BLANCHISSAGE — BLANCS ET NOIRS
l’eau de Javel, de même qu’on enlève les taches d'encre avec
le sel d’oseille; mais trop souvent les ouvrières mêlent de l'eau de Javel à leur eau de lessive pour rendre le linge plus promptement blanc et ménager le savon. Il en résulte une détérioration du fil qui ne peut se comparer qu’à l’action pernicieuse du battoir et du chien. Les blanchisseurs prétendent à la vérité que rien de ces drogues ou de ces instruments ne fait de mal au linge, quane vu sait les employer ou s’en servir ; mais il faut se garder de les croire. Quelquefois aussi les taches de fruits résistent à la lessive; des oxydes mêlés au sel de soude laissent leur empreinte sur le linge; les taches de sang, et surtout de sang de poisson, font des taches presque indélébiles lorsqu'on met le linge à la lessive sans l'avoir essangé ; les cheveux, les poils, marquent plusieurs pièces du linge que traverse la lessive ; enfin certains métaux font tourner la lessive. Au lieu de tordre le linge, on à imaginé, pour l’essorer, de lui imprimer un mouvement rapide de rotation dans un sphéroïde en cuivre percé de trous, mis en branle à la façon des toupies d'Allemagne. La force centrifuge chasse l’eau qui s'échappe par des trous, et après quelques tours le linge n’est plus qu'humide.
BLANC-MANGER, aliment qui a ordinairement pour base une gelée provenant de substances animales et rendue blanche et opaque au moyen d’une addition de lait d’amandes. C’est en général un composé de corne de cerf, de sucre, d'amandes douces, d’eau de fleur d'oranger, d'huile essentielle ou de zeste de citron, fort agréable au goût ; il n’est pas de facile digestion, à cause de la corne de cerf et des amandes. Madame de Maintenon rapporte, dans l’une de ses lettres, que Fagon, le médecin du grand roi, ordonnait cette gelée dans les cas d’affections ou de dispositions inflammatoires. Néanmoins, on ne doit en manger qu'avec modération, et seulement après avoir consulté les forces digestives de son estomac. Le sucre employé dans sa confection ne sert pas seulement à flatter le goût, il a aussi pour but de corriger en partie la tendance du blanc-manger à l’alcalescence. — On fait aussi un b/anc-manger avec de la mie de pain. Voyez GELÉE.
BLANC-NEZ, nom vulgaire d’une espèce de singe du genre guenon, qui est l’ascagne d’Audebert, ou le simia petaurista de Gmelin. G. Cuvier le caractérise ainsi : brun olivâtre en dessus, gris en dessous, visage bleu, nez blanc, touffe blanche devant chaque oreille, moustache noire.
BLANCQUE. Voyez BLANQUE.
BLANCS. En parlant des hommes, on emploie ce nom pour désigaer ceux de race blanche, notamment dans les colonies transatlantiques, par opposition aux indigènes, aux nègres et aux races mêlées. Aux Antilles on nommait petits blancs, par opposition aux grands planteurs, tous les blancs qui n’avaient que des caféries. Plus tard on comprit sous la même dénomination les blancs qui travaillaient comme manœuvres, journaliers, ou qui exerçaient quelques métiers, autrement dits blancs manants. Les petits blancs étaient ceux qui affectaient le plus de mépris pour les classes de couleur, qui de leur côté le leur rendaient avec usure. Ces hommes ont amené par leur obstination et leur despotisme la perte pour la France de la colonie de Saint-Domingue. Voyez Haïri.
Sous la première république française on à donné le nom de blancs aux hommes qui pendant les guerres de la Vendée osèrent faire la guerre à leur patrie en arborant le drapeau blanc de la royauté, et seconder ainsi les efforts de l'étranger, Les patriotes étaient, par opposition, appelés bleus : cette couleur était celle de l’habit des soldats républicains. Sous la nouvelle république, alors que les assemblées se divisaient en tant de fractions, le peuple qualifiait de blancs tous les hommes qui paraissaient par leurs actes ou leurs discours tendre vers le rétablissement d’une royauté quelconque.
A Rome on a appelé blancs des espèces de pén'tents qui,
à l’approche de l’an 1400, dans la crainte de la fin du monde, se mirent à faire des processions de ville en ville, Le pape condamna ces courses pieuses, comme contraires à la discipline de l'Église. Tous les historiens ne sont pas favorables à ces pénitents. Pour quelques-uns ce sont des sectaires et des imposteurs, qui portaient des robes blanches ou qui s’enveloppaient dans des draps, et montraient des croix sur lesquels le Christ suait le sang. L'un d'eux se disait le prophète Élie, descendu du ciel pour annoncer aux hommes la fin du monde, qui allait arriver prochainement par un tremblement de terre. Des gens de tout sexe et de toute condition, prêtres, clercs, laïques, et jusqu'à des cardinaux, se revêtirent de sacs ou chemises blanches , et parcoururent , à la suite de ces nouveaux précheurs, les villes et les campagnes, chantant des vers arrangés en litanies. Ces pélerinages duraient treize jours, pendant lesquels, dépouillant et dévastant tout ce qui se rencontrait sur leur passage, les pélerins se livraient à des désordres d’une autre nature; car ils couchaient péle-mêle dans les églises et les monastères, et comptaient dans leurs rangs un grand nombre de femmes et de jeunes filles. Suivant Bruys le scandale fut poussé si loin que la cour de Rome se décida à sévir. Un des prophètes fut saisi et appliqué à la torture, où il confessa ses fourberies. Condamné à la peine du feu, sa mort effraya ses complices, qui s’éloignèrent et disparurent en peu de temps.
BLANCS et NOIRS, factions opposées, qui, nées à Pistoia, s’étendirent jusqu’à Florence, qu’elles remplirent de troubles au commencement du quatorzième siècle. L'histoire des républiques anciennes, si fécondes en agitations, n'offre rien de comparable aux orages qui signalèrent l'existence des républiques italiennes du moyen âge. Quoique tranchée par le traité de Constance en 1188, la querelle entre les guelfes, qui soutenaient la cause des papes, c’est-à-dire l'indépendance de la Péninsule, et lesgibelins, défendant les droits des empereurs, ne cessait de désolet la Lombardie et la Toscane. Pistoia, ville située au pied des Apennins, avait été déchirée durant le treizième siècle par deux familles, les Cancellieri et les Panciatichi. Les preniers étaient guelfes ; ils chassèrent leurs adversaires. Quoiqu’exclus par un décret, ainsi que tous les nobles, du gouvernement de la ville, ils n’en étaient pas moins puissants par leurs richesses, leurs alliances, et le grand nombre de forteresses qu’ils possédaient, lorsqu'une rixe amenée par le hasard fit éclore tout à coup une importante révolution.
Plusieurs jeunes gens de la famille des Cancellieri jouaient dans une hôtellerie ; comme ils étaient pris de vin, l’un d’eux, Carlino, fils de Godefroi, insulta et blessa un autre Cancellieri, Amadore ou Dore, fils de Guillaume. Dore pensa qu’il ne devait pas se borner à punir l’agresseur, mais que l’injure ayant atteint un innocent, il fallait que la punition retombât sur un innocent. En conséquence, le soir du même jour, il se mit en embuscade, et, voyant passer un frère de celui qui l'avait attaqué, il se jeta brusquement sur lui, le frappa au visage, et lui abattit la main d’un coup d'épée. Loïn d'approuver cette action, Guillaume livra son fils au père du blessé, qui, peu touché d’un procédé si loyal, fit saisir Dore par ses domestiques, et ordonna, en signe de mépris, de lui trancher la main sur une mangeoïre, en disant : Retourne vers ton père, et apprends-lui que les blessures se guérissent avec le fer et non avec les paroles ! » Guillaume, saisi de rage, assembla ses amis, arma ses vassaux, et cournt assaïllir son ennemi.
Toute la ville se partagea entre les deux adversaires. Le premier ancêtre des Cancellieri avait eu deux femmes, dont l’une s'appelait Blanche; les descendants de eette dernière prirent alors le nom de blancs ; les autres, par opposition, se nommèrent les noirs. On se battit avec acharnement dans les maisons, dans les rues; un juge, même, fut assas: siné sur son tribunal. N'ayant pu réussir à calmer cesrafs
freux désordres , le podestat, magistrat chargé de rendre la justice, posant à terre sa baguette en présence du conseil des Anziani, abdiqua ses fonctions, et quitta la ville. Ceux-ci, qui formaient le pouvoir exécutif, rendirent un décret, lequel confiait pendant trois ans la seigneurie de la ville aux Florentins, afin qu'ils avisassent aux moyens d’y rétablir la paix Cet usage, particulier à presque toutes les républiques d'Italie, de confier la souveraine puissance à des étrangers, n’atteignait pas toujours son but, etne servait souvent qu'à créer une tyrannie pire encore que celle des factions. L'histoire de ces temps en offre de nombreux exemples. Quoi qu’il en soit, les Florentins envoyèrent à Pis- {oia un podestat et un capitaine du peuple, qui ordonnèrent aux chefs des deux partis de s'éloigner, en leur assignant Florence pour lieu d’exil.
Parmi les familles les plus riches de la ville et les plus distinguées par la naissance, les Donati et les Cerchi occupaient le premier rang. Les noirs de Pistoia, alliés avec les Donati, furent accueillis avec bienveillance par Corso Donato, chef de cette puissante maison. De leur côté, les blancs se mirent sous la protection de Veri de’ Cerchi, qui ne le cédait en rien à Donalo sous le rapport de l’opulence et de l’ancienneté de sa race. Cet incident accrut la haine qui existait déjà entre eux.
Le gouvernement de Florence, purement démocratique, divisait les citoyens en corps de métiers ou arts majeurs et mineurs, armés et commandés par des capitaines de leur cheïx. Six prieurs, présidés par un magistrat suprème, le gonfalonnier de justice, exerçaient le pouvoir : ils étaient remplacés fous les deux mois. Mais les nobles, quoique exclus de ces emplois, n’en conservaient pas moins une grande influence , surtout les Donati et les Cerchi, qui se disputaient la direction des affaires. Prévoyant qu’une crise allait éclater, les prieurs s’adressèrent au pape, pour qu’il mandât près de lui Veri de’ Cerchi. Le pontife le conjura &’entrer en accommodement avec son rival; mais Veri répondit que puisqu'il n’y avait pas de guerre il ne voyait pas la nécessité de faire la paix. Peu de temps après son retour de Rome, quelques jeunes Donati, se promenant à cheval dans une fête publique, accompagnés de leurs amis, s’arrêtèrent, pour voir danser des paysannes ; des Cerchi survinrent et poussèrent par mégarde les Donati, qui se trouvaient au premier rang de la foule, Une querelle violente s’éleva; les épées furent tirées, etil y eut un grand nombre de blessés des deux côtés. Ainsi qu’à Pistoia, toute la ville prit parti. Une foule de bourgeois, quelques nobles et tous les gibelins alors à Florence soutenaient les Cerchi, qui étaient à la tête des blancs. Aussi, tenant entre leurs mains le gouvernement, ils avaient un avantage marqué sur les Donati, dont les parlisans appartenaient pour la plupart au corps de la noblesse,
Sur ces entrefaites , le pape Boniface VIII envoya à Florence en qualité de légat le cardinal Matthieu d’Acquasparta, qui, traversé dans ses vues par les blancs, s’éloigna bientôt en frappant la ville d’un interdit. Après son départ, les Cerchi et les Donati en vinrent aux mains de nouveau ; mais Donato, reconnaissant que son parti était le plus faible, tint un conseil avec ses amis, où il fut convenu de demander au pape un prince étranger, que l’on chargerait d'opérer une réforme dans l'État, Informés de ce projet, les blancs le dénoncèrent aux prieurs comme une conspiration contre Ja liberté. La seigneurie, excitée par le célèbre Dante, qui était un des prieurs , appela aux armes le peuple de la ville et de la campagne, et bannit par un décret Corso Donato, ainsi qu'un grand nombre de noirs. Quelques blancs furent aussi exilés, mais ne tardèrent pas à se faire amnistier,
Corso se rendit à Rome, et supplia le pape d’envoyer en Toscane comme son vicaire Charles de Valois, frère de Philippe le Bel. Boniface venait d'attirer ce prince en Italie, en lui offrant le royaume de Sicile, alors possédé par Frédéric d'Aragon, à qui le pontife voulait l’arracher. Autorisé