‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 117 sur 527 · BIÈRE — BIÈVRE · texte numérisé non relu

BIÈRE — BIÈVRE

esprit délicat, un goût littéraire très-pur ; il avait donné ses soins et son concours à deux des ouvrages de son maitre, le: célèbre docteur Alibert. 11 était protestant, et connu pour ses opinions politiques, à la fois sages et libérales. Médecin et ami du comte Molé et de Benjamin Delessert, qui le premier avait éprouvé son zèle et ébauché sa fortune, Biett n’était ni sans influence ni sans crédit. Il excellait à protéger comme à conseiller.

Reçu docteur en 1814 à la faculté de Paris, il montra bientôt l'élévation et la fermeté de son caractère. On le nomma en 1815 médecin inspecteur des services sanitaires de l’hôpital Saint-Louis, alors encombré de soldats atteints du typhus : il vit tomber autour de lui onze élèves frappés par le fléau meurtrier sans quitter un poste si périlleux. II devint médecin titulaire du même hôpital le 11 février 1819. A la suite d’un voyage en Angleterre, il créa dans cet hôpital, dévolu entièrement aux maladies de la peau, un traitement externe qui permit de secourir six mille dartreux par an. Sous son intelligente direction, les bains de Saint- Louis devinrent un établissement-modèle, où les riches prirent place tout à côté des pauvres. ”

D'abord prévenu en faveur des classifications de Willam et de Bateman, il finit cependant par distribuer d’après sespropres vues les affections cutanées en quinze classes. Il était réservé à ses élèves, MM. Schedel et A. Cazenave, de publier les idées qu'il avait surabondamment exposées dans les leçons cliniques qu’il donnait chaque année à Saint-Louis. Pendant le choléra de 1832, il se signala par un dévouement incomparable : on le vit passer sans désemparer jusqu'à quatorze heures par jour auprès de ses malades de l'hôpital.

Biett était membre de l’Académie de Médecine depuis 1823, et il avait publié quelques bons articles dans le grand Dictionnaire des Sciences médicales de Panckoucke, et dansdivers recueils. IL succomba à une hydropisie de poitrine, le 3 mars 1840. Isid. BourpoN.

BIEVRE. Voyez Casron.

BIÈVRE, petite rivière qui prend sa source aux environs de Versailles, entre Bouviers et Guyancourt, et vient se perdre dans la Seine à Paris, après un cours de 31 kilomètres, dans lequel elle baigne les villages de Jouy, de Bièvre, dont elle tire son nom, arrose des prairies , se cache dans de fraiches vallées , fait tourner des moulins et alimente des fabriques. Elle entre à Paris sur le boulevard Saint-Jacques. A cent pas en avant de l’enceinte, de beaux arbres la couvrent de leur ombrage, ses bords sont parés. de gazon, et l’on s'étonne de trouver ses eaux encore assez pures. Elles n’ont pas fait cent pas dans Paris, que l’industrie s’en empare, les trouble, les épaissit, les altère. Cette corruption date de bien loin. La Bièvre suivait doucement sa pente naturelle, quand les religieux de Saint-Victor voulurent, sous Louis VII, la forcer d’entrer dans leur enclos et d’y moudre leurs grains. Saint Bernard les y aida, au préjudice des riverains. Le temps, les fortifications de: la ville obligèrent, plus tard, à l'abandon d’une partie de. ce nouveau canal. La partie délaissée devint pour le voisinage un égout ; chacun y jeta ses immondices ; on l’appela le trou punais. Ce fut pour tout ce côté de Paris un foyer de contagion; et cependant de bien longtemps encore on n'osa porter remède au mal, tant on appréhendait de blesser les droits seiygneuriaux des moines! Ce canal est devenu la rue de Bièvre.

Mais la Bièvre coulait en même temps dans Paris pour le travail. Des drapiers et des teinturiers en laine s'étaient établis sur ses bords dès le guatorzième siècle. Jean Gobelin donna le premier beaucoup d'éclat et de célébrité à ses. couleurs. Ses descendants l’imitèrent. Cette famille des Gobelins devint riche et puissante, Colbert, qui appréciait leurs travaux, fit de leur fabrique, en 1667, la manufacture royale des Gobelins. La Bièvre en prit le nom. C'était une dénomination et presque une illustration nouvelle, La petite-

Page 1