BINGEN — BIOGRAPHIE
masses effrayantes de rocs escarpés s’avancent dans le fleuve et se resserrent tellement qu’elles semblent l'arrêter et l’engloutir. C'est même une opinion assez accréditée que dans les temps anciens ces montagnes arrêtaient complétement son cours, et que les eaux formaient un vaste lac du pays compris entre Manheim, Spire, Franefort , Darmstadt, étc. Les couches de sable qui couvrent cette plaine, et surtout des coquilles et des arêtes de poissons découvertes sur les hauteurs environnantes, cenfirment cette hypothèse. Une grande convulsion de la nature, provoquée par le lent travail des eaux, aurait ouvert ce passage.
A Bingen le tableau est effrayant et admirable, La montagne de Rüdesheim cache sa cime dans les nues; aux sommets voisins, aux flancs des hauteurs, l'œil découvre d’antiques châteaux forts suspendus comme des nids d’aigles, Le Rhin était jusque là majestueux et calme; resserré ici et rapide, 1l se lance avec impétuosité contre les masses qui se dressent devant lui et le défient ; il se brise avec un fracas
‘dont résonnent sourdement les échos d’alentour, tourbillonne avec force, et, rejeté brusquement au nord, il tombe entre deux gigantesques lignes de rochers qui l’encaissent jusqu'à Bonn.
Sur l’un des rochers qui s’avancent au milieu du fleuve et contre lesquels il se brise, s'élève le Maüse Thurm (Tour des Rats), aujourd’hui en ruines, qui rappelle la mort de l'archevêque Hatto, dévoré par des rats affamés; tradition qui à inspiré une belle ballade au poëte anglais Southey.
Il n’y à pas longtemps que les rochers, traversant le Rhin dans toute sa largeur, ne laissaient aux bateaux qu’un passage fort étroit. Les récifs se montraient à nu au-dessus des flots lorsque les eaux étaient basses; ils causèrent des accidents nombreux. Le gouvernement prussien, pour favoriser la navigation, a fait exécuter des travaux qui ont rendu le passage frès-praticable et sans danger aujourd’hui,
BINGER-LOCH, Voyez BINGEN.
BINGLEY, le Garrick de la scène nationale hollandaise, naquit en {755, à Rotterdam, de parents d’origine anglaise et qui possédaient quelque fortune. Après avoir achevé ses études, il fut destiné au commerce et placé immédiatement dans un comptoir. Mais bientôt se manifesta en lui un penchant irrésistible pour le théâtre. En 1779 il débuta sur le théâtre d'Amsterdam. 11 avait alors vingt-quatre ans, et fut fort mal accueilli parce qu’on le croyait Anglais de naissance, et que les Hollandais avaient dans ce temps de graves sujets de mécontentement contre l'Angleterre, qui, sans déclaration de guerre préalable, faisait saisir tous les vaisseaux hollandais. Mais bientôt il sut vaincre tous les préjugés, qui s’élevaient contre lui, et devint l’acteur favori du public. Bien que la tragédie fût le genre le plus favorable à son talent, il ne créa pas moins avec grand succès plusieurs rôles comiques. 11 possédait la langue française presque aussi bien que la sienne propre, et des comédiens français étant venus en tournée à Amsterdam et à La Haye, il prit plusieurs rôles dans leur répertoire, qu’il joua fort souvent sur les théâtres français de ces deux villes avec un succès très-remarquable; principalement, en 1811, ceux de Philoctète et de Léar. Depuis 1796 il était directeur d’une troupe qui donnait des représentations surtout à Rotterdam et à La Haye..Il mourut dans cette dernière ville, en 1818.
BINOCLE (du latin binus, double, et oculus, œil), On a d’abord donné ce nom aux lunettes à branches ou besicles ; aujourd’hui on appelle encore ainsiles lorgnettes jumelles.
BINOIR ou BINOT, sorte de charrue légère, destinée, comme son nom l'indique, à donner à la terre un second labour avant les semailles. Le binot-bascule de Dassaux est muni de trois socs, qui, dans une terre légère, ouvrent trois sillons parfaitement égaux occupant une largeur de 1®,354 Sur 0,217 de profondeur. Le binot simple, travaillant comparativement moins vite, ouvre trois sillons sur une lar-
geur de 1°,33 et une profondeur de 0,16; mais les flancs et arêtes des sillons sont inégaux, attendu que le soc porte la terre dans le sillon voisin, ce qui n’a pas lieu dans les labours du binot à trois socs, Ce dernier exécute avec plus de perfection , et sans une augmentation de force bien sensible, trois fois plus d'ouvrage que n’en fait le binot simple, et en trois fois moins de temps. Le binot à trois socs s’emploie avec avantage dans toutes les terres crayeuses , ainsi que dans les terrains dont l'argile est peu compacte, Voyez SCARIFICATEUR,
BINOME (de bis, deux, et vou, part). C’est le nom général de toute expression algébrique composée de deux termes réunis par l’un des signes + ou — : a +- b, a — b sont des binomes.
On appelle binome de Newton une formule importante que le célèbre géomètre découvrit vers la fin de 1663. Elle permet d'élever immédiatement un binome donné à une puissance quelconque, entière ou fractionnaire, positive ou négative. Elle consiste dans l'égalité
(me 9
dont la loi est facile à saisir et dont on trouve la démons- {ration dans tous les traités d’algèbre.
Les équations binomes sont des équations qui ne renferment qu’une seule puissance de l’inconnue : telle est aol ho
Ces équations sont toujours susceptibles d’être abaissées , et dans tous les cas on exprime facilement leurs racines à l’aide des fonctions circulaires.
Les propriétés des équations binomes ont servi de base au célèbre théorème de Cotes, E. MERLIEUX,
BIOGRAPHIE , BIOGRAPHE ( du grec Bios, vie, et yeäœur, j'écris); La biographie est la description de la vie, ou, pour mieux dire, l’histoire particulière d’un individu. Elle prend les formes les plus diverses. Tantôt c’est une sèche nomenclature des faits qui ont signalé l'existence d'un homme , tantôt c’est un morceau d'histoire où l’on juge, à propos de celui dont on écrit la vie, l’époque où il a vécu et les hommes avec lesquels il a été en relation; tantôt ce n’est qu’un cadre pour s'élever à des considérations morales d’une haute portée, par l'exposition des vertus ou des vices d’un homme; tantôt c’est un panégyrique dans lequel un écrivain habile ou maladroit fait ressertir les qualités de son héros en en cachant les défauts; tantôt, au contraire, c’est une violente diatribe contre l’homme dont on se fait le juge. C’est ainsi qu’on peut regarder comme des biographies les Parallèles de Plutarque, les Vies de Cornélius Népos et d’autres auteurs anciens et modernes, les Æloges académiques , les Notices historiques , les Nécrologies, etc. etc. Les Mémoires et les Autobiographies se rapportent encore à ce genre de littérature; mais ici c’est l'individu lui-même qui écrit sa vie, en mélant à son récit plus ou moins de l’histoire de son temps.
Le biographe qui veut intéresser ne doit pas se borner à l'exposition des faits extérieurs de la vie qu'il retrace, il doit encore s'attacher aux faits intellectuels et moraux. Il doit prendre pour sujets des personnages dont la vie se lie aux destinées de l'humanité, c’est-à-dire des personnages qui se sont tout particulièrement distingués par leurs aventures, leur position et leurs actes, ou au moins par les circonsfances morales ou psychologiques de leur existence. Dans tous les cas, une connaissance parfaite de la vie de son héros , un grand amour de la vérité, et une impartialité qui ne doit pas exclure la fermeté, sont nécessaires au biographe , s’il veut s'élever à la hauteur de l'historien, La biographie de personnages historiques suppose en outre chez l'écrivain une connaissance approfondie de l’époque dans la
quelle le héros a vécu et des influences, des relations au milieu desquelles il a parlé et agi. Les ouvrages qui revétent d’ornements poétiques, romanesques ou merveilleux la vie d’un homme considérable, ne peuvent pas être comptés au nombre des biographies.
Variété de l’histoire, la biographie a dû suivre les progrès de cette science ; et si l’on s’accorde à chercher maintenant dans l’histoire des nations les lois du développement de l’humanité, on peut aussi trouver dans la vie des hommes l’histoire des progrès des peuples au milieu desquels ils ont vécu. Mais à côté de cette grande biographie historique, il y aura toujours place pour une biographie plus individuelle, plus anecdotique, une biographie pour ainsi dire privée, comme à côté des tableaux d'histoire il y a place pour des portraits de famille.
Quoi qu’il en soit de ces deux manières d'écrire la biographie, quand le personnage dont on retrace la vie l’a illustrée par ses talents ou par ses vertus, et que l'historien sait le peindre sans flatterie et sans haine, il est peu de livres qui soient plus attachants et plus riches en leçons pour la vie publique ou pour la vie privée. Ce genre de littérature était pourtant moins cultivé chez les anciens que chez les modernes , sans doute parce que l'individu, le moi, a acquis dans nos sociétés une importance ignorée des anciens. De nos jours la biographie est tellement goûtée, qu'il est impossible de publier les œuvres de qui que ce soit sans les faire précéder d’une notice sur l’auteur, comme on ne saurait se “dispenser de la faire entrer dans les Encyclopédies, où elle semble cependant un hors-d’œuvre , mais utile et nécessaire; et son attrait est tel, que les recueils où l’on ne trouve que de la biographie se succèdent rapidement sous toutes les formes. En même temps le public, affriandé, accourt à ces séances académiques où quelque savant plus ou moins disert prononce l'éloge d’un de ses collègues, avec autant d’empressement que la cour en pouvait mettre autrefois à aller entendre les oraisons funèbres d’un Bossuet, d’un Fléchier ou d’un Massillon.
La littérature biographique est extraordinairement riche. On peut la diviser en biographies individuelles, biographies spéciales, biographies collectives et biographies universelles.
Biographies individuelles. Ta cite, dans sa Vie d’Agricola, a donné en ce genre un modèle qui n’a pas été sonvent surpassé. L'Histoire d'Alexandre par Quinte-Curce, quoique se rapprochant de temps à autre du roman, a survécu à l’antiquité. Certains livres de la Bible, comme ceux de Joseph et de Tobie, peuvent être rangés dans les biographies.
Parmi les biographies modernes, nous citerons en France : les Vies de Descartes, par Baillet; de Vollaire, par Condorcet; de Théodose, par Fléchier; les Histoires de Fénelon et de Bossüuet, par le cardinal de Bausset; les Vies de La Fontaine et de Madame de Sévigné, par Walckenaer; de Molière et de Corneille, par M. Taschereau ; de Monck et de Washington, par M. Guizot ; de Napoléon, par M. Laurent (de l’Ardèche); en Angleterre, les Vies de Cicéron, par Middleton; de Laurent de Médicis et de Léon X, par W. Roscoë; en Hollande, les Viés de Ruhnkenius, par Wittenbach, et de Wittenbach, par Mahne; en Allemagne, les Vies de Heyne, par Heeren ; du prédicateur Reinhard, par Poœlitz, et de Dorothée, duchesse de Courlande, par Tiedge ; aux États-Unis, celle de Christophe Colomb, par Washingto Irving, etc., etc. Nous en passons des plus curieuses et des meilleures; car C’est surtout en biographies individuelles que les littératures modernes sont riches.
De nos jours, en dehors de toute littérature, Paris a vu naître de nombreux ateliers biographiques, dont, grâce à la concurrence, les entrepreneurs peuvent vendre, sans les surfaire, aux grands et aux petits hommes vivants (quelles que soient leurs spécialités) de la gloire à toute dose et