BIENS NATIONAUX
supporter à la France entière. Qu’auraient donc dit ces acquéreurs, dont le plus grand nombre avaient acquis à vil prix, si on n’eût demandé qu'à eux seuls le juste supplément de ce prix? Ce moyen eût sans doute paru plus équitable , peutêtre même eût-il rencontré moins d'opposition réelle ; mais on dut et l’on voulut ménager le principe d’irrévocabilité des xentes nationales; le prince demeura fidèle à ses serments. Il crut être plus juste, il parut plus faible; on feignit de ne pas croire à sa bonne foi, et, au lieu de la reconnaissance qui Jui était due pour avoir voulu fermer les plaies de la révolution, il ne put satisfaire les uns et s’attira la haïne des autres.
Nous ferons remarquer, en terminant cet article, que la régie des biens nationaux a toujours été confiée et se trouve encore entre les mains de cette administration de l’enregistrement et des domaines, si recommandable par son zèle, sa parfaite connaissance des lois de la matière, et la régularité de son travail.
x DuBarp, ancien procureur général,
BIENSEANCE. Conformité d’uneactionavecles temps, les lieux et les personnes. C’est l'usage qui rend sensible à cette conformité. Manquer à la bienséance expose toujours au ridicule et dénote même parfois un vice. Cicéron va peut-être trop loin quand il définit la bienséance : ce qui consiste à ne rien faire en dépit de la nature. Les bienseances ne se devinent pas, elles s’apprennent ; l'éducation du monde vous les inculque, et encore ce n’est que d’une manière restreinte et tout à fait personnelle. En effet, chaque classe a ses bienséances particulières, qui varient à leur tour avec les localités. « Les bienséances d’une nation ne sont pas toujours les bienséances d’une autre nation, dit Voltaire, ni les bienséances d’un siècle celles d’un autre siècle. » Sur un même point, tout est contradiction. Il y a néanmoins une exception à faire pour certaines bienséances , qui tiennent aux sentiments du cœur; toutes les classes de la société les rencontrent par instinct, il n'y a de différence que dans les formes. « La bienséance du langage est, dit Rœderer, l'expression naturelle des mœurs honnêtes. Elle serait une loi du goût, quand elle ne serait pas une règle de morale, et c’est pour cette raison que la bienséance peut être respectée au plus haut point chez une nation où la corruption des mæurs est portée au dernier excès. » Les hommes les plus vertueux comme les plus instruits sont sujets à négliger quelques bienséances de détail ; ils ne les aperçoivent pas, ils portent leur vue plus haut.
Auprès des gens en place manquer aux bienséances, c’est abjurer leur protection, c’est même une espèce de déclaration de guerre; avec ses égaux négliger quelques bienséances n’est qu’une faute de bon goût; avec ses véritables amis, c'est une légère imperfection que l'habitude de se voir fait oublier. A la suite d’une grande révolution règne une svrte de guerre civile entre les bienséances anciennes et les bienséances nouvelles ; mais, comme dans les modes, ce sont toujours les dernières qui ont raison. I] n’y a jamais à hésiter entre les devoirs essentiels et les bienséances du monent ; les uns tiennent à la moralité, les autres ne dérivent que de l'usage. SAINT-PROSPER.
Dans limitation poétique, les convenances et les bienséances ne sont pas précisément la même chose : les convenances sont relatives aux personnages; les bienséances sont plus particulièrement relatives aux spectateurs. Les unes regardent les usages, les mœurs du temps et du lieu de l’action; les autres regardent l'opinion et les mœurs du pays et du siècle où l’action est représentée. Lorsqu'on a fait parler et agir un personnage comme il aurait agi et parlé dans son temps, on a observé les convenances; mais si les mœurs de ce temps-là étaient choquantes pour le nôtre, en les peignant sans les adoucir on aura manqué aux bienséances ; el si une imitation trop fidèle blesse non-seulement la délicatesse, mais la pudeur, on aura manqué à la décence. Ainsi, pour mieux