BERGAMI — BERGASSE
sensions politiques. A son tour, il éleva une servante obscure au rang de surintendante de sa maison, et lui témoigna une affection sans bornes. La fille et les gens de Bergami regrettèrent le joug de la princesse, beaucoup plus doux, disait-on, que celui de cette maritorne. Cependant Bergami conserva toujours le souvenir de sa royale maitresse; n’en parlant qu'avec respect, portant à son intention des bracelets d’or rivés au haut de ses bras. Beaucoup de personnes d’un rang élevé accueillaient Bergami comme un ami, à Rome, à Naples et à Milan. II mourut d'un coup de sang dans un cabaret de Fossombrone, au mois de mars 1841. Comtesse de Brapr.
BERGAMOTTE., Il y a deux fruits de ce nom : le premier, que donne une variété du citrus margarilta, est une sorte de citron ou de petite orange, ronde et verte, trèsestimée, d’une odeur et d’une saveur très-agréables, dont la feuille et le fruit sont plus courts que ceux des citrons et des oranges ordinaires, et dont l'écorce donne, par lextraction, une huile employée comme parfum et quelquefois en médecine. On fait aussi avec son écorce de petites boîtes à bonbons parfumées, et qui conservent le nom de bergamottes.
Un grand nombre d'espèces de poires sont comprises également sous le nom commun de bergamottes : ce sont 1° la bergamotte d'été ou de la Beuvrière, appelée aussi milan blanc ; 2° la bergamotte rouge ; 3° la bergamotte suisse ; 4° la bergamotte d'automne ; 5° la bergamotte crassane; 6° la bergamotte de Soulers (ou bonne de Soulers);7° la bergamotte de Pâques (ou d’hiver ); 8° la bergamotte de Hollande (ou d'Alençon); et 9° la bergamotte cadette (ou poire de Cadet). Ces diverses variétés de la même espèce ont plus ou moins d’analogie entre elles et plus ou moins de qualités; mais elles sont, en général, d'une nature tendre, fondante, sucrée et parfumée , qui les fait rechercher des amateurs.
Les deux espèces de fruits dont nous venons de parler
viennent, dit-on, l’une et l’autre de Bergame, en Italie, d’où elles ont retenu leur nom.
BERGARA ou VERGARA, ville d'Espagne, dans la province basque de Guipuscoa , sur la Deva, au nord-est de Vittoria, compte une population de 5,000 âmes, et possède une école des mines, une société savante et des fabriques d'acier. Le souvenir d’un fait important de l’histoire contemporaine se rattache au nom de cette ville. C'est en effet dans ses murs que le général carliste Maroto conclut, le 3{ août 1839, avec le gouvernement de Madrid, représenté par Espartero, une capitulation connue sous le nom de convention de Bergara, laquelle mit fin à la guerre civile dans la péninsule en contraignant le prétendant don Carlos à chercher un asile en France. Voyez ESPAGNE.
BERGASSE (Nicozas), avocat de Lyon, né en 1750, est connu surtout par ses débats et sa lutte avec un écrivain célèbre, l’auteur du Mariage de Figaro (voyez Beau- MARCHAIS, t. II, p. 673 et 674). Rien n’était plus simple au fond que le procès de Kornmann contre son épouse. C'était une de ces malheureuses affaires que de sages conseillers font vider en famille, pour éviter un éclat préjudiciable à toutes les parties. L’époux trompé , peut-être l’épouse victime de la séduction et plus malheureuse que coupable, ont un égal intérêt à rompre spontanément dans le silence du foyer domestique des liens qui ne peuvent plus être pour l'un et l’autre qu'un avenir de honte et de douleur. C’est ainsi qu’aurait pu être évité le plus scandaleux des procès. Beaumarchais, qui n'avait jamais eu avec les époux Kornmann aucun rapport d'affection ni d'intérêt, imagina de se faire fout à coup le champion de la femme malheureuse et persécutée, mais point innocente ; et ce procès, qu'une séparation volontaire allait prévenir, devint un événement qui occupa longtemps l'attention de la capitale et de toute la France. L'époux outrage invoqua Jes conseils et la courageuss éloquence de Bergasse. Le modeste avocat de Lyon se
DICT. DE LA CONVERS, — T, Ile
trouva en présence d’un écrivain déjà célèbre, et dont le falent et l’audace grandissaient avec les obstacles. Le procès se compliqua de plus en plus, et dura plusieurs années, Bergasse opposait aux sarcasmes, aux outrageantes person nalités de son spirituel adversaire, cette éloquence calme, sévère et consciencieuse, qui puise toute sa force dans la double autorité des principes de la raison et des lois. Les épigranunes de Beaumarchais étaient applaudies dans les salons. Bergasse n’oubliait jamais la dignité de sa cause, et restait sur le terrain des convenances et de la légalité. I fit preuve, dans ces longs et orageux débats, d’un rare talent et d’une courageuse probité. Son procès avait été gagné au tribunal de l'opinion avant queles magistrats eussent prononcé.
Ses concitoyens ne l’oublièrent pas, et il fut élu député aux états généraux de 1789. Ce fut alors qu’il publia une brochure intitulée Cahier du tiers état à l'assemblée des états généraux. C'était l'œuvre d’un citoyen aussi probe qu'éclairé. Dès l’ouverture de cette session mémorable, il se prononca pour la réunion des trois ordres. Il monta rarement à la tribune; et il se plaçait au fond de la salle, à une égale distance du côté droit et du côté gauche. Nommé membre du premier comité de constitution, il conserva dans la discussion toute l’indévendance de ses opinions, L'organisation judiciaire avait d’abord fixé l'attention de l'assemblée. Le rapport de Bergasse sur la nécessité de la réformation des parlements, des autres cours de justice et des tribunaux , est remarquable par sa sagesse, l’impartialité de ses motifs et la précision de ses dispositions. II ne. voulait pas la suppression de l’ordre judiciaire établi, mais sa réformation, l’abolition de la vénalité des charges, le retour à l’ancienne constitution de la France, l'élection par candidature , telle qu’elle avait été déterminée par les états d'Orléans en 1560.
Après les événements d'octobre, Bergasse abandonna l'assemblée, et quelques mois après il publia une brochure où il tâcha de justifier son refus de se soumettre aux principes conslitutionnels qu’elle avait adoptés et qui étaient précisés dans la déclaration des droits. Bergasse prétendaif qu’on ne pouvait exiger de serment que pour la constitution elle-même, et lorsqu'elle serait entièrement terminée. Toutefois, il ne resta pas complétement étranger aux graves débats de l’assemblée, et publia successivement plusieurs brochures contre les assignats, et sur le plan de constitution présenté par les comités. Au sein de l'assemblée il avait affecté une entière neutralité entre les deux fractions; depuis sa retraite il s’était rapproché du parti de la cour, et se livrait tout entier à la rédaction de son plan de réformation politique. 11 voulait la monarchie à tout prix, non pas absolue, mais avec des modifications qu’il croyait praticables. Cependant les événements se compliquaient avec une gravité toujours croissante. Les mémoires, les plans proposés par Bergasse, furent trouvés aux Tuileries après le 10 août. Réfugié à Tarbes en 1793, il y fut arrêté comme suspect et conduit à Paris.
Emprisonné à la Conciergerie, il travaillait à sa défense. L’accusation portée contre lui était spécialement motivée sur son ouvrage contre les assignats. Son plaidayer n’eût pu le sauver; il devait comparaitre bientôt devant le tribunal révolutionnaire, quand le gouvernement de la Terreur fut renversé, le 9 thermidor.
Bergasse s’etait dévoué par conviction à la défense de l’ancienne monarchie, des intérêts du clergé et de la noblesse. On n'aurait pas dû oublier ses services après les événements de 1814 et de 1815; un prince étranger seul se rappela le défenseur nfatigable de l’autel et du trône. L’empereur Alexandre, après avoir fait, dans le palais de l'Élysée, l'accueil le plus bienveillant à Bergasse, qui travailla, diton, avec M®° de Krudener à la rédaction du fameux traité de la Sainte-Alliance, allale visiter dans sa modeste demeure, et lui offrit une honorable retraite dans ses États.