‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 135 sur 527 · BILLECOCQ — BILLET · texte numérisé non relu

BILLECOCQ — BILLET

ainsi suivre la généreuse impulsion de sa piété filiale et empêcher què sa mère, qu’il conserva près de lui jusqu’à l’âge de plus de quatre-vingt-quatre ans, ne se ressentit des pertes causées à sa famille par les révolutions.

« À la fin de 1797, dit M. Dupin l'aîné, les temps étant

devenus meilleurs, Billecocq rentra au barreau, où la richesse de ses connaissances littéraires, sa haute réputation de probité, son désintéressement, son attention scrupuleuse dans l'examen et l’étude des intérêts qui lui étaient confiés, le placèrent bientôt à un rang très-distingué. Sa diction, naturellement persuasive, animée par la chaleur d’une âme ardente et sincère, s’est fait remarquer par son élévation et son entrainement, toutes les fois qu’il a fallu traiter des questions liées à de grandes considérations morales. » Aussi beaucoup d’affaires importantes furent-elles confiées au talent consciencieux et au zèle chaleureux de Billecocq. Celles qui signalèrent avec le plus d'éclat ces précieuses et rares qualités furent : la défense du marquis depuis duc de Rivière, impliqué dans la conspiration de Georges Cadoudal et Pichegru; la cause de Toninges, ancien négociant , accusé de complicité dans un faux testament, et le patronage des enfants de la veuve du duc de Montebello (le général Lannes ). Le plus touchant comme le plus remarquable des succès qui couronnèrent les efforts du courageux défenseur dans ces grandes causes fut sans doute la grâce du marquis de Rivière : l’éloquence de l’orateur, homme de bien, suppliant à chaudes larmes, l’arracha au cœur de l’offensé toutpuissant. »

Le retour des Bourhons, salué par celui qui leur était dévoué de cœur et par principes religieux, le trouva fidèle à son caractère de compatissante modération et de désintéressement. Il crut toujours à la bonne foi et à la droiture d’intentions du pouvoir deux fois rétabli. Créé chevalier de l’ordre de Saint-Michel en 1819, admis, seul parmi les avocats, au conseil des prisons; nommé en {821 bâtonnier de l’ordre, et, par continuité, en 1822, il fut bientôt contraint par les fatigues de l’âge et de la santé à se restreindre aux consultations et aux travaux littéraires. Parmi ceux de ses écrits qui appartiennent au barreau, nous citerons sa Notice historique sur M. Bellart. Trois autres écrits de Billecocq, qui appartiennent à la morale et à la politique, ont droit à une attention spéciale : 1° Quelques considérations sur les tyrannies diverses qui ont précédé la Restauration, sur le gouvernement royal et la dernière tyrannie impériale (Paris, 1815, in-8°); 2° Un Français à l’honorable lord Wellington sur sa lettre du 23 septembre à lord Castlereagk (1815); 3° De la Religion chrétienne, relativement à l'État, aux familles et aux individus (3° édit., 1824). Les poésies latines de Billecocq, preuves d’ex- . cellentes études, peuvent être lues avec intérêt par les amateurs d’un genrede délassement poétique que ne dédaigna pas le vertueux chancelier L’Hôpital. Après avoir traduit Salluste (Conjuration de Calilina), Billecocq a voulu rendre

un autre service aux lettres latines : il a donné une édition soignée de Lucain (la Pharsale), avec la traduction en vers de Brébeuf en regard, la Vie des deux poëtes, et des Réflexions critiques sur leurs poëmes (Paris, 1796, 2 vol. ). Les traductions d’ouvrages anglais publiées par Billecocq sont au nombre des meilleures que nous ayons. Ses additions et ses notes y donnent un nouvel intérêt. Ce sont des récits de voyages, entre autres ceux de J. Long chez les différentes nations sauvages de l'Amérique septentrionale ; de John Meares, allant de la Chine à la côte nord-ouest de fAmérique; de Bogle au Boutan etau Thibet; de H. Timberlake chez les Chérokées. Mais celle des traductions de ce genre qui a obtenu le plus de succès est sa traduction du Voyaye de Néarque, par le docteur William Vincent (Paris, 1800). On sait que cette relation, publiée par ordre du gouvernement , est le journal de l'expédition de la flotte d'Alexandre des bouches de l'Indus jusqu’à l'Euphrate, ré- ICT. DE LA CONVERS, — T. Ill,

digé sur le journal original de Néarque, son amiral, journal que nous à conservé Arrien. Billecocq mourut à Paris, le 15 juillet 1829. AUBERT DE Virny.

BILLET. C’est un de ces mots qui reviennent à tout propos dans les conversations et les lectures, et dont les acceptions varient à l'infini. Nous l’examinerons plus bas au point de vue du droit, Le billet, dans l’acception primitive, n’est qu'une pélite épitre, un diminutif de la lettre. Les femmes y excellent. Sous une plume masculine, la concision qu’il exige a presque toujours un peu de sécheresse; chez elles, au contraire, la grâceet la finesse s’accommodent bien de cette brièveté.

Les billets de naissance, de mariage, de décès, sont maintenant désignés sous le nom commun de billets de faire part, quelle que soit la spécialité de leur destination, Les billets doux jouent un grand rôle dans les romans et dans les premiers rêves d'amour du jeune âge. La Châtre était de bonne foi quand il exigeait de Ninon l'engagement de lui rester à jamais fidèle. Elle riait en le signant. La Châtre avait plus d'amour, Ninon plus de raison. Elle riait encore en s’écriant à quelque temps de là dans une circonstance décisive : 4h! le bon billet qua La Chätre! On peut sans grave inconvénient laisser protester un billet d'amour ; il en est fout autrement d’un billet de commerce : il y va de d'honneur, souvent de la liberté. Les billets deconfession ont eu une certaine importance : iis semblaient, à une époque qui n’est pas bien loin de nous, devoir conduire aux honneurs et à la fortune. L'époque suivante préféra les bizlets de banque. Les jeunes gens aiment toujours les billets de bal, de concert, de spectacle; mais qui peut nous dire quels sont aujourd’hui les billets à la mode? .

Nous aurions dû commencer par indiquer l’étymologie du mot billet. Les savants varient , et ne vont pas au delà des conjectures. Ce mot n'est-il que la traduction de Zibellus, petit écrit? Le mot latin est un peu long; il y a là une syllabe de trop. Billet vient-il de bulletin, ou bulletin vient-il de billet? Cet autre problème n’est pas moins embarrassant; mais personne ne se méprend sur sa véritable signification, et c’est là le point important. Durex (de l’Yonne ).

Un mot à présent sur les billets de faveur et sur les billets d'auteur. Les premiers, signés d’une autorité quelconque du théâtre, sont ou distribués gratis aux amis dela dirertion, aux chefs de claque, aux familles des acteurs et actrices, ou donnés et vendus au public moyennant un impôt plus ou moins élevé que le théâtre prélève à l’entrée sur le porteur. Ils portent toujours cette indication sournoise : Ze présent billet sera refusé s’il a été vendu, leurre grossier, puisque le théâtre n’a souvent dans les mauvais jours d'autre recette que le trafic de ces billets à moitié prix.

Les billets d'auteur, signés par ces grands hommes à tel nombre pour la première representation de la pièce, tel pour la seconde, tel pour la troisième, tel pour les autres, passent généralement les trois premiers jours entre les mains du personnel nombreux de la claque, qui trouve pourtant encore à trafiquer d’une partie. Le reste est offert à quelques amis intimes, qui s’en servent très-souvent pour siffler ami intime dont ils les tiennent. Le succès consolidé, gardez-vous bien d'en demander aux auteurs. Ils en font argent pour augmenter leurs recettes, et en établissent des dépôts à commission chez les marchands de vin et les cafés borgnes des environs du théâtre, dont les clercs de notaire, les commis de nouveautés, les modistes et les 1orettes savent toujours l’adresse sur le bout du doigt; et pourtant on Hit aussi sur ces chiffons de papier : Le présent billet sera re- Jusé s’il a été vendu.

BILLET ( Droit). Ce mot, pris dans le sens d’obligation, signifie un acte par lequel on s’engage envers quelqu'un à lui payer une somme d’argent ou d’autres valeurs ; il a les formes diverses du billet simple, du billet à domicite, du billet de change, du billet au porteur, du billet en mar.

chandises, du billet de grosse, du billet de prime, du billet de rançon.

Le billet simple renferme une obligation , qu’on appelle unilatérale, parce qu’il n’y a d'engagement que d’un seul côté.

On à assujetti le simple billet à quelques règles faciles à observer : il doit être écrit en entier de la main du souscripteur, ou du moins il faut qu'outre‘la signature il ait écrit de sa main la somme ou la quantité de la chose qu’il s’engage à remettre. Mais si ce billet est sonscrit par des marchands, des artisans, des laboureurs, des vignerons, des gens de journée et de service, il suffit, pour sa validité, qu’ils y aient apposé leur signature. La loi ne pouvait exiger davantage de cette classe de personnes sans restreindre considérablement le nombre des transactions civiles et commerciales, Le billet simple doit être daté, comme toutes les obligations.; mais il n’en serait pas moins valable si la date était omise; le créancier se trouverait alors dans la nécessité de faire fixer un délai par les tribunaux pour déterminer l’époque du payement. Quant à la cause de l'engagement, ce billet doit la contenir ; elle est toutefois suffisamment exprimée par ces mots : Je reconnais devoir la somme de.

Le billet simple diffère des billets de commerce ordinaires sous plusieurs rapports : en premier lieu, il n’est pas susceptible d’être négocié par la voie de l’endossement. Si lon veut en céder la propriété à un tiers, un autre acte est nécessaire : cet acte s’appelle cession ou transport ; le cessionnaire doit le faire signifier par un huissier à celui qui a consenti le titre. En second lieu, le billet simple n’est pas susceptible d’être protesté à son échéance, comme le billet à ordre, dont le porteur fait constater le non-payement par un acte appelé protéé.

Cependant le billet simple peut être soumis à la juridiction commerciale et entrainer la contrainte par corps s’il a été souscrit par des commerçants ou pour des faits de commerce.

Les billets simples offrent le même avantage que les actes sous seing privé; ils peuvent procurer une hypothèque à celui qui en est porteur ; et voici comment : Si le créancier conçoit des craintes sur l'avenir de son débiteur, il peut faire vérifier et reconnaître en justice le billet simple, même avant l'échéance, maïs à ses frais si l'écriture n’est pas déniée; le jugement qui intervient sur la vérification et la reconnaissance de lécriture ou. de la signature du billet donne le droit de prendre une hypothèque, qui aurait bien pu être prise après une condamnation obtenue; mais souvent il est alors trop tard, parce que d’autres inscriptions hypothécaires grèvent et au delà les immeubles du débiteur.

Le billet à domicile est un billet payable en un lieu et dans un domicile autre que celui où il est souscrit ; il peut être à ordre ou au porteur, ou à une personne désignée, Il ne faut pas confondre le billet à domicile avec la lettre de change : dans celle-ci, c’est un tiers qui est chargé de payer, tandis que dans le billet à domicile c’est le souscripteur lui-même qui s’oblige au payement , mais dans un autre lieu que celui de son domicile. Ce billet peut, comme la lettre de change, avoir pour objet une remise d’argent de place en place ; c’est dans ce sens que la loi le répute acte de commerce, et qu’il donne lieu à la contrainte par corps. Il est bien essentiel de savoir que le billet à domicile peut avoir un effet commercial; sans cela on pourrait s’exposer à des conséquences bien rigoureuses. C’est donc à tort qu’un poëte, du reste fort ingénieux, a fait dire à l’un des personnages d’une très-amusante et très-spirituelle comédie :

.…. Je souscris, cher Dorlange, Des billets tant qu'on veut, point de lettres de change.

Il voulait faire entendre par là que les billets n’exposaient Pas, comme les lettres de change, à la contrainte par Corps; on vient de voir que c’est une erreur, et que si

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