‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 197 sur 527 · BLOCUS · texte numérisé non relu

BLOCUS

il lui suffit de paralyser les garnisons des places qu’elle laisse derrière elle, afin de les empêcher de lui nuire. Elle doit méme employer à cette opération le moindre nombre possible de troupes, afin d’en conserver assez pour assurer le succès de son opération principale. Le blocus alors est moins resserré, et son objet unique est d'empêcher que les garnisons fassent des sorties à une distance un peu prolongée. Cette manière de bloquer s'appelle masquer, parce que les troupes qui en sont chargées forment par leur disposition un masque derrière lequel les mouvements de l’armée principale et de ses accessoires peuvent s'effectuer sans être reconnus, ni par conséquent empêchés. C’est ce qui a eu lieu pendant les deux invasions de la France, en 1814 eten 1815. 11 peut également arriver que, par des circonstances qui tiennent à la force de l’armée assaillante , à la difficulté de réunir les moyens nécessaires pour un siége, à la situation de la place, etc., l’armée soit obligée de se contenter de bloquer la place dontelle veut se rendre maitresse. Son but doit être alors d'empêcher que la garnison reçoive du dehors des moyens de prolonger sa défense, afin de la forcer à se rendre lorsqu'elle aura consommé ceux que la place renferme dans son sein, Dans ce cas, le blocus doit être aussi resserré. que possible; et il faut y employer assez de troupes pour que les efforts que pourrait tenter la garnison afin de se procurer des subsistances puissent constamment être déjoués. C’est ainsi qu’en 1796 le mouvement de Wurmser ayant fait perdre à Varmée française d'Italie toute l'artillerie employée au siége de Mantoue, le général en chef Bonaparte, revenu devant cette place après la bataille de Castiglione, se contenta de la tenir étroitement bloquée, et la prit six mois plus tard. Le nombre de troupes qu’on doit employer au blocus d'une place est en raison combinée de la force de la garnison et de la disposition du terrain. Il faut que chacun des points qu’il est important de garder afin de couper toutes les communications extérieures de la place, soit occupé par un corps suffisant, par sa force et sa position, pour résister aux efforts de l'ennemi pour l'en chasser. Il faut au moins que cette résistance soit assez prolongée pour donner le temps aux corps de blocus les plus voisins de secourir celui qui est attaqué. Les grandes sorties que peut faire la garnison d’une place située sur un terrain où la communication entre les quartiers des troupes employées au blocus est facile, et où la sortie peut elle-même être attaquée en flanc ou coupée, ne doivent guère employer plus d’un quart de la garnison. Ces sorties ayant besoin d’être échelonnées par une ou deux réserves , et étant exposées à de grandes pertes d'hommes, un revers affaiblirait trop la garnison si elles étaient plus fortes. Il faut done, dans ce cas, que le corps employé au blocus soit assez fort pour avoir, à chacun des points qu'il lui importe de garder, un détachement au moins égal au quart de la garnison, soit par le nombre d'hommes qui le composent, soit par les défenses naturelles ou artificielles dont il peut se couvrir. Dans ce cas, le corps du blocus s’éfablit à une assez grande distance de la place pour que les sorties de la garnison aïent à craindre de se voir couper la retraite; et on détruit ou enlève tous les moyens de subsistance qui se trouvent entre la place et le cordon du blocus. Si la place qu’on veut bloquer n’a qu’un petit nombre de communications extérieures par lesquelles elle puisse recevoir du secours, il est évident que la force relative du corps de blocus peut être diminuée sans danger. Elle peut alors être égale et quelquefois même inférieure à la garnison de la place. La place de Mantoue, en Italie, offre scus ce rapport une combinaison mixte qui tient des deux cas que nous venons d'indiquer. Elle n’a que cinq communications exté rieures par lesquelles elle puisse être secourue : ce sont les portes de Pradella, de Cérèse, de Pietoli, de Saint-Georges et de la Citadelle. Les trois premières sont séparées par des obstacles naturels, par des marais, par l'inondation qui peut couvrir les abords de la place de ce côté. Il suffit donc

d’oceuper par une position retranchée les têtes des digues qui aboutissent à ces trois points, pour en empêcher toutes les sorties. Le village de Saint-Georges est situé à la tête d’un pont fort long, qui traverse le lac inférieur. Dès que le cerps du blocus en est maître, il peut, en le couvrant de retranchements, opposer une petite forteresse à la grande, € rendre toute sortie impossible par là. 11 ne reste donc plus que la citadelle, qui rentre dans le premier cas, et du côté de laquelle doit être la force principale du corps de blocus. est ce qu’on à vu dans la campagne de 1796.

Si la place forte, assez étendue par elle-même , et ayant une garnison nombreuse, est située sur une grande rivière, ou au confluent de deux, le blocus devient plus difficile , et exige des forces bien plus considérables. Telle est la situation de Metz, dont la périphérie extérieure, agrandie par l’île du Polygone, le fort de Belle-Croix, l’inondation et les ouvrages de la plaine de Montigni, est coupée en trois grandes sections par la Moselle et la Seille. Un blocus complet exigerait un corps cinq ou six fois aussi fort que la garnison.

Dans les blocus accidentels et temporaires , qui n’ont pour objet que de s'opposer à ce que les garnisons d’une ou plusieurs places ne nuisent aux mouvements où aux communications d’une armée qui passe entre elles, on a besoin d’un moins grand nombre de troupes. Le but qu'on se propose en effet n'étant pas d’affamer la garnison , ni de faire obstacle à l'entrée des secours, qu’elle ne peut plus attendre de l’armée à laquelle elle appartient, et qui se trouve trop éloignée, tout doit se borner à empêcher que ses sorties ne deviennent nuisibles. Il suffit, pour cela, qu’à six ou huit kilomètres de la place, les troupes de cordon du blocus puissent se réunir en assez grand nombre pour arrêter les sorties. Il importe peu qu'elles soient forcées de quitter leur première positon pour se retirer plus en arrière, jusqu’à ce que la sortie soit repoussée.

Tels sont à peu près les préceptes généraux relatifs au blocus des places fortes, et qui s'appliquent également au blocus des camps ou des, positions occupées par l'ennemi, Leur application rencontre un nombre infini de combinaisons, que le génie du général et son habitude de la guerre peuvent seuls modifier. Il nous suffisait d'en donner une idée générale; de plus grands détails appartiennent aux ouvrages didactiques. G*! G. DE VAUDONCOURT.

BLOCUS ( Droit international). Le droit de bloquer une place, un port, une ville, c’est-à-dire de les cerner de telle sorte qu’il n’y puisse entrer aucun secours d'hommes ni de vivres et qu’ils soient privés de toute communication avec le dehors, est reconnu par les publicistes comme conforme au droit des gens , et comme dérivant logiquement du droit de la guerre. Des adoucissements se sont toutefois introduits avec la civilisation dans les usages internationaux. « On admet aujourd’hui en principe, dit M. Garnier, dans les guerres de terre, que l’armée qui bloque une place a droit de saisir tout ce que le gouvernement ennemi cherche à y introduire, mais qu’elle doit se borner à repousser les simples particuliers et les marchandises qui leur appartiennent. Dans les guerres maritimes, le droit du blocus est loin d’être aussi restreint en ce qui concerne les ports, les côtes et la mer elle-même. On admet que les simples citoyens du pays mis en état de blocus peuvent être faits prisonniers, et que leurs marchandises et leurs navires peuvent être saisis. Mais on est convenu que les propriétés des citoyens appartenant à des puissances neutres peuvent entrer dans le port bloqué : on ne fait exception que pour les objets réputés de contrebande, comme les ustensiles et les munitiong de guerre, et généralement tout ce qui peut servir à prolonger la défense, comme vivres, combustibles, etc. On regarde comme neutre tout bâtiment dont le capitaine ou la moitié au moins de l'équipage sont citoyens d’un État non belligérant et portant un pavillon neutre. Pour constater

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