BIOGRAPHIE — BIOLOGIE
qu’une conscience droite, une âme douce et folérante, ce qu’il faut de méthode pour classer les faits avec exactitude, ce qu'il faut de talent et de style pour les raconter avec simplicité. Je n’exige de lui ni éloquence ambitieuse, ni prétentions philosophiques. L'histoire s’en passe fort bien. Qu'il me donne le vrai, dépouillé des artifices du romancier, des controverses du publiciste, de la morgue du juge; ses personnages n’auront d'autre juge queletemps. Ch. Noprex.]
BIOLOGIE (de fios, vie, et }6yos, discours). C'est la
"science de la vie; mais ce dernier mof a des sens si divers,
que le domaine de la biologie peut être singulièrement étendu ou restreint suivant les auteurs. Par exemple, la Biologie de G.-R. Treviranus est un traité sur la vie, les facultés et les fonctions des animaux et des plantes. C’est de toutes les questions la plus compliquée par l'immense variété des causes et l'obscurité des principes qui ont pu concourir à produire tant d'êtres différents à la surface du globe, et jusque dans les profondes entrailles des mers. Sans doute, par lPimpossibilité où nous nous trouvons d’expliquer avec nos sciences les phénomènes de la formation des êtres organisés, une sorte de nécessité existe de recourir à lintervention divine. La création dans la Genèse s'explique par l’acte ineffable de la toute-puissance et de la sagesse suprême (voyez Cosmoconie ). Les merveilles de l’organisation du plus chétif insecte prouvent des rapports de causes et d'effets tellement inexplicables par les lois du hasard que l'hypothèse des épicuriens sur la production spontanée des êtres vivants ne peut aucunement satisfaire l'esprit humain; elle n’a conservé que peu de partisans. On admet un concours de circonstances heureuses, une nature intelligente pendant une suite de longs siècles pour parvenir à développer, soit des moisissures, soit des animalcules, des expansions gélatineuses , des ébauches d'organes , dans les eaux croupissantes et la fange des marécages. Ainsi, Tek liamed (ou Demaillet), héritant du système de Thalès, qui fait sortir tous les êtres vivants de l’eau et des mers, nous représente la longue série des animaux comme émanée d’espèces aquatiques, s’élevant par des degrés successifs de perfeetionnement jusqu’au fatte de la plus haute élaboration organique , qui est l’homme.
Cette généalogie assez ridicule des carpes ou des requins pour atteindre le rang d’un Homère, d’un Newton ou d’un Voltaire, n’a pas pris une grande faveur. Toutefois ce roman a été repris âvec beaucoup plus de science en histoire naturelle par Lamarck, dans ce siècle. Ce naturaliste suppose que dans l’origine des choses une matière gélatineuse, informe, soumise aux influences de la chaleur, de l'électricité et d’autres agents impondérables, en des eaux stagnantes , élabore peu à peu des formes convenables aux circonstances dans lesquelles elle se trouve placée; qu’il s’y établit des courants électriques, des mouvements de fluides, des contractions et des dilatations; que ce corps tend à s’accroître par intussusception; qu’il s'opère ainsi. une nutrition ou réparation. Ensuite il y a possibilité de reproduction par division ou boutures, comme chez les z00phytes. Bientôt, ce corps tendant à maintenir l'intégrité de ses parties, ou son individualité, aspire à se coordonner convenablement avec les choses environnantes : l’huître se colle au rocher, elle enveloppe sa chair mollasse d'un test calcaire, afin d'échapper à la fureur des vagues; le poisson, éprouvant le besoin de s’avancer à travers les ondes, tend à déployer ses nageoires, à se renfler pour se rendre plus léger, el pour remonter à la surface des mers ; l'oiseau nageur, élargissant les doigts de ses pattes, y étend, par ses efforts, des membranes natatoires sous la forme de rames; enfin, d’après ce système de Lamarck , il se créerait au sein des animaux des tendances, des besoins instinctifs capables de former, de développer les organes nécessaires à l'individu, comme les cornes au front des ruminants, les griffes, les becs aux oiseaux de proie, ete.
BIOLOGYIE
On reconnaît ici un constant paralogisme de ce savant, puisqu'il faudrait admettre avec lui que l'animal le plus informe , le plus dépourvu de tout intellect, se crét par degrés ces instincts inventifs, cette intelligence prévoyante pour toutes les circonstances ; ce qui ferait supposer le plus haut génie dans la matière la moins organisée. En effet, les plantes elles-mêmes sont constituées relativement aux lieux où elles croissent spontanément. On ne peut supposer que ce soit par l'effet d’une savante indusirie, résidant, comme une dryade, dans les troncs de ces végétaux. Qui expliquerait encore les fonctions reproductives, chez les fleurs dioïques surtout? Enfin, les merveilleuses structures de l'œil, de l'oreille, etc., si bien appropriées aux rayons lumineux, aux ondes sonores de l'air (ou de l’eau pour l’oreille des poissons), sont au-dessus de tous nos moyens d'investigation.
La biologie renferme donc une foule infinie de problèmes insolubles à notre intelligence dans l’état actuel des sciences. Nous voyons, à la vérité, cette échelle ou cette série d’animaux et de végétaux de plus en plus compliqués ou perfectionnés , depuis l’hydre ou polype jusqu’à l'homme. On à pu en conclure que le mouvement organique, d’abord très-simple chez des races inférieures et imparfaites, se complique, se perfectionne de lui-même, et crée des races mieux conformées, jouissant de facultés plus étendues à mesure que leurs sens se multiplient et que leurs fonctions deviennent plus composées ; mais ce perfectionnement graduel n'est-il pas le résultat d’une puissance intelligente , supérieure ou hyperphysique, dont la sage prévision sait ordonner de nouveaux rapports entre toutes ses productions ? En effet, tel insecte est prédisposé pour telle espèce de plante sur laquelle il vit en parasite; tel quadrupède, comme la gerboise sauteuse, est formé pour s’élancer du milieu d’un sol sablonneux, et le chameau est constitué pour l’aridité des déserts, comme le phoque pour les rivages des mers glacées. S'il y a prédisposition harmonique des êtres les uns par rapport aux autres, ou appropriation aux localités , sans qu’on puisse raisonnablement en faire honneur à l’industrie et à la sagesse de l’individu, il faut donc reconnaître qu’une plus sublime intelligence organisa l'aile emplumée de l'aigle et la trompe du papillon qui pompe le nectar des fleurs. Dès lors, il y a providence ou prévoyance supérieure sur ce globe, et il n’est point déshérité de la Divinité.
Mais notre dessein est bien moins de discuter ici les hypothèses établies par des physiologistes sur les causes de l'existence, que d’exposer quelques-unes de ses lois principales. E p.
La force vitale, en effet, est toujours en rapport avec l’organisation qu’elle attribue aux êtres. Dans îes tissus simples des végétaux, des zoophytes ou animaux-plantes, la vitalité n’est guère développée et guère apparente; mais si elle agit lentement, obscurément, elle est par cela même plus tenace, plus inhérente chez ces êtres ; elle peut se partager, se subdiviser dans leurs parties : c’est ainsi qu’un arbre se multiplie de boutures, de surgeons, et qu’un polype coupé, taillé en morceaux, recompose autant d'individus de chacune de ces pièces séparées et semble être plus indestructible que Vhydre de la Fable. Au contraire, chez les êtres formés de tissus différents ou très-compliqués , tels que l’homme ou les quadrupèdes, sans doute la puissance vitale est bien autrement complète, active et sensible, maïs elle n’est plus inhérente ni tenace dans l’organisation : aussi un seul coup peut tuer l’homme, le quadrupède, l'oiseau ; la sensibilité, la contractilité musculaire s’éteignent chez eux plus tôt encore que dans les reptiles, les poissons , les animaux à sang froid, chez lesquels la vie était déjà moins intense et moins im- Pétueuse. Ainsi, la force vitale se dépense d’autant plus qu’elle s'exerce avec plus de vigueur, et elle manifeste d’aufant plus d'énergie ct d’activité que l’organisation est plus
compliquée, plus centralisée; mais aussi elle devient susceptible alors d'une destruction rapide, instantanée,
Depuis le végétal, en remontant jusqu’à l’homme par tous les degrés successifs de complication d'organes des animaux, on voit la force vitale devenir de plus en plus énergique, ou active et sensible au dehors, mais diminuer en même proportion pour sa ténacité ou son adhérence particulière à chaque portion intérieure du corps. En effet, en descendant la série des animaux , de l’homme jusqu’au polype, on voit que le système nerveux diminue dans son étendue et ses fonctions, en sorte que la sensibilité décroit dans la même proportion : alors s'élève, au contraire, l'irritabilité ou la faculté contractile, qui prend la place et tient lieu de cette ardente sensibilité (voyez AnimaAL). Les animaux à sang froid jouissent de cette contractilité plus que les animaux à sang chaud, et enfin on voit parmi les insectes et les vers la contractilité et diverses actions vitales survivre longuement après la destruction partielle de ces animaux,
Il en sera de même d’une autre propriété de la force vitale, celle de la génération et de la fécondité des êtres. Dans l'espèce humaine, il n’y a pour lordinaire qu’un individu produit à chaque gestation; chez plusieurs mammifères et les oiseaux, chaque portée, déjà plus nombreuse, peut aller à une vingtaine d'individus ; chez les reptiles, le nombre peut s’élever à une ou deux centaines, ou même davantage; chez les poissons , à des milliers. Parmi les coquillages, les insectes , les individus produits sont presque incalculables ; enfin, dans les zoophytes et la plupart des végétaux , outre leur génération d’œufs ou de graines sans nombre, chaque partie séparée, chaque bourgeon , chaque branche ou scion peut reproduire un nouvel être par une fécondité incomparable. 11 semble que moins un être organisé présente de vitalité active au dehors, plus il la ramasse, la concentre dans lui, de manière à multiplier ses germes de vie, à devenir tout entier une collection de graines innombrables.
La quantité biotique peut donc se mesurer par la force de reproduction ou de génération. 11 suit encore de là que plus les animaux présentent de simplicité dans leur organisation, plus la vitalité s’y montre inhérente, et plus ils sont féconds ou capables de se multiplier, de se propager, même par bouture et par division de leurs parties. Aussi, l’homme etles animaux perfectionnés, étant les plus sensibles, les plus actifs, deviennent amoureux, libidineux, lascifs ; ils consomment souvent en pure perte, dans les transports de la jouissance, leurs facultés vitales; mais les espèces d'animaux des classes inférieures sont plus tempérées, plus indolentes aux plaisirs, plus rebelles aux émotions, plus disposées à l'indifférence et à l'ennui. Pareillement nos maladies se mettent à l'unisson de nos facultés vitales ; elles étaient éminemment rapides et aiguës, pour la plupart, dans l’enfance; elles deviennent de plus en plus lentes avec la vieillesse. Ainsi, un catarrhe, dont le caractère est très-inflammatoire dans le jeune âge , deviendra languissant , inexpugnable, hors d’état de parvenir à une crise ou à une solution complète, chez le vieillard caduc , faute d’énergie biotique.
Les oiseaux et les poissons, parmi tous les animaux, ont une longue durée de vie; cependant les premiers sont excessivement ardents, amoureux, et dépensent beaucoup de facultés; les seconds sont froids, apathiques à la vérité, mais ils prodiguent surtout leurs forces par une immense fécondité, et l’on sait que tous les êtres très-féconds sont peu vivaces. 11 semblerait donc que la longévité des oiseaux et des poissons devrait être raccourcie par ces sortes de profusions vitales, ou que la règle établie ici par nous est sujet{e à de grandes exceptions. Mais divers auteurs, et Buffon en particulier, ont montré que l’uniformité presque toujours constante du milieu habité par les poissons, que l’absence des grandes variations atmosphériques, desquelles ils sont en effet exempts , que la mollesse, l’apathie, l’inertie même de leurs facultés, devaient beaucoup prolonger leur exis-
tence, s'ils en dissipaient une grande partie par la génération. 11 n’est donc pas surprenant de voir des brochets et d’autres poissons vivre quelquefois plus d’un siècle, bien que tous ne subsistent pas aussi longtemps d'ordinaire. A l'égard des oiseaux, le milieu dans lequel ils existent est (quoique dans un sens opposé aux précédents) la source de leur longévité. On sait combien leur respiration est vaste et fréquente; que l'air s'étend jusque dans des sacs abdominaux, outre leurs larges poumons, qui ne sont jamais bornés par un diaphragme; que cet air pénètre jusque dans les cavités de leurs os, jusque dans les tuyaux de leurs plumes, en sorte qu’ils sont pour ainsi dire tout poumons, ce qui les allège aussi pour le vol, et ce qu’on remarque à peu près de même parmi les insectes. Or, cette grande respiration, foyer perpétuel de chaleur, qui rend leur sang plus chaud, plus animé que le nôtre, augmente extrêmement en eux l'excitabilité vitale; leur circulation est plus rapide, leurs muscles sont plus mobiles et plus forts, effets qu’on retrouve pareillement chez les insectes ailés ou volants.
Nous voyons combien l’oxygène atmosphérique contribue à la vigueur, à l’activité chez tous les êtres ; combien, au contraire, les hommes deviennent pâles, flasques, inertes , débiles en tout, dans ces lieux étouffés, ces caves, ces mines, ces antres obscurs, remplis d’un air méphitique ou vicié; combien, en revanche, ils deviennent vifs, colorés, ardents, secs et tendus, sur les montagnes, dans les lieux exposés à l'air pur et agité. Ainsi, l’air est véritablement le pabulum vitæ, l'aliment de l'existence, comme le disaient les anciens. É
Mais il est encore d’autres causes qui, fortifiant ou diminuant la puissance vitale, rendent un homme plus robuste, plus vivace, plus énergique qu’un autre. I] faut mettre sans doute au premier rang une bonne constitution. A cet égard encore, l'on peut errer lorsqu'on établit comme la meilleure complexion celle qui paraît la plus vigoureuse, la plus solidement construite; car ces hommes s’usent bientôt, pour la plupart, dans les excès et toutes les jouissances. En effet, on peut, chez certains êtres, prolonger indéfiniment la vie en ne la consommant pas. Par exemple, chez les insectes, les mâles périssent d’ordinaire aussitôt après avoir engendré, comme s’ils léguaient leur vitalité tout entière dans l’acte génital; mais on peut les conserver très-longtemps vivants lorsqu'on les empêche de s’accoupler. Il en est de même des herbes annuelles, dont on retarde la floraison, et que l'on fait ainsi durer une seconde année; car, généralement parlant, tous les êtres animés astreints à la continence sont plus vivaces. De plus, l'existence se prolonge en diminuant son mouvement. Ainsi, Haller observe que les personnes à pouls languissant, ou ayant une circulation naturellement lente, vieillissent plus tard. De même, le froid, concentrant les facultés vitales à l’intérieur, en diminue la dissipation et retarde les périodes du développement. C’est ainsi qu’on peut conserver par le froid les insectes à l’état de chrysalides pendant un ou deux ans, sans qu’ils se développent; tandis que, suivant le cours ordinaire, ils achèveraient dans l’année leur période vitale, et que plus la chaleur est vive, plus ils se hâtent d’éclore et d’engendrer, comme les végétaux, dont une température élevée précipite la floraison et la maturation des graines. Pareillement, les animaux que le froid engourdit en hiver, comme les loirs et les marmottes, les serpents et les lézards, etc., pourraient prolonger leur existence par la continuité de cet état d’hibernation et de torpeur. Une tortue ne dissipe presque rien pendant six mois d’engourdissement, sans manger en hiver.
Enfin, il est des intermissions parfois complètes de la vie chez les êtres les plus simples, et des ressuscitations de son mouvement, Jos. de Necker a vu des mousses desséchées vendant près d’un siècle dans de vieux herbiers, reprendre vie et repousser à l'ordinaire dans l’eau; la tremelle-nostoc peut à volonté se dessécher ou mourir, puis reprendre sa