BLAISE — BLAKE
” BLAISE (Ordre de SAINT-). C'était un ordre militaire , que les rois d'Arménie de la maison de Lusignan établirent à l'honneur de ce saint, comme étant le patron de leur royaume. Cet ordre était composé d’ecclésiastiques et de laïques ; l'emploi de ces derniers était de s'opposer à main armée aux hérétiques, et les premiers devaient faire l'office divin et prêcher la foi. La marque de cet ordre était une croix rouge, au milieu de laquelle était une image de saint Blaise. Ils la portaient sur une robe de laine blanche toute simple. On ignore l’époque de la création de cet ordre; on croit seulement qu’elle eut lieu en même lemps que celle des Templiers et des Hospitaliers. Les profès de l’ordre de Saint-Blaise faisaient vœu de défendre la religion catholique et l'Église romaine, et leur règle était celle de saint Basile.
BLAISOIS ou BLÉSOIS, pays d'environ 90 kilomètres de longueur sur 50 de large, borné au nord par le Vendômois, le Dunois et l’Orléanais propre, au sud par le Berry, à l’est par la Sologne et à l’ouest par la Touraine. Ce pays, qu’on divisait en haut et bas Blaisois, et dont Blois était la capitale, fait aujourd’hui partie du département de Loir-et- Cher. Situé dans la contrée la plus heureuse et la plus fertile de France, il est arrosé par la Loire, le Beuvron, la Saudre, la Cisse, la Raire, etc. A l’époque où Jules-César entreprit la conquête des Gaules, environ soixante ans avant l'ère chrétienne, le Blaisois faisait partie du territoire des Carnules. Les habitants prirent part aux diverses conjurations formées par les Gaulois pour secouer le joug de la puissance romaine. Incorporé à la quatrième Lyonnaise lors du dénombrement des provinces de l’empire fait sous Honorius, le Blaisois, soumis par les Francs, échut en partage (511) à Clodomir, roi d'Orléans, second fils de Clovis. Ce pays suivit la destinée du royaume d'Orléans, et devint ensuite province neustrienne. Sous les rois carlovingiens, des comtes furent établis dans la capitale du Blaisois pour administrer la justice et les finances et commander les troupes. Nous leur consacrerons un article particulier. Voyez BLois (Comtes de). LAÏNÉ.
BLARE (Roserr), célèbre amiral anglais, naquit en 1599, à Bridgewater, dans le comté de Sommerset. Les honneurs que les rois et les nations elles-mêmes rendent à certains hommes donnent rarement la mesure du mérite de ceux-ci; mais on est heureux de voir la reconnaissance des peuples payer en distinctions les services qu’on leur a rendus. L'amiral Blake eut ce bonheur. Doué d’une imagination forte et d’une âme ardente, il aima par-dessus tout la gloire et la patrie , et c’est cette noble passion qui, en exaltant sa valeur, l'a placé si haut parmi les hommes illustres de son pays.
Fils aîné d’un commerçant, il passa de l’école de sa ville natale à Oxford, où il resta plusieurs annéés. Dès sa jeunesse il accueillit avec enthousiasme les idées d’affranchissement qui se répandaient dans toutes les classes de la société. Bientôt son amour pour la liberté se tourna en haine contre la royauté, et jusqu’à sa mort il conserva les principes purs d’un fier républicain des beaux temps de Sparte et de Rome. Membre de la législature en 1640, il ne fut pas réélu au Long Parlement; mais dans la lutte que le parlement engagea contre les rois, Blake fut un des premiers à soutenir les Indépendants; il leva une compagnie de dragons à ses frais, et vint appuyer de son bras une cause qu'il avait toujours adorée dans son cœur. En 1649 il fut improvisé amiral après la mort du comte de Warwick; et dès 1650, quand l’escadre du roi Charles se retira à Lisbonne, il fut nommé commandant de la flotte parlementaire. Dans cette position, si nouvelle pour lui, il déploie une vigueur extraordinaire ; il fait voile vers les côtes de Portugal, somme le roi Jean de lui remettre entre les mains la flotte royale, qu'il réclame au nom du gouvernement de son pays, et, sur le refus et les menaces de ce prince, il va croiser.à la hauteur des Açores, attaque une riche flotte portugaise qui revenait
du Brésil, prend quinze navires et retourne passer l'hiver en Angleterre.
Les années suivantes présentent le tableau d’une lutte sanglante entre les deux premières puissances maritimes du siècle, De part et d'autre on soutint vaillamment l'honneur national, et Blake, qui commandait la flotte britannique, trouva dans Tromp un digne rival de gloire; il serait difficileen effet de décider entre ces deux grands hommes. Cette époque est surtout remarquable dans les annales de la marine par l’immense développement que prit tout à coup l’art des combats sur mer. Blake y contribua considérablement, et, en le suivant dans les divers engagements où il s’est trouvé, nous essayerons de lui assigner le rang qu’il mérite comme marin.
En 1651 Blake se trouvait avec vingt-six vaisseaux de guerre dans la rade de Douvres, lorsque Tromp vint parader devant la ville, à la tête d’une escadre de quarante-deux bâtiments. Le parlement anglais, désirant la guerre avec la Hollande, avait donné l’ordre à ses amiraux de faire baisser pavillon à tous les navires hollandais qu’ils rencontreraient. Tromp refusa de se soumettre à cette humiliante formalité, et un combat furieux s’engagea. Blake, quoique inférieur en nombre, non-seulement résista avec courage au choc de son ennemi, mais encore il sut lui faire plus de mal qu’il n'en reçut lui-même, et c’est à lui que revint l’honneur de la journée. Cependant on ne trouve ici aucune manœuvre qui annonce un grand génie de la guerre dans l’un ou dans l’autre de ces deux amiraux : les escadres s’attaquèrent nayire à navire, et le courage résista au courage. Comme Tromp ne sut pas tirer parti de sa supériorité numérique, les Anglais durent avoir l’avantage, car leurs navires étaient d’une construction plus forte que ceux de leurs ennemis.
Une expédition de quarante vaisseaux, qu’en 1652 Blake dirigea contre les pêcheries hollandaises, lui acquit alors beaucoup de réputation ; l'Angleterre en tira de grands ayantages : les pertes de l’ennemi furent immenses; mais aux yeux de la postérité ce ne peut être un titre de gloire, puisque l'amiral n'eut qu’à détruire avec des forces considérables des marchands presque sans défense.
Au mois de février 1652 Tromp convoyait, avec soixanteseize bâtiments de guerre, une flotte de trois cents navires marchands qu’il ramenait en Hollande; Blake l’attaqua dans la Manche avec cent cinquante voiles, et Tromp, trop engagé pour reculer, accepta le combat ; il fut long et sanglant ; pendant trois jours on se battit avec acharnement. Des deux côtés on essuya des pertes considérables; celles des Hollandais furent les plus grandes, et néanmoins l’honneur de la bataille appartient à Tromp, car Blake laissa échapper toute la flotte marchande, quoiqu'il eût pu à la fois lui couper le chemin avec une partie de ses nombreux vaisseaux, et avec le reste écraser la flotte hollandaise ; mais cette manœuvre, simple de nos jours, eût été dans ces temps d’ignorance une inspiration de génie.
Au mois de décembre de la même année, Blake essaya de nouveau le sort d’une bataille contre Tromp. Là encore aucune combinaison savante ou hardie ne vient tout à coup donner à l’un ou à l’autre une supériorité marquée; la fortune seule et de petites circonstances imprévues décident du succès. Blake fut malheureux ; blessé iui-même, il vit le désordre se répandre dans sa flotte; mais il se retira à temps, et, malgré des pertes considérables, il parvint à rallier une grande partie de ses navires, soit aux Dunes, soit dans la Tamise. Tromp triompha cette fols avec un insultant orgueil ; il fit planter un balai au haut de son grand mât, pour indiquer qu'il avait nettoyé les mers des pirates d’Albion; mais sa victoire n’était pas de nature à soutenir l’excès de cette fanfaronnade, et dès l’année suivante il fut vaincu à son tour : Blake était un des amiraux qui commandaient l’escadre anglaise.
Mais si dans les combats d’escadre à escadre à la voile
Blake ne déploie pas les ressources d’un talent supérieur, il men est pas ainsi des attaques contre les forts élevés à terre ; c’est là qu’est sa véritable gloire. Blake, le premier, apprit aux marins à mépriser les forteresses, qui jusque alors avaient été leur épouvantail; c'était un préjugé adopté en principe que le bois ne peut avoir raison contre les pierres. En détruisant cette prévention, Blake étendit la terreur des expéditions navales. A cette époque les châteaux qui protégeaient les forts n'étaient pas, comme de nos jours, au niveau des batteries des vaisseaux, et couverts par des plans de défilement, mais bâtis sur le rivage et souvent même avancés jusque dans la mer; et alors ou ils dominaient à une grande hauteur , et leurs boulets passaient par-dessus des navires, et ils pouvaient être détruits par le feu supérieur d’une flotte nombreuse; ou bien les navires eux-mêmes dominaient les forts, et le feu de leur mousqueterie et leurs grenades empêchaient les batteries de terre de tirer. Malgré les préjugés de son siècle, Blake sentif tous ces inconvénients lorsqu'il fut envoyé dans la Méditerranée pour châtier linsolence des puissances barbaresques. Tunis était protégée par deux châteaux, Porto-Farina et le fort de la Goulette. Blake fit avancer successivement sa flotte sous les deux forts, les écrasa du tonnerre de son artillerie, et, opérant un débarquement dans ses chaloupes et quelques barques longues qu'il avait fait construire à dessein, il incendia tous les navires ennemis qui s’étaient réfugiés dans le port; puis, se rappelant son premier métier d’officier de l’armée de terre , il fit une charge sur un corps de douze cents Turcs c<ampés près du rivage, et les dispersaen un instant. Son audace fit sa force : l'ennemi, épouvanté, ne résista nulle part, et le succès ne lui coûta que peu de monde. Cet exploit eut du retentissement dans tout l’univers. La marine anglaise y gagna beaucoup de considération, et les puissances barbaresques fléchirent humblement devant le pavillon de la Grande-Bretagne.
Dans l’année 1655 il satisfit à sa haine invétérée contre les rois en attaquant une flotte française qui portait des munitions à Dunkerque. Outré de ce que la France laissait au roi Charles une place pour reposer sa tête, il outrepassait les ordres de son gouvernement , et fut cause qne la ville tomba entre les mains des Espagnols, qui l’assiégeaient,
L'année 1656 mit le comble à la gloire de Blake. Il commandait avec Montagu une flotte anglaise, et croisait sur les côtes d’Espagne, lorsqu'ils rencontrèrent près de Cadix huit navires espagnols revenant des Indes avec une riche cargaison; ils les attaquèrent, en prirent deux, en firent échouer quelques autres et expédièrent leur capture à Portsmouth. L'arrivée de ce trophée d’une victoire facile fut cependant reçue en Angleterre avec des transports de joie; le peuple célébra le nom de Blake, et le Protecteur, qui voyait que la gloire et la puissance de son île reposaient sur sa force navale, donna un éclat extraordinaire à ce triomphe. 11 fit transporter avec la plus grande pompe sur des chariots l’argent et les marchandises de Portsmouth à Londres; il invita le parlement à voter des récompenses publiques au brave marin, et les représentants, unanimes dans leurs vœux, et d'accord avec Cromwell, lui adressèrent des remerciments, et lui envoyèrent un diamant de grand prix, en témoignage de la reconnaissance nationale. Quel homme ne se fût pas senti embrasé soudain d’un immense amour pour la gloire, quand sa nation lui votait d'enthousiasme tant d'honneurs? Aussi Blake chercha-t-il tous les moyens de les mériter, et l’occasion ne lui manqua pas longtemps.
Une flotte espagnole, forte de seize navires, et beaucoup plus riche que la première, avait reläché aux Canaries ; Blake l’apprend, et sur-le-champ il fait voile pour ces îles (avril 1657). Il trouve l’escadre ennemie dans la baïe de Santa-Cruz, où l'amiral don Diego Alvarez, qui craignait une surprise, n'avait négligé aucune précaution pour se mettre à couvert contre toute attaque. La baie de Santa-
BLARE
Cruz était défendue par un château fort et sept redoutes élevées à peu de distance les unes des autres, et di
de manière à croiser leurs feux ; elles étaient liées en outre par une ligne de communication qu'on avait pris soin de garnir de fusiliers ; de sorte que la côte semblait hérissée de canons. De plus, l'amiral avait fait amarrer ses petits navires au rivage; quant aux galions, qui tiraient plus d’eau il les avait embossés le travers au large. Cette double ligne de défense était réellement imposante : la mort menaçait de tous les côtés. Blake ne vit que la gloire; il résolut de vaincre. Le vent soufflait au large et portait en rade; il rangea rapidement sa flotte en ligne serrée, força de voiles, et en un instant se trouva au milieu des ennemis. Alors un terrible combat s'engagea ; de part et d’autre on se battit avec acharnement, et pendant quatre heures ce ne fut qu'horreur et carnage; enfin , les Espagnols furent détruits, leurs vaisseaux brûlés, et les trésors qu'ils renfermaïent consumés avec eux. Mais le danger devint encore plus grand pour les Anglais quand la flotte fut anéantie ; les forts et le château, qui jusque alors avaient ménagé leurs feux dans la crainte de foudroyer à la fois amis et ennemis, commencèrent une canonnade extrêmement vive, et la position des assaïllants fut très-critique. Les éléments les favorisèrent : après l’instant de calme que produit ordinairement un combat, la brise, qui précédemment avait régné du large, changea de direction et souffla de terre. Blake avait compté sur ce secours, qui parut inespéré et miraculeux à ceux qui ignoraient les localités : il appareïlla sur-le-champ, et bientôt il fut hors des atteintes de l’ennemi.
Dans les exploits, si glorieux, de Blake nous ne chercherons pas des leçons de tactique navale; il ne fit pas de savantes combinaisons pour disposer son escadre et attaquer la ligne ennemie; {oute sa gloire consiste dans sa valeur et dans l’audace de l’entreprise. Il osa croire, encore une fois, contre l'opinion de son siècle, qu’une escadre bien embossée n’était pas invincible; il brava le feu d’une ligne de fortifications soutenue d’une ligne d’embossage. La fortune couronna « son intrépidité, et néanmoins ce n’est pas par le succès seul que nous jugeons son action, il s’est conformé en cette circonstance aux principes naturels de l’art; sa combinaison fut hardie, mais il avait mesuré ses moyens, et ses efforts « furent supérieurs aux obstacles. Voilà le vrai talent de l’ariral. Blake, pour cette raison, sera toujours un modèle. La tactique navale a fait un grand pas depuis son siècle ; mais, sans entrer dans le détail de ses manœuvres, nous devons admirer l’habileté avec laquelle il sut mettre à profit toutes les circonstances qui lui étaient favorables,
La nouvelle de ce beau fait d'armes fut accueillie en Angleterre avec de nouveaux transports; car dès lors la marine élevait ce pays au premier rang parmi les nations. Blake, attaqué d’hydropisie et tourmenté depuis quelque M temps par le scorbut, résolut de hâter son retour dans sa patrie, où le peuple se préparait à le recevoir avec des acclamations. Quoique abattu et souffrant , il était arrivé en vue des côtes de la Grande-Bretagne, et il espérait au moins rendre le dernier soupir sur le sol de cette patrie qu’il avait si tendrement chérie et servie avec tant de valeur; mais ce bonheur ne lui fut pas réservé, et il expira, le 17 août 1657, comme Moïse, en contemplant la terre promise.
Blake se fit toujours gloire de ses principes républicains. En vain le Protecteur le combla-t-il de caresses et d'honneurs, en vain inventa-t-il pour lui des illustrations inconnues jusqu'alors, tout le monde resta persuadé que l'amiral répugnait aux dernières usurpations. Mais le sol et l’honneur du pays furent toujours sacrés pour lui. Quel bel ordre du jour que celui-ci pour une armée navale, quand les troubles civils déchirent la terre natale ! « Marins, nous devons combattre jusqu’à la mort pour notre patrie, en quelques mains que soit le gouvernement, » Aussi, quoique M