BOA — BOBÊCHE
chiens, des cerfs, el même des bœufs, après les avoir écrasés dans leurs replis, les avoir enduits de leur salive, et s'être énormément dilaté la gorge et le gosier. Fantôt ils poursuivent leur proie, tantôt ils se cachent pour la guetter et la saisir à l'improviste. Tapis sous l'herbe, suspendus De la queue aux branches des arbres, ils attendent, comme à l'affût, sur le bord des fontaines, ou dans quelque autre “lieu de passage, que l’occasion leur amène quelque animal propre à satisfaire leur appétit, et dès qu’ils en aperçoivent va qui passe à leur portée, ils s’élancent sur lui, l'entourent, le pressent de leurs replis tortueux , l'écrasent et le broient pour ainsi dire, puis l'engloutissent après l'avoir enduit de leur salive muqueuse et fétide, Comme leur proie est souvent frès-volumineuse, et qu'ils ne la mâchent point, la déglu- “tition d’abord, et ensuite la digestion, sont pour eux des - opérations longues et pénibles. Quand on surprend un boa occupé à introduire dans sa gueule, énormément distendue, un corps qu'elle peut à peine recevoir, il est facile alors de lui donner la mort, car il ne peut ni fuir dans l'état où il est, ni se débarrasser de cette masse, qui, retenue par ses dents recourbées en arrière et par la disposition inême des mâchoires, ne peut plus cheminer que dans le sens où elle est entrée. Une fois la déglutition achevée, les boas se retirent dans un lieu écarté, où ils demeurent presque immobiles, jusqu'à ce que leur estomac soit déchargé ; et comme leur digestion dure fort longteinps, la putréfaction qui s'empare de leurs aliments avant qu’elle soit achevée, et qui concourt même à la faciliter, répand autour d'eux une odeur épouvantable, qui révèle au loin leur présence.
Parmi les espèces de boas, qui sont encore assez mal distmguées par les naturalistes, nous nous bornerons à en signaler trois, qui atteignent une très-grande taille, et qui se trouvent dans les lieux marécageux des parties chaudes de l'Amérique, savoir : 1° le boa devin(boa constrictor, Linné), ainsi nommé par les voyageurs de ce qu’on lui a mal à propos attribué ce qui est dit de certaines grandes couleuvres, dont les nègres de Juida font leurs fétiches. Sa tête est en forme de cœur; sa lèvre supérieure est bordée d’écailles imitant des dentelures; son corps est élégamment varié de gris, de blanc , de noir et de rouge , et on le reconnaît surtout à une large chaîne régnant tout le long de son dos, formée alternativement de grandes taches noirâtres, irrégulièrement hexagones, et de taches pâles , ovales, échancrées aux deux bouts; 2° le boa anacondo (boa scytale et boa murina, Linné), brun, avec une double suite de taches rondes et noires le long du dos, et des taches brunes œillées de blanc sur les flancs; 3° le boa aboma ou boa à anneaux ( boa cenchrys, Linné), fauve, portant une suite de grands anneaux bruns le long du dos, et des taches variables sur les flancs. DÉMEZIL.
BOABDIL ou ABOU-ABDALLAH, dernier roi maure de Grenade, fils de Muléi-Hassem, se révolta contre son père en 1481, le chassa de sa capitale, et prit le titre de roi; le malheureux père en mourut de douleur. Boabdil, vaincu et fait prisonnier par les troupes réunies de Ferdinand d’Aragon et d'Isabelle de Castille, n’obtint la liberté qu’à condition qu’il se reconnaîtrait vassal de l'Espagne. La division s'étant mise entre ses sujets par suite de ce traité honteux, Ferdinand et Isabelle en profitèrent pour assiéger Grenade, qui succomba en 1492. Boabdil accompagné de sa famille et d’une suite peu nombreuse, ayant gravi le mont Padul, d’où l’on découvre ïa ville, se mit à fondre en larmes : « Pleurez, mon fils, lui dit sa mère Ayescha, pleurez comme une femme le trône que vous n'avez pas su défendre en homme et en roi. » Ce malheureux prince, ne pouvant se résoudre à vivre en sujet dans un pays dont il avait été roi, passa en Afrique, et se fit tuer dans une bataille en servant les intérêts du roi de Fez, qui voulait détrôner le roi de Maroc. La prise de Grenade mit fin à la puissance des Maures en Espagne, sept cent quatre-vingt-deux ans après leur invasion.
LA
BOAISTUAU ou BOISTUAU (Pienre), dit Launay, natif de Nantes, mort à Paris, en 1566, auteur assez superficiel, qui à pourtant la gloire d’avoir été un des premiers écrivains qui aient recommandé aux méres dallaiter leurs enfants. « Boistuau, dit Lacroix du Maine, à été homme très-docte et des plus éloquents de son siècle, lequel avoit une façon de parler autant douce, coulante et agréable qu'autre duquet j'aye lu les escrits. » On a de lui 1° le Thédtre du Monde sur les misères humaines et la dignité de l’homme (6 vol., 1584 et suiv.) ; on assure que ce livre, qui contient des faits très-singuliers et qui avait été primitivement composé en latin, a eu plus de vingt éditions ; 2° les His/oires lragiques, extraites des œuvres italiennes de Bandel (voyez BanpeLLo) et nises en langue française (7 vol., 1568 et suiv. ); les six premières nouvelles du 1°° vol. ont été traduites par Boaistuau et le sont beaucoup mieux que celles dont s'était chargé Belleforest, qui a continué l'ouvrage et y a ajouté plusieurs histoires de son invention. l’une de celles que Boaistuau a traduites est l'original de Roméo el Juliette, et a pour titre Histoire de deux Amants morts l'un de venin, l'autre de tristesse. Tous les détails, tous les personnages sont les mêmes que dans Shakspeare. 3° Histoires prodigieuses (6 vol., 1561 etsuiv.).
BOARD OF CONTROL. On appelait ainsi en Angleterre le bureau des affaires des Indes Ce bureau, qui faisait autrefois partie du ministère des colonies, formait un département complétement séparé. La cour des directeurs de la compagnie des Indes était obligée ‘de lui communiquer toutes les mesures qu’elle prenait et toutes les instructions qu’elle envoyait au gouverneur général. Le bureau était composé d’un président ministre et de huit commissaires. En plaçant l’Inde sous le gouvernement de la métropole, la loi du 1°" novembre 1858 a supprimé le board of control ; les affaires de cette colonie sont réglées par un secrétaire d’État assisté d’un comité de quinze membres,
BOBBIO, ville du Piémont, sur la Trebbia, à 60 kilom. nord est de Gênes, compte 4,000 âmes. Cette ville, d’un aspect triste, est entourée de murs; elle doit les levées qui la protégent à la généreuse assistance de Cromwell, sous le protectorat duquel elle fut presque entièrement détruite par une inondation. Fondée au septième siècle auprès d'un couvent célèbre qui eut saint Colomban pour abbé, elle est le siége d'un évêché et possède une cathédrale et un tribunal. Elle fut cédée en 1743 au Piémont par l’Autriche.
BOBÈCHE. Il est des célébrités de tous les genres et des renommnées de toutes les failles. Un farceur de boulevard, n’exerçant même qu’à l'extérieur, un simple paradiste, obtint à Paris, sous l'Empire et pendant les premières années de la Restauration, une de ces illustrations populaires dont plus d’un acteur de nos grands théâtres, et même des personnages plus importants, sans doute, ont pu être jaloux. Bobêche avait paru d’abord sur les tréteaux de Versailles et de quelques fêtes publiques des environs de Paris. On le remarqua dès qu’il vint y débuter en plein vent devant un spectacle de funambules. Un masque précieux pour son emploi, un jeu empreint de la plus naïve bêtise, ’eurent fait bientôt sortir de la foule des bienheureux niais qui encombrent notre capitale. Aussi, sans avoir besoin , comme plus tard Debureau, d’un cornac spirituel pour appeler sur lui l'attention, Bobêche vit-il son nom beaucoup plus répandu. Sa vogue s’augmenta encore par quelques traits d’une sublime naïveté, sur lesquels la censure impériale et celle de la Restauration avaient grand'peine à passer l'éponge. C'est sous ce dernier régime qu'il disait, dans une de ses improvisations : « On prétend que le commerce ne va pas : j'avais trois chemises, j'en ai déjà vendu deux.» Croyezvous que nos auteurs dramatiques ne lui auraient pas cmprunté ce mot et plusieurs autres, s'ils eussent espéré les sauver du velo censorial?
Bobéclie aussi ctait auteur, et presque toujours il compo-
sait lui-même ses rôles. Je lui ai vu joue telle scène où il y avait plus de comédie que dans maint ouvrage en cinq actes. Donnvns-en un exemple en passant : Le maitre ou le compère arrive une lettre à la main : « Bobêche, voici une lettre de l’un de tes amis que je vais te lire, attendu que tu as oublié de l’apprendre. Écoute (il lit) : « Mon cher ami, je « dois vous annoncer que votre swur a depuis votre dé- € part commis quelques inconséquences : elle en est depuis ‘« six mois à son douzième amant. » — Ah! la misérable! interrompt Bobêche ; je pars sur-le-champ, je vais la tuer pour l'honneur de la famille. — Attendez un instant, répond le maitre, et il continue de lire : « Par cette conduite « légère, elle a gagné une dizaine de mille francs, et vous « en à destiné la moitié. » ( Bobêche sourit.) — Dans le fond, c’est une bonne fille, et qui a des qualités. — Attendéz encore, mon ami (le maître lit) : « Par malheur, des « voleurs ont pénétré chez elle en son absence, et ont en- « levé toute la somme, » — Ah! la scélérate ! ah! l'infâme! Monsieur, ne me retenez plus ! il faut que j'aille la punir. — Écoutez donc encore... (il lit) : « Heureusement, les bri- « gands ont été arrêtés le lendemain, et on a retrouvé sur « eux la somme entière... » — Au fait, répond Bobêche, on l’a peut-être calomniée, cette pauvre fille. — (Le maître continue de lire) : « 11 est vrai que les dix mille francs ont « été déposés au greffe, et qu'on ne sait trop quand ils en « sortiront. » — Tenez, monsieur, pour former mon opinion, je vois que le plus sûr est d'attendre. » Molière, qui ramassa plus d’une fois quelques traits comiques des bouffons italiens, n'eût peut-être pas laissé échapper une scène si vraie dans sa frivialité. Au reste, les parents de la Fille d'Honneur de M. Duval le sont un peu aussi du personnage principal de cette parade. Étonnez-vous après cela de la réponse faite, sous l'Empire, par un directeur général, homme d'esprit, à l’un de ses employés qui s’excusait d'arriver tard au bureau, parce qu'ayant à traverser le boulevard du Temple, il s’arrêtait souvent à écouter les lazzis de Bobêche : « Vous me trompez, monsieur, je ne vous y ai jamais vu. »
Parvenu sous Louis XVIII à l'apogée de sa gloire, Bobêche fut appelé fréquemment à jouer ses parades dans les fètes de Tivoli, qui réunissaient encore une brillante société, etilne manquait pas de prendre sur l'affiche le titre de premier bouffon du gouvernement. Enivré de sa renommée, il voulut malheureusement, comme nos comédiens de première ligne, aller donner des représentations en province. Un épouvantable échec l'yattendait, Dans une ville du nord, à Douai, je crois, il avait fixé le prix des places au taux des représentations ex{raordinaires, ce qui indigna les spectateurs contre lui. Les Normands se seraient peut-être contentés de lui jeter des znmmes, cuites ou non; les Flamands voulurent tout simplement l’assommer. Bobèche se sauva; j’ignore s’il sauva aussi la recette. Atterré sans doute de ce revers, il s’éclipsa entièrement depuis cette époque, laissant le champ libre à son rival Galimafré, qui ne put jamais le faire oublier, Mais s’il n’est plus vivant, son nom l’est encore dans le souvenir des Parisiens de cinquante à soixante ans et de beaucoup de provinciaux de la même époque, qui souvent à leur arrivée: dans la capitale couraient voir Zobêche avant de se régaler du Palais-Royal et de l'Opéra. Je dois avouer que, malgré toutes mes recherches, je n'ai pu découvrir le nom de famille et le lieu de naissance de cet homme illustre. On doit s’en consoler en songeant qu'il n'est pas encore bien certain que le chantre de l’/liade s’appelät Homère, et que des sept villes qui se le disputèrent, on ne saura jamais au juste celle qui lui donna le jour. Ourey.
BOBINE, sorte de fuseau, petit morceau de bois tourné en rond, cylindrique, avec des rebords à chaque bout, percé, et que l’on rend mobile en le plaçant sur une verge de ler; il sert à filer au rouet ou à dévider du fil, de la soie, de
BOBÉCHE — BOCAGE
la laine, etc. Ce mot est fait, selon les uns, du latin 69 byx, ver à soie; et selon d’autres du verbe vo/vere, tourr
On appelle bobineuses, dans les manufactures de lai les femm:s ou filles qui dévident sur des bobines le fil@ tiné à former la chaine des étofes.
BOBOCARDI (HyacivTue). Voyez CÉLESTIN IIL..
BOBOLINA ou BOUBOULINA appartenait à unerie famille albanaise, et elle était, en 1819, mariée depuis p sieurs années à un jeune chef d'armaloles au service de Turquie, lorsque, à cétte époque, son époux, accusé d'af eütretenu des liaisons avec le célèbre Ali, pacha de Janüt fut massacré par ordre du sultan. Bobolina jura de venger , et, retirée dans la solitude, à Spezzia, elle y élew ses deux fils dans la haine des Tures. Lorsque l’insurrectig fut proclamée, en 1821, la riche Bobolina arma à ses fra trois navires, dont elle prit le commandement en chef, ave le titre de navarque, et dans ce grade étrange et inoui pa une femme, elle déploya une habileté au moins égale à sa courage. En outre, elle envoya à l’armée de terre ses det fils, dont le second atteignait à peine sa quatorzième année,
L’héroine participa au siége de Tripolitza, dont elle ft chargée de faire le blocus par mer, Mais de déplorables dis sensions s’élevèrent entre les chefs de Parmée de terre les navarques, et Bobolina reçut l'ordre de se retirer & d'abandonner le siége de Tripolitza. Cependant, les querelle s’apaisèrent, et un peu plus tard on retrouve Bobolina at siége de Napoli de Romanie. Ayant repris ses fonctiont d’amiral , elle bloqua par mer, quatorze mois durant, cette ville importante. Napoli se rendit le 12 décembre 1822, € Bobolina, qui avait refusé de signer aucune capitulation exigeant impérieusement que les Turcs se rendissent à diss crétion, ne se montra pas sans pilié lorsque les vaincus, à
d'emmener son harem et d’emporter ses richesses. C'étai le premier exemple de modération qui eût été donné dans cetle guerre sans merci, où les Grecs, aigris par les longues tortures de l'esclavage, se montraient presque aussi cruels, aussi impitoyables que les Turcs, corrompus, eux, par l'ha= bitude du despotisme, Après cette importante conquête, Bobol'na ne cessa pas de prendre part aux opérations militaires des Grecs, et ell& se distingua particulièrement dans celles dont l’Argolide fut le théâtre, On dit que pendant le siége de Monembasie, de ses neveux ayant élé tué d’un coup de canon, elle éter dit sur lui son manteau, et, sans s’abandonner à d'inutiles regrets, ordonna de venger sa mort en bombardant la. ville” avec plus de vigueur. C’est avec la même apparence der signation stoïque qu’elle parlait de la perte de son mari de son fils ainé, morts les armes à la main. Cette femm extraordinaire, au teint bronzé, aux yeux brillants et plein de feu, à la démarche guerrière, objet des louanges et quel= quefois des épigrammes de ses eompatriotes, excitait tive ment la curiosité des étrangers. Is étaient accueillis avec une cordiale hospitalité dans sa belle maison de Spezzia,… qu'en 1824 elle était venue de nouveau habiter avec ses. frères pendant les dissensions qui divisaient les Grecs. ÿ En 1825 cette maison fut assaillie par les parents et les amis d’une jeune personne, séduite, dit-on, par pe sa famille, Des paroles peu mesurées de Babolina augmen= tèrent lexaspération, et un coup de fusil parti des groupes tumultueux termina la vie de l'héroïne. " BOCAGE, Cest un bouquet de hois planté dans la. campagne et non cultivé, en quoi il diffère du bosquel. … Le Bocace est le nom particulier d'un petit pays de læ basse Normandie, dans le diocèse de Lisieux , qui avait au! trefois Vire pour capitale, et qui fait aujourd'hui partie du département du Calvados. C’est de ce pays que le linge ous.
vré qui se fait en basse Normandie, particulièrement aux environs de Caen, a reçu le nom de bocage.
On appelle encore Bocage une ancienne contrée de la France, célèbre dans les malheureuses guerres civiles de la Mendée; elle est sur les limites des départements de la Vendée, de la Loire-Inférieure et de Maine-et-Loire.
BOCAGE, artiste dramatique. Avant de monter sur a scène, Bocage avait été obligé, pour obéir aux supp'icaions de sa famille, de faire quelques pas dans des carrières bien diverses. Mais partout il s'était arrêté avant même
essions, tous les metiers. Ses grands-parents avaient rêvé ju il pourrait devenir un des premiers manufacturiers de Rouen, et il renonça à lo rouennerie alors qu'il n’était qu'ouvrier cardeur , gagnant cinquante centimes par jour, On voulait qu’il fût avoué, et il rompit avec le Code dès qu'à force de protections, de patience, de travail et d'intelligence, il eut obtenu le grade de quatrième clerc d'huissier. Échappé à la cléricature, il entra dans les buraux du ministère de la guerre, où il fut quelque chose comme sous-chef, rédacteur, expéditionnaire ou garçon de bureau. Du ministère de la guerre il retomba dans la maison paternelle, où, vivewent chapitré à propos de l’inconstance de ses goûts, ser- monné d'importance à cause de son antipathie pour le 2arrière commerciale, — la seule qui lui convint, disait sa vieille Srand’mère, — il prit une énergique résolution, et déclara Ë wil allait se jeter dans les denrées coloniales. Le lende- Miain il était... — le croiriez-vous, femmes charmantes, qui avez si ardemment applaudi le bel Antony? — il était gar- çon tpicier! Hâtons nous de dire que Bocage ne fit que passer dans la cassonade, d'où il s'élança sur les tréteaux ambulants de je ne sais quelle troupe nomade, Il réussit peu. “Ses camarades le trouvaient gauche, mal planté, disgracieux ; le public était du même avis que ses camarades.
Après dix années de courses vagabondes, il revint à Paris, et s’en alla solliciter des débuts à lOdéon. Ils lui furent “accordés. Comme il n'était pas précisément tombé, comme “LOdéon a été de tout temps l'asile du malheur, on admit le “débutant, et il eut le droit de végéter dans les troisièmes “rôles , qu’il jouait comme le premier venu, ni mieux ni plus “mal. Un jour cependant il se révéla : ce fut, si ma mémoire ne me trompe pas, dans une pièce de M. Ancelot intitulée PHomme du Monde.On trouva que cet acteur, qui ne sa- “ait pas marcher, avait une physionomie pleine d’expression, un beau regard, de l’élan, du cœur... On l’applaudit ! Bocage n’attendait que ce premier bravo pour montrer ce qu'il pouvait. A dater de cette époque il ne fit ancune difiiculté d’initier le public aux rares et précieuses qualités “qu'il tenait de la nature et de l'étude; il laissa jaillir au dehors des trésors, longtemps comprimés, de sensibilité, d’énergie, de passion. 11 prouva qu’il savait pleurer, frémir, “aimer. Alors, comme pour le récompenser de Pavoir si longtemps méconnu, le public s’enthousiasma pour cet acteur que jusque là les sifflets eux-mêmes avaient dédaigné; il s'exalta pour ses qualités et ne voulut plus yoir ses défauts. Bocage, sous les traits d'Antony, fut proclamé non pas seulement le plus intelligent, le plus chaleureux, mais le . plus beau, le plus élégant, le plus distingué des amoureux de théâtre. Il y a mieux, il fut décidé, reconnu, établi, qu’on ne pouvait être beau qu’à la condition de ressembler à Boage dans An/ony. Les salons furent tout à coup inondés de jeunes hommes pâles ét blêmes, aux longs cheveux noirs, à la charpente osseuse, aux sourcils épais, à la parole cawerneuse, au lorgnon d’écaille, à la physionomie hagarde et ésolée. Ces jeunes hommes portaient des gants parfaitenent jaunes, et jouissaient d’un regard prodigieusement hélancolique. 1ls ressemblaient beaucoup à des malades Ortis d’un hôpital sans l’exeal du médecin. Ces jeunes \ommes étaient des séides de Bocage-An{ony. Et comme à l'époque où ces choses se passaient (1831) on faisait