‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 106 sur 527 · BIENFAISANCE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

BIENFAISANCE PUBLIQUE

hommes n’ont pas le temps d'appliquer, ces bonnes intenfions restèrent à l'état de projet.

La bienfaisance publique s'exerce en France au moyen de secours à domicile distribués par les bureaux de bienfaisance et par un système d'hospicesetd’hôpitaux. Voici quelques-unes de ses principales applications matérielles.

En 1849 les 1270 hôpitaux el hospices de France ont coûté 51,900,415 fr., et avec un revenu de 54,116,660 fr. ils ont secouru plus d’un million d’indigents. Pour Paris l'administration des hôpitaux et hospices a dépensé cette même année 15,132,164 fr. sur une recette de 15,236,473 fr., non compris 700,153 fr. de dons particuliers. Avec cette dépense on a réussi à soigner 21,997 personnes, et l’on a fait face à l'entretien de 27,296 lits, à celui des édifices, aux achats des médicaments, aux frais du personnel, etc. Enfin, les recettes générales de l'administration de la bienfaisance publique à Paris ont été en 1850 de 18,032,440 fr., et les dépenses de 15,156,962,

On à calculé qu'il y avait en France plus d’un million d’indigents, non compris ceux qui sont admis dans les hospices ou hôpitaux et ceux qui sont passagèrement privés de moyens suflisants de travail et d’existence. Le paupérisme a été divisé en zones, suivant son degré d'intensité. Ainsi les départements du Nord, de la Seine, du Rhône, de Aisne, de la Somme, d’Ille-ét-Vilaine, du Morbihan et des Bouches-du-Rhône occupent le premier degré de la zone principale. En général , cependant , il n’y a guère que vingt départements où le nombre des indigents soit un peu considérable,

Après avoir jeté un coup d'œil sur l'exercice de la bienfaisance publique chez nous et chez quelques autres peuples, nous nous trouvons jeté à notre insu dans des doutes fort graves. Ainsi, d’un côté nous remarquons que les institutions charitables les plus étendues, les pius parfaites, sont en plein exercice, et de l’autre nous voyons qu’elles sont im- ‘ puissantes à opposer une digue à la maree montante du paupérisme, qui envahit les sociétés modernes, et fait triste- + ment penser à cette sombre vérité d’un pocte anglais :

What is the life? À war, eternal war, with woe!.….

Aussi se demande-t-on parlout avec anxiété si une population toujours croissante , une concurrence de plus en plus anarchique, l’abandon de l'agriculture, l’agglomération des ouvriers dans les villes, l'ignorance, l’inintelligence de la vie, le manque de travail, la fléquence des révolutions, les mauvaises récoltes, l'immoralité, ne sont pas les principales causes des misères de toutes espèces qui désolent tant de pays. Et là dessus les gouvernements se mettent à reviser leurs législations charitables. Mais est-il donc possible, même avec une taxe comme celle de l'Angleterre, d'arriver à détruire le paupérisme ? Les illusions et les théories sont-elles encore permises quand il faut secourir collectivement malades, indigents, orphelins, enfants trouvés, sourds-muets, aveugles, aliénés, mendiants, prisonniers, etc?

Malheureusement, interroger ainsi , c’est mal interroger. Presque partout la question a été mal posée ; on en a fait une question de morale, de politique, presque de théologie. On s'est préoccupé exclusivement des devoirs de la société envers les pauvres , comme s’il ne fallait pas , avant de rechercher ce que la société doit, s'informer de ce qu’elle peut.

M. Duchâtel, dans son livre sur la charité, expose fort bien les causes de la misère et les tendances désastreuses de la charité légale ; mais après être ainsi entré dans la bonne voie, il s’arrête, et se borne à « faire un devoir à l'État d’intervenir à ses frais dans le soulagement des pauvres toutes les fois que la prudence ou la charité ne suffiront pas à prévenir ou à soulager l’indigence ». La charité légale ne pouvait pas s'exprimer autrement.

D'autres écrivains, MM. de Morogues, de Villeneuve-

Bargemont, Degérando, Thiers, etc., se sont placés dans la question qui nous occupe sur un terrain si fictif, si mouvant, qu'avec eux aucune lutte sérieuse, profitable à la science, n'est possible, M. Thiers résume ainsi son opinion :

« L'État, comine l'individu, doit être bienfaisant; mais, comme lui, il doit l'être par vertu, c'est-à-dire librement, et, de plus, il doit l'être prudemment. Et ce n’est pas pour lui assurer le moyen de donner moins ou de donner peu, mais afin de garder la fortune publique, qui est celle des pauvres encore plus que celle des riches; c’est afin de maintenir l'obligation du travail pour tous, et de préveuir les vices de l’oisiveté, vices qui chez la multitude deviennent facilement dangereux et même atroces. Mais l’État libre et prudent dans sa liberté n’en sera pas moins largement bienfaisant.…. Il voudra que nos cités ne soient pas des repaires de misères ou de vices; il s’attachera à diminuer la somme des souffrances par l’amour du bien, qui égalera dans son cœur l'amour du beau et du grand. Il sera aussi fier d’épargner aux étrangers le spectacle de mendiants mourant de faim que jaloux de leur montrer nos monuments d’art ou de gloire... L'État, en un mot, sera un honnête homme, agissant par les impulsions qui conduisent l'honnête homine, l’amour du bien et du beau, et en étant un honnête homme, il sera aussi un homme juste et sage. Tels sont, à notre avis, les seuls principes vrais en fait d'assistance. »

Tout cela est admirablement écri ; mais qu'est-ce que tout cela prouve? M. Thiers se fait gloire, nous le savons, d'ignorer ét de nier les questions sociales. « Pour être conséquent avec lui-même, dit M. A.-E. Cherbulliez, M. Thiers doit nier bien d’autres choses encore. Mais l’arithmétique, pour être ignorée et niée par les dissipateurs, n’en est pas moins certaine. » Aussi, d’après l’ex-représentant, pourvu que l’État paraïisse largement bienfaisant dans ses lois, dans son budget, et pourvu qu’on empêche les pauvres de vaguer en haillons, peu importe que la misère augmente d'année en année.

L'État, suivant M. Cherbulliez, ne doîit ni pratiquer la bienfaisance publique ni intervenir dans l’exercice de la charité privée. La bienfaisance est un de ces besoins auxquels la société ne saurait pourvoir que par elle-même, par le libre développement de ses facultés morales et de ses forces productrices. Livrée à ses propres inspirations , la société ne tarderait pas à comprendre que la bienfaisance pour être efficace, pour ne pas devenir un encouragement à l’oisiveté, aux vices, à la fraude, doit adopter certains principes et s’imposer certains devoirs , principes et devoirs qui peuvent se résumer ainsi : la charité doit combattre les causes de l’indigence, c’est-à-dire la prévenir en même temps qu’elle s'applique à la soulager. Elle doit travailler à détruire la misère plutôt qu'à la secourir.

Mais, repond un prudent économiste, M. Félix Mornand, « les détracteurs de la bienfaisance publique, et M. Cherbulliez en tête, partent d’une donnée évidemment morale et équitable : à savoir, que tout homme ici-bas, sauf le cas flagrant d’impossibilité, dont ces rigides logiciens paraissent ne tenir aucun compte, est chargé de pourvoir à ses propres destinées; que c’est à tort qu’il compte sur la collection de ses semblables, c'est-à-dire sur la société, pour Pexoncrer de ses strictes obligations envers soi-même. Voilà le vrai, sans doute; mais dans la pratique que d’exceptions, que de malheurs involontaires , que de précoces infirmités, que de constitutions débiles, que de maladies contractées sous l’influence même de ce travail qui doit donner à tous le bienêtre! Vous dites que chacun peut épargner : et comment, si votre loi supréme de l'offre et de la demande réduit dans fant de cas ies salaires au taux strict, sinon au-dessous des besoins? Oui, les hôpitaux, comme toutes les autres institu tions de bienfaisance, doivent tendre sans cesse à disparaitre d’un milieu de plus en plus parfait, de plus en plus aisé; il est permis de croire qu'avec le temps, grâce aux progn\s

de la richesse générale, grâce à l'hygiène, grâce à la moralisation, grâce à la charité, grâce à une répartition peut-être plus équitable et plus fraternelle des produits du travail humain, le pauvre échappera à la double épouvante et de l'infimerie commune, et de l’ossuaire commun. Nous croyons au bien, non pas complet sans doute, non pas définitif, mais croissant, malgré des oblilérations passagères, plus apparentes que réelles. Toutes ces choses alors, hôpitaux et bureaux de charité, et autres, cesseront d'exister ou à peu près, non de par les arrêts des logiciens de Genève, mais comme les béquilles tombent à un boiteux gueri, qui n’en a plus besoin. En l’état actuel des sociétés chretiennes, ces palliatifs sont-ils nécessaires? Là est apparemment la question. Que les théoriciens de Genève ou d’ailleurs répondent non, s'ils l’osent. Quant à moi, j'estime que condamner, au temps où nous vivons, de telles institutions, comme pouvant paralyser la prévoyance, c’est tout justement proscrire le vin, parce qu'il grise; l’eau, parce qu’elle noie; l'aliment, parce qu’il indigère; la flamme, parce qu’elle brûle. » E. G. DE MONGLAYE.

BIENHEUREUX. C’est celui qui jouit de la béatitude, beatus, beati, cœli cives, cœliles. On dit la bienheureuse Vierge Marie, les bienheureux apôtres. Le paradis est le séjour des bienheureux. Le titre de bienheureux est particulièrement donné par l'Église à ceux qui ont été béatifiés (voyez BÉaTIFICATION), comme on donne le nom de sain/s à ceux qui ont été canonisés,

BIEN-HOA, forteresse de la basse Cochinchine, située au nord-est de Saigoun, sur une rivière du même nom. Le 18 décembre 1861 les troupes françaises, sous les or'ires du con!re-amiral Bonard, s'en emparèrent après quatre jours de combats consécutifs. Cette victoire délivra le pays des bandes annamites, qui se replièrent en désordre sur Hué, abandonnant 48 canons, 15 jonques royales et de grands approvisionnements. Bien-Hoa et la province de ce nom furent cédes à la France en 1862.

BIENNE (Lac de). Ce lac suisse, assez rapproché de celui de Neuchâtel, est traversé par la Thielle, qui en sort près de la petite ville de Nidau, et tombe dans l’Aar. Sa longueur est d'environ 17 kilomètres, et sa largeur moyenne n'excède guère 3 kilomètres. Beaucoup moins profond que le lac de Neuchâtel, dont il reçoit les eaux, ilse comble sensiblement à l'embouchure des torrents et des ruisseaux qu’il reçoit, en sorte que la capacité de son bassin diminuant sans cesse, tandis que les eaux y affluent quelquefois avec abondance lors de la fonte des neiges, ses bords sont exposés à de fréquentes inondations. Nidau et ses environs en souffrent beaucoup; car les eaux y séjournent assez souvent, quelquefois pendant (rois mois. Malgré cet inconvénient trèsgrave et l’insalubrité qui en est la suite inévitable, Bienne et son lac sont visités par tous les voyageurs en Suisse; aucun ne se dispense de parcourir l’ile de Saint-Pierre, devenue si célèbre par le séjour qu'y fit J.-J. Rousseau. Il ne fallait rien moins que la plume de cet écrivain pour répandre quelque charme sur ces lieux, que la nature n'a pas plus favorisés de ses dons qu'une multitude de contrées qui n’excitent pas la curiosité , quoique les sites y soient encore plus pittoresques que sur les bords du lac de Bienne.

La ville de Bienne, où Biel, située à l'embouchure de la Suse dans ce lac, sert d’entrepôt au commerce de Neuchâtel. Bâtie au onzième ou au douzième siècle, elle a environ 4,300 habitants, dont le plus grand nombre appartiennent à la religion réforinée, Réunie à la France à la suite de la révolution de 1798, elle fit retour en 1815 au canton de Berne, auquel elle appartenait depuis le quinzième siècle, Quoique la population y parle allemand, une espèce de patois français est déjà en usage dans les villages voisins, L'industrie de la ville de Bienne a pris des développements considérables dans ces dernières années. La fabrication des cotons, des cigares et du fil de fer s’y fait sur une large

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