‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 152 sur 527 · BIRMAN · texte numérisé non relu

BIRMAN

d’ailleurs que le quart, puisqu'il faut encore citer comme faisant partie de l’ensemble désigné sous cette dénomination générale le pays de Koschän-Pri ou Kasi-Chân et de Mrelap-Chân, placé dans des rapports de sujétion médiate, les parties de Cassay ou Moitay, l’'Io-Pri au nord, le Pégu, et les derniers débris de Martaban au sud, et, comme provinces défensives et tributaires, les territoires des Bor-Khamti, de l’Albors et du Mischmis au nord, et Khiaen ainsi que Kongkys au nord-ouest, vers les sources de l’Arakan.

Toute cette vaste contrée n’est, à bien dire, que le bassin de lIrawaddi, qui au-dessous d’Ava reçoit à sa droite le Kienduen, et à sa gauche alimente le Panlaun, cours d’eau qui dans un immense delta forme divers embranchements, tant avec le fleuve principal qu'avec le Sétang ou Zillang et avec le Solouan. A partir de l'extrémité du delfa du Pégu, dont les contours indécis s'élèvent au-dessus des eaux du golfe de Martaban, toujours soulevées et battues par la tempête, le territoire de l'empire Birman forme au nord une succession de terrasses de plus en plus hautes. L’étranger qui arrive par le midi est frappé de surprise à l'aspect d’un sol bas et plat, où la terre et l’eau semblent en lutte continuelle, 11 découvre, entre les deux grandes embouchures de l’Irawaddi, celle de Bassein à l’ouest, et celle de Rangoun à l’est, un grand delta de 275 myriamètres carrés, dont la superficie se trouve encore doublée si on la prolonge à l’est jusqu’au Salouan. C’est un territoire plat, à peu près complétement inondé, couvert dans presque toutes les directions de veines d’eau, de lagunes, de lacs et de forêts marécageuses ; patrie amphibie des peuplades du Pégu, dont le chef-lieu, la ville de Pégu, se mire dans les immenses plaines liquides qui l’entourent; dépassant le delta du Nil par l'importance naturelle et par l’ampleur des proportions, mais non sous le rapport des grands et imposants souvenirs historiques qui s’y rattachenf,

A l'extrémité septentrionale de ces basses terres s'élève insensiblement, entre les rives du Sétang et celles de l’Irawaddi, un pays de montagnes désigné sous la dénomination générale de plateau de Pégu, servant comme de transition au cours moyen de l’rawaddi, que l’on peut suivre depuis son point de partage jusqu’à Bahmo, où il commence à devenir navigable. Cette gradation moyenne comprend, dans la courte vallée transversale qui se dirige de l’ouest à l’est, d'importantes plaines cultivées où s'élèvent de grandes villes. Cette vallée est bordée de hautes contrées montagneuses conduisantau plateau supérieur du nord, pays encore presque complétement inconnu, et où des pics couverts de neïges éternelles protégeront probablement pendant longtemps la virginité d’un sol que le pied de l’homme n’a point encore foulé. A partir du Lang-Tau (l’un des contreforts du système del'Himalaya du côté du sud-ouest), s'étendent dans la direction du méridien des montagnes parallèles qui séparent l’Irawaddi des fleuves voisins, à l’est les montagnes de la Birmanie et du pays de Siam, à l’ouest les montagnes de VArakan. Les unes et les autres enserrent à l’aide de leurs nombreuses ramifications le territoire de l'empire Birman, et elles le diviseraient orographiquement si le système de l’Irawaddi n’en faisait point une unité hydrographique. Les phénomènes naturels de l'empire Birman présentent tous le caractère particulier à l’Inde crientale. Dans les hautes régions montagneuses du nord dominent les froids rigoureux qui sont le propre de tous les pays élevés, offrant ainsi le contraste le plus frappant avec la douce et bienfaisante temipérature qui règne dans les vallées profondes et abritées du centre, tandis que la chaleur ardente, étouffante de l’Inde, règne au midi dans les basses terres.

L'empire Birman abonde en forêts où l’on trouve les plus belles et les plus dures espèces d'arbres qu'il y ait dans linde. Le magnifique bois de teak, entre autres, constitue un de ses principaux articles d'exportation. On y récolte

toutes les céréales de l'Inde, notamment le riz, principale alimentation des populations, les plus beaux fruits des tropiques, la canne à sucre, l’indigo, le coton, les épices, le tabac et jusqu’au thé dans les vallées du nord. On y rencontre le rhinocéros et le tigre royal de l’Indoustan. L’'élé. phant s'y développe dans toute sa force, et y fonctionne comme animal domestique concurremment avec le bœuf, le buffle et le cheval. On y élève les grasses volailles de Inde, le ver à soie et l'abeille; on y pêche tous les poissons particuliers à l’Inde, Si le mouton y manque, en revanche, le chakal, le loup et l'hyène y font aussi défaut. Les mines, exploitées par des Chinois, produisent d'immenses richesses. Outre l'or, l'argent, le fer, le plomb, le cuivre et autres métaux, indépendamment aussi des plus magnifiques diamants, on y trouve encore du platine, depuis que ce métal y a été découvert en 1830 par le marchand anglais Lane. Le sol, fréquemment ébranlé par des tremblements de terre, fournit en abondance du soufre et du pétrole.

La Birmanie est habitée par plusieurs nations différant sans doute entre elles par les mœurs, la langue et la religion, et cependant réunies au total par un type commun qui les place à une distance égale des Indous et des Chinois. Elles sont bien en arrière de ces deux peuples sous le rapport de la civilisation, aussi bien au point de vue intellectuel qu’au point de vueindustriel. Des étoffes de soie et de coton, des verreries et des porcelaines, tels sont les principaux objefs que leur industrie manufacturière fournit au commerce d’exportation. Les Birmans sont d’ailleurs d’habiles tisserands, et ils font preuve d’une adresse peu commune dans la fabrication de leurs œuvres de sculpture, des idoles de marbre, par exemple, qui constituent un article d'exportation, et aussi dans leurs travaux d’or et d’argent. Ils font avec la Chine un commerce très-actif, que facilite l’Irawaddi, dont les rives sont bordées de populeuses cités.

La noblesse se distingue des autres classes de la population par ses vêtements, ses habitations et ses ameublements. Elleest aussi divisée en diverses classes hiérarchiques, et le souverain, dont l’autorité est illimitée, la consulte cependant dans les affaires importantes.

Le colonel Symes, envoyé en ambassade à la cour d’Ava, en 1795, à la suite de la conquête de l’Arakan par l’Angleterre , estima le chiffre total de la population à 14 millions d’âmes. Trente-deux ans plus tard, Crawfurd, autre ambasdeur anglais, ne l’évaluait plus qu’à 4,500,000 âmes. Si alors on accusa la relation du colonel Symes d’exagération , sans tenir compte de ce que lesrigueurs et les extravagances du despotisme, jointes aux autres causes dévastatrices dont l'action est quelquefois si terrible dans les régions équatoriales de l'Asie, avaient pu détruire depuis 1795, il semble qu’à son tour Crawfurd ait donné dans l’exagération contraire, et que son évaluation soit trop faible. En effet , la superficie de l'empire Birman, réduit aux royaumes d’Ava et de Pégu, équivaut au moins à la moitié de la France; en sorte que sa popuiation ne serait guère que le quartde la population moyenne de nos départements, ce qui est peu vraisemblable, car tout semble concourir à multiplier les habitants de la Birmanie : la terre y est si fertile, et l'homme y consomme si peu!

Ava est la résidence de l’empereur, qui jouit du pouvoir despotique le plus absolu. Nulle part l’orgueil du despotisme asiatique ne s’est montré avec autant d’arrogance que sur le trône des Birmans. Voici, d’après Crawfurd, le protocole officiel des titres de l’empereur : « Des lieux où le soleil se lève, et de la contrée orientale nommée Chabuda, Le maître de la terre et des eaux, l’empereur des empereurs (et si l’un d'eux était assez insensé pour oser l'attaquer, mieux vaudrait pour lui que le feu du ciel l’eût anéanti) ; le seigneur le plus humain et le plus heureux , l'espoir de toutes les nations, le possesseur des éléphants, des chevaux et de tous les héros, roi du palais d’or, le plus grand et le plus

puissant des souverains, le seul dont les pieds dorés reposent sur la tête du peuple. »

Les Birmans se rendirent indépendants du Pégu au seizième siècle, Mais en 1740 ils furent de nouveau subjugués par cet État; et ce ne fut qu’en 1753 qu'ils recouvrèrent leur liberté , à la voix d’Alompra, chef courageux qui les appela aux armes, délivra Ava et conquit même le Pégu. A sa mort, arrivée en 1760, il eut pour successeur son fils Namdodji, qui continua l’œuvre d'amélioration intérieure commencée par son père. Vers la fin du dix-huitième siècle, Arakan, et même en 1793 une partie du royaume de Siam, furent subjugués par les Birmans. Minderaschi Praou, qui monta sur le trône en 1819 et mourut en 1832, fit la conquête des contrées montagneuses et septentrionales qu’on appelle l'Assam. Il en résulta qu’une partie des vaincus, faisant cause commune avec des Birmans révoltés, se réfugia sur le territoire britannique, d'où elle fit d’incessantes incursions dans l'empire Birman. Le gouvernement anglais les fit désarmer, mais refusa de les livrer ou de les expulser de l’île de Chapouri, où ils s’étaient fixés. Les Birmans s’efforcèrent alors d’exciter les Mahrattes et tous les peuples de l’Inde à prendre les armes contre l’Angleterre. Ils en vinrent à exiger que celle-ci leur abandonnât la partie septentrionale du Bengale, et en 1824 ils envahirent le Kadjar, pays qui s'était placé sous la protection britannique. Lord Amherst, alors gouverneur général, comprit la gravité des dangers qui menaçaïent la puissance anglaise dans l'Inde, et déclara la guerre aux Birmans. Elle fut conduite par le général-major Archibald avec un succès tel, qu’au mois de décembre 1825 les Birmans étaientréduits à accepter une paix désavantageuse. La cour d’Ava ayant refusé de sanctionner le traité conclu en cette occasion, la lutle recommença dès le mois de janvier 1826; mais ce ne fut que pour un mois : les Birmans durent cette fois se courber sous la nécessité. Le gouvernement birman prit l'engagement de céder à la Compagnie une grande partie de son territoire, l'Assam entre autres, et lui reconnut le droit de nommer des chefs chargés d’administrer sous ses ordres les régions du nord, déclarant port franc Rangoun, importante ville commerciale. De nouvelles difficultés s’élevèrent en 1852 entre les Birmans el la Compagnie des Indes; une armée anglaise envahit le pays d’Ava. Martaban, Rangoun et Kemmendine tombèrent rapidement au pouvoir des Anglais (5 et12 avril 1852). La guerre se termina en 1853 par un traité de paix qui leur céda la pleine possession du Pégou, de la basse Birmanie et de l'Arakan, c’està-dire tout le littoral du golfe de Bengale. Mais les vainqueurs ne purent obtenir qu'après dix années de persévérants efforts un traité de commerce (1862), qui stipula en leur faveur la faculté de naviguer sur les fleuves de l’intérieur et le droit d'entretenir un agent officiel à Mendalaï, la nouvelle capitale des Birmans. En 1866 quelques provinces se révoltèrent à l'instigation des Anglais contre l'empereur Mendoun-Meng; l’un de ses fils qui avait’ ourdi cette rébellion, fit massacrer deux ministres, un grand nombre de courtisans, les deux fils atnés du roi ainsi que le prince héréditaire, homme intelligent et éclairé, qui faisait élever à ses frais plusieurs jeunes Birmans en France. Suivant l'exemple des souverains de la Chine et du Japon, le gouvernement Birman a envoyé pour la première fois en Europe une ambassade qui a visité la France en juin 1872. Consultez Crawfurd, Journal of an embassy Lo the court of Ava in the year 1826-1827 (Londres, 1829); Yule, Narrative of themission from the Governor general of India to the court of Ava ( Lond., 1858); Mason, Natural productions of Burmah (1859).

[En 1827, lorsque sa majesté aux pieds dorés fut contrainte à se soumettre aux conditions de paix qui lui avaient été imposées à Yamtabo, M. Crawfurd fat chargé par le gouverneur général de se rendre à la cour d'Ava, et de

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