BERGERIE — BERGERON
l’étable, qui sert également aux bœufs, aux cochons et aux brebis. La disposition d'une bergerie et les soins de sa tenue intérieure contribuent puissamment au bon ou au mauvais état des troupeaux, et doivent attirer toute l'attention des propriétaires.
La race ovine, étant revêtue d’un vêtement de laine suffisant, ne craint point le froid, mais elle est souvent altérée par la chaleur. Il faut donc que la bergerie soit le plus élevée et le plus spacieuse possible, et rafraichie par des courants d'air, qu'il faut renouveler quand on y sent une odeur d'ammoniaque. On conçoit que la laine de cinq à six cents bêtes, leurs urineset leurs déjections, doivent nécessairement vicier cette atmosphère. C’est pour cette raison que notre illustre berger Daubenton prescrivait de les tenir toujours dans le parc ct jamais dans la bergerie; mais si ce quadrupède supporte bien le froid, il craint en même temps beaucoup l’hnmidité, comme l'indique la forme de son pied, qui annonce qu'il est un animal de coteaux ou de montagnes. L'humidité des vallées et des prés à irrigation et la boue des chemins dans lesquels on les conduit occasionnent des épizooties nombreuses. Dans les pays d'argile, on est obligé de vendre ou de changer le troupeau tous les ans, pour qu’il ne périsse pas. Dans une bergerie, il faut compter 80 décimètres carrés pour une brebis et son agneau, 30 décimètres carrés pour un mouton, et un peu plus pour le bélier. Une portion de la bergerie doit être séparée pour former une infirmerie et pour les brebis qui viennent d'agneler. Une porte à deux battants portant ensemble 1,60, qu’on ouvre tous deux quand le troupeau rentre ou sort, et dont on n’ouvre qu’un seu] quand on veut les compter, est absolument nécessaire.
On peut, par des cloisons, séparer les moutons que l’on veut engraisser, les agneaux de primeur , les bêtes fines et les bêtes grossières ou jarreuses, et il n’est pas nécessaire d'ajouter que la litière et même la terre doivent souvent être changées, et qu’il faut des râteliers et des mangeoires tout autour de l’étable. La nourriture d’une bête ovine renfermée dans la bergerie doit être d’un kilogramme de fourragesec, et pour les brebis prégnantes 5 hectogrammes de plus de divers grains. Les racines des plantes tubéreuses doivent être comptées pour la moitié d’un poids égal de fourrage sec.
Une lanterne et la chambre du berger sont nécessaires dans une bergerie. Comte Français (de Nantes).
BERGERIES (Zittérature).Ce mot se prend habituellement pour synonyme d’idylle,églogue,bucoliques. Les Bergeries étaient généralement des espèces de comédies et tragédies pastorales à imbroglio, qui faisaient fureur au théâtre sur la fin du seizième siècle et jusqu’au milieu du suivant. Le roman célèbre de d’Urfé, l’Astrée, les délices de La Fontaine et de Ségrais , et que jamais La Harpe ne put lire, était l’'abondante source où venaient puiser les auteurs de ces drames singuliers , dont le plus renommé, quoique pris ailleurs, fut celui de Racan. Intitulé d’abord Ar- Lenice, nom d’une femme de la cour aimée du poëte, il prit bientôt le titre de Bergeries de M. de Racan. Se douteraiton que sous l'innocence d’un pareil titre, qui ne promet que le calme des bois, que des fontaines où viennent se mirer des bergères au plus beau jour de fête, que des pe- Jlouses foulées par les danses, que des échos retentissant du son des chalumeaux , il se passe des monstruosités dont pourraient s'étonner aujourd’hui nos plus hardis dramaturges? On y voit un berger Lucidas dont les trames pour perdre son rival sentent la ville la plus corrompue; un Polistène, magicien éhonté ; un Chindonnax, druide fana- Uque et cruel, qui, assisté d’un prêtre tenant le couteau sacré sur la gorge d’une bergère dont le nom est Idalie, lui débite ces jolis vers :
Ces yeux et ce beau teint de roses ct de lys, Sous celui de la mort seront enscvelis ;
L'horreur qui l'accompagne est à toutes commune, Où n'y reconnait point la blanche ni la brune !
Voilà ce qu’au seizième siècle, en France, on appelait Bergeries. Telles ne sont point les scènes naïves deThéocrite, les tableaux calmes et enchanteurs de Virgile, ces modèles de la poésie pastorale; tels ne sont point encore l’'Aminta et le Pastor fido, ces deux poëmes d’une délicieuse peinture, frais commeles prairies, harmonieux comme les bois, théâtre de leurs doux sentiments , et où des chœurs, des fêtes et des danses vous transportent dans l’âge d’or.