir un seul exemple de bien pour s'élever à li de bien en général, pour affirmer que la sagesse bienvcillante du Créateur préside à l’ensemble de l’univers. Voilà comme il se forme l’idée du bien absolu, au moyen de la raison, qui généralise. l

Le bien d’un être en particulier, c’est l’accomplissement régulier et sans obstacle de la fin pour laquelle cet être am été créé. Ainsi, le bien pour une plante, c’est son dévelop pement facile et complet; le bien pour un organe, c'est l’accomplissement régulier de ses fonctions ; le bien pour un animal, c’est la satisfaction de tous les besoins que la nature a mis en lui; le bien pour l’homme, c’est le déve loppement régulier et harmonieux de ses facultés physiques, intellectuelles , affectives et morales, développement qui à pour but l’accomplissement de sa destinée, c'est-à-dire son bien.

On voit par là que l’idée du bien absolu ne diffère de l'idée du bien particulier que du plus au moins. Le bien d’un être, c’est toujours l’accomplissement régulier des lois qui président au développement de cet être, et qui doivent. le conduire à sa fin. La somme de tous les biens particu= liers doit donner le bien absolu, c’est-à-dire l’accomplisse= ment régulier de toutes les lois de lunivers ; seulement, il ne nous est point possible de connaître jamais la totalité de cette somme , tandis que nous pouvons connaître quel# ques-unes de ses parties.

On peut remarquer aussi pourquoi l’homme confond l’idée de son bien avec celle de son bonheur. C’est qu’en effet la nature a attaché un vif sentiment de plaisir à la satisfaction de chacun de ses besoins, et que l’homme le plus réellement heureux est celui qui satisfait ses penchants les plus importants et se développe de la manière la plus conforme à sa destinée. Le bonheur n’est pas identique avec le bien, il en est le résultat et le complément. Mais l’homme les 4 confondus dans sa pensée, parce que l’un le conduit à l'autre. Aussi se trompe-t-il toujours en poursuivant l& bonheur, s'il ne le cherche pas dans son bien, c’est-à-dire dans la satisfaction des besoins les plus nobles et les plus essentiels de sa nature, dans l’accomplissement de sa loi dernière, et s’il prend pour le bonheur les plaisirs que pro= cure la satisfaction d’un besoin moins important, et qui peuvent entraver le développement de ses facultés principales, empêcher l’accomplissement de sa véritable destinées c’est-à-dire son bien, et par conséquent son bonheur.

Il est encore facile d'expliquer pourquoi on appelle du. nom de biens les richesses de toute nature qui sont en la. possession de l’homme : c’est que ces richesses sont pour lui. des moyens de développement, et que les ressources dont. elles accroïissent sa puissance peuvent l'aider, s’il sait em faire usage, à accomplir plus aisément les lois de la natureÿ c’est-à-dire son bien. Ainsi, c’est le moyen auquel, par analogie, on a donné le nom de la fin elle-même,

Le mot bien aencoreuneautre acception, la plus important de toutes : nous voulons parler du bien moral (æquum honestum), et que nous définirons : l’accomplissement du des voir. Le bien moral ne diffère du bien en soi que parce qu’il est imputable à l’homme lui-même, qui l’accomplit libres ment. En effet, quand l’homme pratique le bien ( Aones* tum ), il ne fait autre chose qu'exécuter les lois de la nas ture et réaliser la pensée du Créateur, que sa conscience eb sa raison lui révèlent, et dont il lui a réservé l’accomplisses ment. Seulement, il y a cette différence entre le bien qu s’accomplit directement par le fait de la nature et le bien qu 8 "acccomplit par le fait de l’homme, que c’est à l'activité hu maine qu'a été confiée l'exécution d'un grand nombre « lois, et que ces lois ne s’exécutent qu’autant que l’homme prête et consent librement à le faire. Ainsi, le bien mora n'est autre chose que le bien fait sciemment et libreme

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