BERING — BERKELEY
sépare la côle occidentale de l'Amérique septentrionale , de la côte orientale de l'Asie.
Le premier voyageur qui conslala que le continent américaïn est séparé du continent asiatique fut le Kosak Deschnef, lequel, en 1648, partit de l’un des ports de la Sibérie situés dans l’océan Polaire, et pénétra dans la mer du Kamtschatka par un canal séparant ces deux parties du monde. Toutefois, ce fait fut longtemps tenu pour fabuleux par les Européens, jusqu’à ce qu'il eut été confirmé en 1728 par le témoignage de Bering, qui donna son nom à ce détroit. Plus fard, en 1778, le capitaine Cook le visita également, Dans sa moindre largeur, par 66° de latitude septentrionale, il n’a pas plus de 74 kilomètres; mais par 69° sa largeur est déjà de 555 kilomètres. Au centre, il a de vingt-neuf à trente brasses de profondeur ; et cette profondeur diminue à mesure qu’on approche des côtes, mais plus sensiblement sur la côte américaine que sur la côte asiatique. Entre les deux caps de Tehoukoltsk et du Prince-de-Galles, où il est le plus resserré, et près du cercle polaire, ce détroit est souvent fermé par les glaces.
On a aussi donné le nom de mer de Béring à cette partie de l’océan Pacifique qui s’étend de 160° de longitude orientale à 160° de longitude occidentale, et de 52° à 66° de latitude septentrionale, entre le Kamtschatka à l’ouest, l'Amérique à l’est, et les îles Aléoutes au sud.
BERINGENE. Voyez AUBERGINE.
BERIOT (CuarLes-Aucusre DE), l’un des plus habiles violons de notre époque, est né le 20 février 1802, à Louvain, où il reçut sa première instruction musicale de M. Tiby, professeur de musique, qui fut son tuteur et son second père. 11 resta dans sa ville natale jusqu’à l’âge de dix-neuf ans, et vint à Paris en 1821, pour y continuer ses études sous la direction de Baïllot. Mais il ne fréquenta que fort peu de temps le Conservatoire, et ne tarda pas à suivre sa propre direction, avec tant de bonheur qu’il put se faire entendre en même temps que Paganini lors du premier début de ce grand artiste à Paris. Quand Bériot revint de Paris dans son pays natal, il reçut du roi des Pays-Bas le titre de premier musicien de sa chambre, avec une pension de 2,000 flor.., que les événements de 1830, en amenant la séparation de la Belgique et de la Hollande, lui firent perdre.
Ayant peu après celte époque contracté une liaison intime avec la célèbre Malibran, il la suivit dans les différentes villes où elle se fit entendre, donnant lui-même des concerts qui obtenaient le plus grand succès, Revenu avec elle à Paris, en 1836, il l’épousa aussitôt qu’elle fut parvenue à faire rompre son premier mariage, et partit de nouveau avec elle pour l'Angleterre, où il eut le malheur de la perdre au bout de quelques mois, De retour sur le continent, il se fixa dans son pays natal, où il avait acquis une belle propriété. Il y a depuis contracté un nouveau mariage.
Lors de la mort de Baillot, il fut un instant question de Bériot pour le remplacer au Conservatoire de Paris; mais on jugea peut-être avec raison qu'il était préférable de choisir à ce grand maître un successeur qui continuât son école. Bériot en fut dédommagé par la place de professeur au Conservatoire de Bruxelles, qu'il 4 depuis cédée à Léonard , qui, après Vieuxtemps, est le plus distingué de ses élèves. Bériot a publié beaucoup d'airs variés, qui ont obtenu un grand suceès ; et pour répondre au reproche qu'on lui faisait de se borner à un genre si mesquin et si uniforme, il a fait entendre des concertos et autres pièces, qui prouvent son talent de compositeur, Mais c’est surtout comme exécutant de premier ordre qu’il mérite d'être remarqué, et c’est anssi sous ce rapport qu'il a fait école, Dans l’andante son jeu est plein de grandeur et d'expression ; dans les morceaux de vivacité, il montre de la finesse, de l'originalité, une parfaile connaissance du mécanisme de l'instrument et surtout de la conduite de l'archet, ce qui fait qu’on oublie
volontiers cerlains traits que les véritables connaisseurs ne trouvent pas d'un goût irréprochable. Une ophthalmie l'ayant privé de la vue il donna sa démission de professeur en 1852, et chercha vainement à rétablir sa santé à Ems et à Hyères. Il est mort en avril 1870, à Bruxelles.
BERKELEY (Geonces), philosophe, était né à Kilcrin, en Irlande, le 12 mars 1684. Après avoir reçu la premiére partie de son éducation à l’école de Kilkenny, il fut admis comme pensionnaire au collége de La Trinité de Dublin, à l’âge de quinze ans ; et en 1707 il obtenait le titre ou degré de fellow dans ce même collége. La première preuve publique qu’il donna de l'étendue de ses connaissances scientifiques et littéraires fut son Arifhmetica absque Algebra aut Euclide demonstrata. On voit par la préface placée en tête de cet ouvrage qu'il le composa à l’âge de vingt ans, bien qu’il n'ait vu le jour qu’en 1707. Il le fit suivre de À Mathematical Miscellany, contenant des observalions et des théorèmes dédiés à son pupille Samuel Molyneux.
En 1709 parut la Theory of Vision, qui de tous ses ouvrages semble être celui qui fait le plus d'honneur à sa sagacité ; car, ainsi qu’on l’a déjà fait observer, ce fut la première tentative faite pour distinguer les objets naturels et immédiats de la vue, des conclusions que nous sommes habitués dès l'enfance à en déduire. La Himite qui sépare les idées de la vue et du toucher y est marquée avec une admirable précision ; et l’auteur démontre que bien que l'habitude ait tellement associé ces deux classes d’idées dans l'esprit qu’il faille ensuite un violent effort pour les séparer l’une de l’autre, elles n’ont pourtant pas à l’origine cette liaison entre elles ; qu’au contraire une personne aveugle de naissance qui recouvrerait subitement la vue serait d’abord complétement hors d’état de dire comment un objet quelconque qui affecte sa vue pourrait affecter son toucher ; et en particulier que la vue ne pourrait lui donner aucune idée de la distance ou de l’espace externe ; mais qu’elle s’imaginerait que tous les objets sont dans son œil , ou plutôt dans son esprit.
Les Principles of human Knowledge furent publiés en 1710, et les Dialogues belween Hylas and Philonoÿüs en 1713. Lé but de ces deux dissertations est de démontrer la fausseté de la notion généralement admise de l'existence de la matière ; et que les objets sensiblement matériels, comme on les appelle, ne sont point externes à l'esprit, mais existent en lui et ne sont rien plus que l’action immédiate de Dieu, suivant certaines règles qualifiées de Lois de La nature. Ce scepticisme touchant la réalité du monde corporel a sa source dans la doctrine philosophique qui veut que l’esprit, être immatériel, ne puisse percevoir directement les choses matérielles, mais seulement les idées de ces choses. De là le nom d’idéalisme donné an système de Berkeley, qui une fois admis comme vrai est inattaquable. Car si tout ce que nous percevons sont des idées, ces idées n'ayant pas d'existence hors de notre esprit, il s'ensuit que le monde matériel n’est plus qu’une hypothèse, dont il devient à jamais impossible de vérifier la réalité. Maïs ce principe est-il vrai? Reid démontre qu’il doit être jugé absurde par quiconque n’a pas l'esprit faussé par les rêveries métaphysiques. Il serait bien difficile de prouver à un homme libre de tout système que le soleil, que la lune, la mer, la terre, tous les objets immédiats dont il à connaissance, ne sont que des idées de son esprit et cessent d’exister du moment où il cesse d'y penser. Ce système, que combat le sens commun, Berkeley l’a défendu non-seulement comme vrai, mais encore comme d’une haute importance pour la religion. Dans sa préface des Dialogues entre Hylas et Philonoüs , il déclare que les conséquences immédiates des principes qu'il va développer seront la ruine de Pathéisme et du scepticisme, Force nous est bien de convenir qu'avec cette doctrine il n'y a plus de matérialisme possible, puisqu'elle ne laisse plus rien subsister de la réalité corporelle; mais toutes