‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 102 sur 527 · BIEN — BIEN-ÊTRE · texte numérisé non relu

BIEN — BIEN-ÊTRE

par l'homme. Ainsi, c’est une loi de la nature que l'intelligence d’un individu se développe en raison des moyens qui lui sont fournis et du but particulier auquel il est appelé; c’est une loi de la nature que la mère nourrisse son enfant et lui procure, pour opérer son développement physique et moral, toutes les ressources qu’il ne possède pas par luimême. Mais ces lois ne recevront leur exécution qu'autant que l’homme les connaitra, et emploiera son activité àen assurer l’accomplissement. Le bien en soi est horsde l'homme, le bien moral seul lui appartient; il constitue son mérite, car l’homme qui fait le bien concourt avec le Créateur à effectuer les lois qu'a établies la sagess - éternelle ; il devient le réalisateur de la pensée suprême. Remarquons, en terininant, que ce qui rend le bien obligatoire pour l'homme, c'est précisément parce qu’il consiste dans des lois qui ne sont point son ouvrage, qui préexistent dans la pensée de lauteur de la nature, et qu’il a seulement reçu mission d’accomplir librement, par un privilège qui en fait la plus noble de toutes les créatures. C.-M. PAFFE.

BIEN ( Souverain). Le bonheur est une idée abstraite composée de quelques sensations de plaisir. Platon, qui écrivait mieux qu’il ne raisonnait, imagina son monde archétype, c’est-à-dire son monde original, ses idées générales du beau, du bien, de l’ordre, du juste, comme s’il y avait des êtres éternels appelés ordre, bien, beau, juste, dont dérivassent les faibles copies de ce qui nous paraît ici-bas juste, beau et bon.

C’est donc d’après lui que les philosophes ont recherché le souverain bien, comme les chimistes cherchent la pierre philosophale; mais le souverain bien n’existe pas plus que le souverain carré ou le souverain cramoisi : il y a des couleurs cramoisies, il y a des carrés, mais il n’y a point d’être général qui s’appelle ainsi. Cette chimérique manière de raisonner a gâté longtemps la philosophie.

Les animaux ressentent du plaisir à faire toutes les fonctions auxquelles ils sont destinés. Le bonheur qu’on imnagine serait une suite non interrompue de plaisirs : une telle série est incompatible avec nos organes et avec notre destination. Il y a un grand plaisir à manger et à boire, un plus grand plaisir est dans l’union des deux sexes; mais il est clair que si l’homme mangeait toujours ou était toujours dans l’extase de la jouissance, ses organes n’y pourraient suflire; il est encore évident qu’il ne pourrait remplir les destinations de la vie, et que le genre humain en ce cas périrait par le plaisir.

Passer continuellement, sans interruption, d’un plaisir à un autre, est encore une autre chimère. 11 faut que la femme qui à conçu accouche, ce qui est une peine; il faut que Phomme fende le bois et taille la pierre, ce qui n’est pas un plaisir.

Si on donne le nom de bonheur à quelques plaisirs répandus dans cette vie, il y a du bonheur en effet; si on ne donne ce nom qu’à un plaisir toujours permanent, où à une file continue et variée de sensations délicieuses, le bonheur n'est pas fait pour ce globe terraqué : cherchez ailleurs.

Si on appelle bonheur une situation de l'homme, comme des richesses, de la puissance, de la réputation, etc., on ne se trompe pas moins. Il y a tel charbonnier plus heureux que tel souverain. Qu'on demande à Cromwell s'il a été plus content quand il était protecteur que quand il allait au cabaret dans sa jeunesse, il repondra probablement que le temps de sa tyrannie n’a pas ête le plus rempli de plaisirs. Combien de laides bourgeoises sont plus satistaites qu'Hélène et que Cléopâtre!

11 n’appartient certainement qu’à Dieu, à un être qui verrait dans tous les cœurs, de decider quel est l'homme le plus heureux. {1 n’y a qu’un seul cas où un homme puisse aflirmer que son élat actuel est pire ou meilleur que celui de son voisin : ce cas est celui de la rivalité et le momuut de la victoire. En effet il n’y a que le seul cas du plaisir ac-

DICT. DE LA CONV. — T, Ill.

tuel et de la douleur actuelle où l'on puisse comparer le sort de deux homines en faisant abstraction de tout le reste. Un homme sain qui mange une bonne perdrix a sans doute un moment préférable à celui d'un malade tourmenté de Ja colique ; mais on ne peut ailer au delà avec sûreté, on ne peut évaluer l'être d'un homme avec celui d'un autre; on n'a point de balance pour peser les désirs et les sensations.

Nous avons commencé cet article par Platon et son souverain bien ; nous le finirons par Solon et par ce grand mot qui à fait tant de fortune : « Il ne faut appeler personne heureux avant sa mort. » Cet axiome n’est au fond qu'une puérilité, comme tant d'apophthegmes consacrés dans l’antiquite, Le moment de la mort n’a rien de cominun avec le sort qu’on a éprouvé dans la vie; on peut périr d’une mort violente et infâme, et avoir goûté jusque là tous les plaisirs dont la nature humaine est susceptible. 11 est trèspossible et très-ordinaire qu'un homine heureux cesse de lêtre : qui en doute ? mais il n’a pas moins eu ses moments heureux.

Que veut donc dire le mot de Solon? qu’il n’est pas sûr qu’un homme qui a du plaisir aujourd'hui en ait demain? En ce cas, c’est une vérité si incontestable et si triviale qu’elle ne valait pas la peine d’être dite. VOLTAIRE,

BIEN ( Homme de). Voyez HOMME DE BIEN.

BIEN-DIRE, langage poli et élégant, manière de s’exprimer agreable et engageante, mais qui doit être naturelle pour conserver une acception favorable : lorsqu'elle est accompagnee d'affectation, elle touche au ridicule. Il y a de differences marquées entre bien penser, bien dire et bien faire. L'axiome de Cicéron : vir bonus dicendi peritus, n’est que trop souvent en défaut, etil ne suffit pas toujours de bien penser et de bien agir pour bien purter. Le bien-dire tient de qualités qui sont le résultat de la plus ou moins grande perfection de l'organe de la parole et d’une étude attentive et suivie, à laquelle les hommes d’action dédaignent quelquefois de donner un temps qu'ils pensent pouvoir mieux employer. Le bien-dire depend davantage aussi de la rectitude de l'esprit ; le bten-faire, de la force de caractère. Bien des gens, par exemple, sont d'excellents donneurs de conseils qui ne savent pas toujours les mettre en pratique pour eux-mêmes, Il ne faut pas croire pour cela qu’ils manquent de franchise dans leurs paroles; ils peuvent sentir, apprécier la force et la vérité de leurs propres discours, ils peuvent parler enfin avec conviction; mais c'est l'énergie, la force d'exécu- Lion qui leur fait faute. En général, les paroles perdent beaucoup de leur poids et de leur autorité dans la bouche de ceux qui ne peuvent y joindre l'action.

BIEN-ÈTRE , situation, état d’une personne qui vit comimodément, à qui rien ne manque pour être heureuse dans sa condition : Sors hominis cui nihil deest. Furetière a dit avec raison que la nature a donné l’être aux enfants, et que leurs parents leur doivent le bien-être, c'est-à-dire une bonne education, de bons conseils et une bonne direction, qui les mettent à même de se le procurer. Celui qui n’a que le nécessaire n’a cependant pas encore ce qu’on peut appeler le bien-être, à muins qu'il ne sache se contenter du nécessaire; et dans ce cas, qui est certainement fort rare, on peul même encore avancer que le bien-étre se compose dun peu plus. Sans doute Horace comprenait dans son aureu mediocritas non-seulement la possibilité de satisfaire les aesirs personnels d’un homme modéré, mais encore la faculté de pouvoir quelquétois donner ou partager son supertiu, pour participer au Dien-etre d'autrui. Proscrire ce désir Si louable et si naturel enez l'homme dont le cœur n'est pas corrompu par une tausse civilisation, ce serait le réduire à Pétat deguisime, pour sequel il n’est pas fait, et qui est d’ailleurs oppose à l’état social. C’est donc dans la bienfaisance et daus les vccupatuns utiles à la société que l’homme qui a plus que {e nécessaire doit chercher son

bien-étre. Ceux qui le trouvent dans des jouissances égoistes sont presque aussi nuisibles à la société que ceux qui le font consister dans le mal; car ils sont vis-à-vis d’elle dans un-même état d’hostilité, avec cette différence seule qu’on ne se tient pas en garde contre eux comme on pourrait le faire avec un ennemi déclaré.

L'amour du bien-étre est moins une passion que la source naturelle de toutes les passions nobles. S'il l'emporte quelquefois sur l'amour de la patrie, c’est la faute de celle-ci ; car un État bien constitué ne doit pas seulement protection et sécurité aux individus, il leur doit encore les moyens de mettre en œuvre les talents et les facultés dont ils sont doués pour leur propre avantage et celui de la société dans laquelle ils vivent. Quand les gouvernements comprendront cette grande vérité, ils auront des amis et des citoyens, au lieu d’avoir des sujets et des créatures ; et ils n’auront plus de dépenses secrètes, parce qu’ils pourront avouer tous leurs actes.

La langue française est redevable du mot bien-éfre à Antoine d’Urfé, qui s’en est servi le premier dans son épitre au roi Henri IV. À qui devrons-nous la chose? E. HÉREAU,

BIENEWITZ ou BENNEWITZ. Voyez APlanus.

BIENFAISANCE, de toutes les vertus de l'homme la plus active. Pour.accomplir les œuvres qu’elle s’impose, les jours lui paraissent trop courts, elle prend sur ses nuits; elle souffre du repos. La bienfaisance fait plus que de donner , elle se dépouille avec joie; et si les ressources lui manquent, elle apporte la fertilité de ses conseils et la chaleur de son dévouement; elle n’est pas que la raison du bien, elle en est la passion. Un des caractères propres à la bienfaisance , c’est qu’elle possède toutes les vertus dont elle a besoin ; elle est tour à tour patiente et impétueuse, vive et insinuante ; elle compose avec les obstacles, elle sait aussi les franchir. Un premier succès la conduit infailliblement à un second. Commandant par les sacrifices qu’elle s'impose, elle en profite pour augmenter à l'infini tous les genres de soulagement et de consolation.

A son insu, la bienfaisance exerce une grande influence lorsque la société touche au plus haut degré de la civilisation. Sans être un rouage de l’État, elle se glisse entre ceuxci, et empêche qu'ils ne se choquent et ne se brisent. En effet, la fortune établit alors des distances si prodigieuses et des disparates si désolantes, qu’une guerre civile permanente existerait entre les citoyens; mais la bienfaisance réussit à rétablir l'équilibre , et, sans qu'on s’en aperçoive, amène à un partage continuel. Elle constitue en définitive un pouvoir d'autant plus irrésistible, qu’à la différence des autres, il donne au lieu de demander.

On peut dès les premières années habituer l’enfant à la bienfaisance; c’est une vertu à laquelle on s’attache et dont on ne peut plus se séparer, Ce devrait être la partie essentielle de l'éducation. Sur ce point on abandonne trop les enfants à leur propre sensibilité : le cœur est comme l’esprit , il a besoin à une certaine époque d'une culture constante.

La bienfaisance pour s’introduire dans les capilales est forcée de revêtir des formes qui lui coûtent; elle séduit les uns pour venir au/secours des autres, le plaisir est son agent, mais en l’approchant elle le purifie. Il n'y a pas d’acte de bienfaisance où les femmes ne soient mêlées : dans ce genre elles devinent tout ce qu’on peut entreprendre; elles ont si bien toutes les grâces du succès, qu'elles séduisent ceux qu’elles ne peuvent toucher.

Un érudit a prétendu que le mot bienfaisance datait de loin, et que l’abbé de Saint-Pierre n’en était pas l'inventeur, On trouve en effet, au dix-septième siecle, dans Balzac l'ancien, bienfaisant et bienfaisante. Quoi qu'il en soit, ce mot est né de la philosophie; il exprime un sentiment de solidarité, de sympathie humaine, qui se manifeste entre individus, hors de la famille et indépendamment du patrio-

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