‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 164 sur 527 · BLAGUE — BLAINVILLE · texte numérisé non relu

BLAGUE — BLAINVILLE

bien, répondit-il. — Mais apprenez, lui dit son ami, qu'it est à Paris, et qu’il sera sans doute un jour l’une des gloires de son pays! — Impossible, reprit M. Ducrotay; car il n’a jamais voulu rien faire, et il était toujours le dernier de sa classe, » |

Pendant son séjour à Paris, Blainville avait été élève de Mars sous les tentes de la plaine des Sablons, musicien aw premier Conservatoire de Paris, peintre dans les ateliers da célèbre Vincent. A vingt-sept ans il flottait encore incertain sur son sort et son avenir, lorsqu'un jour le hasard détermina sa vocation d’une manière irrévocable : il entra au Collége de France , et entendit une leçon de Cuvier. Frappé tout à coup de l'intérêt du sujet traité et de la parole entrafnante du célèbre professeur, il sortit de l’amphithéâtre avec la résolution arrêtée de se vouer désormais aux sciences naturelles et de devenir professeur. Et en effet il rompit immédiatement avec ses précédentes habitudes ; trois ans après il faisait un cours d’anatomie humaine, et deux ans plus tard, en 1810, il était docteur en médecine, En 1812, après avoir déjà suppléé Cuvier au Collége de France et au Museum , ilobtenait, au concours, de monter dans la chaire de zoologie, d'anatomie et de physiologie de la Faculté des Sciences ; et lorsqu’en 1832 son maître nous fut enlevé, Blainville, membre de l’Académie des Sciences depuis 1825. et successivement de tous les corps savants de l’Europe, déjà depuis quatre ans successeur de Lamarck au Muséum, pour l’enseignement de l’histoire naturelle des animaux sans vertèbres, fut le seul que l'opinion publique et le choix deses confrères désignèrent pour remplacer Cuvier dans la chaire d’anatomie comparée.

Cuvier avait d’abord accueilli Blainville avec bonté; mais quand le grand naturaliste mourut, il n’en était plus ainsi déjà depuis longtemps, car vers 1817 une série de circonstances. diversement interprétées amenèrent entre ces deux hommes une rupture éclatante. C’est alors que Blainville dit à Cuvier : « Je m’assiérai un jour à l’Institut et au Muséum d'Histoire Naturelle à côté de vous, en face de vous et malgré vous, » prédiction que l'événement réalisa. Ces paroles ont donné lieu de supposer que Blainville était dès lors disposé à une opposition systématique; c’est sans doute elles qui ont pu faire dire que pour connaître son opinion sur tel ou tel point de la science il suffisait de prendre une conclusion diamétralement opposée à celle de Cuvier. Cependant Blainville disait en parlant de l'illustre savant dont une première leçon l'avait acquis à la science : « Quel bien Cuvier m’a fait en me retirant sa faveur et sa protection! je lui dois ce redoublement d’ardeur pour le travail, ce feu dévorant, qui me perraettront, je l'espère, de m’élever à sa hauteur, et me donneront peut-être des droits à lui succéder! Sans cette rupture qui m’afflige, je me serais engourdi, et je ne serais qu’un protégé. »

Il est facile de s'expliquer pourquoi la doctrine de Blainville offre tant de dissidences avec celle de Cuvier. Celui-ci s'arrêta en zoologie après avoir formé ses groupes, comme il s’était arrêté en anatomie comparée après avoir formulé sa double loi physiologique de la corrélation et de la subordination des ‘organes. Il déclara hautement qu'il n’entendait pas décider de la place des groupes qu'il décrivait. successivement, que leur ordre de succession dans son livre n’impliquait point un otdre de supériorité ou d'infériorité relatives , un ordre de succession dans la nature : c'est ce que le mot embranchement, choisi pour ses types généraux, disait au reste également, Mais Blainville alla plus loin; il. « aborda sans hésiter cette question de la coordination des « animaux , qui lui parut être la grande question de la zoologie; il ne doufait pas, a priori, qu'une fois admis ce principe de corrélation proclamé par Cuvier, qui fait de chaque espèce une combinaison définie d'organes et démontre l'impossibilité des associations désordonnées, le règne animal ne dût offrir un dessein régulier et susceptible lui-même d'être

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