BIENVEILLANCE
observer la décence et les bienséances actuelles, on est sou: vent obligé de s'éloigner des convenances en altérant la vé rité. Celle-ci est toujours la même, et les convenances sont invariables comme elle; mais les bienséances varient selon les lieux et les temps : on en voit une preuve frappante dans: l’histoire de notre théâtre.
Ce n’est pas le progrès des mœurs, maïs le progrès du goût, de la culture de lesprit, de la politesse d’un peuple, qui décide des bienséances. C’est à mesure que les idées de noblesse, de dignité, d’honnêteté se raffinent, et que la morale thsorique se perfectionne, qu’on devient plus sévère et plus délicat : :
+. Chastes sont les oreilles, Eucor que le cœur soit fripon,
a dit La Fontaine. On va plus loin, et l’on prétend que plus le cœur est corrompu, plus les oreilles sont chastes; maïs ce n’est qu’une façon ingénieuse de faire la satire des siècles polis. L'innocence, il est vrai, n'entend malice à rien, et à ses yeux rien n’a besoin de voile; mais le monde ne peut pas toujours être innocent et naïf, comme dans son enfance; et les siècles, comme les personnes, peuvent en s’éclairant devenir à la fois et plus décents dans le langage et plus sévères dans les mœurs. MaARMONTEL.
BIENVEILLANCE. Heureuse disposition du cœur qui nous fait entrer dans les peines des autres et nous inspire la pensée de les adoucir. C’est un sentiment que Dieu imprime dans tous les cœurs, et par lequel nous sommes portés à nous vouloir du bien les uns aux autres. La société lui doit ses liens les plus doux et les plus forts. Le principal moyen dont s’est servi l’auteur de la nature pour établir et conserver le genre humain, a été de rendre communs entre tous les hommes leurs biens et leurs maux, toutes les fois que leur intérêt personnel n’y met point obstacle. Il est des hommes en qui l'intérêt, l'ambition, l’orgueil empêchent qu'il ne s'élève de ces mouvements de bienveillance, mais il n’en est point qui n’en portent dans le cœur les semences prêtes à éclore en faveur de l'humanité, de la vertu; ou, s’il en est qui n'aient point reçu de la nature ces précieux germes , ce doit être un défaut de conformation , semblable à celui qui rend certaines oreilles insensibles au charme de la musique.
« J1 y a dans la nature de l’homme, selon Diderot, deux principes opposés : l’amour-propre, qui nous rappelle à nous, et la bienveillance, qui nous répand. Si lun des deux ressorts venait à se briser, on serait ou méchant jusqu’à la fureur, ou généreux jusqu’à la folie. » |
Sans doute il n’est pas toujours possible de donner, ni même de s'offrir à des périls pour sauver ceux qui souffrent, mais du moins on les console par la démonstration d'une véritable sympathie : telle est la bienveillance. On allègue contre elle qu’à force d'être générale, il lui arrive quelquefois
| de n’être utile à personne en particulier : c'est une grave erreur. 1] est une foule de circonstances qui n’exigent ni secours ni sacrifices ; la vie ne se compose pas que d'intérêts ou de besoins; on est déchiré dans ses sentimentset ses affections : c’est déjà un allégement qued’être compris, qu'est-ce donc quand lé bienveillance pleure avec nous? Mais là ne s’arrète pas son rôle; elle intervient avec délices entre les prétentions et les haïnes ; et si elle ne réussit pas toujours à les désarmer, souvent elle les apaise d’abord, pour les réconcilier ensuite,
Aux époques de crises et de désastres, la bienfaisance sans doute est d’une utilité plus immédiate; je conviendrai même que dans les temps ordinaires son activité embrasse les classes les plus nombreuses de la société : elle est tontefn action. C’est dans un autre cerele que se meut la bienveil: lance; elle ne va pas qu'au-devant du malheur, elle est la mise en œuvre de la félicité; elle répand le calme, la douceur et le bien-être sur tout ce qui l'entoure : c'est son soin continuel. On reçoit avec empressement les dons de la bien-