‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 179 sur 527 · BLANQUE — BLANQUI · texte numérisé non relu

BLANQUE — BLANQUI

blancques , et la répétition fréquente de ce dernier mot amena le nom du jeu. Un aveugle ou un jeune enfant, placé entre les deux urnes, tirait à la fois un bulletin de chacune d'elles, et le propriétaire du numéro contenu dans l’un avait droit au lot désigné par l’autre, si toutefois c’était un bénéfice. La blanque ne différait donc de nos loteries que par le mode du tirage, qui devait être d'une lenteur à laquelle on a suppléé dans les entreprises gigantesques de ce genre qu’on réalise aujourd'hui.

BLANQUETTE, sorte de vin blanc, assez renommé, que l'on fait dans la Gascogne et dans le Bas-Languedoc avec une espèce de raisin qui a reçu le même nom, à cause du duvet blanc et cotonneux qui recouvre sa feuille par-dessous; c’est le même que le malvoisie du Lyonnais et le metnier des provinces septentrionales; son grain est petit, plus long que rond, arrondi à ses deux extrémités; lorsqu'il est mûr, sa couleur tire sur le roux. La chair de ce raisin est cassante, et chaque grain renferme communément deux pépins; son suc est doux, sucré, assez aromatisé; mais il faut attendre sa complète maturité avant de le couper pour faire la blanquette. Ce vin, du reste, est doux, assez spiritueux, et de l'espèce de ceux qu’on nomme vins de femme ; il s’éclaircit difficilement, et par conséquent a besoin d’être collé et fouetté, La blanquetle de Limoux est en réputation auprès des gourmets.

La blanquette ou le blanquet est aussi une espèce de poire d'été, musquée, de forme ronde, un peu courbée et allongée vers la queue, dont la peau, fort lisse et fort blanche, se colore faiblement au soleil, et dont la chair, cassante et fine, contient en grande quantité une eau sucrée et fort agréable ; mais cette poire a le défaut de la plupart des poires d'été : elle devient pâteuse quand on la laisse trop morir. Elle réussit également bien en buisson et en tige.

On appelle encore blanqguette un mets ou espèce de fricassée faite ordinairement de veau ou d'agneau découpé par franches, et accommodée d’une sauce blanche.

BLANQUI (JÉRÔME-ADoLPnE ) était l’ainé des fils du député Jean-Dominique Blanqui, envoyé par l’ancien département des Alpes-Maritimes ( chef-lieu, Nice ) à la Convention nationale, l’un des soixante-treize incarcérés pour

avoir protesté contre la révolution jacobine du 31 mai 1793, réintégré le 8 juillet 1795, élu membre du Conseil des Cing-Cents, investi d’une sous-préfecture après le 18 brumaire, et mort à Paris, à l’âge de soïxante-quinze ans, en juin 1832.

Né à Nice le 2{ novembre 1798, Blanqui aîné commença dans sa ville natale, sous les auspices de son père, homme éclairé et instruit, d'excellentes études, qu’il vint terminer à Paris avec beaucoup de distinction. I] suivit d’abord la carrière de l’enseignement, s’adonnant aux sciences médicales, à la chimie, et remplissant dans un pensionnat renommé (l'institution Massin ) les fonctions de répétiteur d’humanités. Ces fonctions le mirent en rapport avec J.-B. Say, qui désira l'avoir pour disciple. Sa bienveillance et ses conseils inspirèrent à son jeune ami l'amour des études économiques; et le patronage du professeur français le plus renommé, en procurant au jeune Blanqui la chaire d’histoire et d'économie industrielle à l'École spéciale du Commerce, dont il devint directeur en 1830, lui ouvrit une carrière à laquelle il devait consacrer ses travaux et sa vie. Cetle carrière, Blanqui la parcourut avec un zèle infatigable, et, ce qui est assez rare, il sut concilier un mérite réel avec des vues saines et utiles.

Un eours à l’Athénée, sur l’histoire de La civilisation in-.

dustrielle des nations européennes, cours qui fut {rèssuivi; d’autres cours, soit à l'École du Commerce, où il Prononça plusieurs discours remarquables, soit au Conservatoire des Arts et Métiers, où il succéda comme professeur, en 1833, à J.-B. Say; de nombreuses publications, ayant toutes pour objet les progrès de l’industrie et du com-

merce; plusieurs voyages entrepris dans les mêmes intentions, ont signalé le zèle de cet écrivain, accru et müri son savoir. Il à pris rang parmi les plus habiles économistes contemporains. Peu d'écrivains et de professeurs ont montré autant d’ardeur, d'activité, un travail aussi facile et aussi fécond. En outre, il n’a presqne pas cessé de concourir, par des articles, fruits de la verve la plus abondante, à des journaux et à des recueils où l’économie publique, les vues et les débats politiques trouvaient accès, depuis Le Producteur, où l’on arbora le drapeau de Saint-Simon, jusqu’au Figaro, au Courrier français, et au Dictionnaire des Marchandises.

Entre les publications dues à sa plume on a distingué : i° un Résumé de l'Histoire du Commerce et de l'Industrie (1826); 2° un Précis élémentaire d'Économie politique (même année); 3° un Voyage à Madrid (même année); 4° celui-ci avait été précédé, en 1824, d’un Voyage en Angleterre ; 5° une Histoire de l'Exposition des Produits de l'Industrie française en 1827 (in-8°, 1827), collection d'articles insérés dans les journaux pendant cette exposition; 6° un Rapport sur l’état économique et moral de la Gorse, en 1838, lu à l’Académie des Sciences morales et politiques, à laquelle l’auteur avait été appelé le 2 juin de la même année ; 7° Aigérie. Rapport sur la siluation économique de nos possessions dans le nord de l'Afrique, lu à la même Académie en 1839 (in-8°; Paris, 1840 ), le premier écrit qui ait fait connaître au vrai, avec une courageuse franchise, l’état des choses dans ce pays; 8° Nofices sur Le ministre anglais Huskisson el sur sa réforme économique ; sur la vie et les travaux de T.-B. Say, etc., lues à l’Académie ; 9° Considérations sur l’élat social des populations de la Turquie d'Europe ( voir le Journal des Économistes, fondé en 1841 par Blanqui et ses amis).

Mais son ouvrage capital, celui qui fait le plus d'honneur à son savoir ainsi qu’à sa plume, celui qui lui assigne un rang éminent parmi les meilleurs écrivains qui se soient voués à celte spécialité, c’est son Histoire de l'Économie politique en Europe, depuis les anciens jusqu'à nos jours, suivie d’une bibliographie raisonnée des principaux ouvrages sur cette matière ( Paris, 1837 et 1849, 5 vol. in-8°). Ce livre, inspiré par de généreuses pensées, révèle dans son auteur de fortes études, un jugement sain, des aperçus lumineux et des vues souvent profondes. Ce n’est point de la scolastique, ce ne sont point des logogriphes économiques, à la manière de Ricardo et de son école; ce sont des idées nettes, exposées avec clarté : mérite rare quand il s’agit de l’une de ces études où n'être pas compris passe pour le maximum de la profondeur. On lui doit enfin un travail en deux volumes in-18 sur les Classes ouvrières en France, publié en 1848 par MM.F. Didot, et faisant partie de la Collection des pelits traités mis au jour par l’Académie des Sciences morales et politiques.

Blanqui aîné siégea avec distinction, de 1846 à 1848, à la Chambre des Députés, comme représentant de Bordeaux. Il parcourut presque toute l’Europe pour y étudier les progrès de l’industrie et les questions économiques. En 1851 il se rendit à Londres, chargé par l’Académie d'examiner l'exposition universelle et de lui en faire un rapport. 1] préparait un grand et important travail sur les Populations rurales de la France, à la suite d’une enquête de près de trois ans exécutée par ordre de l’Académie, au inoment où la mort est venue le frapper le 28 janvier 1854.

Blanqui appartenait à l’école économique qui a inscrit sur son drapeau la liberté commerciale. En 1847 ses discours furent très-remarqués au congrès des libre-échangistes tenu à Bruxelles. On les trouva seulement trop anecdotiques et trop spirituels, si toutefois c’est là un défaut. Sous la monarchie déjà, Blanqui s'était fait le défenseur de l’enseignement industriel; il attaquait l’enseignement universitaire, qu’il trouvait ne pas répondre aux besoins de

siècle. On se rappelle une séance de l’Académie des Sciences morales et politiques où, argumentant ad hominem, il demandait où l’on trouverait un homme capable de suivre par la pensée le long chemin qu’a parcouru le tapis qui couvre une table, depuis la laine du mouton jusqu’au palais de l’Institut. On ne pouvait mieux ouater l’épigramme. Aussi, continuant, Blanqui reprit : « Savez-vous seulement par quel procédé on prépare les plumes d’oie à l’aide desquelles écrivent tant de gens d'esprit ? » Les académiciens sourirent agréaklement à cette question, et prirent le compliment pour eux.

BLANQUI (Louis-Aucusre), frère du précédent, est né à Nice, en 1805. Lors des élections de 1827, Paris vit les troubles de la rue Saint-Denis dégénérer en combat ; les fusillades de la garde royale répondirent aux acclamations de joie de la foule. Au nombre des quelques jeunes hommes qui prirent les armes pour riposter aux coups de feu de la troupe, se trouvait Auguste Blanqui; il paya de son sang cette première prise d’armes : une balle lui traversa le cou, et il fut relevé mourant. En 1830, Blanqui, étudiant en droit . prit une seconde fois les armes contre la dynastie de Charles X; il combattit au cri de Vive La liberté! et reçut plus tard, comme récompense nationale, la décoration de Juillet. Blanqui n'avait pas supposé que la lutte de l'esprit de liberté contre l’ancien régime , représenté par la branche aînée des Bourbons, dût se borner à la substitution d’un trône à un autre; il était de ceux qui pensaient qu’au triomphe matériel des masses armées devait succéder la lutte des intelligences pour la réalisation des principes démocratiques. Pénétré de tout ce qu’avaient de poignant les souffrances des classes laborieuses, il désirait ardemment qu’on y remédiât; et, voyant la résistance passive qu’opposait la bourgeoisie à l'amélioration matérielle du sort des masses , pour laquelle d’ailleurs on ne formulait alors aucun plan, Blanqui se posa d’une manière exclusive, comme tous ceux qui se préoccupent vivement d’une idée, en antagoniste de cette bourgeoisie. Loin d'appeler les bourgeois, ou les oisifs, comme il les nommait, à travailler en commun à l’œuvre de régénération qu’il entrevoyait , il ne négligea aucune occasion de les froisser, les accusant de n'avoir ni l'intelligence de leur position ni celle de lavenir.

Blanqui était entré à la Sociélé des Amis du Peuple, ce club dont l'existence, assez courte, fit renaïtre en France l'école républicaine, en groupant les hommes, peu nombreux d’abord, qui avaient conservé les traditions de 89 et de 93. Avant le premier anniversaire de Juillet, il fut nommé membre du comité de rédaction du journal que cette société publia pendant quelques semaines : cet honneur et ses opinions bien connues lui valurent une longue détention préventive et l’amenèrent sur les bancs de la cour d'assises, dans le procès dit des Treize. Blanqui présenta lui-même sa défense ; il exposa ses doctrines, et fut acquitté par le jury. Dans son discours, Blanqui avait violemment attaqué ceux qu’il appelait les bourgeois, les riches privilégiés. « Qui aurait pu penser, s’était-il écrié, que les bourgeois appelleraient les ouvriers la plaie de la société? Les privilégiés vivent grassement de la sueur du peuple. Qu'est-ce que votre Chambre des Députés ? Une machine impitoyable, qui broïie 25 millions de paysans et 5 millions d'ouvriers pour en tirer toute la substance, qui est transvasée dans les veines des privilegiés, » La cour vit dans son discours et surtout dans ces paroles un délit d'audience, et elle le condamna à un an de prison et 200 francs d'amende, comme coupable d’avoir cherché à troubler la paix publique en excitant le mépris et la haine des citoyens contre plusieurs classes de personnes,

L'esprit de Blanqui jeune n’était pas de ceux que l’on mate par la prison : après avoir passé sous les verrous le temps de sa condamnation, nous le retrouvons pour la première fois, en 1835, devant la cour des pairs en qualité de défenseur des prévenus d'avril, Il avait été rendu à la

Page 1