‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 163 sur 527 · BLACAS — BLACK · texte numérisé non relu

BLACAS — BLACK

narque pour le détourner de se réfugier en Angleterre, comme certains conseillers en avaient ouvert l’avis. A Gand, il continua de diriger les affaires; mais à la fin des Cent- Jours, lorsqu'il parut certain que le roi allait être rendu à la France, une clameur universelle s'éleva contre Blacas. Le monarque résista longtemps. Mais Blacas lui-même finit par sentir qu’il était un ministre impossible ; ses amis en convinrent ; les puissances étrangères exigèrent formellement son renvoi; le vieux roi était inflexible. Enfin Blacas prit le parti de s'éloigner volontairement. Ce fut à Mons qu’il annonça au roi Louis XVIII sa résolution : « Je ne veux pas, dit-il, que l’impopularité de mon nom devienne un obstacle, ni que le moindre murmure se mêle aux acclamations du peuple qui vous attend. » Le jour même il partit pour l’Angleterre; mais cette espèce d’exil ne fut pas long; nommé pair de France, il fut quelques mois après chargé de l’'ambassade de Naples. Certains journaux étrangers publièrent alors sur lui une note apologétique, que répétèrent deux ou trois feuilles parisiennes. Cette apologie était si outrée qu’elle ne produisit d'autre effet sur l'opinion que de raviver le souvenir des torts de celui qui en était l’objet. On rappelait surtout qu’environné d’une foule de fripons, d'agents d’affaires, d'agioteurs, qui mettaient à profit sa profonde ignorance des hommes, il laissa mettre à l’encan les croix de Saint-Louis et de la Légion d'Honneur. Les places, les pensions, tout se vendait alors au ministère de la maison du roi. On récompensait des services qui jamais n'avaient été rendus, de prétendues vieilles fidélités qui ne faisaient que de naître; on était digne des grâces royales dès qu’on avait de l'argent pour les payer.

A Naples, le marquis de Blacas fut le négociateur du mariage du duc de Berr y avec la princesse Caroline, fille du roi des Deux-Siciles. Jamais ambassadeur ne déploya plus de magnificence dans ses fêtes : telle était la volonté de Louis XVIII, dont les bienfaits furent la source de Populence de Blacas. Ce ministre se rendit ensuite à Rome, où ilarriva dans le mois d’avril 1816. Secondé par l’ambassadeur de France, Courtois de Pressigny, évêque de Saint- Malo, il signa le concordat de 1817. A la suite de cette . fransaction, qui fut si mal reçue chez nous, et à laquelle le gouvernement finit par renoncer, Blacas vint à Paris, Son retour fit passer plus d’une mauvaise nuit à celui qui était

alors en possession de la faveur du monarque ; mais M. Decazes l’emporta, et, aprèsune seule audience de Louis XVIIT, avec lequel il eut honneur de déjeûner, Blacas retourna à Rome, où il continua de représenter sa cour avec magnificence. En 1820 le roi le créa duc, et lui conféra le cordon bleu. On prétend qu'il assista invisible au congrès de Laybach , en 1821. Quoi qu'il en soit, il retourna en {822 à son ambassade de Naples, ne revenant à Paris que périodiquement pour y exercer les fonctions de vremier gentilhomme de la chambre; du reste, sa présence n’y produisit plus aucune sensation En 1830 il réalisa tous ses biens pour les offrir au roi Charles X, qu’il suivit dans son exil. Après la mort de ce prince, il continua d’habiter l'Allemagne, et mourut à Vienne, au mois de novembre 1839.

Archétologue distingué, le duc de Blacas était membre de Pinstitut en qualité d’associé libre de l’Académie des Inscriptions et de celle des Beaux-Arts. J1 fut le protecteur zélé de Champollion jeune, qui lui a adressé ses Lettres sur les antiquités égyptiennes. l avait formé ce riche cabinet d’antiquités que M. Renaud, de l’Institut, a décrit en partie dans un ouvrage intitulé : Description des monuments musulmans du cabinet de M. le duc de Blacas (Paris, 1828, 2 vol. ). Ch. Du Rozor.

* BLACK (Josers), chimiste et physicien anglais, naquit en 1728, à Bordeaux, de parents écossais. Il fit ses études

e université de Glasgow, et y apprit la profession de mé-

decin sou: le docteur Cullen. Des discussions s'étant élevées

entre divers professeurs sur quelques points de la médecine | DICT, DE LA CONVERS, == Fe lle

lithognostique, et particulièrement sur l’eau de chaux, Black prouva que la calcination de la chaux lui donnait de [a causticité, parce que la chaleur en expulsait l'air fixe, et que la chaux amène les alcalis du commerce à l’état caustique, en leur enlevant ce gaz (aujourd'hui l'acide carbonique).

Frédéric Hoffmann avait entrevu la magnésie en 1722 ; mais ce fut Black qui en 1755, ayant examiné avec le plus grand soin la base du sel d’Epsom, démontra que c'était uae substance particulière, qui devait être rangée parmi les térres.

Ces découvertes étaient importantes ; mais elles avaient bien moins de portée que celle à laquelle il parvint en 1762, étant professeur de médecine à Glasgow. Il essaya de mesurer la quantité de chaleur qu'absorbe la glace en se liquéfiant, et cette simple expérience fut une grande découverte. Quand les corps passent de l'état solide à l'état liquide ou gazeux, ce changement est accompagné d’une absorption de chaleur que le thermomètre ne révèle pas : c’est ce phénomène que Black a découvert, et qu'il a nommé calorique latent. Sa théorie ne fut pas plus tôt connue dans le monde savant qu’elle reçut un grand nombre d’applications importantes. Black lui-même s’occupa de déterminer la chaleur latente de la vapeur d’eau; mais ses expériences ne le conduisirent pas à des résultats précis; la solution de ce problème était réservée à James Watt, son illustre disciple.

Ce qu'il y a de singulier dans l’histoire de ces découvertes de Black, c’est qu'il combattit pendant dix ans la doctrine que les chimistes français avaient en grande partie fondée sur ses travaux. Il finit cependant par la reconnaître, et si la durée de son erreur fait peu d'honneur à son génie, la franchise avec la quelle il la reconnut en fait beaucoup à son caracfère., 11 ne démontra plus dès lors dans ses cours g'ie la chimie pneumatique. Jamais professeur ne sut mieux faire aimer la science qu’il enseignait ; aussi ses lecons contribuèrent-elles beancoup à répandre en Angleterre le goût de la chimie. Black mourut en 1799. JI était associé de PAcadémie des sciences. On a de lui : Lectures on the elements of Chemistry (1803); deux mémoires dans les Philosophical Transactions (1774 et 1791 ), et deux lettres eur des sujets de chimie publiées par Crell et Lavoisier. A. DES GENEVEZ.

BLACRBURN, ville manufacturière d'Angleterre, dans le Lancashire, à 33 kilom. de Manchester, sur un cours d’eau qui paraît lui avoir donné son nom. Le pays environnant ne fut longtemps qu'un désert; la découverte des mines de houille l'a métamorphosé. La population de Blackburn ne dépassait pas 20,000 âmes en 1815 ; elle était en {861 de 63,126, et en 1871 de 76,337. Une chaîne de collines la met à l'abri des vents du nord. La plupart des rues sont spacieuses, et la ville est en général bien bâtie. Un parc de 50 acres a été ouvert en 1866 au public. Les principaux éd'fices sont l’église de Sainte-Marie, et la nouvelle Bourse, l’une et l’autre dans le style gothique. Le collége y date du règne d'Élisabeth ; il y a beaucoup d’autres établissements d'éducation et de bienfaisance, Au dix-septième siècle, Blackburn avait déjà de l'importance pour sa fabrication de laines grossières ; au dix-buitième celle du coton devint sa principale industrie, et les filatures s’y sont tellement multipliées qu’elle est à peu près la seule aujourd’hui. Aussi a-t-elle eu beauconp à souffrir de la crise américaine en 1862; plus de 25,000 ouvriers manquèrent d'ouvrage, La valeur des calicots et autres étoffes de coton qu’elle livre par an au commerce est estimée en moyenne à 60 millions de francs. P. Louisy.

BLACK-DROPS, c’est-à-dire goultes noires, préparation d’opium par l’acide acétique, très-usitée en Angleterre, où elle passe pour jouir de propriétés supérieures aux autres composés d’opium, parce qu’elle tend moins à

occasionner les phénomènes nerveux qui suivent souvent l’administration des opiacés. On en donne de deux à six gouttes dans une potion : six gouttes contiennent un demidécigramme d’opium.

BLACKPOOL, ville du Lancashire, sur la mer d’Irlande, est reliée à Preston par un chemin de fer; elle compte 7,101 habitants, et dans la belle saison plus de 100,000 baigneurs attirés par l'étendue et la beauté de sa plage, que protègent deux longues jetées nouvellement construites. C’est une jolie ville, bien percée, bien bâtie, avec quelques coquets édifices, et qui n’a d’autres ressources que celles de ses bains de mer, les plus renommés de l’Angleterre occidentale,

BLACRKSTONE ( Wizram), célèbre jurisconsulte, né à Londres, le 10 juillet 1723, était le fils d’un tisserand en soie. Orphelin de bonne heure, il fut élevé par les soins d’un parent, qui en 1738 l’envoya à Oxford, où il se distingua par son ardeur et son assiduité au travail. Il annonçait beaucoup de goût et de dispositions pour la littérature et la poésie; cependant, il se décida à suivre la carrière de la jurisprudence, et-s’établit en 1746 comme avocat. Découragé par son peu de talent pour l'improvisation , il quitta le barreau de la capitale après sept ans de pratique , pour faire à l’université d'Oxford, comme agrégé, des leçons publiques sur la constitution et les lois anglaises. Son cours, le premier qui eut lieu en Angleterre sur ce sujet, fut si généralement applaudi, et l’on en sentit si bien l’utilité, malgré la préoccupation presque exclusive qu’on avait dans les écoles pour les études classiques, qu’un savant jurisconsulte, du nom de Viner , laissa par testament , en 1758 (cinq ans après l’ouverture de cet enseignement), une somme destinée à la fondation d’une chaire spéciale de droit commun, que Blackstone fut appelé à occuper à la mort du fondateur, arrivée en 1758. Toutefois , il ne la garda que peu de temps. Entré au parlement dès l’année 1761, il fut nommé en 1763 solicitor general et assesseur de Middle-Temple, En 1766 il renonça à la chaire d'Oxford. Élu de nouveau au parlement, en 1768, il fut alors nommé recorder de Wallengford, et en 1770 juge à la cour des common pleas , hautes fonctions dans l’exercice desquelles il mourut, le 14 février 1780.

Il a résumé les leçons qu'il faisait à Oxford , dans un ouvrage resté classique sur cette matière et intitulé Commentaries on the Laws of England , dont on ne compte plus les éditions. 11 ne s’y borne pas à une simple explication des lois, il s’efforce en outre d’en bien faire connaitre l'esprit ; travail d'autant plus utile qu’il était sans analogue. Blackstone cependant cherche bien moins à y présenter une exposition philosophique des principes de droit qu’à bien faire connaître le système existant et à le défendre. Sauf quelques maximes générales favorables à la liberté, il s’y montre au total l’ardent défenseur des droits de la couronne et presque illibéral dans ses principes en matière de tolérance religieuse. Aussi se vit-il à cet égard entraîné dans les discussions les plus vives, notamment avec Bentham , dont l’ou-* vrage intitulé Fragment on government était la réfutation des idées politiques de Blackstone. On a encore de lui Zaw Tracts (1762); Analysis of the Laws of England (1754), espèce d’encyclopédie et de méthodologie du droit anglais.

Son fils, Henry BLacksrone, est l'éditeur des Reports of cases in the court of common pleas in the 28th year of George III (1789).

BLACKWELL ( Azexanre), économiste et botaniste anglais, né à Aberdeen, en Écosse, mort décapité, en Suède, le 9 août 1749 , était le fils d’un prêtre écossais. II termina à Leyde ses études médicales, commencées à Édimbourg, et s’y fit recevoir docteur. Il se rendit alors à Londres, où, ia clientèle ne venant pas, il fut réduit, pour vivre, à se faire correcteur d'imprimerie. Mais plus tard le mariage qu’il contracta avec la fille d’un riche négociant, à laquelle ilétait

BLACK — BLACQUE

tune, queson inconduite avait beaucuap contribué à déranger, Sa prospérité ne fut pas d’ailleurs de longue durée. Il mangea la dot de sa femme, s’en alla se promener sur le con tinent, visita les Pays-Bas et l'Allemagne; puis à son retour à Londres essaya d’y créer une imprimerie, Réduit à faire banqueroute, il passa deux années dans la prison pour dettes ; pendant ce temps-là sa malheureuse femmeïlui prodigua les soins les plus assidus, et à force de travail lui fournit les moyens de désintéresser ses créanciers. Ayant pris un logement vis-à-vis du jardin botanique de Chelsea, elle fit un recueil de plantes médicinales, qu’elle dessina, grava et coloria elle-même. Ce travail , d’une exécution parfaite , fut publié sous ce titre: À curious Herbal, containing 500 cuts of the most useful plants (2 vol. in-folio ; Londres, 1737-1739 ). Le texte en a été rédigé par son mari, qui y a ajouté la synonymie et une description succincte de chaque plante, Traduit en latin et en allemand , cet ouvrage fut publié par les soins de Trew (qui mourut pendant l’entreprise), et continué par Ludwig, Rose et Bæœhmer (6 vol, in-fol.; Nuremberg, 1750-1773).

Blackwell ne gagnant qu’à grand’peine sa vie tant comme médecin que comme imprimeur, accepta la proposition que: lui fit le duc de Chandos de diriger les travaux d’amélioras tion entrepris dans les terres de ce seigneur; mais il s’en lira assez mal, quoiqu'il eût composé sur la manière de faire valoir les terres incultes ou stériles et de dessécher les marais un traité que l'ambassadeur de Suède fit passer à sa

cour, comme le dernier mot de la science à cette époquesur,

cet important sujet; et on conçut à Stockholm pour l’auteur de ce livre une si haute estime, qu’on l’attira en Suède, Blackwell accepta les propositions qui lui furent faites, et se rendit à Stockholm. Il s’y occupa tout à la fois de desséchement de marais et de médecine. Le roi étant venu à être atteint d’une maladie grave, on appela en consultation le mé= decin anglais, qui guérit le monarque. Après un tel succès, sa fortune paraissait assurée ; mais impliqué en 1745 dans une conspiration ayant pour but de changer l’ordre de succession au trône, il subit la question, fut condamné à mort

el exécuté en dépit de ses protestations d'innocence. Outre :

le texte explicatif du Curious Herbal, on a de lui : New Method of improving cold, wet and barren land, particularly clayey ground, practised in Great-Brilain (Londres, 1741). C’est l'ouvrage dont nous avonsparlé plus haut, et dont ensuite il fit paraître à Stockholm divers extraits, traduits en suédois.

BLACKWELLIA , nom donné par Commerson, en l'honneur de l’intéressante mistress Blackwell, femme d’Alex, Blackwell, et auteur du Curious Herbal, à un genre de la famille. des homalinacées, et adopté par Jussieu, qui renferme environ huit espèces, indigènes des îles de Ma: dagascar et de Bourbon , de l’Asie tropicale et du Nepaul. Ce sont des sous-arbrisseaux ou arbrisseaux à feuilles alternes, exstipulées , courtement pétiolées , dentées ou plus rarement très-entières, glabres ou pubescentes en dessous ; à fleurs blanches, petites, disposées en épis terminaux ou axik laires , simples ou paniculés,

BLACQUE (ALExANDRE), né à Paris, en 1794, mort à Malte, en 1837, se rendit en Orient dans les premières

années de la Restauration , et fonda à Smyrne , sous le titre de. Courrier de Smyrne, un journal destiné tout à la fois à

servir les intérêts de la civilisation, en faisant peu à peu pénétrer nos idées européennes parmi les Turcs, et à dés

fendre les intérêts de nos nombreux nationaux engagés

dans le commerce des Échelles du Levant. Les événements dont l'Orient devint le théâtre à la suite de l’insurrection

grecque donnèrent bientât une grande importance aujournäl

de notre compatriote, bien placé en effet pour être rensei: gné sur une foule de faits que la diplomatie eût aimé à tenir sous le boisseau, Dans sa polémique, il se montra cons*

parvenu à inspirer le plus vif attachement, répara sa for- | tamment l'ennemi de la Russie, dénonçant sa cauteleuse

BLACQUE — BLAGUE

ambition et sa perfide politique, conduite qui lui valut l’inimitié déclarée de tous les agents du czar dans le Levant. Après la bataille de Navarin, Blacque ne eraignit pas de heurter de front les préjugés de ses nationaux et de signaler la destruction de la flotte turque comme une faute énorme commise par la France, dupe dans cette circonstance des manœuvres de la Russie. Cet article, écrit au même point de vue que celui où se plaça le gouvernement anglais, lorsqu’il qualifia en plein parlement la bataille de Navarin de malheureux événement (wntoward event), irrita singulièrement la diplomatie russe, quien demanda justice au cabinet français. M. de Rigny, commandant la flotle française dans les eaux de Smyrne, négocia d'abord avec Blacque pour obtenir de lui une rétractation de l’article dont s'était offusquée la susceptibilité moscovite; puis, sur le refus du publiciste., il le fit conduire prisonnier à son bord, et donna ordre de briser les presses du Courrier de Smyrne.

Après avoir protesté contre cet abus de la force et placé son journal sous la protection du gouvernement ture, Blacque revint en France demander justice aux tribunaux, et l’obtint. Appelé ensuite à Constantinople par la confiance du sultan Mahmoud, il fonda dans cette capitale le Moniteur ottoman, et devint le conseiller intime et souvent l’inspirateur du gouvernement turc. S’il eût cédé aux instances des ministres du sultan, et qu’il eût consenti à se faire musulman, on ne sait où se serait arrêtée la fortune de notre compatriote, qui fut chargé en 1837, par le sultan, d’une mission secrète auprès des cabinets de Londres et de Paris, C’est en touchant à Malte dans le voyage qu’il fit alors pour remplir cette mission, qu’il mourut empoisonné, à ce que l’on croit généralement , par un domestique qui entretenait de secrètes relations avec l'ambassade de Russie, La diplomatie du czar fut débarrassée par la mort mystérieuse de Blacque d’un des hommes qui gènaient le plus ses manœuvres en Orient. J. MULLER:

BLADAGE. C'était un droit qui s’exigeait dans l’Albigeois en forme de censive, et par-dessus la censive. Cette redevance consistait en une certaine quantité de grains que emphytéote était tenu de payer pour chaque bête employée au labour du fonds inféodé.

BLÆUVW ou BLAUVW (en latin Cæsius), nom d’une célèbre famille d’imprimeurs et d’érudits hollandais, qui n’a pas rendu à l’art et à la littérature de moindres services que les Alde, les Giunti, les Étienne et les Elzevir, et qui pendant près d’un siècle enrichit sans interruption l'Europe des fruits de sa savante activité.

Guillaume BLæuw, mathématicien, ingénieur-géographe et éditeur de cartes géographiques, était né en 1571, à Alkmar; et comme son père s'appelait Jean, il prit, suivant l'usage des Hollandais , le nom de Janson Blæuw (en latin Jansonius Cæsius), ce qui l’a souvent fait confondre avec un autre imprimeur d'Amsterdam, du nom de Janson, et, comme lui aussi, éditeur de cartes géographiques. Élève de Tycho-Brahe, et mathématicien consommé non moins que géographe et astronome distingué, Janson Blæuw rendit de srands services à la science par la confection deglobes célestes -et terrestres surpassant en précision et en beauté tout ce qui avait été fait jusque alors, et par la publication de cartes * dressées avec un soin infini. Si comme typographe il n’atteignit ni à élégance ni à la perfection des Ekzevir, on peut dire que la plupart des livres sortis de ses presses se recommandent par une grande correction ef par une exécution soignée. Parmi les ouvrages dont on lui est redevable, nous eiterons Zeespiegel (in-folio, 1627 et 1643); Onderwijs van de hemelsche en aerdsche globen (in-4°, 1634); Novus Atlas, c'est-à-dire description de l'univers, avec de belles cartes nouvelles (6 vol., dont on possède différentes éditions 1634-1662); et Theatrum Urbium et Munimentorum (in-folio, 1619). 11 mourut le 21 octobre 1638, laissant deux fils, Jean et Cornelius , qui jusqu” °” “ort de ce

dernier , arrivée en 1650, continuèrent en commun le commerce deleur père.

Jean BLæuw, fils du précédent, né à Amsterdam , dans les premières années du dix-septième siècle, reçut une éducation des plus solides, et, après avoir terminé ses études classiques, fut reçu docteur en droit. Il entreprit de grands voyages, en Italie surtout, et, à son retour à Amsterdam, fonda une maison de commerce qu’il réunit plus tard à celle de son père. On a de lui un Aflas major (11 vol., 1662; édition française, 12 vol., 1663; et édition espagnole, 10 vol., 1669-1672), magnifiquement exécuté et aussi complet que le permettait alors l’état de la science. II publia en outre une série de planches topographiques et de vues de villes où une exactitude minutieuse n'exclut pas le luxe de l'exécution, et qui sont encore recherchées de nos jours : la Belgique (2 vol. in-folio, 1649), l’Z£alie (2 vol. in-fol., 1663), Naples et la Sicile (2 vol. in-fol., 1663), La Savoie et le Piémont (2 vol. in-folio, 1682). Indépendamment de ces grandes entreprises , il fit aussi, tout bon protestant qu’il fût, mais à l’aide de divers prête-noms, de grandes spéculations sur la fabrication et la vente d'ouvrages catholiques, ayant à cet-effet d'importants dépôts en différentes villes et même à Vienne. Il mourut en 1680. Huit années auparavant, il avait eu la douleur de voir ses ateliers et ses magasins complétement détruits par un effroyable incendie; sinistre qui interrompit et arrêéla même complétement quelques-unes de ses entreprises.

Le second de ses trois fils, nommé Guillaume, fut membre du conseil de la ville d'Amsterdam. Les deux autres Jean ou Pierre, reprirent l'établissement typographique de leur père et continuèrent ses affaires depuis 1682 jusqu’en 1700, avec la distinction qui s’attache à cette profession lorsqu’elle est honorablement exercée. Parmi les bonnes éditions d'auteurs classiques sorties de leurs presses, on doit citer les Orationes de Cicéron (6 vol., 1699), qui ont encore aujourd’hui leur valeur.

BLAGUE. Que veut dire ce mot? d’où vient-il? pourquoi sa fortune ? Blaguer, C’est mentir, c’est parler la langue que parlent les charlatans sur les places publiques, debout dans leurs cabriolets, au son des cymbales et de la trompette. Ces arracheurs de dents n’ont pas disparu; leur éloquence sert même de moule à la blague, nouveau genre de parler et d’écrire, dans lequel grands et petits vont tous les jours se surpassant. Les femmes repoussent encore le mot blague de la conversation, l’Académie de son Dictionnaire. Il a besoin d’être décrassé, et les grammairiens y travaillent, non sans succès, comme vous l’allez voir. En 1789 les grands seigneurs mettaient leur tabac dans une poche de pélican, une blague. En 1793 le troupier républicain renfermait son tabac dans une vessie d’une autre nature, et l’appelait sa blague. Aussi, hier encore populaire et trivial, définissait-on le mot blague : propos de peu de valeur, comme une vessie vide ; mais aujourd’hui cette expression prenant faveur, atteignant tout le monde, on commence à lui chercher, ainsi qu’à un parvenu, une plus noble origine, Déjà on lui a déterré dans l’antiquité d’admirables racines : en latin blatio, blatire, qui signifie crier comme le chameau, la grenouille, le bélier; et en grec BéE, lâche, poltron, mou, sans cœur. Où la blague va-t-elle se nicher? Toujours est-il que l’Académie ne saurait tarder maintenant à enregistrer parmi les mots français un mot aussi latin et aussi grec que celui-là. Qu’attendrait-elle encore? n’est-il pas passé dans nos mœurs ? ,

Les savants apprennent tout à coup, il y a quelques années, qu'Herschell, ayant choisi pour observatoire le cap de Bonne-Espérance, s’est enfin armé d’un si prodigieux télescope qu’il a vu, ce qui s'appelle vu, tout ce qui se passait dans la lune, les hommes, les femmes, les enfants et les bonnes d’enfants, et les tourlourous, et le reste, Et que disent les savants, après un mois de réflexion : « C’est une

blague! Une magnifique boutique s'ouvre plus tard dans le plus beau quartier de Paris, rue Richelieu, pour l’exploitation du chou colossal. En France il ne manque d’argent pour aucune graine de niais. Chacune cette fois se vend un franc. Tout Parisien d’accourir et de planter des choux : va-t'en voir s’ils viennent! c’est une blague! Cigit une vieille mine de charbon épuisée; le propriétaire laissait chômer l’exploitation. Un spéculateur la lui enlève à tout prix, et la paye 30,000 francs. Alors il appelle autour de lui des actionnaires; il leur divise sa houillère; des 30,000 francs il fait 6,000 parts de 500 francs, délivre les trois millions de titres, encaisse l’argent, et passe en Belgique, en attendant que la vérité sorte de son puits. Lorsqu’ensuite vous demandez : « Qu'’était-ce donc que la houillère de Saint-Bérain? » on vous répond : « Une blague. » — Et le Montet-aux-Moines? — Une autre. »

A certains jours, les abords du Théâtre-Français sont encombrés de gens qui frappent à toutes les issues, réclamant à grands cris l'ouverture des bureaux, la distribution des billets : ils sont de tous côtés éconduits par les employés, malmenés par les gendarmes. La salle entière est louée jusqu'aux combles pour les trois premières représentations de la trilogie. Le public de ces trois jours-là applaudit avec fureur tout ce qui se présente : la toile, quand elle se lève; les acteurs, avant qu'ils aient ouvert labouche, et surtout, quand la pièce est finie, l’auteur. A la quatrième soirée, le drame tombe sous les coups de sifflets. Mais les applaudissements ? Que voulez-vous! les amis de l’auteur ont remis leurs mains dans leurs poches : c'était une blague. Depuis plus de soixante ans, entre hommes d’État, cettelo-

cution est acquise à la politique. Le maréchal de l'empire n’at-il pas dit à l’ex-représentant du peuple : La liberté, c’est une blague! etle vieux marquis à l’ex-soldat de l’empire : La gloire, c’est une blague! et le capitaliste de 1830 au vieux marquis : La légitimité, c’est une blague! Et l’ouvrier de 1848 n’a-t-il pas dit au capitaliste : Votre ordre public, c’est une blague ! Puis les vainqueurs de Juin ont dit aux ouvriers : Votre égalité, c’est une blague!

Sur ce fond , un grand acteur avait taillé sous la royauté de Juillet, dans un bloc informe de comédie, un des rôles les plus complets, les plus saisissants et les plus extraordinaires de notre théâtre. La pièce est morte, mais Robert Macaire reste debout comme un type vivant de démoralisation. Aujourd’hui, plus de don Juan, de commandeur, de dona Anna; plus de passion, d'honneur ni de vertu, mais Robert Macaire entre Éloa et le baron de Wormspire,

. avec cette apostrophe cynique du gendre au beau-père :

«Mon beau-père, vous êtes un vieux blagueur ! » Mais taisons-nous ! que le lecteur n’aille pas nous renvoyer l’épithète mortifiante que lui fournirait notre sujet! Jules Paron. BLAINVILLE (Hexni-Mare DUCROTAY ne) naquit à Arques, le 12 septembre 1777. Comme cadet de familte noble, il fut envoyé de bonne heure à l’école militaire de Beaumont-en-Auge. Mais les événements de la première révolution le firent renoncer à la carrière des armes, et il quitta subitement l’école vers 1792. Poursuivi ainsi que sa mère, il alla, au dire de quelques biographes, chercher un refuge à bord d’un bâtiment qui était en croisière dans la Manche, sur lequel il passa quelques mois et prit part à plusieurs combats sérieux. Le danger passé, Blainville se livra pendant les premières années de sa jeunesse, et avec l'enthousiasme passager et variable d’une imagination ardente et d’un caractère impétueux , à l'étude de diverses branches de la littérature et des arts, et aussi quelque peu aux dissipations et aux égarements du monde, à ce point que pendant assez longtemps sa famille ignora ce qu'il était devenu. Un jour même, et lorsque Blainville avait obtenu des succès dans les sciences, un ami de la famille demanda à M. Ducrotay de Blainville aîné, qui n'avait pas quitté le manoir paternel, ce qu'il savait de son jeune frère, « Rien de

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