BLANQUI
liberté, mais non au repos et à l’indifférence. La loi sur les associations avait brisé dans les mains du parti républicair une arme puissante; cette loi avait fait naître les sociétés secrètes, machines non moins dangereuses, maisque, grâce « au grand jour et aux facilités des réceptions, le pouvoir” neutralisaït facilement ; la loi sur les armes de guerre avait … rendu difficiles les approvisionnements que nécessite la perspective d’une lutte populaire. Blanqui organisa néan moins la Société des Familles, association secrète dont chaque membre jurait de prendre les armes au premier ordre et d’obéir à toute réquisition de ses chefs. Dans la formule de réception de cette société, on établissait que les droits des citoyens étaient le droit d'existence, le droit d'instruction publique, le droit de participation au goufernement ; que leurs devoirs étaient le dévouement envers la société et la fraternité envers leurs concitoyens, Ces principes étaient bien ceux de Blanqui. On peut donc supposer que ce formulaire était son œuvre. Pépin, le complice de Fieschi, au moment de monter sur l’échafaud, crut sauver sa tête en dénonçant vaguement Blanqui comme l’organisateur et le chef de la Société des Familles, et en disant qu'il avait été prévenu du rôle de destruction que la machine infernale allait jouer le 28 juillet 1835. Blanqui, arrêté sous la prévention d’association illicite et de fabrication de poudre (affaire de la rue de Lourcine), comparut devant le tribunal correctionnel; interrompu dans sa défense, il fut condamné à deux ans de prison, 3,000 francs d'amende, et placé sous la surveillance de la police. L'amnistie abrégea la durée de sa peine, et il vint se fixer à Auneau, puis près de Pontoise, la résidence de Paris lui étant interdite.
Blanqui était sorti de prison tel qu’il y était entré, ennemi implacable de la monarchie, et jugeant son renversement facile par un coup de main mystérieusement combiné. La Société des Familles était tombée dans des mains subalternes. Blanqui prit le parti de la réorganiser sous le nom de Société des Saisons. Raïisant, Martin Bernard, Barbès, Lamieussens en étaient les chefs principaux. Le calcul de cette société était de ne pas bouger ct d’éclater tout à coup. Vers le commencement de mai 1839, la France était sous le coup d'une longue crise ministérielle ; les débats de la coalition avaient singulièrement affaibli l’action du pouvoir ; Blanqui comptait alors sur mille kommes bien déterminés, bercés depuis longtemps dans l'espoir d'entendre sonner l'heure du combat. Une société collatérale, mais affiliée, connue sous le nom de Montagnards, menaçait de dissoudre l'association; la désaffection gagnait la bourgeoisie : Blanqui crut que le moment d’agir était venu. Il fixa, avec Martin Bernard et Barbès, pour les deux premiers dimanches de mai des revues des groupes de la: société. La seconde de ces revues fut passée le 12 mai, vers deux heures et demie. C'était un dimanche : tous les ouvriers chômaient ; les courses du Champ-de-Mars avaient attiré de ce côté une grande quantité de curieux ; les membres de la famille royale et les principales autorités s'y trouvaient. Le pouvoir allait donc être surpris au moment où il s'y attendait le moins.
Entrant dans un lieu où l'attendaient Martin Bernard, Barbès et plusieurs chefs en sous-ordre de l'association, qui ignoraient encore le but de leur réunion, il s’écria « Ils sont pris en flagrant délit! — Qui donc? aurait ré= pondu Marlin Bernard. — Eh, parbleu! les hommes du pouvoir, Marchons ! » Et alors, tirant de sa poche un mou choir rouge à carreaux, au bout duquel était attaché un pistolet d’arçon, i: descendit dans la rue, où les section= narres débouchaient de toutes parts, et monta à leur tête dans les magasins de l'armurier Lepage, où les insurgés s@ munirent de fusils de chasse, pendant qu'au milieu de la rue Bourg-l'Abbé des caisses de cartouches étaient défon= cées et le contenu réparti à raison de deux ou trois car=