‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 169 sur 527 · BLAKE — BLANC · texte numérisé non relu

BLAKE — BLANC

force lui fut, à la fin, de capituler, le 9 janvier 1812, Fait prisonnier de guerre avec toute la garnison, il fut conduit en France, où on l’enferma à Vincennes.

Les événements de 1813 et de 1814 lui rendirent la liberté et lui permirent de rentrer dans sa patrie, qu’il n’espérait plus revoir, Le roi Ferdinand le nomma directeur général du génie; mais la part que prit ensuite Blake à la révolution de 1820, qu'il consentit à servir, effaça aux yeux du monarque restauré par Louis XVIII, en 1823, dans la plénitude de son autorité despotique, le souvenir des services rendus à sa cause pendant la lutte de l'indépendance par le vieux général, qui se vit en butte aux persécutions des absolutistes , et qui mourut pauvre et délaissé, en 1827, à Valladolid.

BLÂME. Dans l'ancienne législation, le blâme était une peine infamante d’un degré immédiatement inférieur à celui de la peine du bannissement à temps. Elle consistait dans une réprimande adressée au coupable, en vertu d’une sentence judiciaire, et celui qui devait la recevoir était obligé de se mettre à genoux devant les juges. Le blâme se prononçait avec cette formule : Un tel, la cour te bläme, et Le rend infâme.

On fit un tel abus de cette pénalité, qu’elle cessa d'être efficace. Un cocher blâmé par le parlement de Paris osa demander au premier président, après avoir entendu la sentence, si cela l’empécherait de conduire ses chevaux? Beaumarchaïis ayant été blâmé dans son procès contre le conseiller Goezman, reçut aussitôt la visite de toute la cour, ce qui fit dire que le b/dme mettait en honneur. Le Code Pénal de 1791 abolit le blâme, et nous ne retrouvons plus aujourd'hui qu’une faible et incomplète imitation de cet usage dans l'avertissement ou la réprimande auxquels condamnent quelquefois les conseils de discipline de la chambre des avoués et des notaires, de l’ordre des avocats, et de la garde nationale.

Dans la langue du droit féodal, le bZdme était l’action ouverte en faveur des seigneurs suzerains pour faire réformer l’aveu et dénombrement qui leur était présenté par leurs vassaux. D’après la coutume de Paris, qui accordait au seigneur pour blâmer le dénombrement un délai de quarante jours à partir de sa présentation, le vassal était tenu d'aller ou d'envoyer querir ledit bläme au lieu du principal manoir dont était mouvant le fief.

En morale, le bldme est un sentiment généralement exprimé, par lequel on désapprouve un acte, une opinion, une personne. Avant d'exprimer un blâme contre quelqu'un on doit bien peser les actes qu’on désapprouve ; et cependant tous les jours, avec la plus grande précipitation, on jette le bldme sur des hommes d’État dont on connaît à peine les projets; on flétrit des actions qu’on ne comprend pas, et des démarches qu’on n’a pas étudiées ; enfin, on déverse à pleines mains le bZ4me sur des ouvrages qu'on n’a pas lus. 1] n’y a peut-être pas au fond grand danger à tout cela : mieux vaut dans bien des cas une certaine témérité de jugement qu’une indifférence profonde : la contradiction qu’on éprouve force à recourir aux preuves; on s’éclaire, et l’on

finit quelquefois par admirer sincèrement ce qu'on avait

d’abord poursuivi avec toute la légèreté d’un blâme irréfléchi.

BLANC, adjectif souvent pris substantivement, et qui, dans le style vulgaire, est considéré comme une couleur, fandis qu’en physique le blanc est le résultat de la lumière la plus éclatante; c’est-à-dire queles corps blancs sont ceux qui réfléchissent la lumière sans lui faire subir aucune dé-

composition, tandis que les corps colorés ne réfléchissent

que tels ou tels rayons, suivant leur nature.

Le blanc réfléchit aussi le calorique avec beaucoup de

perfection, tandis que le noir absorbe avec plus de facilité

les rayons de la chaleur, On commet donc une grande er

reur en peignant en noir ou en gris l'intérieur d’une chemi-

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née. L'expérience a démontré que peinte en blanc elle donne bien plus de chaleur.

Considéré matériellement sous le rapport de la peinture, le blanc est une couleur, et c’est celle qui est la plus employée, puisqu'on la mélange avec toutes les autres, suivant que l’on veut qu’elles aient plus ou moins d'intensité. C’est avec le blanc que l’on produit le mieux l'éclat le plus brillant de la lumière, lorsqu'elle se réfléchit sur quelques points d’une surface extrêmement lisse, telle que l’eau légèrement agitée, l'acier, ou quelques autres substances dures et polies; mais ce blanc ou cet éclat de lumière, loin d’être prodigué dans la nature, ne s'y montre que rarement ; et lorsqu'un artiste veut imiter ces sortes d'effets, ce n’est qu’avec bien du ménagement qu’il doit employer des touches de blanc pur qui rappellent l’idée de la lumière. Si, au contraire, croyant rendre son tableau plus lumineux, l’artiste prodigue trop sa prétendue lumière, c’est-à-dire le blanc de sa palette, son coloris devient fade et blafard,

Parmi les animaux dont le poil varie de couleur, il s’en trouve qui sont habituellement blancs, tels que les moutons. Les chevaux blancs sont assez communs; les bœufs blancs sont au contraire assez rares; on voit très-peu de biches blanches, et les daines le sont presque toutes. On a cru quelquefois que les animaux à poil blanc étaient plus faibles que les autres individus de la même espèce : c’est une erreur ; mais on doit faire remarquer que dans l’état sauvage les quadrupèdes à poil blanc sont assez rares, tandis qu’il s’en trouve fréquemment parmi les animaux domestiques. Dans une portée de dix ou douze lapins, il s’en trouve souvent un blanc; quelques mères offrent même la singularité d’en avoir habituellement un de cette couleur. Dans le Nord, on voit quelques animaux dont la fourrure devient blanche en hiver : c’est ainsi que l’on trouve des lièvres blancs, des renards blancs. Il n’en est pas ainsi de l’ours blanc, qui est une espèce {out à fait distincte de l’ours noir. Le cygne, originaire du Nord, est remarquable par sa blancheur; il est pourtant gris dans la première année. On trouve aussi quelques autres oiseaux blancs dans le Nord; dans la zone tempérée, ils sont habituellement gris; ce n’est que dans la zone torride que l’on voit des oiseaux de couleurs variées très-brillantes; cependant les kakatoès sont entièrement blancs. Dans la vieillesse, les poils de l’homme et de plusieurs animaux deviennent blancs. Ils sont blancs aussi chez les albinos.

Dans la peinture d'impression , c'est-à-dire dans celle que l’on applique sur les parois d’un appartement , le blanc est encore la couleur le plus en usage : l'emploi en est si fréquent que les autres couleurs réunies n’entrent que pour 4 ou 5 pour 100 dans la masse du poids général.

Dans l'imprimerie, les blancs sont, en général, toutes les pièces qui, fondues plus bas que la lettre, ne reçoivent pas d'encre du rouleau et laissent après l'impression le papier blanc à la place qu’elles occupent. Les fondeurs en caractères disent qu’une lettre a blanc dessus et dessous, comme la lettre m, ou bien blanc dessus, comme un p, ou blanc dessous, comme un d.

En termes de pratique , blanc se dit de l'endroit d’un acte qui est resté non écrit. C’est en ce sens que l’on dit qu’on a laissé deux ou trois lignes, le nom, en blanc. — On donne improprement le nom de blanc à une sorte de brûlure.

Blanc a été aussi le nom d’une petite monnaie dont l’existence se trouve rappelée par l’expression de six blancs, employée pour exprimer deux sous et demi ou trente deniers, ce qui indique que le blanc valait cinq deniers.

Blanc est encore la marque que l’on fait pour s’exercer à tirer l’arc ou le fusil. De là l'expression : tirer au blanc, Pour dire tirer à la cible. — Dans les fabriques de faïence, on dit passer au blanc, donner le blanc : cette opération consiste à passer dans une eau chargée d’émail blanc la pièce sur laquelle on veut mettre une couverte avant de la faire

passer au feu, — Enfin les doreurs sur bois emploient, comme préparation pour recevoir l'or, un blanc, qui n’est autre chose que du plâtre broyé et passé dans un tamis très-fin, et ensuite séché et mis en pain. DUCHESNE ainé,

BLANC !{ Botanique ). On appelle ainsi un état maladif des végétaux , dans lequel leurs feuilles sont couvertes d’une sorte de poussière blanche, Cette maladie a été regardée à tort comme contagieuse. On en distingue deux sortes, savoir : le blanc sec, qui est général ou partiel, et qui ne fait pas mourir les plantes, Bosc croit avec raison que cette poussière blanche et sèche n’est autre chose qu’un champignon paras:à: voisin des urédos et des érésyphies. On a remarqué que quelques végétaux, entre autres les rosiers et l’absinthe, sont les plus sujets au blanc sec. Le deuxième état maladif, souvent nommé lèpre ou meünier, est le blanc mielleux, qui se montre depuis juillet jusqu’en septembre sous forme d’une substance blanchâtre, un peu visqueuse, transsudant à travers les pores des feuilles. Cette substance, qui, vue au microscope, est composée de petits filaments enlacés, est probablement une mucédinée. Elle est très-nuisible, surtout lorsqu'elle détermine l’avortement des boutons des arbres fruitiers. L. LAURENT.

BLANC (fleuve) ou BAHR-EL-ABIAD. Voyez Ni.

BLANC (Mont). Voyez MontT-BLanc.

BLANC (Jean-Joseru-Louis ), né à Madrid, le 28 octobre 1813, appartient à une famille du Rouergue. Son père et son grand-père furent aïrcetés pendant la Terreur. Son père parvint à s'échapper de prison; mais son grand-père, transféré à Paris, et jugé par le tribunal révolutionnaire, porta sa tête sur l’échafaud. Le père de M. L. Blanc entra plus tard dans l’administration, et il devint inspecteur général des finances en Espagne, sous le règne de Joseph Napoléon. Sa mère, Corse d’origine, se rattache, dit-on, à la maison de Pozzo di Borgo. A la Restauration, M. Blanc, de retour en France, obtint pour ses fils deux bourses au collége de Rodez. En 1830 Louis Blanc quitta le collége, et vint rejoindre son père à Paris. La révolution de Juillet l’avait ruiné. Louis Blanc chercha longtemps une place sans en trouver. C’est alors que les idées socialistes germèrent dans sa tête. Plein de bonne volonté, il était exposé à mille privations dans cette ville de Paris, où les ressources ne manquent pourtant pas. 11 se prit à regretter que la société pe se chargeât pas de diriger elle-même chacun dans la voie du travail et de la nourriture,

Néanmoins le jeune homme ne se découragea pas. Aidé par une petite pension que lui fit son oncle, M. Ferri-Pisani. conseiller d'État et gendre du maréchal Jourdan, il trouva enfin à donner quelques leçons de mathématiques. En 1831 il entra chez un avoué à la cour royale, en qualité de troisième ou quatrième clerc. En même temps M. de Flaugergues, ancien président de la Chambre des Députés et ami de sa famille, se plut à linitier aux secrets de la politique. En 1832, sur la recommandation de M. Corne de Brillemont, Louis Blanc fut chargé de l'éducation du fils de M. Hallette, mécanicien d’Arras. Ii resta deux ans dans cette ville, où il fit insérer des articles dans le Propagateur du Pas-de-Calais, et écrivit trois ouvrages : un poëme intitulé Mirabeau , un poëme sur l'Hôtel des Invalides, et un Eloge de Manuel, qui furent couronnés par l’Académie d'Arras.

Revenu à Paris en 1834, M. L. Blanc s’aventura dans les bureaux du Bon Sens, et fut assez bien accueilli par Rodde et Cauchoïs-Lemaire. Une place de douze cents francs lui fut provisoirement offerte. Au bout de quinze jours ses appointements s’élevaient à deux mille francs, plus tard à trois mille, et enfin la rédaction en chef de ce journal lui fut confiée. :

C’est par erreur qu'on a dit que Carrel l'avait généreusement fait entrer dans la rédaction du Nutional. Il le congédia, au contraire, fort séchement, selon son habitude, en

lui déclarant qu’il n’y avait pas de place vacante dans sa rédaction. Les successeurs de Carrel n’eurent pas beaucoup plus de sympathie pour l’auteur de POrganisation du Travail. « Caractère ombrageux et envahissant à la fois, dit le peintre des Profils révolutionnaires, L. Blanc ne put jamais s'introduire dans la rédaction du National ou dans la direction de la Réforme. Deux hommes lui furent toujours sourdement hostiles : Marrast et Flocon, à qui il portait justement ombrage, et qui le lui prouvèrent depuis dans son exil du Luxembourg. Une circonstance, la mort de Godefroy Cavaignac, lui avait déjà donné l’occasion de se venger d’eux en leur faisant sentir sa supériorité. Quand Marra:st, Flocon, Ledru-Rollin, Joly, Martin (de Strasbourg), Arago, Trélat, étaient réunis autour de la tombe de Godefroy, Louis Blanc vint à son tour. Ce petit bonhomme composa son visage : fermant à moitié les yeux, se tirant les deux coins des lèvres pour que les saccades de sa voix servissent à simuler les larmes et impressionnassent l’auditoire devant son air contristé, il s’écria : « Si Godefroy « eù! été appelé par les circonstances à la tête des affaires « de son pays, il eût été capable de les diriger mieux qu'au- « cun autre de ceux que nous connaissons. » Les illustres assistants, piqués d’une telle sortie, tournèrent la tête vers L. Blanc : il les avait écrasés du titre d’incapables , il avait sondé leur faiblesse, il leur avait porté le plus rude coup dont leur orgueil pût se ressentir, il les avait humiliés les uns aux yeux des autres ; ils ne lui pardonnèrent jamais. Se complaisant lui-même dans l’effet de sa pantomime, quand ce petit comédien eut prononcé ces paroles, la tristesse s’évanouit de sa figure; ses traits reprirent leur place; sa voix s'éclaircit, et ce petit manége de son extérieur étudié ne servit qu'à démasquer la jalousie qui rongeait les coryphées du parti. »

En 183%, L. Blanc publia dans la Revue républicaine divers travaux, entre autres un article sur Za vertu considérée comme moyen de gouvernement , et une apprécialion de Mirabeau. Y contribua ensuite à la rédaction de la Nouvelle Minerve. A la finde 1835 il donna au National, à propos du livre de M. Claudon, intitulé Ze baron fo!bach, une appréciation du dix-huitième siècle, dans laquelle il se prononçait pour J -J. Rousseau contre Voltaire : celui-ci ayant produit 89, qui n'était qu’une révolution polilique; le premier ayant amené 93, qui était une révolution sociale, Cet article n’était pas dans les idées du journal qui Pimprimait ; cependant on prétend que Carrel le défemlit. Rodde étant mort, les propriétaires du Bon Sens firent choix d’un autre rédacteur en chef que Louis Blanc, qui avait succédé à Cauchois-Lemaire comme rédacteur en chef adjoint, Tous les collaborateurs se révoltèrent contre celte décision, et menacèrent de se retirer. Et pourtant il était le plus jeune de fous. Les propriétaires cédèrent, et il fut proclamé rédacteur en chef le 1‘* janvier 1836. Quelque temps après, se trouvant en opposition avec les actionnaires à propos de la question des chemins de fer, dont il voulait conserver la propriété à l'État, il donna sa démission le {10 août 1838 ; ses collaborateurs le suivirent, et le journal tomba, « Sous sa direction, dit M. Sarrans, le Bon Sens exerça une remarquable influence sur le parti démocratique, en rapprochant et associant dans un but commun l’école politique et l’école sociale, l’une comme but, l’autre comme moyen. » En 1838, Louis Blanc fonda la Revue du Progrès politique, social et littéraire, dans laquelle il rendit compte des Zdées napoléoniennes du prince Louis-Napoléon. Quelques jours après la publication de cet article, M. Louis Blanc tombait dans un guet-apens, Laissé pour mort à la porte de son domicile, il ne se relevait de son lit qu’au bout de vingt jours, sans qu'on ait Jamais su sur qui rejeter la responsabilité de ce lâche attentat.

Mais l'ouvrage de M. Louis Blanc qui captiva le plus l'attention publique, c'est son Histoire de Dix Ans. « Plutôt

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chroniqueur que véritable historien, Louis Blanc, dit encore l’auteur des Profils révolutionnaires, sema ce livre de « tant d'esprit, de tant de vues profondes, d'aperçus nou- | veaux et de documents intéressants , qu’il eut un succès de popularité et qu’il fut regardé non-seulement comme journaliste de mérite, mais aussi comme publiciste de premier ordre, comme écrivain économiste plein de science. » C’était à la vérité un livre d'opposition ; et c'est là ce qui fit . surtout sa fortune à une époque où la presse périodique était enchaînée par les lois de septembre. On aimait à suivre les personnages du jour dans leurs actes antérieurs; beaucoup aimaient à se rappeler les luttes des partis contre l’établissement de Juillet, et, grâce aux ménagements pris par l’auteur envers les légitimistes, le pouvoir de 1830 gardait dans ce livre tous les mauvais rôles.

Le succès populaire de l'Histoire de Dix Ans détermina M. Louis Blanc à écrire l'Histoire de la Révolution. Deux volumes de cet ouvrage avaient paru avant la révolution de 1848, le troisième a paru en 1852. Dans une longue introduction, M. Louis Blanc a exposé en tête de ce livre ses idées comme historien. Suivant lui, trois grands principes se partagent le monde et l’histoire : l'autorité, l'individualisme, la fraternité, L'autorité a été maniée par le catholicisme; l'individualisme a été inauguré par Luther, développé par les philosophes du dix-huitième siècle et introduit dans la vie publique par la révolution de 1789; la fraternité, entrevue par les penseurs de la Montagne, est encore dans les lointains de l'idéal, maïs tous les grands cœurs l’appellent, et elle doit finir par régner sur la terre. :

Avant d'écrire ces livres d'histoire, M. Louis Blanc avait fait paraître un petit volume sur l'Organisation du Travail, livre d'aspiration idéale vers un autre monde social, | dans lequel la société actuelle est attaquée avec éloquence, mais où l’on chercherait en vain quelque idée applicable à des hommes aussi imparfaits que nos contemporains et que nos ancêtres. M, Louis Blanc a dit que le jour où il s'était … trouvé sans pain et sans travail malgré sa bonne volonté, il avait renouvelé contre la société actuelle le serment qu'avait fait Annibal contre Rome. Mais, avant de tenir un pareil serment, il fallait au moins apprendre l’industrie, connaître w les choses et les hommes, s’enquérir des vœux et des besoins de ceux qu’on prétend servir; autrement, on risque de faire beaucoup de mal aux hommes qui vous suivent, et on ne détruit pas Rome.

Quoi qu'il en soit, disons ce que demandait ce livre déjà bien oublié. Partant de cette donnée, que la misère engendre la souffrance et le crime, M. L. Blanc veut que le travail soit organisé de manière à amener la suppression dem la misère. Pour cela il faut affranchir les travailleurs, em leur fournissant ce qui leur manque : les instruments de: travail. C’est l'État qui doit se charger de ce soin. L'État, pour M. L. Blanc, doit être le banquier des pauvres, Ces pendant, comme il ne voulait déposséder personne, il de= mandait seulement l’organisation d'ateliers sociaux libres, lesquels devaient amener l’anéantissement de la concurrence, en absorbant petit à petit les ateliers particuliers, A ces ateliers il donnait une organisation nouvelle. Pour stimuler l’homme au travail il n’admettait plus que le point d'Aon= neur, « Tout homme qui ne travaille pas est un voleur, » écrivait-il sur des poteaux, et cela devail suflire pour exciten l'émulation fraternelle. D'abord chacun devait toucher un journée égale, et laisser une grande part des bénéfices po agrandir l'œuvre, rembourser à l'État ses avances, secour les malheureux ; mais plus tard il revint sur l'égalité des laires, qui ne consacrait pas assez la fraternité, et il adop alors comme idéal la formule de M. Vidal: Que ch produise selon son aptitude et ses forces, que cha consomme selon ses besoins. M. L. Blanc ne s’arrètait d pas au droit écrit dans les institutions depuis 17895 il voulait pour le peuple le pouvoir d'améliorer sa positi

sin is

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La société, disait-il, doit à chacun de ses membres et l’instruction, sans laquelle l'esprit humain ne peut se développer, et les instruments de travail, sans lesquels l’activité humaine ne peut se donner carrière, Le livre de M. L. Blanc avait d'abord été saisi; mais la chambre des mises en accusation fit cesser les poursuites. Il élait moins connu cependant que l’auteur lorsque la révolution de Février éclata.

Quand le gouvernement provisoire nommé à la chambre des députés le 24 février arriva à l'hôtel de ville, il y trouva déjà installés, en forme de pouvoir populaire, quatre hommes représentant les deux nuances opposées de la presse radicale, MM. Marrast, Flocon, Louis Blanc et Albert. Le National, qui ne désirait qu'un changement politique, avait tenté, pendant la lutte, de former un gouvernement ; mais il avait fallu compter aussitôt avec La Réforme , qui admettait la discussion des questions sociales, et M. L. Blanc avait proposé en outre l’adjonction d’un ouvrier de l'Atelier, M. Martin, dit Albert. Les grosses têtes du Palais-Bourbon n’admirent d’abord les quatre intrus que comme secrétaires ; mais ils furent bientôt débordés , et le gouvernement provisoire compta quatre membres de plus. L'éditeur de M. L. Blanc devint en outre seul secrétaire. Dès le 25 février le gouvernement provisoire, pressé par des démonstrations extérieures, déclarait que l’État garantissait du travail à tous, et M. Louis Blanc, dit-on, obtenait l'abolition de la peine de mort en matière politique. Enfin l'établissement d’ateliers nationaux était décrété, mais tout à fait en dehors de l'influence de M. L. Blanc, et peut-être bien dans une pensée hostile à ses théories : on espérait, en payant les ouvriers désœuvrés avec les fonds de l'État, les éloigner des discussions sociales.

Cependant, d’un autre côté, M. L. Blanc avait fait créer une commission permanente, dite commission de gouvernement pour les travailleurs, dont il avait la présidence, et M. Albert la vice-présidence, et qui devait siéger an Luxembourg. Peu sûr peut-être de l'application possible de ses théories, ou plutôt craignant de les compromettre par quelque essai intempestif, il appelait à la discussion les hommes qui s'étaient occupés des questions sociales, se proclamant souverain pontife, et s’entourant de délégués nommés par les ouvriers. On s’aperçut du premier coup qu’un élément manquait à ces réunions, et des délégués des patrons furent invités. Mais avant aucune discussion les ouvriers exigèrent la diminution des heures de travail et l'abolition du marchandage, ce qui fut décrété. L’augmenfation de salaire, demandée aussi, dut rester un point à débattre.

L'ouverture des conférences du Luxembourg, le 1° mars 1848 , révéla un fait dont on ne se doutait guère : l'existence d'un parti socialiste; et M. L. Blanc l'annonça en disant : « Ce n’est pas seulement une monarchie qui s’en va, c'est une société. » Ce devait être le dernier coup porté à l’industrie, qui tentait de résister. Les ateliers se fermèrent de toutes parts; et comme M. L. Blanc voulait substituer les ouvriers aux maîtres, des offres ne tardèrent pas à être faites par les patrons : les théories allaient enfin pouvoir se frotter sur la pierre de touche de la pratique. Quelques essais se firent : aucun ne présenta de résultat satisfaisant. Le plus célèbre est celui de latelier de Clichy. On sait comment M. Proudhon a qualifié depuis cet essai, où les frères, qui reçurent une grande commande de l'État, et qui furent exonérés des frais de loyer, ne craïgnirent pas de faire des bénéfices sur les sœurs employées à la confection des pantalons de la garde nationale mobile. L'égalité des salaires, préconisée par le chef des conférences du Luxembourg, blessa les ouvriers sans profit pour les maîtres. Pressé par la logique, on lui demanda un jour s’il se contenterait pour lui des quatre francs qu'il promettait à tout le monde. « Certainement, répondit-il, quand tous ne recevront que le prix de la journée égalitaire, je me glorifierai d’être le premier ouvrier

de France. » Mais en pareil cas, il faut montrer l'exemple, et non pas accepter le dernier ce qu’on a tant prêché, pour se proclamer le premier encore! Qui donc alors aurait pu refuser? Les ouvriers ne comprenaient guère non plus que l'intelligence, l'habileté de main, le courage au travail, dussent être comptés pour rien sous le régime de la fraternité, Par une singulière coïncidence, les ateliers nationaux avaient dû adopter les principes de M. Louis Blanc; là dominait le principe de légalité du salaire sur la plus large échelle : ouvriers de tous états, artistes, gens de lettres, chacun avait le même salaire. On sait ce que produisit cette immense agglomération de travailleurs : il est vrai qu'on avait oublié de planter les fameux poteaux de M. L. Blanc dans les chantiers.

Néanmoins M, L. Blanc posa jusqu’à la fin sa petite personnalité, Rica ne put lui dessiller les yeux. Chaque jour le mal devenait plus grand, et il discutait encore; il ne pouvait trouver aucune application, et il discutait toujours. Tout tombait autour de lui, ses idées n’engendraient que Ja ruine et la misère, et il croyait plus que jamais en lui. D'abord il avait attaqué la concurrence avec une éloquence entrainante; mais il ne pouvait rien mettre à la place, et il n’en crut pas moins au principe qu'il avait proclamé. Il avait beau rencontrer tous les esprits rebelles : il ne doutait pas d'atteindre son but. C’était la société actuelle qu’il fallait accuser, et non lui. On disait partout que les ouvriers avaient trois moisde souffrances au service dela république : c'était trois mois d’agonie pour la vieille société. M. L. Blanc espérait sans doute qu’elle n’en reviendrait pas, et qu’un nouveau système serait plus facile à implanter sur des ruines. Cependant le découragement dut le gagner aussi dans ces discussions stériles où il ne put convertir à ses idées aucun chef d'école socialiste. Beaucoup même, connaissant l’infatuation du président des conférences, refusèrent d'aller discuter avec lui, aucun ne l’épargnait dans la presse ni dans les clubs; mais s'ils agitaient les clubs, c’éfait au moins en leur nom personnel et sous leur propre responsabilité, ils n’agitaient pas la société, comme M. L,. Blanc, au nom d'un gouvernement impuissant qui se disait chargé de la défendre, Une réaction se manifesta bientôt. Lamennais attaqua le communisme du Luxembourg dans de chauds articles, où il montra le despotisme et l'esclavage inhérents à ces théories, puisque le droit au travail entraîne pour corollaire le devoir du travail, c’est-à-dire la servitude. M. Michel Chevalier attaquait le système de M. L. Blanc dans des Zettres où il montrait le développement du capital social comme la source la plus féconde et la plus sûre de l’affranchissement des travailleurs ; Bastiat écrivait des petits traités mordants dans le Journal des Economistes ; enfin M. Wolowski allait combattre les nouvelles doctrines au Luxembourg même, et ralliait les défenseurs épars de l’école libérale.

Lorsque l’Assemblée nationale se réunit, le 4 mai, M. L. Blanc, élu par la Seine et par la Corse, n'avait donc effectivement rien fait au Luxembourg; rien fait, sinon que de donner un corps à des aspirations, et formulé sa haine contre l’ancien monde. On avait découvert que l’homme exploitait l’homme, et pour faire ce-ser l'oppression on avait imaginé un système dans lequel une minorité directrice saurait bien aussi exiger le travail, même par la force, quand le ressort moteur du besoin serait brisé. M. L. Blanc, comme tous les membres du gouvernement, vint rendre compte de ce qu’il avait fait à l'Assemblée nationale. Ce fut une apologie vaniteuse contre laquelle s'élevaient bien des réclamations; des accusations même se firent jour; mais un membre en détruisit l'effet en s'écriant : « Est-on coupable quand on n’a rien fait? » C'était le mot. La commission du Luxembourg avait montré encore plus d’impuissance que de vanité. Pour continuer ses recherches, M. L. Blanc, qui avait préalablement donné sa démission de président de la

commission du Luxembourg, et qui accusait ses collègues de sa faiblesse, se déclarant le défenseur du peuple, proposait la création d'un ministère du progrès et du travail. Cette demande fut hien vite repoussée.

Le 15 mai vint jeter du trouble dans l'existence de M. L. Blanc. L'Assemblée nationale ayant été envahie, il fit des efforts pour se faire entendre, proclama le droit de présenter des pétitions à la barre, s'offrit à lire à la tribune celle dont les envahisseurs s'étaient chargés Enfin, on le vit, porté par quelques hommes du peuple, harangner la foule, proclamer les droits du peuple; il alla même, dit-on, jusqu’à l'hôtel de ville. Tout cela paraît avéré ; mais il avait été sollicité par le faible président Buchez lui-même de s’'interposer vis-à-vis de la foule pour obtenir une fin. Le soir M. L. Blanc fut retiré des mains,des gardes nationaux par MM. de La Rochejaquelein et Arago, Dès le 1°" juin le procureur général Portalis demanda l'autorisation de poursuivre M. L. Blanc. Celui-ci se défendit avec force, et la demande du parquet fut repoussée. Mais, aprèsles événements de juin, la fameuse enquête dont M. Bauchart futle rapporteur signala de nouveau M. L. Blanc à la vindicte des lois, et dans la nuit du 25 au 26 août les poursuites furent autorisées contre lui et contre M. Caussidière pour leur participation à l’attentat du 15 mai, Les deux représentants se sauvèrent aussitôt à Londres. La haute cour siégeant à Bourges les condamna par contumace à la peine de la déportation, au mois d'avril 1849.

De Londres M. L. Blanc fonda un journal mensuel, intitulé Le Nouveau Monde, où il continua ses attaques contre la société actuelle, et où l’on trouve quelques détails d’hisfoire contemporaine assez curieux. Ce journal mourut sous la nécessité des cautionnements. Puis l’auteur écrivit trois brochures politiques et sociales, intitulées : Plus de Girondins ! la République une et indivisible, et un Dîner sur l'herbe. En diverses circonstances, il se montra encore dans les réunions publiques; mais a-t-il fait faire quelques progrès à la science sociale? Le communisme ne voudrait pas de lui pour chef, et les hommes qui tiennent quelque compte de la liberté humaine, de la valeur individuelle, renieront toujours ses principes. L. Louver.

Le long exil auquel se soumit M. L. Blanc avec beaucoup de dignité amena de grands changements dans ses idées ; sans cesser d’être républicain et de protester quand il en eut Poccasion contre le coup d’État de décembre, il laissa de côté ses théories sociales et ne s'occupa plus que de politique. A Londres il vivait à l'écart, beaucoup plus en lettré qu’en chef de parti, n'ayant avec Ledru-Rollin, Mazzini, V. Hugo que des relations d'amitié; il ne fut compromis dans aucun des nombreux comylots qui s'ourdirent à l'étranger contre le gouvernement impérial, et son nom ne figura au bas d'aucun des violents manifestes de cetle époque. I apprit l'anglais et l’écrivit assez purement pour collaborer dans cette langue à l’Afhenæum et à d’autres revues littéraires. Habitué du British Museum ïl trouva dans la riche bibliothèque de cet établissement assez de documents pour lui permettre de continuer son Hisloire de la Révolution française (1847-1862, 12 vol. in-8°), qui à part les deux premiers volumes fut tout entière écrite dans l'exil. Cet ouvrage, éloquent plaidoyer en faveur de la Convention el surtout de Robespierre, eut en 1868 une seconde édition. En 1857, M. L. Blanc, redevenan! journaliste, fournit pendant six mois une correspondance au Courrier de Paris; puis il entra au Temps el continua d'y envoyer toutes les semaines jusqu'en 1870 des Lettres de Londres, dont on remarqua le ton simple et modéré et qui ont été en parties réunies sous le titre de Lettres sur l'Angleterre (1866-68, 4 vol. in-8°). Nous devons signaler également une réfutation d'un ouvrage de lord Normanby sur la révolution de Février sous le titre de : Révélations historiques (1859, in-8°).

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