BIGOT DE MOROGUES — BIGRE
époque. 11 y avait dans toute sa personne un charme de noblesse et de sensibilité qui pénétrait la salle entière dès qu’elle paraissait sur la scène. Comme danseuse, elle mérita d’être distinguéé“pañmi celles qui se distinguaient alors; mais dans les dix dernières années de sa carrière théâtrale ce fut surtout et presque exclusivement dans la pantomime que M'° Bigotini se plaça hors ligne. Rien aujourd’hui à
| l'Opéra ne saurait donner l’idée de ce que le véritable art
mimique peut produire d'effet, et ce qu’il en produisait alors que Vestris, Goyon, Milon, Beaupré, et M“ Chevigny, Clotilde , Gardel, prêtaient la mobilité de leurs traits, l’énergie, le naturel, la grâce de leurs gestes à l'expression des sentiments et des personnages de toute nature.
Quoique danseuse excellente, sous ce rapport elle avait plus que des rivales ; maïs aussi finit-elle par s’adonner plus exclusivement à la pantomime, et y prima-t-elle d'autant plus. qu’elle perdait ainsi une partie du charme de ses facultés dansantes. Ses airs de tête, ses expressions plastiques, sa démarche, ses gestes, sa r'eprésentation tout entière, avait alors la vérité de chacun des personnages qu’elle avait à représenter, dégagés de l’apprêt, de la roïdeur, de l’innaturel qui sont nécessairement dans la condition de la danse:
L'art théâtral, dans toutes ses expressions , est l’art de la transformation; c’est ce que l’on ne rencontre plus aujourd’hui; c’est ce que l’on voyait briller chez M'° Bigotini, toujours vraie, toujours réelle, quoiqu’elle parôt sous les traits des personnages les plus opposés, soit qu’elle eût à représenter le charme idéal et l'amour mystique du fils de Vénus dans Psyché, soit que, fille de condition, mélancolique et passionnée, elle nous attendrit sur les infortunes de Mirza ou de Nina, soïtenfin qu'£Zucharis, Cendrillon ou Reine de Golconde, elle selivrât à l’expression des caprices ou des sentiments de ces caractères si divers. M!° Bigotini savait sans cesse faire naître, entretenir l'illusion, et porter jusqu’au bout les émotions que comportait chacun de ses rôles. Après elle et pour ceux qui ont pu en jouir encore, Mie Legallois dans CZari et M®° Montessu ont seules donné quelque juste idée de la puissance de l’art mimique, cette dernière surtout, puisqu’elle jouait avec une égale supériorité la Fille mal gardée et la Fée Nabotte, la Somnambule et Manon Lescaut, derniers reflets du génie de Me Bigotini, qui, après avoir brillé sur la scène du monde entourée des hommages et même des attachements les plus illustres du siècle, après avoir vu à ses pieds non-seulement le fils adoptif de l’empereur, le grand-maréchal du palais impérial, le plus grand seigneur de l'Espagne, mais, ce qui valait mieux, encore, le public tout entier, de M"° Bigotini enfin qui, après avoir jeté le plus bel éclat sur l'Académie royale de Musique et sur l’art de la pantomime, s’est soustraite en 1825 à sa célébrité artistique, qu’elle pouvait augmenter encore, pour se livrer, dans la retraite modeste de
la vie de famille, à l'éducation chrétienne et sévère d’une
fille charmante, qu’elle croyait avoir honorablement mariée (1), et dont la mort prématurée ne lui a laissé qu’un fils et des regrets. Elle mourut en 1858. A. DELAFOREST, BIGRE, mot souvent employé dans les chartes latines et françaises à partir du douzième siècle, désignait principalement un garde chargé de veiller, dans les forêts, à la conservation des abeilles, de réunir les essaims , de construire les ruches, de recueillir le miel et la cire. Les bigres avaient le droit de couper et d’abattre les arbres où se trouvaient les abeilles, sans pouvoir être recherchés ni inquiétés pour ce fait, Depuis, et agrandissant toujours leur pouvoir, ils en vinrent à s'arroger le droit de prendre dans les forêts tout le bois dont ils avaient besoin pour leur chauffage : d'où ils furent appelés dans quelques endroits francs bigres. Un
(1) Elle avait épousé M, Dalloz, notaire à Paris, qui, marié en secondes noces, a eu à soutenir un procès si tristement célèbre pour Jui pour cette seconde épouse et pour le frère de sa première emme,