‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 133 sur 527 · BILLAUD-VARENNES — BILLAULT · texte numérisé non relu

BILLAUD-VARENNES — BILLAULT

la conquête de Cayenne par les Portugais. L'intendant de cette nation, M. da Costa, le voyait souvent, et s’aidait de ses conseils, Mais lorsque Billaud- Varennes apprit le retour des Bourbons et la prochaine arrivée de l'expédition qui venait reprendre la colonie, il vendit son habitation, alors en plein rapport et devenue délicieuse par ses soins; puis il partit pour le Port-au-Prince, où il est mort en 1819, pro: tégé par Pétion, président d'Haïti, Ga! B. BerNaRD.

BILLAULT (Apozrue-AUGusTE-Manie), homme politique, naquit à Vannes (Morbihan), le 12 novembre 1805, Il avait vingt ans à peine quand, après avoir achevé son droit à Rennes, il vint en 1825 exercer auprès du tribunal de première instance de Nantes la profession d'avocat, Son talent le placa de prime abord à la tête du barreau de cette ville, dont quelques années après il devenait bàtonnier. Élu successivement membre du conseil municipal à vingt-cinq ans, et membre du conseil général à vingtsept, il prit à leurs travaux la part la plus active, publiant en même temps plusieurs brochures d’un style net, libérales et surtout pratiques. Aux élections générales de 1837, rois colléges le portèrent à la fois, et il fut élu député à Nantes et à Ancenis. A la Chambre, M. Billault eut de nombreux obstacles à vaincre. La forme nuisit à son succès. Son discours de 1837 sur la corruption électorale fut généralement goûté; et dès lors il commenca à fournir au labeur parlementaire un énorme contingent de rapports et de discours.

Dès 1838 il était nommé membre et secrétaire de la grande commission chargée de la question des chemins de fer. En 1839 deux autres commissions Jui confiaient leurs rapports ; il avait déjà conquis droit de cité dans ces matières. La même pensée présida aux actes de sa vie politique. Lorsque l'administration du 12 mai se forma, le ministre de la justice, Teste, lui proposa le secrétariat général de son département. 11 refusa sans hésiter. Quand le cabinet du 1° mars se conStilua, il fut fortement question de confier à M. Billault le portefeuille du commerce et de l’agriculture. M. Gouin ne lui fut préféré qu'après beaucoup d'hésitation. On voulut du moins l'avoir pour sous secrétaire d’État, et Von créa pour lui cette place, qui disparut avec le ministère de M. Thiers. Il fut bientôt chargé de préparer et de rédiger le traité avec la Hollande; soutint, à la session de 1840, la discussion de la loi sur les sucres, défendit les projets de loi relatifs aux fortifications de Paris, aux tarifs de douanes de 1841, à la propriété des œuvres littéraires, etc.

Déjà sa position à la Chambre avait complétement changé de face. Absorbé jusque-là dans les questions spéciales, il hasardait rarement quelques pas sur le terrain brûlant de Ja politique. Il s’affranchit de cette réserve dans la discussion de l’adresse de 1841; sa place fut dès lors marquée parmi les orateurs politiques. Deux discussions appelèrent l’attention sur Jui, la question du droit de visite et celle de l’adjonction de la seconde liste du jury à la liste électorale. Ses discours étaient toujours longs, diffus, prétentieux ; mais enfin il y avait une apparence de science pratique, qui n'ébranlait pas la majorité assurément, mais qui faisait de M. Billault un membre obligé du futur ministère si une révolution n’était venue renverser le trône avec le cabinet. A propos de la célèbre affaire Pritchard, il prononça encore plusieurs discours qui resteront comme l'expression la plus éloquente de l’indignation soulevée dans le pays par l’administration du 29 octobre. Enfin, parlant à toute occasion, on le vit faire des discours à propos de l'Espagne, de la Plata, du Mexique, etc., et en 1846 il signalait « Ja corruption coulant à pleins bords, débordant dans le pays, couvrant toute la France, menaçant d’engloutir à jamais les institutions représentatives ».

. Cette opposition constante ne l’empécha pas cependant d'accepter Ja clientèle du domaine privé du duc d'Aumale, Pour lequel il rédigeait des consultations, plaidait, et duquel

il recevait des honoraires. 11 consentit aussi à étre le conseil judiciaire d'une compagnie de chemin de fer.

Comme M. Thiers, qui l'avait fait chevalier de la Légion d'honneur en 1840, mais dont il ne fréquentait pas les réunions, M. Billault ne paraît avoir pris aucune part aux banquets réformistes. Après la révolution de Février, le suffrage universel l’envoya à l’Assemblée constituante avec près de 89,000 voix. Là il se sépara de M. Thiers pour défendre le droit au travail, soutenir le bannissement de la maison d'Orléans et pour s'opposer à l'institution d’une double chambre. Pourtant il ne fut pas élu à la Législative. Le 8 juin 1850 M. Billault, pour faire acte de politique, défendit devant la cour d'assises de la Seine le journal républicain avancé l'Événement, prévenu d’avoir outragé l’Assemblée et le gouvernement en attaquant la majorité et les Burgraves, à propos de la loi du 31 mai,

Après le coup d'État du 2 décembre M. Billaulf, candidat du gouvernement, fut élu dans l'Ariége député au Corps législatif, et le prince Louis-Napoléon lui confia la présidence de celte assemblée.

C’est lui qui, à la tête du Corps législatif, porta, le 2 décembre 1852, à Saint-Cloud, le résultat du plébiscite rétablissant le pouvoir impérial. Le 23 juin 1854, il remplaça M. de Persigny au ministère de l'intéricur, et le 4 décem. bre suivant il fut nommé sénateur. Après l’attentat d'Orsini, il céda le ministère au général Espinasse, le 7 février 1858, et y revint, le 1°" novembre 1859, après la guerre d'Italie et l’amunistie. A la fin de 1860, une plus grande extension ayant été donnée aux discussions du Corps législatif et du Sénat, le gouvernement décida en même temps la création de ministres sans portefeuille, chargés de soutenir sa politique devant ces deux assemblées. M. Billault, que son falent oratoire désignait pour cette fonction, laissa le ministère de l’intérieur à M. de Persigny, le 26 novembre 1860, et devint, en qualité de ministre orateur, l'interprète du gouvernement pour ce qui avait rapport aux affaires extérieures, tandis que M. Magne remplissait la même mission pour les finances, et M. Baroche pour l’intérieur.

On chercherait vainement, dans ce rôle, à faire la part de son initiative, à dégager ce qui put venir de sa conviction personnelle. Quoi qu’en aient dit les louanges officielles et les flatteries intéressées, il ne fut alors autre chose qu’un écho, un porte-voix. S’adressant à un auditoire qui se jetait au-devant de ses paroles pour les applaudir, il ne rencontra presque jamais ces difficultés, ces obstacles, qui font jaillir la véritable éloquence ; il se laissa presque toujours en- {raîner à une faconde vide et brillante, où l’on pouvait aisément reconnaître l’abus des mêmes effets, des mêmes moyens. En appeler à la conciliation, prècher la confiance, assurer que l’empereur Napoléon INT, aidé du temps , dénouerait les questions, à la satisfaction générale, voilà quelle fut la conclusion de presque tous ses discours.

Dans la question romaine, il soutint à la fois le pouvoir temporel du pape, les droits des Romains et les aspirations de l'Italie ; il demanda que les troupes françaises restassent à Rome, espérant qu’un jour viendrait où seraient conciliées ces choses inconciliables. Au Mexique, il montra nos nationaux opprimés, spoliés, les conventions éludées. Il insista sur la nécessité de faire un exemple ; mais il repoussa toute pensée de compression, ef protesta à plusieurs reprises que la France ne voulait peser en rien sur les volontés du peuple mexicain, « Ce principe qui est la base de notre droit public, disait:il, l'indépendance du vœu populaire et de la souveraineté nationale, nous n'irons pas le violer à Mexico, mais nous laisserons parfaitement libres ces malheureuses populations, pressurées par des gouvernements qui n’ont su leur donner aucun des biens, aucune des sécurités qui sont le droit des sociétés civilisées; si elles veulent continuer cette misérable existence, nous ne leur im-

poserons pas un sort meilleur ; mais si ce sort meilleur el'es veulent se le donner à elles-mêmes, ah! cerles, nous les encouragerons de toutes nos sympäthies, de tous nos conseils, de tout notre appui moral. » En définitive, il fallait s’en remettre avec confiance à la sagesse et aux bonnes intentions de Napoléon III. Quant à la Pologne, M. Billauit désavoua ouvertement une insurrection qui venait troubler la tranquillité de l'Europe. Là encore il fut d'avis qu’on devait attendre et avoir confiance : attendre que la diplomatie pressàt doucement l’empereur de Russie; avoir confiance dans la réussite de la diplomatie et dans les sentiments élevés du ezar,

Page 1