BIVOUAC — BIZARRERIE
digestions, accompagnées de flatulences, de constipation, dé coliques, de tensions, de battements de cœur, de resserre ments de la gorge, d'agitations inquiètes pendant le som meil, etc. Alors l'ennui fermente dans l'esprit, la vie déplatt jusque dans les plaisirs; on se tourmente, on aspire même aux douleurs pour sortir de cette position insupportable qui tourne la cervelle. C’est alors que le goût se dégrade; on voit des filles aux pâles couleurs et des négresses, atteinle du mal d'estomac, dévorer du plâtre, des rheveux , ronge de la cire à cacheter, avaler de la terre ou du charbon, o des poignées de sel. Ces bizarreries sont involontaires, comme les appétits de certaines femmes grosses. Rien des plus extravagant que certains goûts pour les chairs in: fectes, etc. Plusieurs empereurs romains portèrent jusqu’au délire la passion de la gourmandise. Rien , en effet, ne dis pose davantage aux bizarreries que la facilité de satisfaire tous ses désirs, puisque les jouissances assouvies amènent le dégoût avec la recherche des nouveautés les plus inusitées, Il en résulte des vices infâm2s, hideux, surtout dans les climats ardents, où les passions s'allument avec plus des fureur, et où la fertilité du sol multiplie les plaisirs,
On ne doit accuser de bizarrerie que les actes résultant de volontés dépravées, soil par quelque affection de nos organes, soit par le délire des passions. Le sexe masculin, dit-on, paraît moins sujet aux bizarreries, parce que, doué d’une sensibilité moins vive et moins délicate que la femme,s ses nerfs obtus jouent faiblement et n’éprouvent point ces élans d’agacement qui exaltent à un si haut degré des êtres plus impressionnables. La colère devient impétueuse chez les personnes remuantes, maigres, sujettes à l’exaspéralion, Ainsi, l’on voit des enfants, des jeunes filles, pleurer ef rire presque à volonté; d'autres, non moins flexibles, peus vent s’endormir ou s’éveiller sous l'influence de l’imagina= tion, ou du magnétisme animal. Rien n'égale les bizarreries qu’on peut susciter en quelques têtes légères ou folles, tandis qu’une forte et constante volonté raffermit le caractère et dompte même les perturbations les plus passionnées. On a vu des hommes résolus surmonter la douleurs du corps et commander à des maladies, arrêter avec virisM lité les affections spasmodiques, suspendre les accès ou paroxismes fébriles, etc. Au contraire, toute bizarrerie, toute habitude maladive qu'on laisse pénétrer, qu'on accueille avec complaisance, par mollesse, finit par se loger obstinément dans l'économie animale, de même que les vices, N'avons-nous pas adopté la bizarre coutume des sauvages de fumer une herbe narcotique? Un fakir s’accoutume à tenir ses maïns croisées au-dessus de sa tête; après des mois et des années, ses bras, ainsi suspendus, deviennen paralytiques, et sa bizarre manie est une nécessité,
Que dira-t-on de bizarres rétroversions de la sensibilité? On a connu des personnes ayant pris en aversion la mus sique, et préférant le coassement des grenouilles ou les bruits discordants, On en voit d’autres qui pleurent, comme les chiens hurlent, quand on joue du violon. On sait quels bizarres mouvements suscitent plusieurs genres de spectacles. La puissance d'imitation transmet les douleurs comme les voluptés. Il est enfin des esprits tellement organisés que le bizarre, le grotesque, le laid, l'absurde même, on seuls le don de leur plaire.
Cette disposition fantasque à des boutades, à des saillies. extravagantes qu'on nomme des bizarreries, esi plus souven remarquée encore que la mobilité instantanée du caractère, dans les tempéraments grêles et légers, soit chez les fermes soit chez les hommes doués d'une complexion éminemmen Ÿ hypocondriaque, Le caprice n’est pas folie, mais la bizs rie y touche souvent. Tel homme qui vise à l'originalité ne rencontre d'ordinaire que le baroque, s'il manque d'une intelligence un peu supérieure au commun. L'homme bizarre par caractère peut être timbré, par rapport à sa ma rotte ; il a son genre de manie, C'est la débilité du moral ab
BIZARRERIE — BIOERNSTJERNA
celle de l’appareil nerveux cérébral qui le rend susceptible de ces agitations soudaines et vives comme des agacements désordonnés. Telle impression, à peine capable d’ébranler les muscles épais et robustes d’un athlète, d'un guerrier endurci aux fatigues et aux combats, va terrasser de conwulsions et lancer dans les idées bizarres une femmelette, Toujours dominée ou plutôt tyrannisée par la sensibilité, l'impressionabilité de ses sens, cette complexion délicate st exposée à ces tiraillements étranges. La femme, l’enfant, sont précipités dans leurs penchants et succombent aux émotions. Il ne faut pas leur en voulcir, I y a peut-être plus d’esprits désordonnés parmi le sexe faible que parmi les hommes. Les femmes même qui montrent le plus de vigueur dans le caractère subissent nécessairement, par certains états du physique, comme aux approches des règles ou dans la première période de la grossesse, et surtout par Phystérie, une multitude d'idées disloquées ou de sentiments empreints d’irrégularités extravagantes. S'émouvant de tout avec force, les plus petits chocs doivent paraître douloureux ou révoltants à ces organisations frêles. De là naissent également et l’ardente curiosité, et ce goût si violent pour fout ce qui est singulier, éclatant, spécieux; de là ce besoin d'émotions, cette exagération de sensibilité qui les précipite sans cesse vers des démarches immodérées.
11 serait cependant injuste d’attribuer aux femmes seules le monopole de la bizarrerie, ou de n’en voir que les effets nuisibles et déplaisants dans la société. Disons, au contraire, que cette mobilité dieystème nerveux en atteste souvent les plus brillantes qualités. Vous ne trouverez jamais un grand poëte, un musicien sublime, un artiste supérieur au vulgaire, qui ne soit pas doué de cette exquise sensibilité et qui n’éprouve pas de ces agacements involontaires. Qu'est-ce que l'inspiration, ou cet état d’exaltation morale qui tout à coup se montre et improvise quelquefois de sublimes pensées ? Croyez-vous l'obtenir par une froide volonté et à point nominé? 11 faut que la machine intellectuelle et sensible éprouve cette mobilité vive, capricieuse , qu’Horace reconnaît être l’apanage du poëte et du musicien; il faut être tourmenté de cette divine flamme qui embrase lorsqu'on s’y attend le moins. Telle est aussi cette fureur inspiratrice des grands acteurs, non moins que des héros dans tous les genres. On ne peut jouer d'entraînement si l’on ne possède pas ces cordes tendues et mobiles qui vibrent à l'unisson de Pâme et qui transportent les cœurs. Pour cet effet une heureuse sensibilité est une condition admirable; elle annonce l'élan poétique et allume le feu sacré, et, comme la Sibylle, on s’écrie : Ecce Deus ! Cependant on peut dire que c’est une maladie, puisque le parfait équilibre de la santé est une as- Siette tranquille, froide, imperturbable. L'artiste, inconstant ou bizarre, n'est qu’un malade fiévreux, pétri de passions,
comme Voltaire et le Tasse. Les poëtes lyriques, comme les musiciens, semblent être surtout les plus extravagants, les plus impressionnables des mortels ; ils s’enflamment aisément de colère, et presque tous crachent le sang, comme
rétry, après avoir fait des efforts de composition dans leurs inspirations les plus ravissantes.
La bizarrerie est une disposition commune également aux personnes menacées de phthisie, maigres, vives, irritables, disposées aux plaisirs, où qui consument trop ardemment leur jeunesse. Les personnes àgées, au contraire, plus froides et plus constantes, se voient bien moins exposées à ces inégalités d'humeur, qui sont commed’utiles décharges d’électricité vilale pour le jeune âge. Ces extravagances en effet deviennent parfois un besoin pour l’économie, en la dé-
barrassant d'une pléthore de sensibilité qui l’oppresse. On sait que des femmes éprouvent l’inévitable besoin de pleurer oude rire, même sans motif; elles étouffent si elles sont contraintes de renfermer ces débordements de leur sensibilité. La vie cherche à s’épancher au dehors ; il y a des personnes qui aiment mieux souffrir de la douleur que de subsister dans
l'apathie; à l’un il faut la guerre, à l’autre l'amour , à chacun sa folie, J.-J, Viney,
BIZET, Ce substantif est resté dans la langue, et il faudra bien que le Dictionnaire de l'Académie se décide à ladopter et à le consacrer officiellement dans l’acception du garde national faisant son service militaire en costume civil. Mais si le mot est admis, si l’usage, plus puissant que l’Académie, lui a déjà donné ses grandes lettres de naturalisation , en revanche, son origine est peu connue, et nous le rappelons, afin de ne pas laisser ce document historique tomber tout à fait dans loubli.
A l'époque où les armées étrangères occupaient Paris, le général russe qui commandait la place avait décrété que les rondes de nuit seraient faites par des patrouilles composées moitié de gardes nationaux , moitié de soldats moscovites ou prussiens, Un tel ordre devait exciter et souleva sans doute bien des murmures dans la milice citoyenne; un garde national nominé Bizet fit plus que murmurer. La première fois que, se trouvant de garde, on voulut le faire marcher côte à côte avec un soldat russe, il s’écria que jamais il ne consentirait à cet odieux accouplement, et, déposant les armes , il quitta le poste avec indignation. C'était un cœur chaud, ce brave M. Bizet, plein de susceptibilité patriotique ; de plus, très-bonapartiste, et beau-frère du secrétaire de l’empereur, de Bourienne, qui avait épousé sa sœur. On voulut d’abord étouffer l'affaire. Requis bientôt pour un nouveau service, M. Bizet s’y refusa, déclarant qu'il ne voulait plus faire partie de la garde nationale, et qu’il ne rentrerait pas dans ses rangs tant que les soldats étrangers s’y trouveraient mêlés. Cette résistance hautement accomplie et vaillamment soutenue eut un grand retentissement; le garde national rebelle fut traduit devant un conseil de guerre, et il eût payé cher sa généreuse révolte si la clémence royale n’était intervenue pour le tirer de ce mauvais pas. Ainsi M. Bizet eut que le bénéfice et la gloire de son action un instant menacée des plus fâcheuses conséquences. 11 fut prôné, applaudi, et son nom eut l'honneur de devenir un substantif dans la langue française. Dès lors, on donna le titre de bizet aux gardes nationaux récalcitrants, et, par extension, ce nom s’appliqua plus tard à ceux qui refusent de prendre l'uniforme et qui font le service en habit bourgeois.
Peu de temps après aventure que nous venons de citer, M. Scribe, qui en était alors à ses premières armes dans la carrière d'auteur dramatique, fit représenter un vaudeville intitulé Une Nuit de la garde nationale, qui eut un immense succès. Dans cette pièce, figurait un soldat-citoyen rebelle à luniforme ; les convenances défendant à l’auteur de donner à ce personnage comique le nom de M. Bizet, il le nomma M. Pigeon, ce qui est en quelque sorte un synonyme dans le vocabulaire de l'histoire naturelle (voyez BISET). Eugène Guinor.
BJOERNSTJERNA (MAGnus - FRÉDÉRIC-FERDINAND, comte), écrivain et homme d’État suédois, naquit le 10 octobre 1779, à Dresde, où son père remplissait alors les fonctions de secrétaire de légation. Élevé en Allemagne , il vint en Suède pour la première fois en 1793, à l'effet d'entrer dans l’armée. Déjà parvenu au grade de capitaine au moment où éclata la guerre de Finlande, la bravoure dont il lit preuve dans cette campagne lui valut le grade de major. Après la paix, il [ut envoyé en 1809 avec une mission secrète auprès de Napoléon, qu'il rejoignit la veille de la bataille d’'Eckmühl. En octobre 1812 il alla négocier à Londres la vente de l’île de la Guadeloupe, et en 1813 il accompagna l’armée suédoise en Allemagne comme colonel. Chargé alors d'occuper Hambourg, il dut battre en retraite et assista eusuite aux affarres de Grossheeren et de Dennewitz. A la prise de Dessau, il eut deux chevaux tués sous lui, et fut grièvement contusionné par un boulet de canon; mais il n’en prit pas moins part à la bataille de Leipzig. Plus tard ce fut lui qui conclut avec le général Lallemand la capitulation relative
à Lubeck ; et il négocia également la reddition de Maestricht. Après la prise de Paris, il agit encore contre le corps français resté à Hambourg sous les ordres de Davoust, et fit ensuite partie du corps d'armée expéditionnaire chargé de faire passer la Norvège sous les lois de la Suède. Ce fut lui qui conclut avec le prince Christian-Frédéric de Danemark la convention de Moss, qui mit fin à la lutte, En 1815 il passa adjudant général et fut créé baron. Nommé lieutenant général en 1320, il fut promu en 1826 à la dignité de comte, et envoyé en 1828 en Angleterre avec le titre de ministre plénipotentiaire. Il conserva ces fonctions jusqu’en 1846, époque où il revint à Stockholm, où il mourut, le 6 octobre 1847.
Comme publiciste, le comte Bjærnstjerna appartenait à l'opinion libérale modérée. Dans les écrits intitulés : Om tillæmpning af fond-eller stocks-systemet pa Sverige (Stockholm , 1829); Om beskattningens grunderi Sverige (1832; 2° édit., 1833) et Engleska Statsskulden (1833), il recommandait à ses compatriotes l’adoption du système anglais de crédit public. Mais quand la question se présenta devant la diète, elle y fut assez mal accueillie par les états. Dans ses Grunder fœr representationens mœjliga ombyggnad och fœrenkling (Stockholm, 1835), il avait déjà proposé d’apporter des améliorations au système suivi pour la représentation nationale. Lors de la diète de 1840, il défendit avec beaucoup de talent dans une brochure le principe du suffrage universel comme base de la représentation.
On a encore du comte de Bjærnstjerna : Fæœrslag till jury à tryckfrihetsmal (1835); Det Briltiska rikel à Ostindien (1839);et Théogonie, Philosophie et Cosmogonie des Hindous (en allemand et en suédois, 1843).
BLACAS (Bracas DE), seigneur d’Aulps, surnommé le grand Guerrier, et l'un des neuf preux de la Provence, naquit au milieu du douzième siècle, Sa naissance-était illustre; car les chartes du temps prouvent qu'il tenait le rang de haut baron, Sa valeur, son esprit et sa magnificence lui donnèrent un grand crédit à la cour d’Alfonse II et de Raimond-Bérenger, comtes de Provence. Les contemporains de Blacas, éblouis par ses grandes qualités, ont peut-être cru qu'il manquerait quelque chose à sa gloire s’ils n’inscrivaient pas son nom parmi ceux des troubadours. Mais le peu de tensons qu’on a recueillis de lui ne donnent pas une idée fort avantageuse de son imagination poétique. Sa renommée guerrière était assise sur des fondements plus solides ; aussi son caractère est-il passé à la postérité comme le type de la générosité et de la vaillance. Les vieux historiens nous en ont transmis le portrait suivant : « Noble baron, riche, généreux , bien fait, il se plaisait à faire l'amour et la guerre, à dépenser, à tenir des cours plénières. J1 aimait la magnificence, la gloire, le chant, le plaisir, et tout ce qui donne de l'honneur et de la considération dans le monde. Personne n'eut jamais autant de plaisir à recevoir que lui à donner, 11 nourrit toujours les nécessiteux ; il fut le protecteur des délaissés, et plus il avança en âge, plus on le vit croitre en générosité, en courtoisie, en valeur, en richesse et en gloire, plus aussi il se fit aimer de ses amis et redouter de ses ennemis. 11 fit les mêmes progrès en esprit, en savoir, en habileté à composer et en galanterie. » Ces derniers traits, s'ils ne sont pas outrés, peuvent faire supposer que les chansons les plus remarquables de Blacas ne sont pas par-
venues jusqu’à nous. Blacas mourut dans un voyageà Rome, en 1235.
Bertrand d’Alamanon , Richard de Noves et Sordel (poëte .du Mantouan), ses amis et ses frères d'armes, ont célébré sa mémoire par plusieurs chants funèbres. Celui de Sordel est surtout remarquable par la hardiesse d'une apostrophe qu'il adresse nommément à tous les princes de la chrétienté, en les conviant à venir manger du cœur de Blacas, s'ils veulent être animés de son courage.
Blacas eut deux petits-fils, également célèbres dans les armes, Blacassel de BLacas, qui composa le poëme De
BJOERNSTJERNA — BLACAS
adressé à M. de Blacas : La France peut supporter dim
la manière de bien querroyer, et Guillaume de Bacs, l'un des preux que Charles d'Anjou, comte de Provence, choisit pour le combat en champ clos que ce prince, à la tête de cent chevaliers, devait soutenir contre Pierre II, roid’Aragon , dans la ville de Bordeaux, le 1°* juin 1283, mais où l’Aragonais ne jugea pas à propos de paraître. Laïné.
BLACAS (Pierre-Louis-JEAN-CASIMTR, duc DE), marquis d’Aulps et des Rolands, grand maître de la garde-robe, naquit en 1770, à Aulps, d'une noble famille illustrée par le précédent, et qui était devenue une des plus pauvres de la Provence. Le duc de Blacas, qui n’était d’abord que comte, qui devint ensuite marquis, puis enfin duc, a prouvé d’une manière éclatante, par l'exemple de sa vie, qu’on peut être | à la fois un grand seigneur spirituel, même lettré, et le plus inepte des ministres. Capitaine de cavalerie au moment où éclata la révolution de 1789, il émigra ,.servit dans l’armée des princes, puis dans la Vendée. Plus tard, à Vérone, en Italie , il gagna la bienveillance du marquis d’Avaray, confident de Louis XVIII, et fut bientôt honoré de la faveur particulière de ce monarque, qui le chargea de diverses missions qu'il remplit avec succès. Ce fut lui qui, lorsque la petite cour de Vérone dut s'éloigner devant les armées républicaines, obtint pour elle de l’empereur Paul 1° un asile en Russie, Lorsqu’en {800 l’auguste exilé fut expulsé des États moscovites, Blacas le suivit à Hartwell, en Angleterre, et devint son ministre de la guerre. En 1814 Louis XVIII ramena avec lui en France Blacas, que le marquis d’Avaray, en mourant, lui avaif, en quelque sorte légué, 11 le nomma ministre de sa maison, secrétaire d'État, intendant des bâtiments et grand maître de la garde-robe, bien que l’ancien titulaire, le duc de La Rochefoucault-Liancourt, fût encore vivant. Enfin, sans avoir le titre de premier ministre, le comte de Blacas le devint de fait; maïs ni lui ni ses collègues n'étaient à la hauteur de leur situation.
Ce cabinet trouva, dès les premiers mois de son existence, le moyen de mécontenter les émigrés, et surtout les royalistes de l’intérieur, sans se concilier les partisans de Bonaparte et de la république. Inintelligent des ressorts du gouvernement représentatif, il ne fit rien pour se former une majorité dans les deux Chambres. Aussi la session de 181% effaça-t-elle le prestige de la Restauration. De la part du gouvernement , aucune loi ne répondit aux intérêts réels du pays, les deux Chambres ne furent qu’un ressort impuissant. Blacas et ses collègues ne voulurent pas comprendre que pour rétablir la monarchie française il fallait autre chose que les débris d’un empire (ombé, et que la Charte appelait immédiatement une législation nouvelle. Loin de là, ce ministère laissait percer dans ses discours qu'il ne regardait la Charte que comme une œuvre de transition. Dans sa présomption, Blacas repoussait tous les conseils. Dès que quelqu'un avai à lui faire tenir un avis salutaire, il disait avec une impertur= bable suffisance : « Qui? cet homme-là! Ah bah! c’est un intrigant, un alarmiste, un frondeur. Je ne veux pas en. entendre parler, » Ce n’était pas en conseil des ministres que se traitaient les affaires ; Blacas servait d’interprète entre ses collègues et le roi, qu’il rendait inabordable, Les choses allèrent même si mal que l'abbé de Montesquiou, ministre de l'intérieur, fut bientôt en inimitié ouverte avec lui, L'abbé de Montesquiou était l'homme des affaires; M. de Blacass l'homme de l'intimité, De là ces altercations animées qui troublèrent plus d’une fois le conseil, et amenèrent eo mot
maîtresses et pas un seul favori. On sait comment finib ce gouvernement, qu’on a qualifié d'anarchie paternelle Jusqu'au dernier moment, aveuglé par son incurable près somption, Blacas envisagea la tentative de Napoléon commè l’acte d’un insensé. Les avis les plus précis donnés par Fou ché, par Barras, qui devaient être bien instruits, l'opinion même de Louis XVIIT, ne purent lui dessiller les yeux.
11 suivit le roi jusqu'à Ostende, et se jeta aux pieds du mos