‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 119 sur 527 · BIGARRURE — BIGNON · texte numérisé non relu

BIGARRURE — BIGNON

mélange de choses disparates. Et. Tabourot, seigneur des Accords, a publié, sous le titre de Bigarrures, un recueil dont Pasquier a dit qu'il était « plein de gentillesses et de naïvetés d'esprit, bigarrées et diversifiées d’une infinité de beaux traits ».

En termes de fauconnerie, on appelle bigarrures des di-

versités de couleurs que l’on remarque sur le pennage de

quelques oiseaux.

BIGAT (en latin bigalus), nom d'une ancienne monnaie des Romains qui portait un bige pour empreinte, Pline dit que ce fut aussi le nom du denier, dont la marque au temps de la république était un char conduit par une Victoire, et tiré par deux chevaux. Quelquefois, au lieu de deux chevaux, c’étaient deux cerfs qui tiraient le char, comme sur les médailles de la famille Axsia; ou deux hippopotames portant un Neptune sur leurs queues, comme sur celles de la famille Crepercia.

BIGE (en latin Liga), chariot à deux chevaux, appelé aussi par les Romains bijuga, parce que les deux chevaux y étaient attelés au même joug. Les biges, comme les quadriges, étaient employés à la course dans la lice. Dans des temps plus anciens, cette espèce de chariot avait été aussi d’un usage fort commun à la guerre et dans les combats. Dans Homère, Hésiode, Virgile, tous les héros combattent en bige, c’est-à-dire sur un char attelé de deux chevaux soumis au même joug. Plusieurs médailles, surtout celles de Syracuse et celles qu'on nomme consulaires, portent des biges pour effigie.

BIGEMINE. Voyez BICONIUGUÉ.

BIGNAN (ANxe). C'est un de ces hommes qui semblent toujours jeunes, mais non au même titre que les génies supérieurs. On dirait toujours un poëte qui donne les plus heureuses espérances. Nous alions cependant trahir son àge ; et ce sera peut-être un malheur pour lui. Né à Lyon, le 3 août 1795, le jeune Bignan fut envoyé à Paris pour y faire ses études. Il se distingua dans l’université impériale, où il préluda aux nominations et aux prix académiques par des nominations et des prix de coilége. Helléniste studieux sur les bancs de l’école, M. Bignan songea à utiliser ses premières et excellentes études. Loin de se livrer aux dissipations du monde, il se mit à traduire l/liade; et en 1819 il fit paraitre trois chants du chef-d'œuvre d'Homère mis en vers français. On y sent un peu la version de collége ; on voit qu’il y a effort, mais aussi application et conscience ; et si l'exactitude et la fidélité sont les premiers mérites d’un pareil travail, on ne peut refuser à celui de M. Bignan une supériorité sur plusieurs de ceux qui l'ont précédé. ae

Loué par de bons critiques de l’époque, encouragé par ses amis, M. Bignan donna tout son avenir à la carrière poétique. Il concourut à toutes les académies; et trois fois lauréat aux Jeux Floraux, il fut nommé maître ès-art à l’Aradémie toulousaine. L'Académie Française, eut pour lui des couronnes et des nominations : il y remporta quatre prix de poésie : Voyage de Charles X (1826), Épilre à un romantique (1831), Épitre à Cuvier (1835), Epitre à Molière (1841), et cinq accessits ou mentions : /e Dévouement des médecins français à Barcelone (1822), l’Abolition de La traite des noirs (1823), l’'Invention de l'imprimerie (1829), l'Arc de Triomphe de l'Étoile (1837), Le Monument de saint Louis à Tunis (1841). L'Avénement de Chartes X, et l’'Entrée d'Henri IV à Paris, lui valurent deux prix de la Société des bonnes lettres. Son ode sur Joseph Vernet fut couronnée par l’Académie de Vaucluse; ses deux poëmes sur Venise et sur les Ruines de la Francelui méritèrent la couronne de la Société d'Émulation de Cambrai

Outre ces poëmes, M. Bignan a publié la Grèce libre, ode; Le pauvre Vieillard, élégie; Napoléon ou le Glaive; le Trône et Le Tombeau, poëme suivi du Siége de Lyon.

- Mais son titre sérieux, c’est une traduction de l’Jliade,

précédée d’un Essai sur l'épopée homérique, œuvre longue et réfléchie dans ce siècle où tout s’improvise. L'essai est un morceau de critique historique et littéraire qui fait honneur à la sagacité de l'écrivain; la traduction se lit avecintérêt.L’/liade parut en 1830(2 vol. in-8°;3° é1,1853) la traduction de l'Odyssée, moins remarquée, est de 1841,

On voit, en lisant ses compositions originales, que l'auteur aime et sent la poésie; inais souvent som expression est forcée, sa précision sèche, son harmonie imparfaite. Il manque surtout de chaleur, d'animation , de vie, et son imagination n’est bien riche ni dans le fond de ses sujets ni dans les accessoires dont il les entoure; enfin, on éprouve en lisant ses poémes, plus d'estime que de plaisir. Cette estime des ouvrages est un reflet de celle dont l’auteur s’est entouré, Dans un siècle positif, M. Bignan a su se renfermer dans les émotions poétiques ; et quand les littérateurs en vers et en prose vont à la curée des honneurs, des places et des pensions, il a su borner son ambition aux récompenses académiques.

Dès que le nom de Bignan est jeté dans une conversation, on se figure entendre un cliquetis de médailles et un frou-

frou de palmes et de couronnes. C’est que M. Bignan est

un des hommes qui ont été le plus souvent proclamés dans les concours poétiques ; c’est que sa tête est une de celles qui ont été le plus fréquemment ombragées du vert laurier. Il est dans notre dix-neuvième siècle comme le représentant des luiteurs académiques du dix-huitième, et nul auteur n’est plus que lui en droit de dire avec le métromane de Piron :

De Paris à Rouen, de Toulouse à Marseille,

J’ai concouru partout, partout j'ai fait merveille.

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