‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 207 sur 527 · BOCCACE · texte numérisé non relu

BOCCACE

tique, trois jeunes gens et sept jeunes dames, sages et de bonne maison, se rencontrèrent à l’église de Santa-Maria-Novella, où ils s'étaient réfugiés , et, après s’être entretenus du fléau qui ravageait la ville, ils proposèrent de se retirer tous. ensemble dans la campagne pour y fuir la contagion et s’y distraire du spectacle de tant de calamités. Les préparatifs furent bientôt faits. Le lendemain, au point du jour, notre caravane se dirigeait vers une charmante villu, située à Poggio-Gherardi, à quatre kilomètres environ de Florence. Là , on ne pensa qu'aux moyens de tuer le temps et de jouir en francs épicuriens d’une existence qui menaçait d’être sans lendemain. I] fut convenu que la bande joyeuse serait tenue de se choisir chaque jour un roi ou une reine qui gouvernerait arbitrairement, dresserait le programme des fêtes, des repas, des concerts, des amusements de la journée, et réglerait l'emploi des heures, le genre et l’ordre des histoires à raconter. La société étant composée de dix personnes, chacune devait payer son tribut chaque jour; or, comme elles étaient censées avoir à rester dix jours à la campagne, l’ouvrage se trouve naturellement divisé en dix journées, dont chacune contient dix nouvelles : c’est ce qui a fait donner au livre le titre de Décaméron, formé de deux mots grecs qui signifient dix journées, cadre simple et ingénieux adopté depuis par presque tous les conteurs de nouvelles.

-On a prétendu, pour disputer à Boccace le mérite de l’originalité de ses contes, qu’il les avait empruntés à nos anciens fabliaux. Il est plus juste de dire que, comme tous les grands auteurs, il a pris son bien où il l’a trouvé, et s’est approprié ses emprunts par la forme dont il lès a revôtus. Quand l'ami de Pétrarque entreprit d’écrire ses nouvelles pour plaire à la princesse Marie, il recueillit toutes les traditions, et puisa à toutes les sources. Les mœurs de son siècle et la vie licencieuse des moines lui fournissaient d’abondants matériaux. Sa description de la peste, l’un des plus beaux morceaux de la littérature italienne, égale, si elle ne surpasse, celle de Thucydide. 11 avait été lui-même témoin du spectacle affreux que présentait alors Florence. Son style, dans cette admirable préface, a été comparé au style de Cicéron : il nous semble supérieur à celui du grand orateur romain, et se rapprocher plutôt de la manière de Tacite. La fin du Décaméron, la dernière journée, et surtout la dernière histoire de cette journée, sont dignes du préambule. La nouvelle de Titus et Gisippe et celle de Griselidis, qui la suit, passent généralement pour les chefs-d’œuvre du genre , et ont été imitées dans toutes les langues.

Comme nous l’avons dit, la publication du Décaméron n’éprouva aucun obstacle à sa naissance; les copies s’en répandirent de toutes parts, et se multiplièrent à l'infini. Chacun voulait avoir le livre dans sa bibliothèque. L’imprimerie, qui vint bientôt après, s’en empara. Venise, Florence et Mantoue en publièrent différentes éditions. Mais la colère des moines, jusque alors endormie, se réveilla et s’accrut avec le succès de l’œuvre. En 1497, le fanatique Savonarole échauffa si bien les têtes des Florentins qu'ils apportèrent à l’envi sur la place publique leurs exemplaires du Décaméron, du Dante etde Pétrarque, et les brûlèrent avec tout ce qu’ils avaient de tableaux ou de dessins un peu libres. Cependant l'ouvrage continuait à s’inprimer; mais d'édition en édition il était devenu méconnaissable, tant le texte original avait été peu respecté. En 1527 quelques jeunes lettrés de Florence , ayant rassemblé les moins incorrectes, pubhèrent , après de grandes recherches pour rétablir les passages altérés, celle qui est connue sous le titre d'édition des héritiers des Juntes. Les censures et prohibitions du concile de Trente et des papes Paul IV et Pie V ne se firent pas attendre, et il fallut que Cosme 1°" entamät avec le dernier de ces pontifes une négociation en règle pour faire lever l’interdit qui pesait sur ce livre. L’affaire fut traitée avec toute la gravité d’une affaire d'État. Une commission, composée d’académiciens et de lettrés flo-

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