‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 104 sur 527 · BIENFAISANCE — BIENFAISANCE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

BIENFAISANCE — BIENFAISANCE PUBLIQUE

qu’on appelait autrefois pauvres honteux ; on subvient au dénûment dans lequel se trouvent les convalescents qui sortent des hôpitaux, en leur donnant des aliments pour plusieurs jours et en leur procurant des outils. De plus, des distributions mensuelles de bons de pain, de viande, de paille, de sabots, etc., sont faites aux plus nécessiteux, aux ménages chargés d’enfants, aux blessés, aux orphelins sans appui. On fournit aux pauvres des cercueils pour leur inhumation. Dans chaque bureau il y a une cuisine et un laboratoire de pharmacie confiés aux sœurs de la Charité. Dans quelques-uns, au lieu de donner du bouillon en nature, on distribue des cartes sur des entreprises particulières. Douze médecins et quatre chirurgiens sont attachés à chaque bureau d’arrondissement. Les écoles, les ouvroirs, les asiles de charité dépendent aussi de ces bureaux.

En 1833 les bureaux de bienfaisance de France avaient à leur disposition un revenu de 10,315,746 fr. ; ils dépensèrent ",399,556 fr., et secoururent 695,932 indigents. Il ne faut pas croire cependant que ce soit à le chiffre des nécessiteux du pays. Beaucoup de pauvres répugnent à demander ces secours ; quelques-uns les regardent comme insuffisants pour soulager leur misère; d’autres préfèrent mendier aux passants, d’autres sont à charge à leur famille ou à d’anciens amis ; enfin, dans une foule de communes il n’y a pas de bureau de bienfaisance, ce qui n'empêche pas qu’il n’y ait des malheureux. Sur les 6,275 bureaux de bienfaisance qui existaient en 1833, le département du Nord en possédait 618, celui du Pas-de-Calais 396; celui de l'Aisne 260 ; celui des Basses-Pyrénées 242 et celui de Seine-et-Oise 200. I] n’y en avait que 2 dans la Corse et la Haute-Vienne, 3 dans les Pyrénées-Orientales, 4 dans la Creuse, etc. Dans le département de la Seine, il y en avait, en 1841, 92, dont les recettes s'étaient élevées à près de 2 millions. Les receltes des bureaux de bienfaisance étaient de 13 millions en 1840, de 12,249,000 fr. en 1841.

A Paris le nombre des indigents inscrits aux bureaux de bienfaisance était en 1835 de 62,539, formant ensemble 28,969 ménages, dont 19,862 recevaient un secours annuel et 9,107 un secours temporaire. La somme distribuée ainsi en secours à domicile s'élevait à 1,417,514 fr. En 1841 Paris comptait 66,487 indigents inscrits, répartis en 29,282 ménages. Ce chiffre se décomposait ainsi : ménages ayant reçu des secours temporaires, 10,424; des secours annuels ordinaires, 14,383 ; octogtnaires, 1,223; septuagénaires, 1,962 ; aveugles, 1,054; paralytiques, 236. Les chefs de ces ménages indigents se classaient de la manière suivante : mariés, 11,917; veufs, 10,408; femmes abandonnées, 1,898; on y ajoutait 4,496 célibataires adultes, 563 célibataires orphelins. 15,230 chefs de ménage avaient moins de soixante ans; {4,052 avaient dépassé cet âge. Un seul était centenaire. 15,495 chefs de ménage étaient des hommes. 5,399 de ces ménages secourus occupaient des loyers de 50 francs et au-dessous ; 12,681 des loyers de 51 à 100 fr.; 5,681 des loyers de 101 à 200 fr. ; 187 des loyers de 201 à 300 francs; 13 des loyers de 301 à 400 fr.; 2 des loyers au-dessus de 400 fr. ; 3,003 étaient logés à titre gratuit, et 2,317 comme portiers. Parmi ces indigents il y avait 1,982 individus sans état, 1,805 journaliers, 1,129 commissionnaires ou hommes de peine; 880 cordonniers; 778 marchands revendeurs; 477 tailleurs; 406 menuisiers; 333 serruriers ; 300 maçons; 278 peintres vitriers ; 197 bonnetiers ; 192 ébénistes; 189 porteurs d’eau; 171 cochers; 156 corroycurs, tanneurs, mégissiers el peaussiers ; 149 balayeurs; 140 manœuvres ; 140 employés et écrivains; 140 charretiers; 139 imprimeurs en caractères; 132 domestiques; 131 savetiers ; 130 terrassiers; 129 tisserands; 124 fileurs; 122 chiffonmiers; 119 tourneurs; {11 charpentiers; 24 relieurs; 15 graveurs; 10 compositeurs; 6 libraires et bouquinistes; 4 dessinateurs; 3 chantres de paroisse; 3 artistes dramatiques, etc., etc.

Le rapport de la population indigente de Paris a étéen 1844 de { sur 13 habitants. Cette proportion varie beaucoup d’un arrondissement à l’autre. Ainsi dans le 2° arrondissement on trouvait un indigentsur 33 habitants ; dans le 3°. 1 sur 27; dans les 10°, 1°", 5°, 7°, 11°, 6° et 4° arrondisssements 1 indigent sur 19 à 15 habitants, dans le 9° 1 sur 8, dans le 8° et dans le 12° 1 sur 6.

Les recettes faites par les bureaux de bienfaisance de Paris sont le produit d’une subvention de l’administration des hospices, de legs et donations, de dons, collectes et souscriptions (ces dernières ressources ont monté en 1841 à 259,549 fr.), des troncs et quêtes dans les églises ( 27,692 fr. la même année ), des représemations (héâtrales, bals et concerts (9,182 fr. )et d’autres fonds généraux et spéciaux, Leur dépense a été la même année de 1,361,635 fr. Le 12° arrondissement est entré dans ce chiffre pour 241,323 fr. 95,811 fr. ont été distribués en espèces.

En 1844 le nombre des indigents inscrits dans les bureaux de bienfaisance s’éleva à 86,401; il s’éleva bien plus haut en 1847, année de disette. En 1820 il avait atteint le même chiffre qu’en 1844. En 1803 le chiffre des indigents s’élevait à 112,626, et en 1813 à 102,806. En 1850 les secours à domicile vinrent en aide à 94,619 indigents et coûtèrent 2,418,227 fr.

BIENFAISANCE PUBLIQUE, CHARITÉ LÉGALE, ASSISTANCE OFFICIELLE. Ces noms divers servent à caractériser les institutions par lesquelles les sociétés organisées viennent publiquement au secours des infortunez qui naissent dans leur sein. Si le nom change avec le sentiment qui l’inspire, le but est toujours le même, à savoir de venir au secours de celui qui souffre.

Dans les sociétés antiques de l'Occident les pauvres n'étaient point iso'és et livrés à eux-mêmes : ils étaient fortement groupés autour des riches, dans la famille par les liens de l’esclavage, dans la cité par ceux de la confraternité et du patronat. Le maître avait intérêt à conserver ses esclaves, qui formaient sa fortune; le patron, à assurer le bien être de ses clients, dont le nombre faisait sa puissance. Ce ne fut que lorsque les liens qui aggloméraient les pauvres autour des riches se furent relâchés, lorsqu'il se fut formé dans les villes un peuple indépendant, voué au négoce et aux travaux mécaniques, que la misère, c’est-à-dire la pauvreté extrême et permanente, se manifesta, puis obtint des riches, en excitant leur pilié ou en leur vendant ses suffrages, des largesses régulières, qui élevèrent insensiblement l’indigence et bientôt la mendicité au rang des faits norinaux et des plaies désormais incurables du corps social,

Chez les anciens, dit Chateaubriand, l'assistance se résumaïit en deux mots : infanticide et esclavage. L'hospitalité patriarcale des temps primitifs s'était singulièrement amoindrie au contact des lois brutales de la Grèce et de Rome : un patriotisme farouche, la fatalité, la servitude, ne pouvaient faire naître de douces compassions. Ce fut bien lentement que les Grecs et les Romains modifièrent leurs sen+ timents à cet égard et cessèrent d’assimiler leurs esclaves aux bêtes. Tite-Live revient fréquemment sur la misère des Romains, mais sans mentionner jamais ni hôpitaux ni systèmes d’assistance publique. Le polythéisme de ces peuples ne faisait point de l’aumône un devoir religieux; et si Virgile s’écrie : Non ignara mali, miseris succurrere disco, pensée d’un sage du paganisme qui se retrouve chez plus d’un auteur éclairé, chez plus d’un vrai philosophe des anciens jours, Plaute, qui écrivait dans l’avant-dernier siècle avant l’ère chrétienne, et qui ne faisait guère que copier les comiques grecs, ne met-il pas dans la bouche de Frinurimus, un de ses personnages, cette sentence terrible : « C’est rendre un mauvais service à un mendiant que de lui domner de quoi manger ou de quoi boire, car on perd ainsi ce qu’on lui donne, et l’on ne fait que prolonger sans fruit pour la

société une misérable existence, » =

Dans l'Orien, la religion faisait, au contraire, de la bienfaisance un devoir positif. Les livres sacrés des Indous, des Perses, des Juifs, vont jusqu’à prescrire la quotité de l'aumône que les riches doivent aux pauvres. Le Coran, sans fixer un minimum, formule, à plusieurs reprises, le précepte religieux de la charité. Moïse est à cet égard plus positif encore : « Faites part, dit-il, de votre pain à celui qui a faim ; faites entrer dans votre maison les pauvres qui ne savent où se retirer, et lorsque vous verrez un homme nu, empressez-vous de le vêtir! » L'hospitalité arabe n’existet-elle pas encore de nos jours? Aussi l'indigence et la mendicité ont-elles atteint chez ces peuples un développement auquel l'immuable organisation des sociétés théocratiques était seule capable de résister.

Mais la véritable bienfaisance publique, il faut bien le reconnaitre, est toute d’origine chrétienne. A tort onessaÿerait de ravir à la religion du fils de Marie cette glorieuse auréole ; à tort on nierait la charité chrétienne, pour lui assigner une origine plus raffinée ou plus philosophique. On est forcé de convenir que l'application de cette vertu n’a été réelle que dans les jours nouveaux du christianisme. Le christianisme, qui est supérieur aux autres cultes en cequ'il étend le devoir religieux à tout ce qui peut inspirer l'amour du prochain, mais qui n’en recommande pas moins l’aumône comme une des principales manifestations de cet amour, comme une forme et un produit essentiel de la charité, fit éclore dans l’empire romain de nombreuses institutions destinées au soulagement des pauvres, tandis que les abondantes aumôues distribuces par les couvents et par le clergé donnaient à l'accroissement de la mendicité une impulsion dont les conséquences sont encore visibles dans l’Europe moderne.

Toutefois, ni les sociétés antiques ni celles du moyen âge n’ont connu le paupérisme, cette lèpre qui envahit des classes entières, et devient leur état normal par l'effet même des causes qui favorisent l'accroissement de la richesse et le développement de la prospérilé générale. On ignorait alors le prolétariat, c'est-à-dire l'apparition d’une classe ouvrière indépendante, soumise par son indépendance même à l’action immédiate des lois qui règlent la distribution des richesses. A quoi songent Gratien, Valentinien et Thévdose pour couper court aux abus de la mendicité? Instituent-ils des maisons de travail, des ateliers, des ouvroirs, des asiles, des secours à domicile? Pas le moins du monde! Ils ordonnent tout simplement d’arrêter les mendiants valides pour rendre à leurs maitres ceux qui sont esclaves, pour assujeltir au colonat ceux qui sont libres.

Plus tard l’esclavage, au moins dans l’action préventive, fut remplacé pour la population agricole par le servage, et pour celle des villes par les corporations de méliers et par les confréries religieuses. Le pauvre qui ne trouvait place dans aucun de ces groupes cessait d’apparlenir à la société. La mendicité ou le brigandage devenait sa seule ressource Qui r’a entendu parler de ces bandes organisées qui jadisétalaient dans les villes ou promenaient dans les campagnes leurs ignobles ruses et leurs mœurs scandaleuses? Mais ce n’était pas le paupérisme, qui atteint le travailleur lui-même au sein de l’industrie. Les statuts des ordres “eligieux commandaient aux fidèles la charité et les secours envers les pauvres. Les voyageurs étaient inscrits en première ligne dans la nomenclature des devoirs du chrétien, Les invasions successives qui signalèrent le laps de temps qui s’écoula du cinquième au dixième siècle jetèrent la France dans une confusion telle, que les fondations picuses ou furent détruites, ou dévièrent promptement de leur primitive vocation. Charlemagne lui-même, malgré ses lois et sa vigilance, ne put opposer une digue au torrent. Pendant les croisades les sentiments chrétiens des chevaliers et les maladies affreuses qui désolèrent les villes et les campagnes motivérent la création d'une foule de maladreries,

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