‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 148 sur 527 · BIOT · texte numérisé non relu

BIOT

n’en méritais et que je n’en désirais. Je ne suis pas, lui dis-je, du public qui juge, mais du public qui étudie. J’ajoutais que, voulant suivre et refaire tous ses calculs en entier pour mon instruction, je pourrais, s’il se rendait à ma prière, découvrir et signaler les fautes d'impression qui s’y seraient glissées. Ma respectueuse insistance désarma sa réserve. Il m’envoya toutes les feuilles déjà imprimées, en y joignant une lettre charmante, cette fois nullement cérémonieuse, mais remplie des plus vifs et des plus précieux encouragements. Je n’ai pas besoin de dire avec quelle ardeur je dévorai ce trésor. Depuis , chaque fois que jallais à Paris, j'apportais mon travail de révision typographique, et je le présentais personnellement à M. Laplace. 11 accueillait toujours avec bonté, l’examinait , le discutait, et cela me donnait l'occasion de lui soumettre les difficultés qui arrêtaient trop souvent ma faiblesse. »

Au mois d'août 1804, M. Biot accompagna Gay-Lussac dans sa première ascension aérostatique. Le ballon ne s'éleva ce jour-là qu’à 3,400 mètres. Gay-Lussac fit senl une seconde ascension qui eut les résultats les plus précieux pour les sciences physiques et chimiques. Le Bureau

des Longitudes chargea en 1806 M. Biot et M. Arago d’al- |

ler continuer en Espagne les opérations géodésiques destinées à prolonger la méridienne. Les deux jeunes savants prirent ensemble plusieurs milliers de hauteurs de l'étoile polaire et de l'étoile 6 de la Petite-Ourse pour déterminer la latitude de Formentera ; ils observèrent beaucoup de passages du soleil et des étoiles à la lunette méridienne, et mesurèrent en même temps la longueur du pendule à secondes pour connaître l'intensité de la pesanteur à cette extrémité australe de l'arc; enfin ils observèrent l’azimuth du dernier coté de la chaîne des triangles, c’est-à-dire l’angle que ce côté forme avec la ligne méridienne, résultat nécessaire pour orienter leurs opérations. Revenu seul, M. Biot fit à l'Institut le rapport de cette mission, rapport qui en 1821 servit de base à un ouvrage qu’il rédigea avec M. Arago sous le titre de Recueil d'observations géodésiques , astronomMmiques el physiques exécutées par ordre du Bureau des Longitudes de France, en Espagne, en France, en Angleterre et en Écosse, pour déterminer la variation de la pesanteur et des degrés terrestres sur Le prolongement du méridien de Paris. Deux ans après, M. Biot, que la Société royale de Londres avait admis au nombre de ses

embres associés, alla en effet aux îles Orcades faire des observations astronomiques. La réputetion qui l'avait devancé engagea plusieurs savants écossais à l’accompagner et à le seconder dans ses travaux scientifiques, dont le succès intéressait toutes les nations. En 1809 il devint professeur d'astronomie à la Faculté des Sciences.

Quand Bonaparte, premier consul, voulut cacher ses lauriers d'Italie sous la couronne impériale, M. Biot, comme membre de l’Institut, lui refusa son adhésion; et en 1815, lors de l’acceptation demandée pour l’Acte additionnel, son vote fut également négatif. Ce sont là deux actes Courageux de la vie politique de M. Biot, qui plus tard, sous la Restauration , se rangea parmi les savants du parti bourbonnien ; et alors son influence fut plus d’une fois fatale à l’enseignement public en protégeant de notoires incapacités.

Le talent de M. Biot s’est constamment plié avec bonheur à une foule de questions; l'énoncé seul de ses mémoires en serait une preuve suffisante. 11 a une très-grande facilité réunie à beaucoup d'esprit et de sagacité. Dans sa chaire, M. Biot est très-élégant, mais un peu diffus ; dans ses livres, il fait preuve de qualités de style incontestables, mais il est prolixe et aime trop à s'étendre longuement sur chaque objet; ce défaut est si sensible chez lui que les dernières éditions de ses ouvrages sont réputées les moins bonnes. Le temps pour lui est un moyen, non d’abréger et d’éclairir, mais d’allonger et d'embrouiller. Cependant, pour lui rendre la justice qui lui est due, nous devons ajouter que

la vie de M. Biot a été laborieuse entre celles de tous les savants de notre époque ; il aime la science pour elle-même, et c’est là un de ses grands mérites.

Une appréciation ou seulement la liste complète des ouvrages de M. Biot serait trop longue pour trouver place ici. Nous nous contenterons de citer ses principaux travaux : {1° Analyse du Traité de Mécanique céleste de Laplace (1801, in-8°), hommage rendu par M. Biot à son illustre protecteur ; 2° Trailé analytique des Courbes et des Sur- Jaces du second degré (1802, in-8° ), ouvrage très-estimé, et qui serait sans doute plus suivi dans l’enseignement si son auteur était examinateur pour l'admission aux écoles du gouvernement ; 3° Zssai sur l'Histoire des Sciences depuis la Révolution française (1803, in-8° ) ; 4° Traité élcmentaire dAstronomie physique (1805, 2 vol. in-8°), dont la réimpression a eu lieu en 1845 avec de notables augmentations, renfermant un exposé complet des nouvelles méthodes géodésiques ; 5° Recherches sur Les Réfractions ordinaires qui ont lieu près de l'horizon (1810, in-4° ); 6° Tables Barométriques porlalives, donnant les différences de niveau par une simple soustraction, avec une instruction contenant l’histoire de la formule barométrique et sa démonstration complète par les simples éléments de l'algèbre, à l'usage des ingénieurs (1811, in-8° ); 7° Aecherches expérimentales et mathématiques sur les mouvements des molécules de la lumière aulour de leur centre de gravilé (1814, in-4°); 8° Trailé de Physique expérimentale et mathématique (1816, 4 vol, in-8°), un des meilleurs ouvrages qui aient été écrits sur cette matière, et qui se recommande surtout par l'application du calcul aux phénomènes et aux expériences ;9° Précis élémentaire de Physique expérimentale (2 vol. in-8°, 3° édit., 1825); 10° Physique Mécanique de E. G. Fischer, traduite par madame Biot, avec des notes et un appendice sur les anneaux colorés, sur la double réfraction et sur la polarisation de la lumière, par M. Biot; 11° Recherches sur plusieurs points de l'astronomie égyptienne, appliquée aux Monuments astronomiques trouvés en Égypte.

La polarisation est surtout redevable en grande partie à M. Biot des immenses progrès réalisés dans sa {héorie, Depuis 1813 il a publié sur la lumière uxe suite presque non interrompue de mémoires où il a examiné cette partie de l'optique sous toutes ses faces.

Quelque nombreux que soient les ouvrages et les travaux scientifiques de M. Biot, il n'en a pas fait son occupation constante; il a rédigé pour la Biographie universelle d’importants articles, entre autres Descartes, Franklin, Galilée, etc., articles moins complets qu’on n'aurait dû s’y attendre; en 1812 il publia un ÉZoge de Montaigne, qui obtint une mention de l’Académie française. On lui doit encore : Notions élémentaires de slalique (1828, in-8°), Lettres sur l'approvisionnement de Paris (1835), Recherches sur l'astronomie chinoise (1840), Mémoire sur la constitution de l'atmosphère terrestre (1842), Instruction sur les propriélésoptiques appelées rotations (1845), Mélanges scientifiques et littéraires (1858, 3 vol. in 82), qui contiennent ses travaux de critique, de littérature et de voyages; Études sur l'astronomie indienne et sur l'astronomie chinoise (1869, in-8), ouvrage posthume,

Membre de l’Académie des sciences depuis 1803, M. Biot fut élu en 1856 membre de l’Académie française ; il avait été admis en 1841 dans celle des inscriptions à titre de membre libre, — Il est mort ,le 2 février 1862, à Paris.

BIOT ( Énouarn-Coxsranr ), fils du précédent, naquit à Paris le 2 juillet 1803. Après avoir terminé ses études, ä fut reçu en 1822 à l’École polytechnique. De retour d'une mission dans laquelle il avait accompagné son père en Itatie, Édouard Biot s'associa à MM. Séguin frères pour la construction du chemin de fer de Saint-Étienne à Lyon. L’un des premiers, il démontra en France l'immense avantage

que l’on devait retirer de ce nouveau moyen de communication. C’est dans le même but que, en 1833, il traduisait l'important traité de M. Babbage, et que l’année suivante il faisait paraître, sous le titre de Manuel du Constructeur de Chemins de Fer, un livre élémentaire tendant à populariser leur mécanisme.

Vers cette époque, Édouard Biot commença à étudier la langue chinoise. Admis en 1835 dans le sein de la Société Asiatique, il s’en montra bientôt l’un des membres les plus

zélés. Il appliquait ses vastes connaissances à des recherches , historiques. 11 avait surtout fait une étude approfondie de |

l’organisation et des statuts de la corporation des lettrés, cette institution fondamentale du Céleste-Empire. Ses mémoires sur divers points de l’histoire des sciences de la Chine avaient aussi secondé utilement les travaux mathématiques et astronomiques de son père et d’autres savants. Édouard Biot fut élu en 1847 membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Affaibli par des labeurs incessants, il est mort en mars 1850, emportant les regrets de tous ses collègues.

On doit encore à Édouard Biot : 1° De l'abolition de l'esclavage ancien en Occident, ete. (Paris, 1840), ouvrage auquel une médaille d’or a été décernée par la cinquième classe de l’Institut; 2° Dictionnaire des villes et arrondissements de l'empire chinois, avec une carte de la Chine par Klaproth (Paris, 1845, grand in-8°) ; 3° une foule de Mémoires d’un grand intérêt pour la science, et qui ont été publiés dans le Journal Asiatique, le Journal des Savants, etc.

BIPARTI. Voyez Binenté.

BIPEDE (de bis, et de pes, pied), nom par lequel les naturalistes désignent en général tous les animaux qui sont munis de deux pieds seulement. Les bimanes, les gerboises, les kangourous, les oiseaux sont bipèdes.

Lacépède, d’après Pallas, avait appliqué ce nom de bipèdes à certains reptiles munis de deux pieds seulement, qui font partie de l’ordre des sauriens et de la famille des urobènes; le nom d’hyslérope, proposé par M. Duméril, a été préféré.

BIPENNE (de bis, deux, et penna, pointe), sorte de hache à deux tranchants dont se servaient surtout lesanciens. Voyez HaAcnE.

BIPINNATIFIDE (de bis, deux fois; pinna, aile; Jindo, je divise). Les feuilles des végétaux sont dites bipinnatifides lorsque , étant partagées en lobes latéraux qui atteignent presque jusqu’à la nervure moyenne, chacun de ces lobes est de plus divisé en segments profonds, de manière à simuler une feuille pinnatifide. On voit de nombreux exemples de cette disposition dans les fougères.

BIPINNE ou BIPENNE (de bis, deux fois, et pinnatus ou pennatus, aïilé). Une feuille est bipinnée lorsque son pétiole principal porte de chaque côté un certain nombre de pétioles secondaires, sur lesquels les folioles sont rangées comme dans une feuille pinnée. Telles sont les féuilles de beaucoup de mimeuses.

BIQUE , BIQUET , noms vulgaires de la chèvre et du chevreau, que le P. Thomassin fait dériver, ainsi que bouc, du mot grec Béxn, qu’on trouve dans Hésychius, pour désigner une chèvre.

BIRAGUE (RExÉ pe), chancelier de France, cardinal, était né à Milan, le 3 février 1507, d’une famille distinguée, qui avait montré beaucoup d’attachement pour la France dans les guerres d’Italie. Galéas de Birague, son père, était patrice à l’époque où Louis XII et François 1°" occupaient le duché de Milan. Pour éviter la vengeance de Louis Sforce, René de Birague se réfugia à la cour de Frangois 12° lorsque les Français abandonnèrent le Milanais. Le roi de France le fit consciller au parlement de Paris. Lorsque la paix rendit le Piémont au duc de Savoie, François 1°", qui avait nommé Birague surintendant de la justice et président au sénat de Turin, lui donna le gouvernement du

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