DENNE-BARON
BERGERON (Louis), néà Chauny (Aisne), le 1°" octobre 1811, remplissait dans l’une des pensions de Paris les modestes fonctions de maître d’études, quand, le 19 novembre 1832, jour d'ouverture de la session des Chambres, il fut arrêté à la descente du Pont-Royal, sous l’inculpation d’avoir tiré un coup de pistolet sur Louis-Philippe, qui se rendait, en grand cortége, à la Chambre des Députés pour y prononcer ce qu’on appelait sous le régime constitutionnel le discours du trône. C'était pour la première fois qu’une tentative d’assassinat était dirigée contre la personne du prince acclamé roi deux années auparavant, L'opposition républicaine, qui pendant toute la durée du règne nia obstinément la réalité des complots tramés contre la dynastie nouvelle, puis qui en 1848 se vanta à la tribune, par l’organe de ses représentants les plus purs, d’avoir toujours menti et de n'avoir pas cessé de conspirer pendant trente ans; lopposition républicaine, disons-nous, prétendit que c'était là une basse manœuvre de police, que le pistolet n’était chargé qu’à poudre, et qu'un mouchard seul avait exécuté ce coup imaginé par le pouvoir pour effrayer lopinion et se faire autoriser à restreindre les libertés publiques.
Traduit aux assises, l'accusé nia les faits mis à sa charge. Is n'étaient attestés que par un seul témoin , une jeune provinciale, mademoiselle Boury , que le hasard avait placée dans les rangs pressés des curieux à côté même de Bergeron, et qui déclara avoir instinctivement fait, en voyant l’arme que son voisin ajustait, un mouvement par suite duquel la balle du régicide avait dù devier dans sa direction.
M'< Boury, considérée par la famille royale et par ses nombreux partisans comme ayant été en cette circonstance l'instrument de la Providence , fut fêtée, louée, récompensée outre mesure; mais à l’audience le témoin n’apporta plus à la justice que des souvenirs peu précis, et la défense profita habilement des incertitudes de sa déposition pour jeter du doute dans l'esprit des jurés, qui rendirent un verdict négatif.
Absous par la justice des hommes, Bergeron , nous aimons à le croire, l’était aussi par sa conscience. Mais il eut tort de tirer alors parti de l'espèce de célébrité que lui avait donnée la terrible accusation qui avait pesé un instant sur sa tête, pour se créer une position dans la presse la plus hostile au pouvoir nouveau. En effet, immédiatement après son acquittement, il fut admis à l'honneur insigne (pour un conscrit) de découper les faits-Paris dans le National, qui en cela savait faireune habile spéculation, en même temps que jouer une bonne niche aux hommes de la Tribune, ses concurrents dans l'exploitation de l'opinion républicaine, assez mal avisés pour laisser échapper une si belleoccasion de donner à peu de frais des gages de plus au parti. Ces fonctions mirent tout naturellement Bergeron en relations directes et continuelles avec la fine fleur des conspirateurs de ce temps-là, et bientôt il se vit adopté et glorifié comme martyr et comme héros par toutes les sociélés secrètes,
La police, de son côté, qui était parfaitement sûre qu'un coup de pistolet chargé à balles avait été tiré sur Louis- Philippe au bas du Pont-Royal; qui aussi, en dépit des clameurs de l’opposition républicaine, avait la certitude de n'être pour rien dans cette tentative d’assassinat, et dont le verdict d’acquittement du jury de la Seine n'avait pout-être pas détruit tous les doutes à l'égard de l'innocence de Bergeron ; la police, disons-nous, le surveilla de près, et, à