BIGRE — BIJOU
édit royal de 1669 ayant supprimé tous les droits de chauffage, à quelques exceptions près, les bigres , qui n'avaient d'autre titre que l'usage, durent renoncer à cet avantage. Selon le Mercure de France de février 1 bigre viendrait du latin apiger ou apicurus (qui gouverne les mouches, qui a soin des abeilles ).
BIGUE, forte et longue pièce de bois de sapin, placée debout près des navires en construction, Elle est garnie à sa tête de poulies et de cordages, et sert à élever les lourdes pièces de bois, de fer, etc., qui entrent dans la confection d'un bâtiment. Souvent on établit deux bigues à bord des grands navires ; on les fait se joindre et se croiser par leurs têles , qui sont dans cette position fortement liées ensemble à l'endroit où elles se croisent; leurs pieds s’écartent de tout l’espace offert par la largeur du navire; des cordages, fixés en étais à divers points de leur longueur, les maintiennent en équilibre. Dans cet état, ces deux bigues constituent, momentanément, un puissant appareil qui sert à mettre en place les bas-mâts d’un vaisseau, ou à les arracher et enlever de leur place quand ils ont besoin d’être réparés. Cet appareil est employé à défaut de machine à mäter, plus spécialement consacrée à la même opération.
Jules LECONTE.
BIHAI, genre de plantes de la famille des musacées, qui croît en Amérique, principalement aux Antilles, où on le trouve dans les lieux humides. Les branches du bihai des Antilles (heliconia caribæa) sont assez semblables à celles du platane; elles jettent des rameaux et des verges, au milieu et autour desquels sont les feuilles, qui sont assez grandes et assez larges pour que les Indiens les emploient à couvrir leurs maisons. Ils s’en servent aussi pour euxmêmes en guise de parapluie, et font avec ses jeunes branches des paniers ou corbeilles, qu’ils nomment kavas. Dans le besoin, ils en mangent aussi les racines ou jeunes pousses, qui sont blanches, tendres, et ressemblent assez à la partie du jonc qui est en terre, avec cette différence qu’elles ont une légère saveur qui n’a rien de désagréable.
BIHAR. Voyez Béuar.
BIHOREAU. Genre d'oiseaux du groupe des hérons, qui se distinguent des butors, dont ils ont le port, par un bec plus gros à proportion et par quelques plumes grêles implantées dans l’occiput de l'adulte. Cuvier n’en cite qu’une seule espèce, le bihoreau d'Europe ( ardea nycticorax, Linné), dont le mâle est blanc, à calotte et à dos noirs; les jeunes sont gris, à manteau brun, calotte noirâtre. Il en indique trois autres espèces, caractérisées d’après leur couleur. L. LAURENT.
BIJOU. Ce mot, ainsi que ceux de joyau et joujou, dérive de la racine jo, joc , jou, d’où sont aussi venus les mots jeu, joie, jouir ; il exprime l’idée de tout ce qui réjouit, amuse, procure du plaisir. Bijou, composé des syllabes bi ou bis (deux fois) et jou, est donc en quelque sorte synonyme de joujou, car ils signifient tous deux double jeu, avec cette différence que le joujou n’amuse que les petits enfants, et que le bijou sert à divertir les grands enfants, tant les femmes que les hommes, qui en raffolent et y attachent un grand prix. Matériellement parlant, un bijou est un ouvrage d’orfévrerie, moins nécessaire à l’habillement qu’accessoire plus ou moins recherché de la toilette. Pour les femmes, ce sont des bracelets, des boucles d’oreilles,/des aigrettes, des ceintures, des colliers, des écrins, des boîtes et paniers à ouvrage, des peignes, etc.; pour les hommes, des tabatières, des pommes de canne, des cachets, des boucles de souliers et de jarretières, etc. ; pour les deux sexes, des agrafes, des anneaux, des bagues, des bombonnières, des chaînes, des breloques, des boutons, des croix, de étuis, des épingles, des flacons, des lorgnons, des lunettes, des montres, des nécessaires, des tablettes, etc., etc. Cette nomen- €lature, quoique assez longue, est pourtant bien loin d’être
complète; car il est difficile de se souvenir de tout ce que le caprice et la mode ont produit en tous temps, en tous lieux, et de prévoir ce qu’ils peuvent inventer encore; mais nous laissons le soin d'y suppléer aux amateurs des deux sexes, plus versés que nous dans la connaissance et l'usage de ces colifichets.
11 serait pourtant curieux de savoir en quoi consistaient les bijoux qu’Isaac envoya à Rébecca; la forme, la matière et les ornements des diadèmes de Sémiramis et de Didon, du collier qui coûta la vie à Ériphyle et à son époux Amphiaraüs, de celui que portait le Gaulois qui fut tué par Manlius, surnommé depuis Torquatus, etc.; on voudrait avoir quelques détails sur l’anneau de Salomon, sur celui de Polycrate, sur ceux qui servaient de cachet à Mahomet et aux khalifes, ses successeurs, et qui généralement étaient d'argent, comme le sont encore ceux des Turcs ; de la prétendue bague de la sainte Vierge, ou plutôt d’Agrippine, épouse de Germanicus, qu’on voit au cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale ; sur les anneaux que des femmes indiennes et sauvages portent aux narines ou à la membrane intermédiaire du nez; sur l’anneau de chasteté des kalanders, etc.
Il est certain, du reste, que l'usage des bijoux est fort ancien. Si l’on réfléchit que l’art de découvrir, d'extraire, de travailler l’or et l’argent, de mettre en œuvre les pierreries, fait supposer un degré assez avancé de civilisation, et qu'avant de fabriquer des bijoux, les hommes ont dû songer à se nourrir, à se loger, à se vêtir, à inventer, à perfectionner tous les objets nécessaires, non-seulcment aux premiers besoins, mais à l’aisance de la vie, on jugera avec nous que le monde est beaucoup plus vieux qu’on ne pense.
Les bijoux, les ornements d'or, d’argent et de pierres pré-
.cieuses , ont été adoptés principalement par les femmes,
dans tous les temps et dans tous les pays. L'Orient, Athènes, Rome, virent des excès en ce genre. On cite Cornélie, la mère des Gracques, comme ayant su s'affranchir de cette vamité ridicule, et préférer ses enfants à ses bijoux; mais les Cornélies sont rares, même de nos jours. On se souvient des fameuses perles que Cléopâtre fit dissoudre dans un festin. Sous les empereurs d'Orient, au cinquième siècle, les dames, outre leurs boucles d'oreilles, avaient d’autres bijoux, pour orner l'extrémité de leurs joues; elles portaient des lames d’or au-dessus de leurs mains. Les jeunes gens avaient des bracelets d’or. Comment le luxe n’aurait-il pas gagné toutes les classes, lorsque les pontifes de Jésus-Christ en donnaient l'exemple? Sans parler des mîtres, des crosses, des croix des évêques, en or et en argent, de la belle améthyste qu’ils portaient au doigt, on sait que le pape Grégoire IX, à son couronnement, était couvert de pierreries, et que le faste de la cour de Rome, sauf quelques rares exceptions, n’a pas diminué. Le luxe des bijoux n’est pas général en Orient; les Turcs et leur sultan affectent beaucoup de simplicité dans leur costume; mais le chah de Perse est resplendissant de diamants et de pierreries. Là aussi ce sont les femmes qui poussent la manie plus loin que les hommes: en Turquie elles ont des colliers de sequins d’or, et des bagues à tous les doigts. Autrefois, en France les bijoux étaient un des attributs de la puissance et de la noblesse ; les vilains n'avaient pas le droit d’en porter. Aujourd’hui c’est presque le contraire : l’usage en est devenu si commun, que certaines femmes qui attirent le plus les regards par l'éclat de leurs diamants ne sont pas pour cela les plus considérées. Agnès Sorel est, dil-on, la première en France qui ait eu un collier de diamants bruts; car on ne savait pas encore les tailler, Comme ce.collier la gênait beaucoup, elle l’appelait son carcan, et ne le portait que pour plaire à Charles VII. Les dames de la cour inntérent la favorite, et les diamants furent en crédit. Le goût varia depuis. Francoise de Foix, comtesse de Châteaubriant, préférait l'or; elle fit fondre
ses bijoux en lingots avant de les rendre à François 1°", qui voulait les donner à la duchesse d'Étampes, sa rivale. La belle Féronnière portait sur le front une plaque de pierreries, dont la mode s’est renouvelée de nos jours. Catherine de Médicis et Diane de Poitiers préférèrent les perles. Marie Stuart, épouse du dauphin qui fut François IH, ayant apporté de superbes diamants, ce luxe reprit faveur. Après son départ pour l'Écosse, on revint à l'usage des perles; au couronnement de Marie de Médicis, femme d'Henri IV, les dames de sa suite en portaient dans leurs cheveux et sur leurs robes. Sous Louis XIV on reprit les diamants et les pierreries, dont l'usage devint plus général en raison des relations que les voyageurs Tavernier, Chardin et Paul Lucas entretinrent avec la Perse et l’Inde. Les actrices qui figuraient aux spectacles de la cour, ne voulant pas se laisser éclipser par les marquises, parsemèrent leurs robes de pierres fausses, qui brillaient au théâtre comme des pierres fines. Les dames de haut rang adoptèrent les diamants comme parure distinctive : elles eurent des bracelets, des boucles d'oreilles, des colliers, des aigrettes, même des pièces en diamants placées sur le devant du corsage de leurs robes. La reine en avait à sa ceinture, à ses épaulettes, à l’agrafe de son manteau. On se rappelle le fameux collier acheté par le cardinal de Rohan pour Marie-Antoinette. Ce luxe gagna les hommes, et peu d’années avant la révolution de 1789 on fit des garnitures d’habit, des boutons, des ganses de chapeau, des nœuds et des poignées d’épée, des montres et des tabatières enrichis de diamants. On portait deux chaines de montre, qui descendaient jusqu’à mi-cuisse, et garnies de breloques dont le frémissement se faisait entendre de loin; on avait des boîtes pour chaque saison, pour tous les jours de l’année, Le marquis de Crochant, à Avignon, possédait trois cents soixante-cinq bagues plus précieuses les unes que les autres. Sans pousser l’extravagance à ce point, de simples particuliers portaient à leurs doigts des bagues énormes, octogones , ovales, à losange, qu’on appelait des firmaments, parce qu’elles étaient composées de diamants montés sur une pierre fausse bleue ou violette. Tandis que les hommes faisaient la belle main, les femmes avaient des baguiers qui absorbaient un ou deux patrimoines ; l'anneau conjugal y était totalement éclipsé. La Révolution fit disparaître ce luxe, aussi insolent que bizarre, et ramena des idées plus saines et des goûts plus simples.
Il reparut, avec quelques modifications, sous Napoléon; mais ses progrès n'ont pas été aussi rapides ni aussi scandaleux, et ses écarts ont élé moins ridicules. La mode des boucles de souliers, quoique plus petites qu’autrefois, n’a pas pu se soutenir ; celle des pantalons a fait disparaître les boucles de jarretière. A l’exception des épingles de chemise, pour lesquelles on a employé diverses pierres précieuses, et qui ont été remplacées par des boutons, les hommes ne portent presque plus de bijoux. Les femmes seules ont conservé ce privilége; mais elles n’en abusent pas.
Le mot de joyau n'est pas tout à fait synonyme de celui de bijou. I entraine avec lui l’idée de grand , de beau, de précieux : c’est ainsi que l’on dit les joyaux de la couronne. Le bijou est généralement plus petit, plus mignon, plus curieux : aussi emploie-t-on d’erdinaire, par métaphore, le nom de bijou pour exprimer tout ce qui est propre, commode, agréable et gentil; on dit d’une maison bien distribuée, d'un appartement décoré avec goût, d’un meuble élégant, d’une femme charmante, d’un enfant plein de grâce, d’un jeune cheval, d’un petit chien, d'un serin, etc. : Cest un vrai bijou, On dit également à son amie, à sa maitresse, à son enfant, plus rarement à sa femme : mon bijou, mon pelil bijou. Les dames de la halle, renommées par leur amour des bijoux, se servent aussi fréquemment de ce nom vour amadouer le chaland. H,-AUDIFFRET,