BIOLOGIE
critique surtout, ayant une constitution plus langoureuse, plus débile, plus molle que l'homme, subsistent par cela seul très-longuement dans la vieillesse. C’est pour elles que l'épithète de sempilernelle (qu'on me passe cette expression) semble avoir été créée. Ainsi, à mesure que l'énergie vitale sera plus active et plus intense, moindres seront sa tenacité, son adhérence et sa durée dans l’organisation.
Les athlètes, les hercules, étant pour l'ordinaire portés à faire abus de leur puissance en tout genre, défiant même les autres à diverses vaillantises (par exemple, en excès vénériens, ou de boisson, ou de table, ou d'efforts musculaires), se ruinent, se brisent, pour ainsi parler, la santé; et plusieurs périssent tout cassés des suites de ces extravagances. Mais quand même ils vivraient dans une sage modération, cette plénitude de vigueur et de santé athlétique, parvenue surtout à l'extrême, est toujours redoutable, comme l'avait déjà remarqué Hippocrate. Les maladies que l’on peut alors éprouver déploient une affreuse énergie : par exemple, les fièvres se développent avec une impétuosité extraordinaire dans tous leurs symptômes; elles attaquent avec une vigueur digne de l'individu auquel elles ont affaire. Dans ces corps robustes, le choc devient terrible , le combat mortel; résultat impitoyable, parce que leur constitution mâle, résistante, ne cède pas à l'effort morbifique, comme ces constitutions grèles, délicates, toujours subjuguées, toujours soumises ou se pliant à tous les empires. Voilà donc pourquoi les constitutions les plus énergiques ne sont pas les plus vivaces, mais bien les faibles et les languissantes, pourvu que celles-ci ne soient pas minées sourdement par quelque vice organique, et pourvu qu’elles ménagent leurs forces en évitant tout excès.
De plus, la longévité ou la force vitale inhérente dépend principalement de l'énergie native qu’on a reçue de ses parents. Il est d'expérience que certaines familles sont beaucoup plus vivaces que d’autres; et parmi les recueils de centcnaires, on voit d'ordinaire que ceux-ci étaient nés la plupart de parents qui vécurent longtemps. Certaines conslitutions se développent naturellement plus tard ou plus tôt que d’autres; elles ont par là des périodes d’existence ou plus rapides ou plus prolongées.
On peut ajouter de plus que sila vie de beaucoup d’hommes se trouve raccourcie ou débilitée si fréquemment chez les citadins opulents et dans les hautes classes de la société, ce nest pas toujours parce que ces individus ont prodigué leurs forces dans les jouissances; au contraire, plusieurs se ménagent, non par sagesse, mais par crainte. La débilité ne vient pas d’eux ; ils payent les péchés de leurs parents. Ainsi, un homme vieux et à moitié épuisé se marie en vain à une jeune épouse, sa progéniture se ressentira de la faiblesse paternelle. Si les deux époux sont trop âgés ou trop jeunes, les fruits de ces époques n'auront ni la vigueur natale ni la ferme constitution des enfants nés pendant la fleur des années de leurs parents. Ce fait se remarque pareillement dans les races d'animaux qu’on multiplie, comme dans les haras des chevaux.
Tout tempérament d’ailleurs ne manifeste point au même degré des forces biotiques naturelles. Voyez cet individu flasque, épais et blond, ayant une chair mollasse et pâteuse, le teint blème, des membres lourds, un ventre tombant, une structure grossièrement maçonnée ; il parle, il se traîne péniblement ; on dirait que l’esprit et la vie ne peuvent pas se dépètrer chez lui de cette masse stupide et inerte d’animalité; il est bientôt accablé du moindre travail, soit corporel, soit intellectuel : aussi est-il souverainement paresseux, dormeur; cette inertie ajoute encore à la masse de ses humeurs, à leur stase, à la langueur de ses fonctions. Quoiqu'il dépense lentement sa vie, on peut dire qu'il est comme mort avant de mourir. Tel est le lymphatique ou le pituiteux : il se trouve plus fréquemment dans les pays humides et bas, où croupit un air épais, nébuleux, tels que la Hollande;
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il est entretenu dans cet état par des nourritures trop débilitantes, le laitage, le beurre, les pâtisseries, les farineux gluants, comme les bouillies, et par les boissons mucilagineuses, telles que la bière. Voyez, an contraire, œæ mince et sec individu, noir de cheveux et d’un teint brun ; toute sa structure est allègre, toutes ses fibres sont tendues, mobiles ; ses muscles, solides, ont des formes anguleuses, mai. gres et comme décharnées en comparaison du précédent ; à n’a point de ventre; ses pieds et ses mains sont dans une inquiétude et un mouvement perpétuels; il parle toujours avec feu et volubilité; il est turbulent, agile, ou plutôt il ne saurait vivre en repos. Son esprit s'élance toujours audelà du présent, et son corps n’est bien que là où il n’est pas. Il se dessèche, il se ronge pour la moindre contrariété ; constamment fougueux et passionné dans son inconstance, à peine s’il peut dormir et s'arrêter longtemps quelque part. Voilà le bilieux; et cette chaleur qui le dévore, qui stimule incessamment son esprit et son caractère, mine son corps , le détruirait bientôt si elle ne changeait pas d’un instant à l’autre le sujet de son enthousiasme ct de sa haine. Ainsi, cet être impétueux ne se repose que par la diversion qui laisse du répit à quelques facultés, tandis que les autres sont tour à four exercées. Les pays secs et chauds, les terres arides et montagneuses exposées au midi, à un air vif, aux vents piquants; des aliments secs, épicés; des spiritueux, des échauffants, des salaisons, et autres substances âcres ou stimulantes , entretiennent, exaltent cette constitution, qui vit avec une prodigieuse intensité en peu de temps et qui s’use rapidement.
Entre ces deux extrêmes, on comprendra toutesles nuances intermédiaires. L'homme tient davantage du tempérament sec, actif et bilieux; la femme, de la complexion molle et lymphatique : ainsi, leurs forces vitales éprouveront les mêmes relations que ces tempéraments. Aussi la femme vit généralement plus longtemps que l’homme.
Enfin, nulle constitution n’est également active en tout sens, et n’emploie pareillement en tout ses puissances vitales. Le savant ou l'homme de lettres, le philosophe, exerçant beaucoup leur intelligence, s’useront principalement par le cerveau; le gourmand ou gastronome, l’ivrogne, fatiguent surtout la capacité et l'énergie de leur estomac, de leurs viscères digestifs; le voluptueux, le libertin, épuisent sans cesse leurs organes sexuels; des hommes de peine, des manouvriers robustes, employés à de fatigants travaux du corps, se cassent ; ils énervent enfin leur contractilité musculaire. Voilà donc des pertes différentes relativement à la force vitale, et des dissipations diverses auxquelles elle s’accoutumerait par des habitudes plus modérées. Ainsi, la vie se répartit ou s'écoule surtout dans les organes les plus employés; elle les fortifie, les agrandit, les développe, elle en facilite l’action; mais en même temps elle dimince d’autant les autres organisations, et néglige à proportion les autres fonctions. Le gastronome ramasse tout son esprit dans son estomac, pour bien digérer, pour bien savourer d'excellents morceaux; le voluptueux attire tout à l'organe de ses jouissances, c’est là son centre; aussi tout le reste languit : il survit aux plus nobles fonctions de l’âme; il n’est plus désormais qu’un cadavre attendant le cercueil. J.-J. VIREY.
BIOMËTRIE, BIOMÈTRE (du grec Bios, vie, et étoov, mesure). On a fait de la biométrie l’art d’évaluer la quantité de vie d’un être, soït en intensité, soit en durée. Notre article BioLociEe montre comhien de circonstances peuvent physiologiquement faire varier cette quantité biométrique. On a aussi appliqué ce nom à cette partie du calcul des probabilités qui recherche par l'expérience la durée ordinaire de la vie des hommes. D’autres, enfin, en ont voulu faire cet art pratique de la vie d'après lequel l’homme calcule avec soin l'emploi de son temps, de ses forces phy-siques et morales, en raison de son âge, de sa position, etc.,
de manière à vivre ou plutôt à se mouvoir avec la régularité d’un pendule. Qu'il soit nécessaire, qu’il soit sage pour chacun de régler prudemment sa vie, personne n’essayera de le nier; mais vouloir formuler systématiquement ces règles de conduite , c’est une ridicule pédanterie.
BION, poëte grec qui eultiva surtout le genre de l’idylle, natif de Smyrne, mais sur la vie duquel les écrivains de l'antiquité ne nous fournissent aucun renseignement. Tout ce qu’on peut conclure d’une élégie composée à l’occasion de sa mort par Moschus, son contemporain et son ami, c’est qu'il florissait en même temps que Théocrite (de l’an 284 à l'an 246 av. J.-C. ), qu’il passa la dernière partie de sa vie en Sicile, et qu’il mourutempoisonné. De tous les ouvrages de Bion qui sont parvenus jusqu’à nous le plus important est son Élégie sur la mort d’Adonis. Nous ne possédons que des fragments de ses autres œuvres ; et elles brillent plus par la finesse de l'expression et la délicatesse du sentiment, que par la peinture vraie et simple de la vie pastorale. C'est Henri Estienne qui le premier sépara les poésies de Bion de celles de Théocrite ; et van Metkerke en donna ensuite une édition à part (Bruges, 1565). Les œuvres de Bion réunies à celles de Théocrite ont en outre été publiées par Walckenaër, Brunck et Schæfer (Leipzig, 1809); par Gaisford, dans sa collection des Poelæ græciminores et par Meinecke (Leipzig, 1825). Bion a été traduit en français par Longepierre, ‘dont la traduction, à peine lisible, contient le texte grec en regard et d'excellentes remarques critiques. Le même travail fut entrepris par Poinsinet de Sivry, par Moutonnet de Clairfons, et enfin par Gail ( Paris, 1795).
BION de Borysthène, philosophe qui vécut à la cour d’Antigone Gonatas et qui mourut à Chalcis. Il était affranchi etavait étudié la philosophie à Athènes sous Cratès le Cynique, puis sous Théophraste et surtout sous Théodore- VAthée. Il a composé beaucoup d’ouvrages sur la morale, dont quelques fragments nous ont été conservés par Stobée. Comme son maître Théodose, Bion faisait ouvertement profession d’athéisme. Diogène de Laerte rapporte de lui une pensée d’une grande vérité : « Le plus malheureux des hommes est celui qui désire le plus ardemment le bonheur. » Quoique Bion de Borysthène eût composé un traité de morale, il paraît qu’il était plus célèbre par ses bons mots et par ses reparties que par son système de philosophie,
Quelqu'un lui ayant demandé quel était de tous les hommes le plus inquiet, « Celui qui veut être le plus heureux et le plus tranquille, » répondit-il. Un envieux lui paraissant avoir l’air triste et rêveur, il lui demanda « si sa tristesse venait de ses propres malheurs ou du bonheur des autres ». Il disait aussi, en parlant du mariage, qu’une femme laide était un supplice pour son mari, et que si une belle était un sujet de plaisir, c'était moins pour lui que pour ses voisins. » Il avait coutume de dire à ses disciples : « Quand vous écouterez avec une égale indifférence les injures et les compliments, vous pourrez croire que vous avez fait des progrès dans la vertu. — Honorons la vieillesse, puisque c'est le but où nous tendons tous, »
Parmi les personnages célèbres de l'antiquité du nom de Biox, on cite encore : un poëte tragique, qui vivait probablement au premier siècle de l’ère chrétienne ; un mathématicien, natif d’Abdère, qui vivait dans le quatrième ou dans le troisième siècle avant J.-C., et dont il ne nous resle aucun ouvrage, mais qui avança le premier qu’il ya sur la terre certaines régions où l’année se partage en un jour de six mois et une nuit d'égale durée, idée qui suppose de sa part des notions assez positives sur les régions hyperboréennes; enfin, deux rhéleurs, lun natif de Syracuse, auteur d’un livre sur l’art de la rhétorique ; l’autre, dont on ignore l'origine, auteur d’un ouvrage sur le même sujet en neuf livres, dont les noms, comme ceux du livre d’Hérodote, sout empruntés aux neuf Muses.
BION (J£ax), prêtre catholique, qui embrassa le pro-
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testantisme, naquit à Dijon, en 1688, et fut d’abord curé à Ursy, en Bourgogne. Par la suite il fut nommé aumônier de la galère La Superbe où l’on retenait les prisonniers protestants; et ce fut le spectacle de la pieuse résignation avec laquelle ils enduraient leurs souffrances qui le décida, dit-on, à embrasser une religion capable d’inspirer de tels sentiments. IL s’en alla donc abjurer le catholicisme à Genève, en 1704, puis en Angleterre, où on le nomma recteur d'une école. Il quitta plus tard cette position pour devenir chapelain d’une église anglaise en Hollande. On a de lui : Relation des tourments que l’on fait souffrir aux protestants qui sont sur les galères de France (Londres, 1708); Essai sur la Providence et sur la possibilité de La résurrection (La Haye, 1719), ouvrage original, bien qu’annoncé comme étant une simple traduction de langlais; Recherches sur la nature du feu de l'enfer et du lieu où
il est situé, traduit de l'anglais de Swinden (1728 ) ; Traité des Morts et des Ressuscitants, traduit du latin de Burnet (1731); Histoire des Quiétistes de Bourgogne (1709); Relation du sujet qui a excité le funeste tumulle de la ville de Thorn (1725); Traité dans lequel on approfondit les funestes suites que les Anglais et les Hollandais ont
à craindre de l'établissement de la compagnie d’Ostende (1726), traduit de l'anglais.
BION (Nicoras), ingénieur, mort à Paris, en 1733, à l’âge de quatre-vingt-un ans, faisait le commerce des globes et des sphères , et obtint le litre d’ingénieur du roi pour les instruments de mathématiques. On a de lui: De l'usage des Globes et des Sphères (1699) ; Traité de La Construction des Instruments de Mathématiques (1765).
BIOT (JEan-Barrisre), astronome et physicien, professeur au Collége de France, membre de l’Institut, du Bureau des Longitudes, etc. On doit le compter parmi les hommes de ce siècle qui ont donné une forte impulsion à la science. Né à Paris, en 1774, il se distingua comme élève au collége Louis-le-Grand , et entra fort jeune dans l'artillerie; mais peu de temps après il se fit admettre à l’École Polytechnique, où son désir de tout embrasser et son aptitude à tout apprendre ne tardèrent pas à fixer sur lui les regards. Nommé professeur à l’école centrale de Beauvais, il y brilla par la facilité de son élocution. Cependant, il fallait un plus vaste théâtre à M. Biot : revenu à Paris dans l’année 1800, il oblint la chaire de physique au Collége de M France, puis une place à l'Institut, où quelques expériences M ingénieuses et la protection de Laplace le firent asseoir.
D'où venait l’intérêt si vif que portait Laplace à M. Biot? Empruntons à ce dernier quelques passages d’une commu nication par lui faite en 1850 à l’Académie Française, dans une de ses séances particulières, où il raconte comment, «il y a quelque cinquante ans, un de nos savants les plus illustres accueillit et encouragea un jeune débutant qui était venu lui montrer ses premiers essais : » |
« Je savais, dit M. Biot, que M. Laplace travaillait à réunir un magnifique ensemble de découvertes, dans l'ouvrage qu'il a très-justement appelé La Mécanique céleste. Le premier volume était sous presse; les autres suivaient à de bien longs intervalles au gré de mes désirs. Une démarche qui pouvait paraître fort risquée m'ouvrit un accès privilégié dans le sanctuaire du génie, J'osai écrire directement à l'illustre auteur pour le prier de permettre que son libraire n’envoyät les feuilles deson livre à mesure qu’elles s’imprimaient. M. Laplace me répondit avec autant de cérémonie. que si j’eusse élé un savant véritable. Toutefois, en fin de compte, il écartait ma demande, ne voulant pas, disait-il, que son ouvrage fût présenté au public avant d'être terminé, afin qu'on le jugeât dans son ensemble. Ce déclinatoire poli. était sans doute très-obligeant dans ses formes, mais au fond il accommodait mal mon affaire. Je ne voulus pas l'accepter sans appel. Je récrivis immédiatement à M, Laplace pour lui représenter qu'il me faisait plus d'honneur que je