BILLARD
BILLARD. Ce jeu, qui est fort ancien, tire probablement son origine de celui de boule. En effet, il n’est pas absurde de supposer que le tapis vert est une imitation du gazon. Le billard, aujourd’hui fort en vogue, se compose, comme on sait, d’une table ayant en largeur la moitié de sa longueur, laquelle est en moyenne de 3,90. Le dessus d’une table de billard doit présenter constamment un plan horizontal, quelles que soient les variations de température, de sécheresse ou d'humidité de l'atmosphère. Pour leur donner autant que possible cette qualité, les constructeurs les font en bois vieux choisi avec soin, débité en petits morceaux, qu’ils assemblent de façon que leurs fils se croisent. La table présente donc un large feuillet de parquet divisé en plusieurs compartiments. Quoique cet assemblage soit fort ingénieux , et que les bois aient beaucoup d'épaisseur relativement à leur longueur et à leur largeur, néanmoins la table travaille sans cesse, tellement que si l’on tient à ce qu’elle soit à peu près régulière , on est obligé de la redresser presque tous les mois au moyen d’une longue varlope et du niveau. Cette opération nécessite quelques frais (à Paris, environ 150 francs par an). Pour obvier aux inconvénients des tables en bois, on en fait en marbre, en ardoise et même en fonte de fer.
Les billards ont reçu dans ces derniers temps quelques légers perfectionnements, Aujourd’hui, on peut soi-même enlever et replacer le tapis en très-peu de temps. On a fabriqué des billards qui jouent un air quand la bille tombe dans la blouse, On fait aussi des billards circulaires,
Ce serait ici le lieu de parler de la théorie des mouvements des billes, de la manière de les frapper pour leur faire décrire tel ou tel angle, leur faire produire tel ou tel effet, faire tel ou tel carambolage. Mais ces questions sont d’une grande complication, et demandent l'emploi de formules de l'analyse supérieure. Nou$ne pouvons que renvoyer les lecteurs qui voudraient étudier cette matière à louvrage de Coriolis, Théorie mathématique des effets du jeu de bildard ; Paris, 1835.
La France, qui a aujourd’hui le privilége presque exclusif de la fabrication des billards, en exporte en Suisse, en Belgique, en Amérique et en Angleterre. On compte à Paris une trentaine d'ateliers d’où sortent annuellement six à sept cents billards. Viennent ensuite les fabriques de Lyon, de Bordeaux, de Caen et de Rouen, bien moins importantes, Les prix des billards varient, depuis 7 ou 800 francs jusqu’à 2,500 et 3,000 francs. Les gueues et les billes, qui peuvent être regardées comme des dépendances nécessaires du billard, sont l’objet d'industries spéciales. T£YSSÈDRE.
Avant la révolution, la faculté de tenir billard était un privilége accordé aux seuls billardiers-paulmiers. Ts avaient leurs statuts et règlements, confirmés par lettres-patentes; ils n'étaient pas cent vingt dans l’origine , mais en 1789 on en comptait deux cents dans Paris. Leurs premiers statuts dataient de 1610. En 1812 un recensement général des billards publics donna pour résultat cinq cent cinquante dans Paris, deux cent deux dans les environs. On sait à quel point ce nombre s’est accru ; aussi presque tout le monde aujourd’hui counaît ce noble jeu d'adresse , au moins pour Yavoir vu pratiquer, Nous pouvons donc, sans entrer dans des détails fastidieux , nous borner à donner les règles principales des différentes sortes de parties qui se jouent maintenant.
: partie au même. Cette partie, que le doublet a presque complétement détrônée, se joue ordinairement à deux personnes, avec deux billes blancnes et une rouge. Après avoir tiré à qui commencera, on pose la rouge sur la mouche d'en haut, puis celui qui doit jouer le premier place sa bille dans le demi-cercle tracé au-dessous de la mouche du quarlier (bas du billard), et vise la rouge en cherchant à la faire (faire tomber ) dans l’une quelconque des blouses, S'il atteint ce résuitat, on replace la rouge sur sa mouche; le
DICT, DE LA CONVERS, — T, Il,
joueur qui a fait ce premier zoup recommence du point où se trouve sa bille, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne réussisse pas. Le second joueur commence alors de la même manière que le premier; seulement il peut chercher soit à faire la rouge, soit à faire la bille de son adversaire, soit enfin à caramboler. Quand il cesse de faire des points, le premier reprend, et ils continuent de même jusqu'à ce que l’un d’eux ait atteint le nombre de points fixé à l’avance, et qui le plus souvent est de vingt-quatre.
Celui qui fait une bille compte trois points si c’est la rouge, deux points si c’est la blanche. Un carambolage vaut deux points. On peut donc, en faisant les deux billes et en carambolant du même coup, marquer sept points. Suivant que l’un des joueurs manque de touche, se perd (sa bille tombant dans une blouse) en touchänt la blanche, ou se perd en touchant la rouge, l’autre marque un, deux ou trois points. Un joueur faisant des points et se perdant en même temps, les points faits comptent à son adversaire,
Quand on joue la partie à trois ou à quatre, les règles précédentes ne reçoivent que les modifications qu’exige l'augmentation du nombre des joueurs.
Partie du doublet ou doublé. Les règles de cette partie sont les mêmes que celles de la partie au même, avec cette différence que, pour qu’une bille faite soit comptée, il faut qu'avant d'entrer dans la blouse elle aille frapper au moins une des bandes du billard. j
Partie russe. Cette partie, qui trouve encore un assez grand nombre d'amateurs, se joue avec cinq billes, dont deux blanches, une rouge, une jaune et une bleue; ces trois dernières se placent respectivement sur les mouches du haut, du milieu et du quartier. Le premier joueur donne son acquil, c’est-à-dire qu’il pousse sa bille vers la bande d’en haut en cherchant à la placer le plus près possible de la pénilence ; il ne faut pas, de ce coup, que sa bille touche aux autres, sans quoi il perd autant de points qu’il y a de billes touchées. Le second joue sur Ja bille blanche d’abord ; s’il en touche d’autres avant elle, il perd autant de points qu'il a touché de billes de couleur.
Les billes blanches peuvent se faire dans toutes les blouses, et elles comptent deux points; la rouge ne peut se faire qu'aux quatre coins, et elle compte trois points; la bleue ne peut se faire également qu'aux quatre coins, et elle compte quatre points; la jaune ne peut se faire qu’aux blouses du milieu, et elle compte six points; le carambolage compte deux points. Mais toute bille faite dans l’une des blouses qui lui sont interäites fait perdre au joueur autant de points qu'il en eût gagné en la faisant à une des blouses qui lui sont assignées. Enfin, les pertes se comptent comme dans les parties précédentes. :
Partie du carambolage. On joue ordinairement cette partie sur un billard sans blouses; car, ainsi que son nom l'indique, on n’y marque que les carambolages. Ses règles sont plus simples que celles des autres parties; mais la difficulté du jeu est beaucoup plus grande. Aussi est-ce la partie par excellence pour les véritables joueurs. On n’y tient compte ni des pertes ni des manques de touche.
Poule. Cette partie se joue entre un nombre illimité de joueurs. On convient de mourir (se retirer du jeu) en un certain nombre de points appelés marques; puis chacun donne sa mise au marqueur. Ce dernier, après avoir mis dans un panier en forme de bouteille autant de petites boules portant un numéro qu’il y a de joueurs, agite ce panier, tire les boules au hasard, et une à une, et les distribue en commençant par sa droite aux joueurs rangés autour du billara. Cela terminé, le joueur qui a eu le numéro 1 donne son acquit (voyez plus haut); le numéro 2 joue sur le numéro { ; le numéro 3 joue sur le numéro 2 avec la bille du numéro 1 (car il n’y a que deux billes sur le tapis), et ainsi de suite. Chaque fois qu'une bille est faite, celui qui a joué le coup précédent est marqué; celui qui manque de
touche est également marqué. Sitôt qu'un joueur a atteint le nombre de marques fixé, il est mort; il se retire. Celui qui reste le dernier empoche l’ensemble des mises diminué des frais du billard.
Outre les règles particulières que nous venons d'énoncer, toutes les parties sont soumises à des règles générales dont voici les principales : Le joueur qui est en main doit pour jouer se tenir dans le billard, c’est-à-dire que ni ses pieds ni son corps ne doivent dépasser les grandes bandes. — En jouant ,'il faut toujours avoir au moins un pied sur le parquet. — Bille touchée, bille jouée. — On ne doit jamais arrêter une bille qui roule sur le tapis, etc... Toute infraction à ces règles générales est ordinairement préjudiciable au joueur qui s’en rend coupable : ainsi, celui qui bi/larde, c'est-à-dire qui chasse deux billes d’un même coup, perd un point; il en est de même de celui qui touche à une bille arrêtée, etc... Sile cas est douteux, s’il y a contestation entre les joueurs, un tribunal est là qui prononce sans appel. Ce tribunal, dont les arrêts sont toujours respectés, c’est la galerie.
BILLARD DU-MONCEAU, trésorier général des postes, doit moins sa triste célébrité au hasard, qui le fit parrain de madame Dubar r y, qu’à ses relations avec le fameux abbé Grisel, et à la sentence qui le condamna comme banqueroutier frauduleux. L'abbé Grisel, sous-pénitencier du chapitre de Paris et confesseur de l'archevêque, cachait, sous l'apparence d’une grande sévérité de mœurs et d’une fastüeuse dévotion, une insatiable cupidité. Il était à la piste de tous les vieillards riches et dévots, et directeur titulaire de toutes les douairières opulentes ; il recevait des dépôts qu'il ne rendait jamais s'ils étaient considérables; il se ménageait une place dans tous les testaments de ses pénitents et pénitentes, non sous son nom, mais sous celui de son digne ami Billard. Ainsi, les legs n’étaient que des fidéicommis, et chaque fois l’officieux Billard se parjurait en justice. Le partage venait ensuite, à quelques exceptions près; car si le legs était d’une quotité trop séduisante, le prête-nom éprouvait des scrupules, et gardait tout. L'autorité fut informée; une pareille spéculation devait faire naître les plaintes des héritiers légitimes. L'association fut rompue, et. l’abbé Grisel emprisonné. Soit que cette découverte eût fixé l'attention des fermiers généraux sur la gestion du caïssier général des postes, soit toute autre cause, Billard du Monceau fut arrêté bientôt après l'abbé Grisel. Ses registres furent examinés, et il résulta de l’examen de ses livres et de sa caisse la preuve d’une soustraction de plusieurs millions.
Billard du Monceau ne témoigna ni surprise ni crainte; sa réputation de piété était bien établie, et la protection de sa filleule, favorite déclarée , ne pouvait lui manquer. 1] entendait chaque jour une ou plusieurs messes à sa paroisse, et communiait tous les deux jours. Rien de plus curieux que le mémoire justificatif qu’il rédigea lui-même, et que tout Paris voulut lire. C’est lui seul qui parle ; il n’invoque point de texte de loi , il n’élève aucune question d’irrégularité de procédure ou d’incompétence ; il ne met en avant aucun avis de jurisconsulte; il convient tout bonnement des soustractions qui lui sont reprochées. Ses aveux se confondent avec des citations des saintes Écritures et des décisions de casuistes ; il trace un tableau peu édifiant desmœurs des fermiers généraux, ses chefs ; il déplore l'emploi qu’ils font de leurs énorines bénéfices, dont ils prodiguent la plus grande partie à des prostituées et à leurs passions pour les pompes et les vanités du monde, Il en conclut que s'il leur a soustrait des sommes considérables, c’est pour le bien des pauvres, pour consacrer à des œuvres pies une partie de l’or que ces grands pécheurs auraient employé en œuvres du démon. C'était sur de pareils arguments qu’il fondait la preuve de son innocence. Il n'avait, disaitd, eru devoir prendre aucune précaution pour cacher ses