BIÈVRE — BIFURCATION
rivière n’en fut ni plus fière ni plus propre. L’usurpation des moines, les saignées faites aux berges par les riverains, les batardeaux établis par des seigneurs du voisinage, le rouissage des chanvres, la lessive des blanchisseurs, le dépôt des teintures, le déversement des égouts, appauvrirent, corrompirent de plus en plus les eaux de la Bièvre, L'oubli de tous règlements, l'absence de toute répression pendant la révolution aggravèrent l’état des choses. Enfin un arrêté des consuls, signé Bonaparte, réglementa le cours, la jouissance, l'usage, entretien, la police de la rivière,
Les dispositions de cet arrêté des consuls étaient sages. Le libre cours de la Bièvre importe à beaucoup d’existences. Quarante mille ouvriers vivent, sur ses bords, des industries qu’elle alimente. Ses eaux, dont les exhalaisons ont été si souvent incomaodes, si souvent nuisibles, retenues par des travaux bien dirigés, grossies par les tributs de sources voisines, surveillées par une propreté vigilante, peuvent rendre encore de plus grands services et devenir même un moyen de salubrité. C’est dans ce but que la ville de Paris en entreprit la canalisation vers 1844. Devenue maitresse du plan des eaux par l'achat de plusieurs moulins, la ville a fait maçonner le lit de la rivière et réglé sa pente par des barrages. Un tunnel fut percé pour la recevoir à son embouchure sur le quai d’Austerlitz, et la conduire, grossie des eaux des égouts de la rive gauche, sous ce canal couvert, jusqu'au grand égout collecteur, qui la déverse, à Clichy dans la Seine.
Dans son cours supérieur la Bièvre est voisine de plusieurs étangs, qui, dans les saisons pluvieuses, déversent leur trop-plein dans cette rivière, ce qui a plusieurs fois causé des inondations. Le Journal de l'Étoile nous a conservé la mémoire d’un débordement de la Bièvre, qui emporta plusieurs maisons et dans lequel plusieurs personnes perdirent la vie. Dans l’été, au contraire, le lit de cette petite rivière était à sec. Pour parer à ces accidents, il a été formé dans le bois de la Minière un étang-réservoir, qui recueille les eaux quand elles sont trop abondantes, et qui les déverse dans la rivière quand elle baisse. Ce vaste réservoir peut contenir 600,000 mètres cubes d’eau.
BIEVRE (MARÉCHAL marquis pe), né en 1747, entra, fort jeuné encore, dans les mousquetaires. Sa facilité à produire des rébus, des jeux de mots, des calembours, lui créa parmi ses camarades une sorte de réputation, qui bientôt s’étendit dans le monde. Pour la société frivole du règne de Louis XV, tous les genres d'esprit étaient bons, même dans leurs abus. Se voyant un homme fameux à si bon marché, de Bièvre voulut augmenter sa renommée en faisant des ouvrages avec ses mauvais bons-mots, et de la littérature avec ses coq-à-l’âne. En 1770 il publia une Lettre à la comtesse Tation , par le sieur de Bois-flotté, étudiant en droit fil, suivie bientôt de quelques autres chefsd'œuvre de la même espèce, tels que la tragédie burlesque de Vercingetorix, où l’on trouve des vers de cette force :
Il plut à verse aux dieux de m’enlever ces biens, Hélas! sans eux brouillés que peuvent les humains!
Puis vinrent encore Les Amours de l'ange Lure et de la fée Lure (1772), l’Almanach des Calembours, etc. , etc.
Ces sottises imprimées eurent assez de succès et de vogue pour effrayer Voltaire, indigné, suivant son expression , de voir « un tyran si bête (le calembour) usurper l'empire du monde ». La mode avait prononcé » Ctil fallait attaquer son protégé avec ses propres armes : C’est ainsi que lorsqu'il lui convint de quitter son nom de famille, Maréchal, pour se donner un titre : « Pourquoi, lui dit un ami goguenard , ne vous faites-vous pas appeler, au lieu du marquis, le maréchal de Bièvre? » Le fait est que son grand-père, Georges Maréchal, avait dû à ses talents la place de premier chirurgien de Louis XIV. Cetteillustration en valait bien une autre. Un railleur amusa aussi la capitale aux dépens
du marquis par une plaisanterie d’un goût moins délicat. M. de Chambre (c'était son nom) fit circuler une lettre dans laquelle il l’invitait à diner, en ne lui promettant que La fortune du pot, phrase immédiatement suivie de sa signature. Une leçon plus ingénieuse fut donnée au grand faiseur de calembours par une dame chez laquelle il dinait, A chaque mets demandé par lui, elle feignait de chercher dans les mots qu’il avait prononcés un double sens. En vain se tuait-il à protester du contraire. « Je n’entends pas celuilà, » répétait la maîtresse de la maison, qui s’amusa à le désespérer ainsi pendant tout le repas.
‘ M. de Bièvre, approchant de la quarantaine, s’avisa enfin de penser qu'il était temps de produire, à l'appui de son titre d'homme de lettres, quelque ouvrage plus important et plus sérieux. Il fit jouer au Théâtre-Français, en 1783, Le Séducteur, prétendue comédie de caractère, mais drame écrit en général avec assez d'élégance, et parfois d’un style assez maniéré pour que Dorat en fût soupçonné le véritable auteur. Quoi qu’il en soit, la pièce eut un succès prononcé, et quelques jours après, la tragédie des Brames, de La Harpe, éprouva un échec; aussi le calembouriste ne manqua-t-il pas de dire : « Le Séducteur réussit, les bras me ( Brames ) tombent. » L’irascible La Harpe ne lui pardonna pas ce mot : un de ces bons arrêéts.…., bien justes, dont parle Figaro, fut rendu dans le Cours de Littérature contre le Séducieur du marquis. En 1788 ce dernier fit représenter au même théâtre une autre comédie, en cinq actes et en vers, Les Deux Réputalions ; maïs elle éprouva une chute complète, et ce fut à qui répéterait que les Deux Réputations ne lui en feraient pas une.
Lorsque la révolution éclata, l’année suivante, M. de Bièvre, en sa double qualité de marquis et d’ancien mousquetaire, crut devoir suivre un des premiers le torrent de l’émigration. Les graves événements qui occupaient alors les esprits le firent oublier plus encore que son absence, à tel point qu’il reste encore quelque incertitude sur le lieu et l’époque de sa mort: suivant les uns, elle eut lieu peu de temps après son départ, en 1789, à Spa, où il prenait les eaux; et ils ajoutaient que, fidèle encore au calembour à ce moment suprême, il avait dit aux personnes qui l’entouraient : « Mes amis, je m'en vais de ce pas (de Spa). » Mais les auteurs de ce récit pourraient bien avoir cédé au besoin d’ajouter un calembour in extremis à tous ceux dont se compose la couronne du marquis. La seconde version, d’après laquelle de Bièvre serait mort à Anspach, dans le Palatinat, en 1799, paraît plus vraisemblable, Mais ce qu’on n’eût guère soup. çonné alors , c’est que cet homme si profondément oublié, et le détestable genre qu’il avaït créé, auraient quelques années plus tard ce qu’on pourrait appeler une reprise de vogue; mais dans la réaction qui suivit la Terreur, sous le Directoire, un égal dévergondage détériora le goût et les mœurs. Cet abus de l’esprit reprit faveur : le Bievriana, collection des prétendus bons mots du marquis, eut jusqu’à trois éditions en peu de temps; lui-même fut mis sur la scène, comme on y montrait alors, avec accompagnement de couplets, tous les hommes célèbres de la nation, et, pour renchérir sur les facéties du maître, le théâtre des Variétés nous offrit celles de son portier.
Les personnes qui ont connu particulièrement de Bièvr assurent que son caractère valait beaucoup mieux que se ouvrages, et que, souverainement bon et obligeant , il n’a guère moins rendu de services qu’il n’a dit et publié de rébus et de niaiseries. Oury.
BIFIDE. Voyez BIDENTÉ.
BIFERE. Qui fleurit et fructifie deux fois dans l'année.
BIFURCATION, endroit où une chose fourchue se divise en deux : exemple, la bifurcation d'un chemin. Par suite, les botanistes nomment ainsi l’endroit où une branche, une tige, un poil, etc., se divise en deux, de manière à figurer une fourche, — Bifurcation se dit aussi de la sé.
daé BIFURCATION
paration d’une artère, d’une veine ou d’un vaisseau, telle que celle de l'aorte abdominale.
On a nommé bifurcation des études un système introduit le 10 avril 1852 dans les collèges de France par le ministre Fortoul, et en vertu duquel les jeunes gens, ayant
- choisi, après la classe de quatrième, la carrière des lettres ou celle des sciences, suivaient pour le reste de leur éducation des enseignements presque entièrement distincts. Ce déplorable système, qui abaissa sensiblement le niveau des études classiques, fut supprimé le 4 décembre 1864, sous le ministère de M. Duruy, qui rétablit l’état de choses antérieur.
BIGAILLE, terme générique sous lequel les habitants des Antilles comprennent tous les insectes volatiles, comme mouches, moucherons , etc.
BIGAMIE (mot hybride, formé du latin bis, deux fois, et du grec yauév, se marier). D'après la définition de l’article 340 du Code Pénai, la bigamie est l’état, le crime d’une personne qui, étant engagée dans les liens du mariage, en à contracté un autre avant la dissolution du précédent.
On conçoit que chez les peuples chrétiens ,: le mariage étant considéré comwe une institution tout à la fois civile et religieuse, celui-là qui se joue d’un titre sacré, d’un contrat sur lequel reposent les fondements de la société, doive être soumis à une punition sévère. Les empereurs romains avaient poussé la rigueur jusqu’à prononcer la peine de mort contre la femme et son complice. Puis ils s'étaient relâchés de cet excès de sévérité, el alors la femme, assimilée à l'adultère, était fouettée et renfermée dans un monastère.
Les peuples protestants se sont surtout distingués dans la répression de la bigamie. En Suède on a affligé la peine de mort : en Angleterre la même peine fut en vigueur jusqu'au règne de Guillaume {lf; aujourd'hui le coupable est condamné à quelques années de servitude penale. Mais rien n'égale l’atrocité de la législation suisse, où lorsque deux femmes réclamaient le même mari, et que le crime de bigamie était prouvé, la loi ordonnait que le corps du bigame fût coupé par la moilié.
En France, et avant le Code Pénal de 1791, il n'existait aucune loi spéciale sur le crime de bigamie. Les parlements, juges souverains du fait et de sa gravité , appliquaient la peine qui leur paraissait proportionnée à son importance, et, il faut le dire, le dernier supplice a plus d’une fois été infligé aux coupables. L'exemple le moins ancien qu'on en puisse citer date de l’année 1626 : par arrêt du 12 février, le baron de Saint-Angel fut condamné à être pendu à Paris, : our avoir épousé plusieurs femmes alors encore vivantes. A partir de cette époque, on exposait le coupable au carcan où au pilori, avec autant de quenouilles qu'il avait de femmes vivantes, ou, si c'était une femme, avec autant de chapeaux qu’elle avait de maris vivants. On aggravait ordinairement cette peine en y ajoutant celle des galères ou du bannissement à temps pour les hommes; et à l'égard des femmes, on les condamnait aussi au bannissement ou à étre renfermées pendant un certain Lemps dans une maison de force.
La loi du 25 septembre 1791 établit enfin en France une règle uniforme : elle statua que toute personne engagée dans les liens du mariage, et qui en contracterait un second avant la dissolution du premier, serait punie de douze années de fers. Le Code Pénal de 1810, qui nous régit actuellement, n’a pas changé la nature de la peine; mais il a converti le terme fixe de douze années de fers en une période de cinq à vingt ans de travaux forcés, variable à la volonté des jnges, suivant le degré de culpabilité du bigame et les circunstances de son crime. Il a de plus ordonné que la même pene serait infligée à l'officier public qui aurait prêté sen ministère au mariage bien qu’il connût l'existence du précédent. Mais c’est une question de savoir si l'on doit punir comme bigame celui qui s'est marié deux fois, et dont le
remier mariage est nul, Assurément l’auteur de cette double
— LIGARRURE
action peut paraître grandement répréhensible aux yeux de la morale; mais devant la loi le premier mariage, étant nul, est considéré comme s’il n’avail point existé.
Maintenant il s’agit d'examiner quels sont les effets de la bigamie à l’égard des enfants qui peuvent être issus de l’un ou de l’autre mariage. En ce qui concerne le premier, il est clair que la légitimité ne saurait être contestée ; et quant au second mariage, le lien étant illégitime, il n’a pu en provenir que des enfants naturels ou bâtards : d’où dérive la conséquence qu'ils ne peuvent hériter ni de leur père ni de leur mère. Cependant, si l’un des deux époux avait ignoré l'existence du premier mariage de son conjoint; si, pour nous servir des expressions adoptées par les jurisconsultes, il avait été dans la bonne foi, alors cette exception profiterait à ses enfants, et ceux-ci pourraient être admis à la succession. Grand nombre d’arrêts l’ont décidé de la sorte, Le Code Pénal de 1791 admettait d’ailleurs en matière de bigamie la preuve de cette bonne foi.
C'est à la société, qui est blessée dans une de ses lois les plus essentielles, qu'appartient la poursuite du crime.de bigamie, et le ministère public doit agir d'office pour en obtenir la répression ; les personnes qui en ont ressenti du dommage ont la faculté de se rendre parties civiles dans l’instance; mais en aucun cas elles ne peuvent être contraintes d'y prendre qualité, encore moins de se charger de l’initiative. Du reste, la prescription de l’action publique et de l’action privée s’acquiert par le laps de dix années, ainsi qu'il résulte de l’article 637 du Code d’Instruction criminelle; mais de quelle époque le délai commence-t-il à courir ? C’est à partir du jour du second mariage, à moins que la prescription n’ait été interrompue par des actes d'instruction ou des poursuites, cas auquel il faut compter les dix ans du jour de l'interruption. Ainsi l'ont décidé plusieurs arrêts de la cour de cassation, notamment celui du 30 décembre 1819.
Dugarp, ancien procureur général.
La bigamie ne s’entendait pas seulement autrefois de ceux qui étaient mariés à deux personnes vivantes à la fois, mais aussi de ceux qui avaient contracté mariage deux fois dans leur vie. Bien plus, on donnait quelquefois le nom de bigame à celui qui épousait une veuve, une femme débauchée ou une femme répudiée, toute femme enfin qui avait appartenu à un autre. Hermenopule met au nombre des bigames ceux qui, après s'être fiancés à une fille, contractent mariage avec une autre ou qui épousent la fiancée d’un autre homme. Quelques canonistes prétendent même qu’il y a bigamie lorsqu'un homme, après que sa femme est tombée en adultère, a comnerce avec elle, On sait que l'Église déclarait les bigames irréguliers, c’est-à-dire inhabiles à être promus aux ordres sacrés ou mineurs, et incapables de posséder des bénéfices. Saint Thomas décide que l'évêque peut relever de la bigamie pour les ordres mineurs et les bénéfices simples; mais Sixte V et le concile de Trente ont décidé le contraire.
Il y à une autre sorte de bigamie par interprétation, comme quand une personne qui est dans les ordres sacrés, ou qui s'est engagée dans quelque ordre monastique, se marie. 11 y a aussi une sorte de bigamie spirituelle, comme quand une personne possède deux bénéfices incompatibles : deux évêchés, deux cures, deux canonicats, etc.
BIGARADIER. Voyez ORANGER. |
BIGARREAU , espèce de cerise, de la grosseur des guignes, mais dont la chair est beaucoup plus ferme; sa figure, moins ronde que celle des cerises, approche de la forme du cœur; il a reçu son nom de la bigarrure de sa peau , qui est mélée de blanc et de rose. L'arbre qui porte ce fruit s'appelle bigarreuutier. Voyez CERISIER.
BIGARRURE. Vanété de couleurs tranchantes ou mal assorties. Voyez DiFFÉRENCE.
Bigarrure se dit aussi des ouvrages de l'esprit qui n'ont aucune liaison ni relation ensemble, et qui n’offrent qu'un