‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 195 sur 527 · BLINDAGE — BLOCKHAUS · texte numérisé non relu

BLINDAGE — BLOCKHAUS

Les blindes , employées également dans la défense par terre et par mer, sont des morceaux de bois dont on couyre les tranchées, ou des morceaux de vieux câbles dont on couvre les flancs d'un vaisseau pour les préserver des boulets. Les blindes dont on se sert sur terre sont ordinairement faites de bois ou de branches entrelacées, qu’on enferme entre deux rangs de pieux debout ou de claies. On les emploie à la tête des tranchées, quand on veut les pousser de front vers les glacis, ou lorsqu'elles sont enfilées, pour mettre à couvert les travailleurs.

Pendant le siége de Paris on a fait usage, en plusieurs rencontres et avec succès , de locomotives armées de canons et blindées, ainsi que de mitrailleuses blindées.

BLOC. La Fontaine, dans sa fable du S/atuaire, dit :

Un bloc de marbre était si beau Qu'un statuaire en fit emplette.

Qu'en fera, dit-il, mo: ciseau ?

Un bloc est en effet un morceau de pierre ou de marbre dont la forme et la dimension sont souvent l'effet du hasard , lorsque le carrier le détache du banc auquel il appartient. C'est ainsi qu’on les emploie maintenant dans les fondations des grands monuments. Pour ne rien perdre de la matière, on change très-peu leur forme primitive, ayant seulement soin de les réduire à une hauteur uniforme pour chaque assise, tandis que dans les constructions hors de terre les pierres sont toujours équarries bien régulièrement.

Les blocs sortent done ordinairement de la carrière . sans aucun travail; quelquefois cependant ils sont équarris

grossièrement , ou bien enfin on leur donne une forme de-

mandée , et dans ce cas ils reçoivent la dénomination de blocs d’échantillon ; mais on ne fait usage de pareils blocs que pour procurer plus de solidité à certaine partie d’un monument, et seulement dans des cas assez rares, à cause de la difficulté qu’entraîne le placement de blocs d’un grand volume, et aussi pour éviter la dépense que cela occasionne.

C’est ainsi que à la Madeleine à Paris les chapiteaux de

la colonnade ont tous été faits d’un seul bloc qui en place

a coûté 3,000 fr. Au Panthéon les angles du fronton du pé-

ristyle, qui sont d’un seul bloc, ayant plus de 15 mètres

cubes, pesant 25,000 kilogrammes , reviennent chacun à

10,000 francs. Le fronton de la colonnade du Louvre est

aussi recouvert par deux pierres tirées des carrières de Meu-

don ; chaque bloc avait 16", 89 de long sur 2", 59 de large et 0", 48 d'épaisseur. Enfin on cite encore les b'ocs de granit destinés au tombeau de Napoléon.

Le plus extraordinaire de tous les blocs pour son volume et pour son poids est celui qui a été employé pour la base de la statue de Pierre 1°, élevée à Saint-Pétersbourg par ordre de l'impératrice Catherine If, et exécutée en bronze par le statuaire Falconnet. Ce bloc immense était une roche de granit {trouvée dans un marais de la Finlande, à cinq lieues de Saint-Pétersbourg; il avait 13°,63 de long, 8,75 de large et 6,80 de haut, ce qui donnait un poids d'environ deux millions de kilogrammes. On le transporta dans toute son intégrité; mais lorsqu'il fut arrivé à Saint-Pétersbourg, on en retrancha quelques parties, qui diminuèrent son poids d'un quart environ. Ce travail se fait ordinairement dans la carrière même, pour diminuer le volume et le poids du bloc, afin d'économiser les frais de transport.

A côté de cette masse immense que paraîtraient notre obélisque de Louqsor et son piédestal, qui ne pèsent chacun que 460 milliers? Encore ce piédestal est-il composé de cinq blocs, dont le plus considérable est le dé, qui a 5 mètres de haut sur 3 de large et pèse 200 milliers.

On donne aussi le nom de bloc à une forte pièce de bois qui dans les vaisseaux sert de support aux mâts.

La même dénomination s'emploie également pour désiener une pièce de fer ronde et creuse dans laquelle les graveurs sur métaux fixent, au moyen de quatre vis, le coin

DICT. DE LA CONVERS — T, il,

ou le cachet qu'ils veulent graver, et qui serait trop petit pour être tenu seulement à la main.

Dans le commerce, on dit aussi vendre en bloc, lorsqu’une partie de marchandises est vendue dans son intégrité, sans avoir rien déballé, et même sans donner aucune désignation de poids ou d’aunage. DUuCHESNE aîné.

BLOCAGE ou BLOCAILLE, diminutif de bloc ; nom donné en maçonnerie à de petites pierres brutes, irrégulières, qu'on emploie sans préparation pour la construction de certaines fondations ou dans l’eau. On Les jette pêleméle avec le mortier, On lesemploie aussi pour garnir Le milieu des murs et des gros massifs.

En termes d'imprimerie, blocage se dit de l'emploi d’une lettre retournée sur son œil, et mise à la place d’une autre qui manque dans la casse.

BLOCH (Marc-ELrézer), ichthyologiste célèbre, né en 1793, était le fils de pauvres juifs établis à Anspach , et qui ne lui donnèrent presque aucune éducation. Placé en qualité d'instituteur chez un chirurgien juif établi à Hambourg, il acquit quelque connaissance des écrits des rabbins, et apprit l'allemand, ainsi que le latin et les premiers éléments de l'anatomie. Le désir de pousser plus avant l'étude de cette science le conduisit à Berlin, où, grâce au secours de quelques parents, il put étudier la médecine. L’ardeur avec laquelle il se livra alors au travail lui eut bientôt fait regagner le temps perdu, et acquérir des connaissances aussi variées qu’étendues. Reçu docteur en médecine à Francfortsur-l’Oder, il vint pratiquer son art à Berlin, où son rare savoir et la noblesse de son caractère lui méritèrent l'estime générale, et où il mourut le 6 août 1799. La base de sa grande et juste réputation comme naturaliste fut son Histoire uuiverselle des Poissons (12 vol. in-4°, Berlin, 1752-1795, avec 432 planches coloriées), qui fut pendant longtemps le seul ouvrage complet sur la matière, ct qui aujourd’hui encore offre à la science des ressources précieuses, à cause de ses gravures, malgré la complète révolution opérée dans l'ichthyologie. Pour la publication de cet ouvrage, dont les frais immenses eussent de beaucoup dépassé ses ressources personnelles, Bloch fut aidé par la libéralité de plusieurs princes et de riches personnages. Il a laissé inachevé son Systema Ichthyologiæ iconibus CX illustratum , publié par Schneider à Berlin en 1801. Le gouvernement prussien

‘acheta, à sa mort, sa belle collection de poissons, qui fait

aujourd’hui partie du Muséum zoologique de Berlin.

BLOCRHAUS (de l’allemand Laus, maison, et block, bloc, billot, tronc d'arbre). C’est une pièce détachée, un pâté, une redoute, un fort, un fortin, ordinairement construit en bois, n'ayant point d’issue apparente, et communiquant sousterre à un ouvrage principal dont le blockhaus est un poste avancé Sa yarnison, pourvue, comme dans un poste avancé, de vivres et de munitions de guerre, est chargée de se défendre jusqu’à la dernière extrémité. Les Allemands, qui s’en servent beaucoup en campagne, s’attribuent linvention de ce genre de forts détachés; cependant ces constructions sont fort anciennes en France : Charles VI, ayant projeté une descente en Angleterre, fit dresser en 1385, à l’Ecluse, une grande ville de bois, pour mettre l’armée française à couvert dès qu’elle aurait débarqué. Cette ville se composait de pièces de charpente qu’on chargeait sur les vaisseaux et qui devaient être aisément dressées et assemblées sur les côtes d'Angleterre.

En 1778 , Gassendi appelait blockhaus un corps de garde palissadé et blindé. Le général Marion rattache à cette même année l'usage des blockhaus couverts : le premier aurait été construit en Silésie, à Schedelalorff. Aujourd'hui le blockhaus est une palanque à ciel ouvert. Les murs en sont percés d'un ou de deux étages de créneaux, et couverts d’une plate-forme armée de quelques pièces de canon. Cette forme de construction est très-commode, pouvant être disposée à l'avance, transportée et dressée promptement sur

un point menacé. Au siége de Dantzig en 1807 un blockhaus exigea, presque à lui seul, les efforts d’un siége. On en avait construit à Paris un assez grand nombre pour l'expédition d’Alger en 1830; et quand le débarquement eut eu lieu, on fit usage de ces blockhaus avec le plus grand succès pour mettre les avant-postes à l'abri de toute surprise. Aussi continue-t-on de les employer en Afrique dans la plupart des opérations militaires. On en a construit sur place à machicoulis et sans fossé. I] a été traité théoriquement des blockhaus par Hauser, Meciszenski, C.-F. Peschel, Louis Blesson, N. Rouget. Leurs ouvrages sont en allemand. Le colonel suisse Dufour, dans son 7raité de Fortification, donne aussi des détails étendus sur les blockbaus. G°! BarDiw.

BLOCRKSBERG, nom donné à plusieurs montagnes du Mecklembourg, de la Prusse, et particulièrement au Brocken, la plus haute cime des montagnes du Hartz et de l’Allemagne septentrionale.

Le Blocksberg est célèbre sous un autre rapport; là, suivant une traaition probablement très-ancienne , les sorcières viennent se réunir chaque année, dans la nuit du 1°" mai; là se tient l’assemblée générale de tous les êtres qui, dans le nord de l’Allemagne, sont en rapport avec les esprits surnaturels; cette fête infernale s'appelle la nuit de Valpurge. Presque toutes les montagnes théâtres des ébats des sorcières, comme le Schwarzwald en Souabe, le Kandel ou le Heuberg en Brisgau , le Horselberg ou l'Inselberg en Thuringe, le Bechtelsberg dans la Hesse, étaient célèbres parmi les Germains, avant leur conversion au christianisme, par les fêtes qui s’y célébraient le 1° mai, le plus saint des jours de l’année. Lorsque la religion nouvelle eut flétri comme de dangereuses magiciennes les aimables suivantes de la déesse Holda, les anciennes fêtes religieuses se changèrent dans l'imagination du peuple en abominables sabbats de sorcières. De cette tradition confuse, Gæœthe a fait le sujet d’une de ses ballades (La première Nuit de Valpurge); c’est également sur la cime du Blocksberg qu’il a placé les scènes les plus fantastiques de son Faust.

BLOCS ERRATIQUES, C’est le nom donné par notre célèbre minéralogiste Alex. Brongniart à ces masses granitiques , à ces énormes cailloux qui se trouvent à la surface du sol, sur différents points de notre continent, et souvent à des distances de plus de 80 et même de 100 myriamètres des montagnes aux flancs desquelles une force inconnue à dû , à une époque antérieure, les arracher pour les rouler et les rejeter ainsi au loin, sans doute à la suite de quelque cataclysme semblable à celui dont le souvenir s’est trop fidèlement transmis parmi nous de génération en génération , sous la dénomination de déluge universel, pour n’y voir qu’une tradition erronée ou allégorique.

On rencontre une immense quantité de ces blocs erratiques en Hollande, en Danemark, dans le nord de l’Allemagne, en Prusse, en Livonie, en Pologne, qui proviennent évidemment des montagnes du nord de la Suède et de la Russie ; et sur le versant du Jura qui regarde les Alpes, on en trouve qui, évidemment aussi, ont dù être jadis arrachés des flancs de ces montagnes.

La grandeur de ces blocs erratiques est quelquefois immense : on en rencontre souvent qui ont jusqu’à 20 mètres de longueur sur 5 ou 6 d'épaisseur. L’imagination reste confondue quand on réfléchit à la force qui a été nécessaire pour soulever ces masses gigantesques et les projeter ainsi à des distances énormes. Aussi ce phénomène a-t-il appelé de bonne heure l'attention des physiciens et des géologues,

Pendant longtemps on regarda quelque immense éruption volcanique, dont rien de ce qui se passe aujourd'hui sur la terre ne peut donner une idée, comme pouvant seule exbliquer ralionnellement l'existence des blocs erratiques. Cependant on fut porté à penser que ceux qu'on trouve

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