‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 168 sur 527 · BLAKE · texte numérisé non relu

BLAKE

animé d’un zèle ardent pour le parti qu'il avait embrassé, fut-il toujours estimé et respecté des partis opposés. Du reste, désintéressé, généreux, libéral, il n'eut d'autre ambition que l’amour de la gloire, et sa valeur ne fut terrible qu'aux ennemis de la patrie. On lui fit de pompeuses funérailles. Ses cendres furent déposées dans les tombeaux des rois, d'où la restauration les exclut plus tard; mais les larmes de ses compatriotes l'honorèrent bien davantage encore que tout l'éclat de ces cérémonies. Qu'on s'étonne maintenant que l'Angleterre possède la plus glorieuse marine du monde, quand à chaque pas un monument, un trophée, apprend aux enfants mêmes que la patrie décerne une apothéose à ceux de ses fils qui ont assuré son triomphe sur les mers! Théogène PAGE, contre-amiral.

BLARKRE (\Wizcram), graveur, peintre et poêle anglais d’une étonnante imagination, poussant l'enthousiasme de l'esprit jusqu'a l’illuminisme, naquit le 28 novembre 1757, à Londres, d’un père bonnetier, fort entèté de son commerce, et qui voulut, bon gré mal gré, y dresser son fils dès sa plus tendre enfance. Le digne père ne lui épargna point en conséquence les maitres de calcul, d’arithmétique et de tenue de livres; mais l'enfant n’en profita guère. Son goût était ailleurs, et il s'était de lui-même choisi d’autres maitres moins coûteux, et avec lesquels il se plaisait davantage. C’étaient quelques figures de Raphael et de Reynolds, qui lui étaient tombées sous la main, et qu’il se mit à copier avec une incroyable ardeur et à varier de cent façons. Le blanc des factures, les planches de la boutique, les marges des livres de comptes, reçurent de fréquents témoignages de cette passion du petit William pour le dessin. Son père s’en affligea d’abord; mais enfin, après quelques vains efforts, il eût consenti, au gré de l'enfant, à le mettre en apprentissage chez un peintre en renom alors, si le haut prix que celui-ci exigea pour ses leçons n’eût été au-dessus de la portée de sa fortune. William en cette circonstance fit preuve de bonne volonté et de déférence filiale en enfrant jusqu’à un certain point dans les idées paternelles : il se borna à vouloir être graveur, et il entra comme apprenti chez Bazire, graveur en grande réputation à Londres à cette époque. Il y fit bien vite des progrès tels que beaucoup de clients préféraient les ouvrages de l'élève à ceux du maître. Quand il le pouvait, il allait prendre des leçons de dessin et de modèle chez Flaxman et Fuseli. Il trouva encore le temps de s’adonner à la poésie et de composer des chansons, des odes, des ballades et des sonnets, qu’il publia plus tard.

Au sortir de son apprentissage, qui avait duré un peu moins de sept ans, Blake fit deux parts de son temps : la première, par esprit d'ordre, il la consacra religieusement à la gravure, qui lui rapportait de quoi vivre dans une honnête aisance; la seconde, il la donnait avec effusion à la peinture ou au dessin et à la poésie, qu’il cultivait simultanément. Ilétait près d'atteindre vingt-six ans, lorsque, saisi du vague désir de trouver une âme qui répondit à la sienne, il vint à rencontrer une naïve jeune fille, d’une naissance fort humble, et d’une grande beauté, Catherine Boutcher, dont sa plume et son crayon retracèrent mille fois depuis le nom et les traits, et qui devint la compagne de sa vie.

Peu après la mort de son père, auquel ce mariage n’asait pas été agréable, notre artiste vint s'établir avec sa Catherine dans la maison paternelle, où il ouvrit un magasin de marchand d’estampes. Ce commerce, quoique fort du goût de sa femme, qui s’y adonnait volontiers, ne lui réussit point. Il y renonça, quitta de nouveau la maison de son père, et se retira dans un quartier tranquille pour s’y livrer tout entier et avec abandon à ses travaux de prédilection, Dès lors les productions de tous les genres sortirent en foule de ses mains.

Peu d'artistes ont mené une vie intérieure aussi douce que @lui-ci. Dans cette retraite qu'il s'était choisie, ayant tou-

DICT, DE LA CONVERS. — T, Ill.

jours sa femme à ses côtés, qui l’inspirait, qui l'encourageait, qui prenait part à tous ses travaux, à ses joies infinies, à ses rares ennuis, il s’oubliait de longues heures, ou, pour mieux dire, du matin au soir, auprès d'elle, à graver, à dessiner, à peindre, ou à composer des vers, faisant parfois même de la musique d’un tour singulièrement heureux , au dire de ceux qui furent admis au secret du foyer de l'artiste

Il concut vers ce temps l’idée d'une publication originale, qu'ilintitula : Les Chants de l’Innocence el de l'Expérience, et qui fit sa réputation de peintre et de poëte, Cette œuvre se compose de soixante-cinq pièces : poésie ct dessin y sont réunis, selon l'habitude que l'artiste avait contractée dès ses premiers essais. Le même sujet se trouve ainsi traité de deux façons, au moyen de deux arts différents, bien qu'étroitement liés, et qui se ressemblent comme les deux sœurs dont parle Ovide. Ces sujets sont des scènes diverses où l’auteur peint les hommes comme il les voyait au moment de l'inspiration. L'enfance joueuse y est surtout représentée avec une simplicité qui charme. Joies et soucis domestiques, pleurs et ris, toute la vie intime , avec ses alternatives de peines et de plaisirs, tout cela y est retracé avec une grande vérité et une singulière énergie d'expression.

On dit que dès lors Blake éprouvait, dans la contention d'esprit où le jetait la composition, une sorte d’iJluminisme qui le tourmentait jusqu’à ce que l’œuvre fût faite, et où sa raison se perdait. Il se croyait alors sous l'influence toutepuissante d’esprits supérieurs. Dans ces moments il voyait les figures, il écoutait les voix des héros de l’histoire et de Ja religion; le voile qui dérobe à nos yeux vulgaires les choses du passé et de l’avenir se levait devant lui, et il lui semblait parfois même entendre celle voix lerrible qui appela Adam parmi les arbres du jardin. D'une imagination ardente et aventureuse, il avait des hallucinations et des visions fréquentes, qu’il traduisait sur le papier indifféremment à l’aide de la plume et du crayon avec une merveilleuse force de réalisation. Il dut sans doute à la fréquence de cet état d’abstraction réveuse ses défauts, et aussi peutêtre ses qualités. IL y tombait régulièrement à certaines heures. Dans les intermittences entre les paroxismes, pour ainsi parler, de cet état fiévreux de l'esprit, le matin d’ordinaire , Blake se livrait avec un grand calme et une exemplaire assiduité à ses travaux de graveur. Puis, ce travail fait, il se retirait en quelque sorte dans son monde idéal et fantastique. Blake avait foi, et toujours, dans ses propres fantômes. « Avez-vous jamais vu les funérailles d’une fée? demanda-t-il un soir à une dame assise près de lui dans un salon. — Jamais, monsieur. — Pour moi, je les ai vues, pas plus tard que la nuit dernière. Je me promenais dans mon jardin; il y avait un grand repos parmi les branches et les fleurs, et dans Pair une douceur peu commune. J’entendis un son bas et agréable; j’ignorais d’où venait ce son. A la fin, je vis se mouvoir une large feuille de fleur, et au-dessous je vis une procession de créatures de la grosseur et de la couleur verte et-grise des sauterelles. Elles portaient un corps étendu sur une feuille de rose; elles l’enterrèrent avec des chansons, puis disparurent. C’étaient les funérailles d’une fée. » — C’est ce commerce de visionnaire avec des êtres d’un ordre surnaturel, créatures de la fantaisie, qui a empreint ses œuvres d’un caractère et d’une couleur qui leur sont propres, sans exemple jusque là, et qui se reproduisent plus ou moins dans tout ce qu’il fit depuis l’époque où il commenca à s'y laisser entraîner, vers trente ans. C’est évidemment auss à ces emportements extatiques qu’il faut attribuer les fréquentes obseurités qu’on rencontre dans la plupart de ses compositions ultérieures, obscurités parmi lesquelles la plus forte intelligence humaine se perd et ne voit rien.

11 sérait trop long de donner ici la nomenclature exacte de tout ce que l’infatigable artiste a successivement publié pendant sa longue carrière; nous mentionnerons seulement, outre les Chants de l’Innocence et de l’Expérience, les

Portes du Paradis, en seize dessins; ses gravures pour L'édition des Nuits d’ Young que publia le libraire Edwards; s Illustrations du tombeau de Blair; les Inventions du livre de Job, et les Prophéties sur l'avenir de l'Europe et de l'Amérique. Ces Prophéties, V'Urizen et la Jérusalem, sont de tous les ouvrages de Blake les plus entachés de ses défauts habituels. Les nombreuses peintures qu'il exposa, en 1809, dans une salle de la maison de son frère, ne sont pas plus exemptes que ses dessins de celte étrangeté dont on lui reprochait vivement l’abus, surtout dans les derniers temps. Dans presque toutes, et principalement dans le Pélerinage de Cantorbéry, on retrouve la même main qui traça les scènes bizarres et indéfinissables de PUrizen et de la Jérusalem, impossibles à décrire, et dont on ne saurait se faire une idée sans les avoir vues. Quoi qu’on pût lui dire cependant , il faisait toujours selon sa fantaisie, s'inquiétant peu du public, et en appelant à la postérité de la sévérité de quelques jugements contemporains.

11 parvint ainsi à un âge très-avancé, n’ayant peut-être jamais passé un seul jour sans produire quelque chose. Enfin, plus que septuagénaire, il sentit que la vie allait lui échapper, cette vie si active, que l’art avait toute consamée. Plein de force d'âme et artiste jusqu’au bout, il voulut peindre encore sur son lit de mort. Son dernier ouvrage, qui est remarquable par une expression de tête naïve et mélancolique fortement saisie, est le portrait de sa femme, encore belle et respirant, malgré l’âge, un grand ar de jeunesse, de Catherine, que seule il regrettait au monde, et qu’il reconnaissait à cette heure suprême avoir été toujours un bon ange pour lui. Et ce fut dans ces dernières préoccupations d’une ineffable tendresse, dont il y a malheureusement de si rares exemples, que Blake mourut à Londres, presque sans douleur, le 12 août 1828, dans la soixante et onzième année de son âge, Ch. Rowey.

BLARKE (Joacmm), l’un des généraux espagnols qui défendirent le plus vigoureusement l'indépendance de leur patrie contre les Français dans la lutte qu'amena l'invasion de la péninsule par Napoléon (1808-1813), descendait d’une famille irlandaise depuis longtemps établie à Malaga, et était né dans cette ville, en 1759. Entré au service comme cadet, il s’éleva de grade en grade jusqu’à celui de brigadier ; et lorsque éclata l’insurrection, il fut nommé tout aussitôt commandant des forces insurgées réunies à la Corogne, puis commandant en chef de l’armée de Galice. Battu à Rio- Seco par Bessières, il réorganisa son armée à Benavente; ct quand Castaños eut, par la prise de Madrid, forcé les Français de se concentrer sur l'Ébre, il occupa Bilbao, et se dirigea, avec les renforts que La Romana lui amena alors du Danemark, vers la frontière de France. L'arrivée de Napoléon en personne sur le théâtre des opérations militaires changea la face des affaires. L'empereur sut empêcher la Jonction de l’armée de Blake avec celle de Castaños; mais Blake, repoussé jusqu’à Espinosa, fit alors une retraite que tous les hommes du métier ont admirée. ;

Élevé, en récompense de ce fait d'armes, au grade de Yieutenant général, il remit au marquis de La Romana le commandement de son corps d’armée pour aller prendre celui des troïs provinces d'Aragon, de Valence et de Catalogne. Malgré ses efforts et quelques succès partiels, l'Andalousie ne farda cependant pas à être envahie. En 1810, les cortés , sentant le besoin de s'appuyer sur une illustration militaire, l’appelèrent à faire partie de la régence ; mais à peine quelques mois s'étaient-ils écoulés qu’on eut lieu de regretter son absence du théâtre des opérations actives; et alors , faisant en sa faveur une exception au règlement des cortès, qui s'opposait à ce qu’un commandant militaire fit

rtie de la régence, on le nomma capitaine général. Touus malheureux, Blake, complétement battu à Murviedro, fut obligé de se jeter dans Valence, place mal fortifiée, où Ü fit toutefois encore une vigoureuse résistance, mais où

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